Chapitre 14

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Le bruit répétitif et lointain d’un téléphone qui sonne vient tirer Ambre de son sommeil. Elle tend le bras vers sa table de chevet pour attraper son portable, mais trop tard. Elle consulte l’écran et se rend compte, après plusieurs secondes à le fixer, que ce n’est pas le sien. Elle le repose après avoir consulté l’heure : six heures du matin. Le son se fait entendre de nouveau. Ambre se tourne sur le côté gauche et tend son bras vers la silhouette sous les couvertures à côté d’elle.

- Noah, ton téléphone, dit-t-elle en le secouant légèrement, la voix encore pleine de sommeil.

- Mmmm.

Le jeune homme marmonne, mais ne bouge pas. Il reste allongé sur le ventre et passe la tête sous son oreiller. Ambre commence à se rendormir, mais la petite musique reprend de plus belle. Qui peut bien l’appeler à cette heure ? se demande-t-elle. Ça a l’air important quand même. Réveillée pour réveillée, elle se décide à aller voir. Elle se lève et une vague de froid vient caresser son corps nu, la faisant frissonner de toute part. L’aube qui pointe le bout de son nez éclaire la chambre d’une lueur blanche diffuse. Ambre regarde dans la pièce à la recherche du pantalon de Noah. Il y a des vêtements étalés partout par terre. Le couvre lit a fini au sol, comme la plupart des coussins. On dirait qu’une tornade a tout dévasté sur son passage. Quand enfin elle le déniche, à moitié sous le lit, elle regarde dans les poches, mais elles sont vides. Elle fait le tour de la pièce en ramassant le linge éparpillé, mais ne trouve pas le téléphone. Elle va dans le salon et le même spectacle s’offre à elle. Elle retrouve son haut pendu sur une lampe. Elle secoue la tête avec un petit sourire rêveur en repensant à sa soirée torride. Elle ramasse le t-shirt de Noah et l’enfile pour se réchauffer. Son homme est tellement grand, qu'il lui arrive aux cuisses. Elle repère alors d’où vient le bruit. Elle sort le portable de Noah de la poche avant de son sweat et consulte l’écran. Le nom d’une personne dont elle n’a jamais entendu parler s’affiche. Ambre se pose alors mille questions : qui-est-ce ? est-ce une fille ? pourquoi elle appelle de si bonne heure ? pourquoi il ne lui a jamais parlé d’elle ? La jalousie et la curiosité la dévore. Elle est bien décidée à obtenir des réponses et se dirige vers la chambre d’un pas résolu. Arrivée dans la pièce elle se stoppe, distraite par ce qu’elle voit. Noah est toujours étendu sur le ventre, mais le drap est descendu et ne couvre plus que ses jambes. La lumière du jour naissant éclaire son dos doré et musclé, où dansent des ombres enchevêtrées. Noah a beaucoup de tatouages, mais celui-ci est sa plus grosse pièce. Il recouvre tout son dos, de la nuque au coccyx. C’est un dessin abstrait et géométrique, fait de triangles, de ronds, de flèches et de points. Un long trait noir suit sa colonne vertébrale. Du côté gauche, les motifs sont pleins, homogènes, réalistes, puis ils viennent se briser contre le trait. De l’autre côté, les dessins éclatent en morceaux, se déforment et créés de nouveaux motifs sombres et torturés. Ce tatouage représente toute la complexité de la personnalité de Noah. Il paraît à l’aise et bien dans sa peau, mais Ambre sait qu’il cache quelque chose au plus profond de lui. Un évènement, une blessure, qui l’a marqué et qui le hante. Elle le voit dans la façon dont son regard change quand il pense que personne ne le voit, dans la façon dont ses muscles se tendent quand elle aborde certains sujets. Ses tatouages recèlent une partie de cette vérité, elle en a la conviction. Comme s’il se sentait observé, Noah se retourne dans le lit et la fixe, les yeux à moitié ouverts. Elle pose les mains sur les hanches, faisant remonter le t-shirt. Le regard de Noah devient taquin, mais avant qu’il ne fasse une remarque, Ambre lui demande froidement :

- C’est qui Yuma ?

Noah se redresse vivement, toute trace d’humour disparue.

- Personne. Donne-moi mon téléphone, dit-il tranchant en tendant la main, sa voix encore plus roque que d’habitude.

