Chapitre 17

23 minutes de lecture

Elle bouge, mais pourtant Lila est persuadée de ne faire aucun mouvement. Elle se sent glisser lentement, attirée vers un endroit inconnu et froid. Prise de panique, elle se débat et tente de se raccrocher à tout ce qu’elle trouve. Sa main rencontre une surface lisse, tendre et chaude. Elle serre les doigts pour ne pas tomber et entend un bruit lointain, sourd et régulier. Ce son grave lui parait à la fois réconfortant et pourtant étrange, comme s’il n’était pas à sa place. Elle sent une pression sur son bras et tente par tous les moyens de tenir bon. Puis, telle une brise de soir d’été, une caresse chaude vient parcourir sa joue. Petit à petit, ce contact dissipe le brouillard de son esprit. Emergent lentement du sommeil, mais sans parvenir à ouvrir les yeux, Lila ressent des sensations plus réelles. Elle est à moitié couchée sur une surface dure et douce qui bouge en rythme, quelque chose retire doucement une mèche de cheveux de devant son visage. Elle se rend compte qu’elle a chaud, terriblement chaud, à tel point que son pyjama lui colle dans le dos. Puis, un murmure mélodieux vient rompre le silence de la pièce.

- Mon ange, moi aussi j’aimerais beaucoup rester dans cette position, mais j’ai terriblement envi de faire pipi.

Comme un électrochoc, Lila ouvre les yeux. Elle est allongée sur Gabriel, la tête sur son torse et les jambes entremêlées aux siennes. La surface à laquelle elle s’accrochait désespérément est en fait sa hanche. Elle relâche sa prise. Elle a serré si fort que ses articulations lui font mal. Elle n’ose même pas imaginer ce qu’a dû ressentir le musher. Elle se décale rapidement, regagnant son côté du lit, froid et vide.

- Désolée, dit-elle précipitamment en rougissant.

- Ne t’excuse pas, dit Gabriel en se tournant vers elle.

Puis, il se rapproche jusqu’à ce que leurs visages ne soient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Avec un sourire charmeur, il lui donne un petit coup sur le nez avec le sien.

- Bonjour.

- Bonjour, répond Lila, la voix encore pleine de sommeil.

Il se penche vers elle et pose ses lèvres sur les siennes, s’attardant un moment pour prolonger ce moment plein de tendresse. Lila se rapproche et passe une main derrière sa nuque, mais après quelques secondes, le jeune homme se recule lentement en faisant une grimace de déception.

- Il faut vraiment que j’aille aux toilettes.

Tout en riant, Lila le lâche et Gabriel descend du lit. Il se lève et s’étire, torse nu, avant de rejoindre la salle de bain. Elle ne se souvient pas de l’avoir vu enlever son t-shirt la veille, mais elle était tellement épuisée émotionnellement après avoir remué le passé, qu’elle s’est endormie instantanément. La jeune femme a tout le loisir d’admirer les muscles bien dessinés sur son torse quand il passe devant elle. Les rayons de soleil qui éclairent la pièce d’une chaude lumière, font naître des reflets blonds dans ses cheveux châtains. Encore sur un petit nuage, Lila repose la tête sur les oreillers, le sourire aux lèvres. Cette journée commence très bien. Puis, distraitement elle attrape son téléphone sur la table de chevet à côté d’elle et le déverrouille. Son regard est attiré par l’heure. Son cœur fait un raté, puis s’affole. Il est plus de dix heures du matin. Elle se redresse vivement, horrifiée. Mon Dieu, les clients de la chambre d’hôtes ! pense-t-elle paniquée. Lila saute du lit et commence à courir dans tous les sens pour trouver des affaires à se mettre. Au même moment, Gabriel ressort de la salle de bain en baillant.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demande-t-il en voyant la jeune femme s’agiter.

- On ne s’est pas réveillés. J’ai jamais été aussi en retard de toute ma vie. Que vont dire nos clients en voyant que le petit déjeuner n’est pas prêt ?

Gabriel jure à voix basse et commence à récupérer ses vêtements, quand le regard de Lila est attiré par le clignotement de son portable. Elle consulte sa messagerie et soupire de soulagement en se laissant tomber sur le lit.

