Opération Mythe

7 minutes de lecture

 

Dimitri revint enfin.

— Alors ? C’est quoi cette histoire avec Adolf Hitler ? C’est sérieux ?

— Très sérieux.

— Mais je croyais que son corps avait été brûlé ?

— Un corps ne disparaît jamais totalement. Et surtout pas celui du Führer.

— Mais qu'est-ce que tu racontes ?

— Le 30 avril 1945, très en avance sur les Américains, les troupes soviétiques écrasent littéralement Berlin. Lorsque nos blindés arrivent à trois cents mètres du bunker situé sous la Chancellerie, Hitler se suicide avec sa femme, Eva Braun. Elle avale du cyanure. Hitler, lui, se tire une balle dans la tête. Certains avancent qu’il aurait aussi avalé du cyanure, en plus de se tirer une balle. Après, les scénarios divergent. Officiellement, sur la base d’informations russes, les corps sont incinérés comme le souhaitait Hitler. Les deux cadavres sont donc jetés dans un trou d’obus, juste devant la Chancellerie. On y ajoute cent quarante gallons de kérosène – tout ce qu’il restait – et on y met le feu.

— Et… ?

— Eh bien… Lorsque les Soviétiques arrivent, les agents du SMERSH découvrent un corps sans vie à la moustache caractéristique. La ressemblance est troublante… mais ce n’est pas Hitler. Ce corps, pris en photo et même filmé en couleurs, alimentera les plus folles rumeurs selon lesquelles Hitler aurait fui après avoir fait abattre un sosie pour faire croire à sa mort. Mais les hommes du SMERSH continuent leurs investigations. Ils découvrent un trou fumant devant la chancellerie. Ils comprennent très vite ce qu’il s’est passé. Terrorisé, hanté par les images de son allié Mussolini traîné dans la boue par tout son peuple, Hitler ne voulait pas que son corps soit ainsi traité. Il redoutait, sûrement à raison, une telle disgrâce. Il a donc préféré être brûlé avant qu’on ne mette la main sur sa dépouille. Les soldats russes retournent la terre et en retirent très vite deux corps atrocement calcinés, mais loin d’être détruits. Il n’y avait tout simplement pas assez de kérosène. Extérieurement mutilé, le corps d’Hitler était en fait encore en très bon état. Tous ces organes internes étaient intacts. Eva et Adolf, à peine enterrés et brûlés, sont donc déterrés, jetés dans des caisses de munitions puis transportés à la clinique de Buch, en banlieue de Berlin. Le 8 mai 1945, jour de la victoire, cinq légistes de l’Armée rouge examinent clandestinement les restes. Aucune blessure par arme n’est visible sur le corps du Führer, les médecins estiment donc qu'il est mort empoisonné. Mais ils remarquent aussi qu’il manque une partie de l'os du crâne... Le cas d'Eva Braun est beaucoup plus clair : elle a pris du cyanure. Pour l’identification du corps d'Hitler, affreusement mutilé, un examen dentaire est requis. Le SMERSH retrouve donc Kathe Heusermann, assistante du dentiste de Hitler, et l’interroge. Elle réalise en aveugle un schéma de la denture du Führer qui correspond effectivement à la mâchoire du cadavre.

— Incroyable, fit Abby, stupéfaite.

— Oui. D’autant plus que, d’un autre côté, les Soviétiques ont souvent prétendu qu’ils étaient arrivés avant que les corps ne soient brûlés. Ils auraient ainsi été récupérés, intacts. Mais avec la culture du mystère et du mensonge propre de la mentalité soviétique, on ne saura probablement jamais la vérité. Staline lui-même n’est pas tout de suite mis au courant de la mort d’Hitler. Il aura même des doutes pendant longtemps, et laissera entendre aux Occidentaux qu’Hitler serait en cavale. Toujours est-il que les services de Moscou demandent l’authentification du corps et que le SMERSH finit par la leur confirmer. Alors, Staline ordonne de terminer la crémation et de disperser les cendres du Führer. Pour que son corps ne puisse jamais être récupéré. Pour qu’il ne puisse jamais être adoré comme une relique.