Ambre secoue la tête, bien décidée à obtenir des réponses. Et elle doit dire qu’elle ne se sent pas rassurée face à sa réaction.

- Ambre, je ne déconne pas. Donne-moi mon portable.

- Pas avant que tu ne m’ais expliqué qui était Yuma.

Noah soupire de frustration, se lève et s’approche. Instinctivement, Ambre recule. Il a l’air en colère, le visage totalement fermé. Pourquoi il réagit aussi violement ? Pourquoi il veut lui cacher l’identité de cette personne, alors qu’ils se disent tout en principe ?

- C’est qui ? Une de tes ex, c’est ça ? demande Ambre sentant son cœur s’emballer.

Noah pince les lèvres d’agacement.

- Ça ne te regarde pas.

- Pardon ? Une meuf te harcelle à six heures du mat, alors que tu viens juste de rentrer et ça ne me regarde pas ? Une fille dont tu ne m’as jamais parlé, qu’aucun de tes potes n’a jamais mentionné, mais qu’apparemment tu à l’air de très bien connaître. Ne te moque pas de moi Noah !

Ambre est tellement en colère que ses mains tremblent. Mais l’homme en face d’elle, n’a pas l’air de vouloir s’expliquer. Il tente de lui prendre le téléphone des mains, mais elle arrive à l’esquiver en le passant de l’autre côté de son corps. D’un mouvement rapide, il lui empoigne le bras avec force, la forçant à lâcher en lui tordant le poignet.

- Arrête ! Tu me fais mal, dit Ambre paniquée. Lâche-moi !

Noah récupère son portable, les yeux écarquillés de surprise. Après avoir rapidement enfilé son pantalon, il se dirige d’un pas rapide vers la terrasse de l’appartement, accessible depuis la chambre, une main nerveuse dans les cheveux. Il ferme la porte vitrée, laissant Ambre seule, tremblante. Noah n’a jamais été violent avec elle auparavant. C’est la première fois qu’elle a peur de lui. Elle se dit que finalement, elle ne le connaît pas si bien que ça. Il y a toute une partie de lui qu’il ne montre jamais et Ambre commence à s’inquiéter de savoir ce qu’elle renferme. Elle se masse le poignet distraitement, ne quittant pas Noah des yeux. Il porte le téléphone à son oreille et parle frénétiquement, mais trop faiblement pour que Ambre puisse comprendre ce qu’il dit. Elle n’arrive même pas à lire sur ses lèvres, c’est comme s’il ne parlait pas français.

Pour se remettre de ses émotions, la jeune femme décide d’aller prendre une douche chaude. Elle se déshabille et se regarde dans la glace. Elle a une mine affreuse. Ses cheveux sont tout emmêlés, ses yeux sont petits et cerclés de violet, signe qu’elle n’a pas beaucoup dormi. Ses hanches sont couvertes de bleus, tout comme l’intérieur de ses cuisses. Rien d’étonnant vu la nuit qu’elle a passée. Faire l’amour avec Noah est à chaque fois tellement passionné et intense, que son corps en garde des traces. Elle aime ça, elle en demande toujours plus et Noah paraissait insatiable cette nuit. Elle se glisse sous le jet d’eau brulante et laisse les muscles de ses épaules se détendre. Elle essaye de ne pas penser à tout ce qui la fait douter et tente de se concentrer sur la joie de retrouver Noah après tous ces mois de séparation, en vain. Depuis son départ, elle a le mauvais présentiment que quelque chose se trame, mais ne sait pas quoi. Elle suppose que c’est lié à son passé, vu que c’est la seule chose qu’il refuse d’aborder avec elle. Mais quoi ? Il faut qu’elle le découvre, qu’elle arrive à le faire parler. Elle aime Noah de tout son cœur, de tout son être, même si elle ne lui dit pas souvent. Elle voit bien qu’il n’est pas bien et se sent coupable de ne pas réussir à apaiser ses peurs. Après une éternité, elle sort enfin de la douche. La buée a envahi le miroir, mais elle se sent un peu plus détendue. Elle enroule ses cheveux dans une serviette et fait de même avec son corps. En se dirigeant vers le dressing derrière le lit, elle s’aperçoit que Noah est assis dans un des fauteuils en cuir du salon, les coudes sur les genoux, la tête dans les mains. Elle est tiraillée par deux sentiments opposés. D’un côté, elle a envie d’aller le réconforter, de comprendre ce qui le ronge et de prendre un peu de sa douleur. De l’autre côté, elle lui en veut de lui cacher des choses qu’elle sent importantes, de lui mentir, et de lui avoir fait mal délibérément. Ce dernier l’emporte haut la main. Elle s’habille en ruminant, ne faisant que vaguement attention aux vêtements qu’elle enfile. De nouveau dans la salle de bain pour finir de se préparer, elle remarque qu’elle a opté pour un pull noir à col roulé et un pantalon à carreaux rouge. Elle entreprend de se sécher les cheveux quand elle voit dans le miroir Noah passer derrière elle, enlever son pantalon et entrer sous la douche. Ni lui, ni elle, ne parlent. Ambre ne veut pas briser le silence la première, c’est l’une de ses règles d’or. Ne jamais faire le premier pas, si ce n’est pas elle qui a provoqué la bagarre. Comme la plupart du temps, elle est de mauvaise foi et têtue, cela peut durer longtemps. Noah sort de la douche et enroule sa taille dans un drap de bain blanc. Ambre essaye de ne pas fixer son corps, parce qu’elle sait qu’il est capable de lui faire perdre tout contrôle. Elle attaque à se maquiller, Noah toujours planté derrière elle. Elle l’ignore et au bout d’un long moment de silence, il ouvre enfin la bouche.