- Ambre m’a envoyé un message qui dit, je cite : « Restez au lit autant de temps que vous voulez, profitez, je gère. De toute façon, j’ai pas dormi donc autant m’occuper l’esprit. Tout est sous contrôle, prenez votre temps. »

Gabriel sourit de toutes ses dents, visiblement heureux de pouvoir encore profiter de la bulle de douceur qu’ils ont créé depuis la veille. Lila ne prend pas le peine de préciser la suite du message d’Ambre. Cette dernière n’a pas pu s’empêcher d’ajouter : « Si besoin, je vous ai laissé des capotes dans le tiroir du secrétaire sur le palier ». Lila secoue la tête partagée entre amusement et exaspération. Gabriel la sort de sa rêverie en prenant la parole.

- Ça te gêne si je prends une douche rapide ?

- Pas du tout, fais comme chez toi. Je vais te chercher une serviette.

Il la remercie et ferme la porte de la salle de bain derrière lui. Lila se lève et part fouiller dans son armoire à la recherche d’une serviette convenable et pas ces torchons qu’elle traine depuis des années et qui sont à moitié troués. Elle entend couler l’eau dans la pièce à côté. Son esprit s’emballe et elle s’imagine Gabriel, nu sous le jet d’eau, des goutes traçant de long sillons le long de ses bras, de son dos, de ses hanches... Il fait tout à coup très chaud dans la chambre. Elle serre le tissu dans ses mains et se rapproche de la porte le cœur battant. Sa main reste en suspens sur la poignée quelques secondes.

- Et puis merde, dit Lila tout bas.

Elle ouvre sa table de chevet et attrape quelque chose à l’intérieur. Sans se laisser le temps de réfléchir, elle entre discrètement dans la salle de bain. La pièce est baignée de lumière grâce à deux grandes ouvertures dans le toit. La baignoire blanche juste en dessous les velux est vide. Gabriel est de dos, dans la douche en face d’elle, les jambes légèrement écartées. Cette vision affole le cœur de Lila, qui se fait la promesse intérieure de la garder gravé à jamais dans son esprit. Il ne l’a pas entendu arriver. Sans faire de bruit, elle pose ce qu’elle a dans les mains sur le lavabo et se débarrasse de ses habits en les laissant tomber au sol. Son cœur bât aussi vite que si elle faisait une course à pied. Elle reste immobile quelques instants pour contempler le corps de Gabriel. Finalement, Ambre n’a pas totalement tort quand elle le compare à un dieu. Sa hanche droite est un peu plus marquée que l’autre, ses fesses sont musclées mais plates, pleins de petites imperfections qui le rendent parfait aux yeux de Lila. Elle se rapproche et se glisse derrière lui. Elle pose ses mains sur ses épaules et lui embrasse le dos. Gabriel sursaute et se retourne précipitamment. En la voyant, il écarquille les yeux, ouvre la bouche pour dire quelque chose mais s’arrête net en remarquant qu’elle est nue. Il la contemple du haut de son mètre quatre-vingt-cinq sans rien dire. La jeune femme se sent rougir sous ses yeux inquisiteurs. La chaleur lui monte aux joues et elle détourne le regard, gênée. Et s’il n’aime pas ce qu’il voit ? se demande-t-elle avant que cette pensée ne soit chasée par ce qu’elle a sous les yeux. Ok, il est parfait en tout point. Puis, Gabriel se remet à bouger lui relevant le menton avec un doigt, la forçant à le regarder en face. Ce qu’elle voit lui coupe le souffle. Ses iris ont pris une couleur sombre, orageuse, ses pupilles sont dilatées par le désir. Sans plus attendre, Lila fond sur sa bouche. Entraîné par son élan, Gabriel recule et touche le mur derrière lui. Il lui attrape la taille et répond à son baiser, d’abord doucement, avant d’y mettre plus de force et d’ardeur. Le jet d’eau coule au-dessus de leurs têtes, plaquant les cheveux de Lila contre ses joues et son front. La chaleur de l’eau se mêle à leurs corps brûlants. Leur baiser est électrique, leurs langues jouent l’une avec l’autre dans une danse complexe et sensuelle. Au bout de quelques minutes, Lila se recule, haletante. Elle n’y tient plus, elle a besoin d’explorer la peau de Gabriel. Elle laisse glisser ses mains sur ses bras, sur son torse, dessinant de ses doigts chaque courbe, chaque creux. En même temps, elle dépose une pluie de baiser sur ses épaules, lèche la peau tendre de son cou, goûtant au doux parfum de sa peau. Gabriel se tend sous ses caresses, gémit quand elle dessine de petits cercles avec sa langue sur ses pectoraux, s’approchant dangereusement de ses tétons, avant de les titiller doucement. Elle le sent durcir contre elle, lui arrachant un sourire de satisfaction. Pour l’instant, c’est elle qui mène la danse et elle aime ça. Elle n’a jamais été très entreprenante au lit, se laissant souvent guidée. Pas qu’elle soit soumise ou qu’elle soit passive, loin de là, mais quand elle était avec Maxime, il aimait avoir le contrôle et prendre les choses en main. Et comme pour tout, elle le laissait faire…

