Mojito

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— Vous prendrez bien un petit verre avant de manger ? demanda Craig, l'air charmeur.

— Eh bien, ma foi... pourquoi pas ? accepta Abby, avec un haussement d'épaules un peu contraint. Le début de journée était bien loin. C'était à peine si Abby se souvenait qu'elle s'était fait mettre en boîte pendant l'interview du matin.

Craig fit signe au serveur.

— Je vais prendre du champagne, fit Abby avec une petite moue amusée et après quelques secondes de réflexion.

— Deux coupes ? demanda le serveur en interrogeant Craig du regard.

— Grand Dieu, non! s'offusqua-t-il. Je prendrai un Mojito.

— Rhum Bacardi ? fit timidement le serveur.

— Evidemment ! lança Craig, ferme, le regard vissé sur Abby, qui se sentit soudain dévisagée.

— Très bien, une coupe de champagne et un Mojito Bacardi, nota le serveur.

— C'est cela, confirma Craig, sans quitter Abby du regard.

Le serveur s'apprêtait à repartir quand Craig l'arrêta en lui serrant le bras si fort qu'il crut défaillir.

— En fait, on prendra une bouteille de champagne.

Abby écarquilla les yeux de surprise. Un sourire s'esquissa sur son visage.

— Très bien. Pas de Mojito, donc, récapitula le serveur en bredouillant.

— Bien sûr que si ! aboya Craig, outré, en fusillant le type du regard.

Abby ouvrit grand les yeux, secouant la tête de stupeur, savourant la drôlerie de l'instant.

— Eh bien, quoi ? fit Craig, remarquant l'incrédulité d'Abby. Le Mojito est une vraie drogue, reprit-il, alors que son sourire entreprenait de lui faire trois fois le tour de la figure.

Abby faillit éclater de rire.

— Ca n'est pourtant jamais que du rhum avec de la menthe et du citron, fit Abby avec un sourire.

Craig lui jeta un regard faussement réprobateur.

— Permettez-moi de vous dire que votre description du Mojito est très bassement matérialiste. En réalité, le Mojito, c'est bien plus que ça.

Abby ne dit mot, attendant la suite d'un regard amusé.

— Eh bien, reprit Craig en se tortillant sur sa chaise, le Mojito se compose de subtiles feuilles de menthe sauvagement broyées dans du rhum blanc, cubain autant que faire se peut. Ajoutez du sucre roux bien croustillant, un zeste de citron, acide et amer, ainsi que de fines bulles d'eau gazeuse surnageant dans un fracas de glace pilée. Elle est pas belle, la vie ? conclut-il avec son regard bleu acier perforant, arborant un sourire de prédateur.

Abby n'en revenait tout simplement pas. Le plus grand généticien de la planète était là, devant elle, en train de délirer sur la recette du Mojito. La soirée s'annonçait amusante. Ils commandèrent rapidement et échangèrent quelques banalités convenues, Abby sifflant son champagne à toute allure, rapidement rejointe par un Craig qui avait gobé son Mojito à une vitesse proche de la première vitesse de libération cosmique, avant d'entreprendre d'en mâchouiller bruyamment les feuilles de menthe et de croquer chaque glaçon avec une jubilation exacerbée.

— Et Angelska ? demanda Abby à brûle-pourpoint. Elle approuve ça ?

— Elle approuve quoi ? fit Craig, un peu décontenancé.

— Que nous dînions ensemble ce soir, répondit Abby avec malice.

— Ah ! Je crois pouvoir vous dire que la relation que j'entretiens avec Angelska est assez spéciale.

— A savoir ? Vous n'êtes plus ensemble ?

— Nous ne l'avons jamais été, fit Craig d'un revers de la main.

— Mais pourtant, vous vous affichez toujours ensemble. Vous voulez dire que tout ça n'est qu'une histoire d'apparat ?

— Oui, si l'on veut. C'est un peu ça. Angelska et moi, nous nous montrons ensemble. Mais nous ne formons pas un couple.

Abby resta circonspecte un instant.

— C'est aussi ce que je pensais, fit-elle en se resservant du champagne.

— En d'autres termes : je suis un homme libre, lâcha Craig avec mystère.

Abby se sentit un peu gênée. L'arrivée du serveur avec les plats, au même moment, lui permit de changer subtilement de sujet. Ils discutèrent de choses et d'autres avec entrain.