- Je suis désolé.

Il fixe son reflet, mais la jeune femme n’est pas décidée à l’écouter. Elle reste concentrée sur son far à paupière marron, qu’elle estompe avec un pinceau. Noah reste là, les bras ballants, sans savoir quelle attitude il doit adopter.

- Ambre, je suis vraiment désolé pour ma réaction de tout à l’heure.

- D’accord, déclare la jeune femme froidement, sans lui accorder plus d’attention.

- C’est tout ?

- Qu’est-ce que tu attends de plus ? Que je te fasse pleins de bisous, que je te dise que je passe l’éponge. Excuse-moi, mais je ne peux pas, s’énerve Ambre en montant le ton.

Face à la réaction de sa compagne, Noah à un mouvement de recul.

- Qu’est-ce que je dois dire alors ? Qu’est-ce que je dois faire ? A peine on se retrouve qu’on se déchire déjà, je n’ai pas envie de ça, dit le beau brun en haussant la voix à son tour.

- Je n’en sais rien Noah, déclare Ambre tranchante, tout en traçant un trait d’eye-liner épais d’un geste assuré. Il fallait y penser avant de me traiter comme une inconnue dans ton lit, que tu aimerais voir partir sans faire de bruit au petit matin.

Elle se retourne face à lui et croise les bras en s’appuyant contre le lavabo.

- Tu crois quoi, que ça me fait plaisir qu’on s’engueule déjà, après seulement une nuit ? Je ne sais pas comment on peut passer d’un moment magique comme hier soir, à ça, dit Ambre en faisant un geste du bras pour parler de leur dispute.

La jeune femme n’arrive pas à se calmer. Elle ne comprend pas la réaction de Noah et le fait de le voir s’excuser comme si de rien n’était l’énerve encore plus. La salle de bain lui paraît tout à coup trop petite, le corps de Noah trop près. Elle a besoin d’espace pour arriver à canaliser ses pensées. Elle regarde le métis en face d’elle quelques secondes, puis quitte la pièce.

- Tu vas où ? questionne-t-il en lui emboitant le pas. On n’a pas fini de parler.

- J’ai besoin d’un peu d’air, sinon je crois que je vais faire ou dire quelque chose que je vais regretter.

Les deux amants ne se parlent pas pendant un long moment. Noah part s’habiller dans la penderie, pendant qu’Ambre entreprend de ranger l’appartement, ressassant inlassablement leur dispute. Elle est en train de faire le lit, lorsque Noah apparait dans son champ de vision, les mains dans les poches de son jean.

- C’est bon, tu es calmée ? On peut parler entre adultes ? demande le jeune homme avec un sourire taquin pour détendre l’atmosphère.

- Ne me parle pas comme si j’étais une enfant Noah ! s’énerve Ambre en se relevant vivement pour lui faire face.

Intérieurement, la jeune femme fulmine. Elle a l’impression que la situation tourne en rond et que Noah fait exprès de ne pas comprendre. Plus elle s’agace, plus il s’énerve et plus les choses s’enveniment.