- Eh, reviens avec moi ma puce, dit tendrement Gabriel en lui relevant le visage.

Elle essaye de se raccrocher à son regard lumineux, à sa bouche sensuelle qui l’appelle, à sa voix profonde et enivrante, pour s’arracher aux griffes des ténèbres qui tentent de l’ensevelir de nouveau. Lila esquisse un faible sourire factice, en vain. Pour toute réponse, Gabriel la prend dans ses bras, simplement, juste pour lui montrer qu’il est là.

- Je ne te ferais jamais de mal.

- Ne fais pas de promesse que tu n’es pas sûr de pouvoir tenir, répond Lila contre son épaule en étouffant un sanglot

- D’accord, alors je vais modifier ce que j’ai dit. (Il la fait reculer pour la regarder dans les yeux). Jamais je ne te ferais volontairement du mal. Peut-être que malgré moi je te ferais souffrir, et peut-être que tu me feras souffrir aussi, on ne peut pas savoir, mais sache juste que de mon côté, ce ne sera jamais intentionnellement. Mais ça vaut la peine d’essayer non ?

Lila hoche la tête et se mord la lèvre inférieure. Gabriel arrive à la rassurer, à la maintenir ancrée dans le moment présent, comme personne n’a réussi avant lui.

- A quoi tu penses ? demande le jeune homme en voyant qu’elle le fixe sans rien dire.

- J’étais juste en train de me dire que j’étais peut-être enfin tombée sur une perle rare.

Gabriel ouvre les yeux, surpris, puis ses lèvres s’étirent en un sourire malicieux. Il pose une main sur ses reins et la rapproche de lui, jusqu’à ce que les seins de Lila viennent toucher son torse.

- Et que compte tu faire de cette perle maintenant que tu l’as trouvée ?

- Oh, j’ai pleins d’idées. Mais avant tout, il me semble qu’on n’a pas fini ce qu’on a commencé.

Les yeux de Gabriel s’illuminent et avant qu’il ne puisse répliquer, Lila glisse une main entre eux et s’empare de son sexe tendu, le faisait sursauter et grogner. Elle entame de lents va et vient, change de rythme et de pression au grès des réactions du musher. Elle frissonne de plaisir en voyant l’effet de ses gestes. Gabriel a les yeux fermés, la tête basculée en arrière, dévoilant son cou où Lila s’empresse de plonger la tête pour le dévorer de baiser. Dans un murmure roque, Gabriel gronde :

- Tu me rends dingue.