— Comment est l'agneau ? demanda Abby.

— Grillé. Je compatis, fit Craig avec un grand sourire.

— Comment ça, vous « compatissez » ?

— Eh bien, ce pauvre agneau était sûrement très mignon. Pauvre bête. J'adore les animaux. Je suis parfaitement incapable de leur faire le moindre mal.

— Vous êtes pourtant en train d'en dévorer un.

— C'est là tout le paradoxe. Lorsque je mange une viande aussi incroyablement succulente, avec ce bon goût de gras grillé, je dois bien admettre que je me range parmi les plus grands carnivores que la Terre ait jamais portés.

— Et que feriez-vous si jamais vous deviez le tuer vous-même, ce pauvre agneau ?

— Comment cela ? Vous voulez dire comme dans l'une de ces émissions débiles de téléréalité, ou bien si ma survie en dépendait ?

— Par exemple, oui, je ne sais pas...

— Eh bien je ne pourrai pas ! fit Craig avec horreur. Je me ferai sûrement végétarien. Voyez-vous, je crois que tuer ne serait ce même qu'un poulet me hanterait jusqu'à la fin de mes jours, poursuivit Craig avec un air doucement désolé.

Abby le dévisagea en plissant les yeux, secouant lentement la tête, ne sachant trop comment le prendre.

— OK, c'est bon, j'ai compris : vous vous foutez de moi.

— Mais pas du tout ! s'offusqua Craig. Je sais bien que j'ai l'air de quelqu'un d'autoritaire. Ce qu'il m'arrive parfois d'être, concéda-t-il. Mais ce n'est certainement pas ce qui me définit le mieux. En particulier avec les animaux. J'adore les bêtes, fit-il avec un air vague et affectueux. Et vous ? demanda-t-il.

La question parut pour le moins incongrue à Abby, mais, après tout, pourquoi pas ? C'était elle qui avait lancé le sujet. Et puis, Craig semblait ravi, il y avait une drôle d'expression chantante dans sa voix.

— Eh bien, je... J'avoue avoir un faible pour les chiens. Vous savez, ces gros chiens qui courent partout avec la langue pendante jusqu'au sol et la queue battante ? Ceux qui vous recouvrent de bave et qui se servent de leur queue comme d'un gourdin pour renverser les verres d'apéritif servis sur la table basse. Cet animal est sûrement la meilleure invention de l'Homme, fit-elle avec une évidente affection.

— Je suis assez d'accord. J'ai moi-même un chien, un gentil labrador. Il s'appelle Patxi. Un bon chien. Un très bon chien, même, accentua-t-il avec un air penseur. Vraiment pas futé, soit dit en passant, mais c'est aussi pour cela qu'on les aime. Ils sont si touchants de... naïveté, fit Craig en cherchant le mot juste.

— Exactement ! releva Abby qui ne s'attendait pas du tout à se retrouver à ce point dans ces propos. En revanche, je n'aime pas trop les chats, continua-t-elle avec une moue de dédain. Ils sont très mignons, certes, tout doux et tout, mais ce sont de sales...

— ... opportunistes, acheva Craig, lui ôtant les mots de la bouche.

Abby en resta stupéfaite. De cette soudaine connexion avec ce bel homme qui lui faisait face, bien sûr, mais aussi – et peut-être surtout – de l'évidente absurdité de la situation. Elle était en train de discuter de naïveté canine et d'arrivisme félin avec le plus éminent généticien de la planète. Le décalage était très drôle. Très agréable.

Elle sourit. Craig fit de même, puis pouffa de rire comme un enfant. Abby ne savait pas trop si c'était le champagne qui était en train de lui monter à la tête, mais elle trouvait toute cette situation quelque peu embarrassante, mais néanmoins... délicieuse.

Le fun de la situation n'était, hélas, pas appelé à durer.

Craig avait imperceptiblement – du moins le croyait-il – rapproché sa main de celle d'Abby, qui ne put qu'esquisser un petit sourire presque attendri. C'était maintenant à son tour d'être touchée, non pas vraiment pour une question de naïveté, mais plutôt par tant de simplicité. Mais soudain, le téléphone de Craig se mit à vibrer comme un diable dans la poche trop serrée de son pantalon, le prenant totalement au dépourvu et le surprenant comme il ne l'avait, selon toute apparence, jamais été.