— Mais, reprit Dimitri, le corps ne fut en fait jamais traité de la sorte. Staline lui-même ne sut jamais ce qu’il s’était réellement passé. C’est pourquoi il a longtemps soupçonné les USA d’avoir récupéré le Führer, vivant. Mais c’était pure paranoïa. En fait, une fois leur mission accomplie, les agents soviétiques poursuivent leur progression avec la IIIe armée. Le soir, à chaque halte, ils dissimulent les deux corps en les enterrant dans les bois. Finalement, les Soviétiques arrivent dans la petite ville de Magdebourg, en Allemagne de l’Est. Ils y enfouissent leur macabre butin, dans la cour même de leur QG.

— Attends, Dimitri. Tu veux dire que… Hitler est enterré en Allemagne ?! souffla Abby.

— Non. Plus maintenant. Au début des années 1970, en pleine Guerre froide sous Brejnev, on ne sait pas trop pourquoi, Youri Andropov, chef du KGB, pète un plomb. Il ordonne l’exhumation du corps, sa crémation totale et définitive, puis sa dispersion dans les égouts de la ville. Ce qui fut réellement fait, cette fois. Mais tout le corps ne subit pas le même sort. En effet, en juin 1946, l’enquête avait repris. Pour la procédure, les témoins prisonniers en avril 1945 sont transportés à Berlin, dans le parc du bunker. Ils indiquent l’endroit où ils ont enflammé puis enterré Hitler et sa femme. L’emplacement correspond à l’exhumation réalisée par le SMERSH un an plus tôt. On en profite pour procéder à de nouvelles fouilles et on déterre quatre fragments de crâne. Le plus grand est transpercé par une balle. L’autopsie de 1945 se trouve ainsi en partie confirmée : les médecins y notaient en effet l’absence d’une pièce maîtresse du crâne, celle qui justement permet de conclure que Hitler s’est suicidé par arme à feu. Le puzzle est désormais complet. Ces fragments furent conservés à part du reste du corps et purent ainsi échapper à la crémation de 1970.

— Incroyable…

— Tout ça était rigoureusement top secret, bien sûr. Tous ces événements sont maintenant connus comme étant ceux de la chronologie de l’opération Mythe.

— L’opération Mythe ?!

— Une enquête en interne a identifié ces restes une nouvelle fois quelque temps plus tard, en 1972. Tout cette affaire a toujours été farouchement niée, jusqu’à ce que…

— Quoi ? fit Abby, impatiente.

— En 2000, le gouvernement russe avoue enfin posséder les restes d’Adolf Hitler. En 2003, le président Vladimir Meskine décide même d’exhiber les restes du Führer pour une exposition. On n’a jamais trop su pourquoi il avait fait cela. Certains disent que c’était pour flatter l’électorat d’extrême droite. Toujours est-il que les restes d’Adolf Hitler sont aujourd’hui stockés dans une petite boîte métallique, dans les bureaux du KGB, depuis devenu le FSB. Un morceau de crâne, de mâchoire et des dents dans une petite boîte métallique violette. La fameuse Skull Box. Cette boîte est marquée de l’inscription Opération Mythe. Cette incroyable opération aura duré depuis le 30 avril 1945. Les restes d’Eva sont entreposés juste à côté, dans une autre petite boîte. Récemment, un jeune médecin allemand a formellement identifié les restes à son tour, indépendamment des dires du FSB.  L’affaire est bouclée.

— Bouclée ? Mais alors de quoi voulais-tu parler, à la base ? Quel rapport entre Craig, les Sini Bojé et Hitler ?

— On y vient. Hélas. Tu sais que les Sini Bojé ont fait un don à Futura Genetics.