Cette déclaration déclenche une décharge électrique puissante dans tout son corps, se répandant comme une trainée de poudre et vient embraser son intimité. Dans un mouvement fluide, Gabriel s’empare de ses hanches et lui plaque le dos contre la paroi en verre derrière elle. La surface est froide et humide. Elle sent les goûtes d’eau et de condensation dégouliner le long de sa colonne vertébrale, sur sa peau hypersensible. Gabriel l’embrasse, sur la joue d’abord, puis trace la ligne de sa mâchoire, s’attarde juste en dessous de son oreille, puis revient vers sa bouche, qu’il possède lentement, sensuellement. Le cœur de Lila s’emballe, son corps réagit instinctivement aux caresses et elle se cambre pour diminuer la distance entre leurs corps. L’eau qui coule sur ses épaules et son corps bouillant exacerbe ses sens. Elle plonge les mains dans les cheveux mouillés de Gabriel, alors qu’il continue sa longue torture, explorant chaque parcelle de son cou, de ses épaules, de son ventre et de son dos où il laisse glisser ses mains, s’arrêtant juste à la naissance de ses fesses. Lila retient son souffle, mais il remonte lentement le long de sa colonne vertébrale, la laissant sur sa fin. Puis, tout en l’embrassant à pleine bouche, il s’empare de sa poitrine, en fait d’abord le contour doucement, puis exerce une pression plus importante, jouant avec les tétons durcis de la jeune femme avec ses pouces. Lila se cambre dans un gémissement, s’appuyant contre son érection. Elle n’a plus qu’une envie, qu’une pensée, le sentir en elle, mais Gabriel semble vouloir prendre son temps. Tout en laissant une main sur sa poitrine, il descend l’autre le long de son ventre, en l’effleurant à peine du bout des doigts. Les décharges se font plus intenses, la respiration de Lila plus saccadée, jusqu’à ce que le beau blond fasse glisser ses doigts sur sa vulve. Alors, son souffle se coupe. Elle ferme les yeux et relève la tête en arrière, savourant les sensations que Gabriel fait naître en elle a mesure qu’il stimule son clitoris avec ses doigts agiles. Puis, durant une seconde de lucidité, la jeune femme arrive à articuler quelques mots à voix basse.

- Si on continue à utiliser l’eau chaude, Ambre va nous tuer.

Gabriel rit dans son cou et coupe l’eau en tendant une main sur le côté. Le silence de la pièce devient assourdissant, seuls se font entendre les souffles affolés des deux amants. Lila frissonne à la fois de plaisir, mais aussi de froid appuyé contre le verre. Gabriel remarque les poils dressés sur ses bras et la prend par la main pour la faire sortir de la douche. Ses cheveux mouillés sont plaqués sur son front. Lila ne résiste pas à l’envie de dégager ses magnifiques yeux et lui écarte les mèches mouillées vers l’arrière. Ils se fixent un moment, sans rien dire. L’intensité que Lila lit dans son regard est telle, que son corps se réchauffe instantanément, s’embrase comme une allumette qu’on vient de craquer. Gabriel doit ressentir la même chose car il grogne, s’empare du drap de bain et l’étend sur le sol, faisant voler un petit carré argenté qui se pose à leurs pieds. Lila se penche pour le ramasser. Gabriel tend la main pour s’en saisir, mais la jeune femme le garde et lui fait un clin d’œil complice. Elle l’ouvre et s’empare du préservatif. D’un geste sur, elle le fait glisser sur le sexe de Gabriel qui a le souffle coupé à son contact. Il prend Lila dans ses bras et la fait basculer en arrière, l’accompagnant jusqu’à ce qu’elle soit couchée sur la serviette, à même le sol. Positionné au-dessus d’elle, retenu par ses mains de chaque côté de sa tête pour ne pas l’écraser, Gabriel à le visage sérieux.

- Tu es sûre de toi ? lui demande-t-il.

- Je n’ai jamais été aussi sûre de ma vie. Et toi ?