Conditionné par ses réflexes, Craig lança sa jambe en avant avec une incroyable violence, comme pour se débarrasser d'un intrus malfaisant – du genre mygale – qui se serait faufilé dans son pantalon. L'espace d'un instant, extrêmement fugace, Abby crut que Craig lui faisait du pied, mais lorsqu'une Rangers blindée vint lui pulvériser le tibia, elle fut instantanément pliée en deux et poussa un hurlement de douleur, envoyant par la même valser la bouteille de champagne vers des hauteurs insoupçonnées.

Voyant cela, dans un réflexe mécanique, Craig se jeta presque sur la table pour rattraper la bouteille de la main gauche et, déséquilibré, il abattit le plat de la main droite dans la saucière brûlante.

L'instant d'après ne fut qu'un concert tonitruant d'injures fleuries et de hurlements imagés, tandis que la sauce volait à tous les étages comme pulvérisée par un arroseur automatique déréglé.

Abby s'était instinctivement penchée en avant pour attraper sa jambe à deux mains, non sans écoper d'une copieuse giclée de sauce brûlante en travers de la figure, tandis que Craig se relevait, farfouillant dans sa poche pour en sortir son téléphone portable. Il s'apprêtait à le pulvériser contre le mur, savourant par avance le bruit du plastique défoncé, se délectant de la complainte de l'écran à cristaux liquides éclaté, quand il vit le message clignoter :

TCHOUKOV call incoming

Ce qui le stoppa net dans son élan de folie destructrice et le ramena à la froide et dure réalité. Si Tchoukov, son chef de la sécurité, se prenait la peine de le déranger à une heure pareille, c'est qu'il venait de toute évidence de se passer quelque chose de grave.

De très grave.

Son sang ne fit qu'un tour, Craig déplia son téléphone, et préféra refuser l'appel pour ne pas savoir ce qui était en train de se tramer.

Au même instant, complètement décoiffée et quasiment défigurée par un trait de sauce orangée, Abby avait la jambe tellement meurtrie qu'elle en avait presque du mal à ne pas pleurer. Elle tentait de comprendre ce qui pouvait bien s'être passé, essayant d'analyser la série d'événements rocambolesques ayant bien pu mener à cette étrange situation. Elle était en train de se demander si ce Craig n'était pas tout simplement le plus grand et le plus parfait gaffeur qu'elle ait jamais rencontré, ou s'il était un abruti totalement décérébré.

Ce qui, se dit-elle, revenait strictement au même et lui paraissait en même temps complètement insensé.

Pourtant, il lui suffit d'une seconde pour décider que Craig était, selon l'appellation consacrée, un boulet. Mais un boulet monstrueusement classe, qui venait de se calmer aussi vite qu'il semblait avoir pété les plombs, et était maintenant en train de considérer son téléphone portable comme une bombe atomique d'un genre nouveau qui menaçait de détruire la galaxie tout entière. Son regard était redevenu froid et calculateur, comme un prédateur saurien observant sa proie depuis les ténèbres de la jungle. Et en même temps, elle lut sur son visage quelque chose qu'elle n'aurait jamais imaginé pouvoir y déceler :

De la peur.

Oui, Craig semblait dévoré vivant par la peur. Mais il ne s'agissait pas de cette peur classique et physique de la mort. Non, c'était une peur plus froide, plus visqueuse, de celles qui vous font sentir que tout est en train de foutre le camp, que tous vos espoirs s'effondrent. Que quelque chose de grave vient de se passer, que vous n'y pouvez rien, que vous regrettez avec toute la force de votre âme, mais qui pourtant va à coup sûr vous emporter. Oui, c'était bien ce type de peur qui étreignait Craig à cet instant précis.

Mais elle le vit décider qu'il s'en fichait, qu'il allait prendre le taureau par les cornes et qu'il ferait tout son possible pour défier l'inéluctable. C'était, en fait, beaucoup trop d'informations à assimiler en une seule seconde pour Abby qui se demanda soudain si la douleur qui lui vrillait la jambe – ainsi que la totale désaffection de Craig pour son malheur – n'étaient pas plus simplement responsables de tous ces incroyables sentiments qu'elle venait d'imaginer.

Oui, c'était bien une possibilité.