— Oui… et donc ?

— Tu te doutes bien que ce n’était pas purement gratuit.

— En effet. On peut s’en douter.

— Eh bien… il paraîtrait que les Sini Bojé auraient eu accès à ces reliques hitlériennes et qu’ils ont demandé à Futura Genetics d’effectuer des analyses sur le crâne du Führer.

— Des analyses ? fit-elle, consternée.

— Je n’en sais pas plus. Enfin, pas à propos de Hitler. Parce que pour le reste… C’est aussi pour ça que je voulais que Ivan nous laisse.

— Pourquoi ?

— Parce que Ivan est quelqu’un de très religieux. Même s’il est contre les créationnistes et qu’il est un très grand scientifique. Pour lui, pas de contradiction. Enfin bref. Il paraîtrait qu’en plus des reliques hitlériennes, les Sini Bojé auraient eu accès à d’autres reliques.

— Quel genre de reliques ?

— Des reliques saintes. Les Sini Bojé auraient demandé à Futura de faire des analyses dessus.

— Des saintes reliques ? fit-elle, perplexe.

— Oui, et je pense que ça aurait vraiment choqué Ivan. Donc j’ai préféré le préserver de cette partie de l’histoire.

Quelles reliques ? insista Abby.

— La Tunique d’Argenteuil. Le Suaire d’Oviedo. Et le Suaire de Turin.

— Attends, attends... Le Suaire de Turin ? Tu parles du Saint Suaire ?

— Lui-même.

Abby n’en revenait pas. Dimitri resta silencieux.

— Mais voyons, Dimitri ! Ce suaire est un faux ! lâcha-t-elle, consternée.

— Ca, je n’en sais rien. Moi, je te donne mes infos. C’est tout.

— Bien, bien… Admettons. J’avais totalement oublié, mais… J’étais surtout venue pour que tu me parles de ce fameux incident qui aurait fait deux morts.

— Oui et bien, tu sais, je n’en sais pas vraiment plus, en fait. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il y a bien eu deux morts la nuit dernière. Pas directement dans les locaux de Futura Genetics, mais je sais de source sûre que c’est lié. Apparemment, aucune pièce d’identité, mais des documents de l’entreprise auraient été retrouvés sur un des corps. La police et Futura pensent à de l’espionnage industriel.

— Et le second corps ?

— Là… C’est moins clair. Les deux hommes se seraient battus. Pourquoi ? D’où sort le second type ? Apparemment, la police ne sait pas trop. Ce qui est étrange, c’est que le type était nu. Donc pas de papiers, forcément.

— Nu ?

— Oui, le second type a été retrouvé nu. Le corps couvert d’hématomes, comme le premier.

— Donc ils se sont battus.

— Oui, mais pourquoi, et quand ? Se sont-ils battus l’un contre l’autre, ou bien ont-ils été tabassés par d’autres puis jetés dans la Moskova ? On ne sait pas. Un type de Futura Genetics a été voir les corps à la morgue.

— Je sais, oui. Et ?

— Ils disent qu'ils ne savent pas qui ils sont. Mais peut-on vraiment les croire ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Alexis Van Acker
Des vers, des vers et encore des vers,
Dansent aux Bois-mes-Os, mes os
Semblent une forêt sous vent sévère,
Et tempête tisonne les plus beaux.

Les ornements comptent six parties, dans l'ordre :
- Ode : poème introductif en plusieurs parties (en cours)
- Haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus critiques : (terminé)
- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus à la vitre : (en cours)
- Les ornements : poèmes de formes diverses (en cours)

Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
- Vers glanés : (en cours)

Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
129
110
8
20
Papillon blanc


Une vague brume et puis cette supême dignité
La douleur plane dans l'air comme un puissant sceau
Qui signe la fin et le début...