Pour toute réponse, Gabriel lui écarte les jambes, se positionne à l’entrée de son vagin et pousse ses hanches vers l’avant pour la pénétrer doucement, lentement, savourant chaque centimètre. Lila gémit et son corps est parcouru de frissons. Gabriel prend son temps, imposant un rythme lancinant à la jeune femme. Il ne la quitte pas des yeux une seule seconde. Chaque va et vient est une décharge électrique dévastatrice. Lila s’accroche à son dos de toute ses forces, allant même jusqu’à enfoncer ses ongles dans la peau tendre de ses hanches, ce qui fait gémir de plaisir Gabriel. Au fur et à mesure qu’il augmente la cadence, les tremblements de Lila se font plus intenses. Elle relève les jambes pour lui permettre de la pénétrer toujours plus profondément. Gabriel réagit à ce changement de position et laisse échapper un grognement. Tous deux sont sur le point de craquer, elle le sent. Comme pour lui répondre, il se penche en avant et l’embrasse, mêlant ainsi leurs langues, leur sueur et leurs émotions. Il lui prend la main et remonte son bras au-dessus de sa tête. Le rythme de ses hanches se fait plus pressant, son souffle plus agité. Il entremêle leurs doigts et ce simple geste fait monter les larmes aux yeux de Lila. Il est à la fois tellement naturel et intime qu’une vague d’émotion l’envahit. Elle voudrait que le temps ralentisse. Elle embrasse Gabriel, essayant de lui rendre tout le bonheur qu’il fait naître en elle. Et après une dernière poussée forte et puissante, le jeune homme se fige en laissant échapper un râle de plaisir qui électrise Lila et lui envoi des centaines de décharges dans toutes ses terminaisons nerveuses. Elle observe l’homme qui lui fait face, le visage tendu par l’orgasme qui le traverse et se dit qu’elle n’a jamais rien vu d’aussi beau. Puis, lentement, il reprend son va et vient, détache ses doigts des siens pour aller titiller son clitoris. En quelques seconde, le corps de Lila se crispe et une vague de plaisir vient la submerger, lui arrachant un cri de surprise et de délivrance. Elle n’entend plus que son cœur battre à ses oreilles et son souffle saccadé.

Gabriel lui dépose des dizaines de baisers sur le visage, le sourire aux lèvres, avant de se retirer lentement et de se lever pour se débarrasser du préservatif. Lila se redresse sur les coudes pour ne pas le quitter des yeux. Il revient vers elle et lui tend les mains pour l’aider à se lever. Il dégage une mèche de cheveux de devant ses yeux et l’enlace. Leurs corps nus et humides, mélange de sueur et d’eau, sont chauffés par les rayons du soleil qui transpercent la pièce.

- J’aimerais que ce moment dure éternellement. C’est l’un des plus beaux de ma vie, déclare Lila avec une sincérité qui la surprends elle-même.

Gabriel se recule légèrement pour la regarder en face. Ses joues sont roses, mais elle n’arrive pas à savoir si c’est dû à leurs ébats ou à ce qu’elle vient de lui dire. Il pose une main sur sa joue et son pouce vient jouer avec sa lèvre inférieure. La jeune femme frissonne de nouveau. Puis, ses yeux d’un bleu envoutants la fixent d’une intensité nouvelle.

- Je crois que tu es en train de me faire tomber amoureux de toi.

***

Il est onze heures passé quand Lila et Gabriel se décident enfin à redescendre de leur petit nuage. En parcourant la maison, Lila a une impression étrange. Tout est trop calme. La maison semble retenir son souffle, alors que d’habitude elle est toujours pleine de vie et de bruit. C’est étrange, mais en même temps reposant, comme si elle voulait retenir encore un peu la bulle de bonheur qui l’entoure depuis le matin. En arrivant au rez-de-chaussée, Lila s’étonne toujours du silence qui règne. Elle entend Gabriel prendre une inspiration pour parler derrière elle, mais l’arrête. D’un léger mouvement de tête elle lui désigne le canapé du salon. Ambre est recroquevillée sur un côté, les bras sous sa tête, profondément endormie. Sans faire trop de bruit, le couple se dirige vers la cuisine.

- Je comprends pourquoi tout paraît si calme, déclare Lila.

- La tornade fait beaucoup moins de bruit endormie, rit Gabriel en s’installant sur un tabouret.

Lila lui donne une tape sur l’épaule en secouant la tête.

- Elle doit vraiment être crevée pour dormir ainsi. Tu veux boire quelque chose ? demande-t-elle en faisant le tour du plan de travail pour attraper la bouilloire et la remplir.

- Juste un verre d’eau ça ira, mais je peux aller me le chercher moi-même.

Avant qu’il ne puisse se lever, il se retrouve avec un verre d’eau fraiche dans les mains. Lila s’installe à côté de lui, une tasse de thé fumant devant elle. Gabriel sort son téléphone de la poche de son jean et le consulte un moment.

- Ça y est, je viens de recevoir la confirmation de mon inscription pour la dernière course de l’année.

- Celle qui a lieu début mai ?

- Oui, celle-là même.

- Comment vous faites à cette saison ? La neige fond.