Craig resta immobile quelques instants, ignorant royalement le désordre qu'il venait de mettre dans le restaurant. Il finit par se décider à rappeler Tchoukov. Il appuya sur quelques touches, porta le combiné à son oreille, et n'eut pas à attendre longtemps. Abby entendit quelqu'un décrocher.

— Ouais, c'est moi, fit Craig d'un souffle court. Dis-moi tout de suite ce qu'il se passe.

La discussion fut brève et d'un ton incisif. Abby n'en comprit pas un seul mot, Craig s'étant rapidement mis à parler russe. De toute façon, il ne dit pas grand-chose. Au grand étonnement d'Abby, Craig se contenta même principalement d'acquiescer, en hochant de la tête à plusieurs reprises, avec le front plissé et les yeux rivés sur le sol.

— OK, c'est d'accord, fit-il pour conclure avant de refermer son téléphone.

Puis, enfin, après un long moment qui parut à Abby être une éternité, il la regarda. Et fit quelques pas vers elle.

— Ca va aller ? fit-il, l'air presque absent. Je suis vraiment désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris...

— Ca ira, je crois, répondit-elle froidement. Et vous ? Ca ira ?

— Bien sûr, répondit-il en feignant l'indifférence. Pourquoi ça n'irait pas ? continua t-il, en considérant l'hématome d'un rouge violacé qui commençait à se développer sur le tibia d'Abby.

— Ce coup de fil... Rien de grave, j'espère ?

— Bon, apparemment, vous n'avez rien de cassé, reprit-il après lui avoir rapidement palpé la jambe. Je... Je suis vraiment désolé. Vous aurez un beau bleu.

Craig se releva. Les autres convives commençaient enfin à se détourner, oubliant le fol instant qui venait de passer. Le calme était revenu. Abby parcourut la salle du regard, savourant ce retour à la normale. Elle n'appréciait pas spécialement tous ces regards braqués sur elle.

Elle soupira.

Puis elle surprit Craig, qui était en train de la considérer d'un regard... nouveau. Cet instant délicieux passé à plaisanter s'était donc définitivement envolé. Oui, quelque chose avait changé. Abby ne parvenait pas à saisir le sens et la tonalité de ce nouveau regard. Etrange, froid et détaché, à n'en point douter. Mais il y avait quelque chose d'autre. Quelque chose qui lui échappait et qui provoquait en elle un sentiment de malaise grandissant. Elle eut soudain l'impression diffuse que Craig était en train de l'évaluer. Comme si elle n'était plus une personne.

Mais un paramètre.

Elle décida de rompre le silence et, bien que mal à l'aise et terriblement déçue par la tournure des événements, elle essaya, comme pour tenter de se venger, de se montrer glaciale.

Elle n'y parvint pas tout à fait.

— Eh, vous me faites quoi, là ? Docteur Jekyll & Mister Hyde, c'est ça ? lança-t-elle avec le regard le plus condescendant dont elle était capable.

Craig ne répondit pas, comme s'il était trop occupé à la calculer.

— Oh! Docteur schizo ? Vous me recevez ? continua-t-elle en agitant la main devant son regard.

Craig sortit enfin de son étrange rêverie. Il cligna des yeux, puis lui lança de nouveau un regard normal. Humain.

— Ecoutez, je suis vraiment désolé, fit-il en secouant la tête.

— Vous pouvez l'être, fit-elle froidement en se débarbouillant.

Craig fit signe au serveur, lui marmonna quelque chose à l'oreille puis lui donna une liasse de billets. L'addition devait être salée, mais Craig ne fit pas les comptes, et sembla laisser un confortable pourboire.

— Venez, fit-il à Abby sur un ton péremptoire.

— Vous voulez rire ? fit Abby, presque offensée.

— J'ai quelque chose à vous montrer.

— Maintenant ? Fit-elle, incrédule.

— Oui, Abby. Tout de suite.

Il se détourna d'elle puis fit quelques pas vers la sortie. Tout ça n'était vraiment pas correct de la part de Craig, mais ça avait au moins le mérite de donner un grand coup de fouet à la soirée. Sans un mot, mais pour le moins excédée, Abby se leva à son tour en boitant jusqu'à la grande porte qui donnait sur l'avenue, le visage grimaçant de douleur.

Un serveur les aida à se rhabiller avant de leur ouvrir la porte, puis ils disparurent dans la foule au dehors.

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