La brique rouge et ses reflets noirs
l'arrondi et les pierres des pavés rouilles
Les cascades de branches nues, qui dévalent mélancoliquement

La brume qui se meurt
Dans la gravité de l'heure
La foule compacte se presse sur le trottoir
Immobile, anxieuse, parcourue d'un sourd mouvement
Une vague imperceptible,
Comme un frisson qui court
Dans un millier de corps,
En symbiose,
En larmes furtives.

Des silhouettes, ombres noires chapeautées,
Passent dans ce suprême silence
Des élèves à travers le temps,
Dizaines de visages au regard hagard
Sont sortis aux portes,
Ce vaste édifice les a recrachés,
En honneur à la défunte.

D'un coup
La rumeur se meurt.
Elle disparait dans la froideur de cette fin d'Octobre.
Des lumières vagues,
Un halo jaune pale et sale
Passe dans les nuages gris
Alors que le cortège s'engage
Dans la ruelle légendaire

La mort certes
Mais une perpétuité dans le temps
Qui brise les choses
Et s'enfonce dans l'intangible et l'ineffable.

Le convoi moteur éteint
Hommes et femmes inconnus
Et plus poignant que tout,
Le regard reconnait entre tous
La silhouette du directeur presque orphelin
Eblouissant de dignité dans sa douleur

O qu'il est beau ce respect
Cette déférence accordée à la disparue,
Qui fait de toute cette scène
L'accompagnement d'une féminité suprème
Vers sa dernière demeure
Au fin fond de l'Angleterre...

"La voix de mon Bien aimé a frappé,
Elle a voulu cueillir une rose, ma soeur..."
La voix se brise
Et son écho court se perdre dans les ruelles
Pour faire tressaillir les coeurs...
1
0
0
1
Défi
Isabelle Grenouillat

Enfin les vacances, je pars pour les Seychelles demain matin, l’avion part à 10 h, destination soleil, plage, piscine, farniente.
J’ai eu une année dure et fatigante, un boulot de dingue, une histoire sentimentale ratée et des parents âgés et grabataires dont il faut s’occuper tout le temps, avec l’aide heureusement de mon frère.
J’avais réservé une chambre dans un hôtel de moyenne gamme, je m’y plu tout de suite, c’était magnifique.
Cet établissement recevait des personnes de tout âge.
J’ai fait la connaissance de Franck, 45 ans, il était pizzaiolo dans un restaurant parisien. « Je suis ravi de faire votre connaissance » me dit-il, c’était réciproque. Nous avons sympathisé, en tout bien toute honneur. Nous nous promenions ensemble et nous prenions souvent nos repas à la même table.
Trois jours après être arrivés, nous avons aperçu une petite fille sur une balançoire dans l’espace jeux de l’hôtel, elle avait l’air heureux, elle riait. Cela m’a rappelé mon enfance.
Nous aimions essentiellement nous promener sur la plage pour regarder la mer et nager.
Un jour nous avons observé, dessinée sur le sable, une licorne. Je l’ai prise en photo avant que la mer ne la recouvre et l’efface. C’était magique, tellement bien reproduit que l’on aurait dit qu’elle était vivante.
Nous sommes allés aussi au marché faire quelques emplettes, des souvenirs de l’île. Le seul moment où j’ai été effrayée, entre les étals, nous avons aperçu un rat, un gros rat noir, j’ai hurlé et Franck m’a pris dans ses bras pour me rassurer.
Un peu plus tard au coin d’une ruelle, nous avons entendu deux français se disputer, l’un a dit à l’autre « ceci n’a aucun rapport avec Gisèle ». C’était incongru, nous qui étions si loin de la France, de rencontrer des compatriotes en pleine dispute. Nous avons ri mais nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, peu importe.
Le séjour durait 15 jours pour moi et je suis repartie le cœur plein de souvenirs heureux.

Nous nous sommes échangés nos coordonnées Franck et moi. Il y aura peut être une suite à cette histoire.
3
2
2
1

Vous aimez lire Corentin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0