- On fait avec des traineaux à roues. Si tu as envie, tu pourrais m’accompagner. Tu verrais comment ça se passe au moins.

Gabriel la fixe, un grand sourire aux lèvres, en attendant sa réaction.

- Il faut que je regarde mon agenda, mais ça serait avec grand plaisir.

Le sourire de Gabriel s’étire sur ses lèvres, dévoilant ses dents blanches et illuminant ses yeux. Lila se penche vers lui, pose une main sur sa cuisse et l’autre à plat sur la table, de sorte à rapprocher son visage du sien.

- S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, lui murmure-t-elle avant de l’embrasser doucement.

- Ça et beaucoup d’autres choses…

- Ah oui ? Tu peux développer ? continue Lila, avant de reposer ses lèvres sur celles de Gabriel avant qu’il ne puisse répondre.

Ce dernier attrape le tabouret sur lequel elle est assise et le tire vers lui, le faisant glisser sur le carrelage pour la rapprocher le plus près possible. Lila se laisse enivrer quelques minutes par la chaleur émanant de leurs corps serrés l’un contre l’autre, avant d’entendre un bruit et de sursauter. Noah se tient assis en face d’eux, les deux coudes posés sur la table, sa tête enfouie dans les mains, les cheveux en bataille.

- Ne vous dérangez pas pour moi, dit-il d’une voix grave sans relever la tête.

Lila se redresse légèrement. Elle sent ses joues devenir rouges, mais laisse tout de même sa main sur la cuisse de Gabriel, qui sourit face à son ami.

- Le réveil est difficile ? demande-t-il.

- Chut… parle moins fort s’il te plait, grogne Noah.

- En même temps, tu l’as bien cherché, vu ce que tu t’es enfilé hier soir, rit Gabriel sans baisser le ton pour autant.

- Tu veux manger quelque chose ? demande Lila sur un ton plus doux.

A l’idée d’avaler quelque chose, Noah a un haut le cœur et grimasse.

- Ok, juste de l’eau alors, dit-elle en se levant et en allant vers l’évier.

En se mettant sur la pointe des pieds pour atteindre le placard, Lila percute une casserole sur le plan de travail, qui tombe dans l’évier avec un bruit fracassant. Noah grogne longuement en se bouchant les oreilles, le front posé sur le marbre noir.

- Pardon, pardon, dit Lila précipitamment en remettant tout en place.

- C’est quoi tout ce raffut ?

Ambre pénètre dans la cuisine. Ses cheveux sont attachés en une queue de cheval, d’où s’échappent de nombreuses mèches rebelles. Elle a les traits tirés et des cernes profondes et violettes s’étalent sous ses yeux gonflés. En l’entendant arriver, Noah relève la tête. Les mêmes cernes sont présentes sur son visage. Il tente de dire quelque chose, mais Ambre lui passe devant sans un regard. Elle se dirige vers le cellier et en ressort quelques secondes plus tard. Elle pose une petite pastille blanche devant le verre de Noah et le fixe avec un regard noir. Il souffle et coopère en prenant son médicament contre le mal de tête. Une fois son verre à moitié vidé, Ambre s’en empare pour faire la même chose. Elle repose le verre avec un bruit sourd qui fait grimacer Noah.

- La journée va être longue, dit le jeune homme en soupirant.

- A qui la faute ? réplique Ambre d’un ton cassant en ouvrant le frigo derrière lui.

Noah se retourne sur le tabouret pour lui faire face.

- Ça se passe comment, tu vas m’agresser comme ça toute la journée ? Parce que si c’est le cas, je me barre ! J’ai pas la tête à entendre tes piques, là tu vois.

- Non, mais je rêve (Ambre claque la porte du frigo, ce qui fait tinter les bouteilles à l’intérieur et se place face à Noah). Est-ce qu’au moins, avant de me faire une scène, tu peux me dire quels sont tes souvenirs de la soirée d’hier et de la nuit ?

Le jeune homme plisse les yeux, dans une tentative veine de concentration. Ambre ne le lâche pas du regard, attendant une réponse. Lila et Gabriel restent silencieux, en simple spectateurs pour ne pas aggraver la situation. Après de longues minutes de réflexion intense, Noah soupire fortement et repose sa tête sur la table.

