Le fauteuil

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Il est tard, mes amies sont parties dans le même taxi. Je bois un dernier verre et monte me coucher. Habiter en centre-ville n’a pas été mon meilleur choix de vie mais ça réduit les notes de taxi.

Je m’accoude au bar, et commande un gin fizz. Le lieu se vide peu à peu.

Mon regard au-dessus de mon épaule croise celui d’un bel homme, assis au fond de la salle. Il est plutôt coquet : chemise classe, veste d’une grande marque et un sourire ravageur. Ses yeux rieurs sont encore plus attirants, tout comme sa coupe de cheveux poivre et sel.

La lumière tamisée m’empêche de bien discerner son grain de peau, mais je devine un léger bronzage ou est-il un peu mat de peau ?

Le barman me fait tourner la tête (juste sur elle-même, non pas qu’il me plaît), pour que je règle mon verre car il va bientôt fermer.

Je lui tends ma carte bleue et ne peux m’empêcher de rediriger mes yeux vers le fond de la salle.

Zut un groupe se lève et me bouche la vue. Je reviens siroter mon gin fizz. Mais cet homme que je devine seul attire mon regard ... d’ailleurs n’est-ce bien que mon regard qui est attiré ?

Il est peut-être en charmante compagnie, je ne vois pas de ma place. Il a déjà levé deux fois la tête vers moi et la troisième fois me vaut un sourire. Je me sens godiche là, à m’être faite capter comme une ado. Jeune quadra divorcée, je n’ai pas encore intégré les nouvelles techniques de drague.

Mais quelque chose m’attire comme un aimant... je me lève, réajuste mon pantalon taille basse et me dirige vers les toilettes. Je sens son regard sur moi. Ou l’alcool me donne cette sensation ?

Un instant je me dis qu’il va entrer dans les toilettes et que nous allons baiser ici instantanément. La porte s’ouvre au moment où je me lave les mains ... mon cœur se met à battre très fort. Oh déception. C’est un jeune couple qui va probablement s’envoyer en l’air.

Mes battements de cœur reprennent un rythme normal.

Je traverse à nouveau la salle et vise à droite si les yeux charmeurs sont toujours là ... son regard est enivrant, vu de plus près. Il a l’air seul mais je regagne ma place au bar. Il est 1h45 de toutes façons, dans un quart d’heure on sera mis dehors.

Le barman annonce la fermeture imminente, au moment où un homme en costume cravate entre. Il allait lui préciser de sortir et se ravise. Je ne comprends pas immédiatement pourquoi jusqu’à ce que je découvre que mon bel homme du fond de la salle est en fauteuil roulant et que son chauffeur vient le chercher.

Je suis surprise évidemment mais j’ai envie de connaître cet homme mystérieux du fond de la salle et attirant.

Comment ne pas le laisser filer sans moi ? Comment l’accoster sans passer pour une chaudasse dépravée ? Comment je fais ?

Il se passe un truc j’en suis sûre et pour en être certaine, je ne décroche pas mes yeux de son regard. Déjà parce que je veux y lire ses messages mais aussi pour ne pas qu’il pense que je suis curieuse de sa Batmobile.

Alors qu’il se dirige vers le comptoir avec son fauteuil pour payer ses consommations, il s’approche de moi et s’adresse à moi avec la plus jolie des voix « bonsoir Mademoiselle, voulez-vous profiter de mon transport et que je vous dépose quelque part ? »

Sans réfléchir je réponds, interloquée, « chez vous ??». Il a l’air tout autant surpris que moi. Mais je ne peux pas lui proposer de monter chez moi, l’escalier est inadapté aux fauteuils.

Il me répond « pourquoi pas ! Nous poursuivrons la soirée par un dernier verre. »

Me voilà installée dans un véhicule adapté pour les personnes à mobilité réduite roulant vers un endroit inconnu pour passer un moment, voire la nuit, voire l’éternité avec un inconnu.

Bon vu sa situation, je pense que je pourrais toujours courir plus vite que lui si je veux fuir ... à moins que je me retrouve prisonnière de sa forteresse et ligotée dans un lit pour le reste de mes jours. Le chauffeur court peut-être vite d’ailleurs ?

Le trajet se fait dans le plus grand silence, chacun des trois se demandant ce que je fais là. Après dix minutes de trajet, nous arrivons devant un magnifique pavillon. Le chauffeur nous quitte ici. Curieusement l’atmosphère se détend ... Nous entrons dans le salon. Il m’invite à m’asseoir sur le canapé, et vient près de moi.

J’ai envie de l’embrasser mais n’ose pas encore. Il a sûrement la même envie. Il me demande ce que je veux boire tout en posant sa main sur ma cuisse. Cette main recroquevillée sur elle-même me déclenche une décharge dans tout le corps. Depuis combien de temps un homme ne m’a pas touchée ? Des mois, des années ?

Je n’ai pas envie de lui répondre sauf par un baiser que je dépose sur ses lèvres et une main que je pose sur la sienne.

Ce premier baiser est d’un exquis délice ; sa langue est incroyablement douce et créatrice de plaisir intense déjà.

Nous frissonnons par cette approche quasiment sans se dire un mot ... juste s’embrasser.

Rêve ou réalité ? Réalité ou fantasme ? A faire ou à refaire ?

Sortez dans les bars pour le savoir... et changez votre regard.

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