- Le dernier truc que je me rappelle, c’est être entrée dans le bar et d’avoir fait un jeu d’alcool avec des mecs à côté des tables de billard. J’ai un vague souvenir d’avoir monté les escaliers à l’arrière de la maison aussi… mais c’est très flou. Et puis plus rien jusqu’à ce matin, avec ce terrible mal de crâne.

- J’en étais sûre, souffle Ambre. Tu me prends la tête alors que c’est toi qui n’a pas su t’arrêter.

- Oh ça va, c’est qu’une cuite. Tu vas pas me faire chier avec ça quand même ! C’est pas la première et ça sera pas la dernière.

- Tu me soûle Noah quand t’es comme ça, râle Ambre en se dirigeant vers un tabouret, avant de s’y affaler dessus avec un bâillement.

- J’ai quand même une question, pourquoi tu as une tête pire que la mienne, alors que je suis sûr que tu n’as pas pris de cuite toi ?

Lila se doute que Noah ne va pas apprécier la réaction d’Ambre. Elle tente de le faire comprendre à Gabriel en lui donnant une légère pression sur la cuisse. Il lui lance un regard interrogateur au moment où Ambre envoie une claque à l’arrière du crane de son compagnon. Ce dernier grogne avant de la fixer dans une expression à mi-chemin entre la surprise et l’exaspération.

- Eh ! Pourquoi t’as fait ça ?

- Pourquoi ? Parce que peut-être que Monsieur ne se rappelle pas de sa soirée, mais moi je m’en souviens très bien et dans les moindres détails.

Gabriel retient un rire en voyant l’expression d’horreur se dessiner sur son visage. Noah se tourne vers lui et lui demande, paniqué :

- Putain, qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai merdé ?

- Tu veux parler de la belle blonde à qui tu as montré tes tatouages ? dit Gabriel en souriant.

Lila lui donne une tape sur la jambe, mais ne peut que sourire face à la malice du musher. Il a eu l’effet qu’il voulait avoir. Tout le sang quitte le visage de Noah, qui se tourne, tendu vers Ambre. Cette dernière le fixe quelques longues secondes, silencieuse, les sourcils levés. Puis explose de rire. Les épaules de Noah se détendent légèrement.

- Tu verrais ta tête. Heureusement pour toi, je suis intervenue avant que cette sangsue ne s’accroche trop à toi.

- Et donc… tu m’en veux pour autre chose ? demande prudemment Noah.

- Peut-être pour la nuit blanche que tu m’as fait passer et pour la migraine que ça me cause. C’est un bon motif d’énervement non ?

- Comment ça la nuit blanche ?

- Oh voyons voir… (Ambre se tapote le menton avec son index). D’abord tu as passé à peu près deux heure à te vider l’estomac dans les toilettes. Comme berceuse, j’ai connu mieux. Puis, quand enfin tu es venu te coucher, tu as passé la nuit à bouger dans tous les sens tout en parlant. Une vraie pipelette !

Noah est d’abord surpris, puis il se tend de tout son corps, avant de demander d’une voix basse :

- Qu’est-ce que j’ai dit dans mon sommeil ?

- La plupart du temps, tu baragouinais des choses incompréhensibles… (après une légère hésitation, Ambre reprend prudemment). Et puis tu parlais dans ta langue maternelle, enfin je crois…

- Tu sais ce que j’ai dit ? demande Noah, très sérieux.

- Pas vraiment, je ne connais que quelques mots. Mais je me souviens que tu répétais souvent peho.

Noah secoue la tête, mais n’ajoute rien de plus, aucune explication, ni traduction. Ambre patiente quelques secondes, puis demande :

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Attends.

Ambre fronce les sourcils, mais avant de pouvoir faire une remarque, elle est coupée par Noah.

- Peho veut dire attends. Je ne sais pas à quoi je pensais en disant ça.

- D’accord. Et warawik ? continue Ambre.

- Euh… ça veut dire loin. Je disais ça aussi ? Ça ne veut vraiment rien dire, je devais être dans les vaps complet, se justifie Noah.

Un long silence se fait dans la cuisine. Noah semble absorbé dans des pensées lointaines. Ambre s’arrache les petites peaux autour de ses ongles, signe que quelque chose la stresse. Lila sent Gabriel devenir mal à l’aise à côté d’elle et s’agiter sur sa chaise.

- C’est qui pour toi Tadi et Yuma ? demande Ambre de but en blanc.

Lila sentant la tension remonter en flèche, elle prend la main de Gabriel et se lève.

- On va vous laisser parler tranquillement, dit-elle.

- Oui, de toute façon je vais pas tarder à y aller. Il faut que j’aille m’occuper de ma meute.

Ambre les remercie avec un signe de tête et un sourire. Elle est reconnaissante à Lila d’avoir compris que la conversation allait prendre une tournure autre. Elle les voit s’éloigner dans l’entrée et monter l’escalier pour aller récupérer les affaires de Gabriel. Elle se tourne alors vers Noah qui a le teint de plus en plus pâle. Il n’a vraiment pas l’air bien, mais elle ne sait pas si c’est dû à sa cuite ou au sujet de la conversation. Un mélange des deux surement.

- Alors ? le presse-t-elle gentiment.

- On a grandi ensemble. Ce sont mes plus vieux amis, enfin… c’était mes amis.

- Tu ne m’as jamais parlé d’eux. Pourquoi ?

- Parce que, comme je t’ai dit, on n’est plus amis. Je ne les vois plus depuis un moment, déclare Noah sur la défensive.

Ambre lui pose une main apaisante sur le bras.

- Je ne veux pas qu’on se dispute, je veux juste comprendre ce qui se passe. Je te connais, si tu as fini dans cet état hier soir, c’est parce que quelque chose t’a vraiment perturbé.

- Je sais, excuse-moi, dit Noah en lui lançant un regard en biais. C’est juste que de les revoir, ça m’a fait un choc et ça a fait remonter à la surface les souvenirs. Tu sais, quand on été petits, on été tout le temps fourrés ensemble à faire des bêtises. Nos mères ne commençaient à s’inquiéter que quand il en manquait un sur les quatre.

- Les quatre ? demande Ambre perdue.

- Oui, au départ on était quatre, puis la vie à fait que…

- D’accord, merci beaucoup.

Noah se tourne vers Ambre, surpris.

- Pour ?

- Pour t’être confié sur ton passé. Je sais que c’est dur pour toi, alors merci de me faire assez confiance pour le faire, lui dit-elle avec un faible sourire.

Noah lui attrape doucement la nuque et pose son front contre le sien. Ambre se perd un moment dans son regard vert hypnotisant, strié de paillettes d’or malgré la fatigue. Ils restent comme ça un moment, à se contempler sans se parler, juste à être là l’un pour l’autre. Ils sont ramenés à la réalité par le bruit de la porte d’entrée qui se ferme. Noah se recule légèrement et avant de la lâcher, lui dépose un long baiser sur le front qui fait augmenter le rythme cardiaque de la jeune femme. Il se lève en grimaçant et se dirige vers le salon d’un pas trainant. Ambre entend le bruit éloigné de la télé quand Lila revient dans la cuisine.

Elle est concentrée sur le courrier et en pose une partie sur la table. Ambre s’empare de quelques lettres pour voir ce qu’elles contiennent. La plupart sont des factures à payer. Encore et toujours de l’argent à sortir, mais pas tellement qui rentre. Une fois toutes ouvertes, elle relève la tête vers Lila qui est en train de lire une lettre, les sourcils froncés.

- Qu’est-ce qui se passe ? demande Ambre

- C’est le retour de la municipalité pour le permis de construire du magasin de producteur. Ils nous le refusent.

- Quoi ?! Mais pourquoi ? On a fourni toutes les pièces demandées pourtant. On a vérifié dix fois avant de l’envoyer.

- Je ne comprends pas. Ils disent que c’est une question règlementaire et qu’on va être contactées par un notaire. Tiens regarde.

Lila lui tend le papier. Ambre le parcours, essayant de comprendre ce qu’il se passe. Elle regarde son amie et ses yeux renvois la même incompréhension et crainte.

- Je le sens pas, dit Lila en même temps qu’Ambre soupire : J’ai un mauvais présentiment.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Bérengère . ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0