- Mais bon sang, je ne comprends pas pourquoi tu te mets dans un tel état pour si peu, s’exaspère le jeune homme.

- Parce que tu prends tout à la rigolade, alors que c’est sérieux.

- Qu’est-ce que tu veux de plus ? D’accord, j’ai déconné ce matin, je n’aurais pas dû te parler comme ça, mais je me suis excusé. Tu attends quoi ? Des excuses manuscrites ? Que je me mette à genoux et que je te supplie de me pardonner ? Franchement, c’est ridicule.

- Arrête, tu sais très bien qu’il ne s’agit pas de ça, s’agace Ambre.

- C’est quoi alors ? Explique-moi, parce que franchement, je commence à perdre patience.

- Toi, tu perds patience, s’exclame Ambre avec un rire amer. Qu’est-ce que je devrais dire alors ? C’est toi qui cache des choses, pas moi.

Chacun d’un côté du lit, Ambre et Noah se toisent. Aucun des deux ne semble vouloir baisser le regard, ni reprendre la parole. La jeune femme est tellement énervée, que tout son corps tremble. Elle sent les larmes lui monter aux yeux. Il faut qu’elle se calme et qu’elle respire profondément.

- Si on pouvait avancer, ça m’arrangerait. J’ai plein de trucs à faire aujourd’hui, s’impatiente Noah.

- Ok, tu sais quoi, ça ne sert à rien de discuter avec toi. Tu ne veux rien comprendre, se résigne Ambre en secouant la tête.

Elle évite le regard de Noah et sort de l’appartement sans se retourner en claquant la porte.

***

Essoufflée, Lila pénètre dans la salle en s’excusant. Sur ses talons, Ambre traine des pieds en soufflant. Elle se dirige vers le fond et déroule son tapis. Son amie l’imite, puis se penche vers elle :

- Tu peux me rappeler pourquoi tu m’as trainé à ton cours de yoga ?

- Pour que tu décompresse. Maintenant, tais-toi, on s’est assez fait remarquées en arrivant en retard.

- Eh, ce n’est pas de ma faute si le groupe de marcheurs s’est perdu et a mis deux heures pour arriver. Tu aurais très bien pu venir sans moi, s’offusque Ambre.

Lila fait comme si elle ne l’avait pas entendue et s’assois en tailleur, se concentrant sur la professeure en face d’elle. C’est une femme d’une quarantaine d’année, petite, avec un visage rond et jovial.

- Bonsoir à toutes, commence-t-elle d’une voix douce et bienveillante. Et bienvenue aux nouvelles têtes, ajoute-t-elle en fixant Ambre avec un sourire.

Tous les visages se tournent vers cette dernière qui rougit en baissant les yeux sur ses mains. Le cours a lieu dans la grande salle, une pièce tout en long, éclairée par trois baies vitrées en journée. Les murs sont blancs, mais le sol en parquet massif la rend chaleureuse. Elles doivent être une quinzaine de filles à venir régulièrement aux cours du soir pour décompresser de leur journée. Lila a commencé le yoga il y a à peu près un an et elle adore ça. Cela l’aide à se recentrer sur l’essentiel, à évacuer le négatif et à se détendre. Elle a essayé plusieurs fois de motiver Ambre, mais cette dernière n’a jamais voulu venir avec elle. Pourtant, cela lui ferait le plus grand bien de décharger tout ce qu’elle garde enfoui.

- Comme d’habitude, on va commencer par quinze minutes de méditation pour évacuer tout le négatif et les tensions accumulés. On s’installe en tailleur, le dos bien droit. Fermez les yeux. Respirez profondément. On prend conscience de notre corps, du mouvement de nos poumons, des battements de notre cœur. On reste concentré sur notre respiration. On chasse les pensées négatives de notre esprit.

La méditation est accompagnée d’une musique instrumentale calme et reposante. Lila apprécie ce moment dans le cours, elle a vraiment la sensation de se débarrasser de toutes ses pensées parasites. Elle regrette de ne pas avoir commencé plus tôt tellement le yoga lui fait du bien. A côté d’elle, elle entend Ambre remuer, soupirer, incapable de se concentrer et de rester en place. Si elle arrivait à se détendre, Lila est sûre que ça lui ferait vraiment du bien à elle aussi, mais pour le moment, ce n’est pas gagné. Il faut dire qu’elle a eu une journée compliquée. Ambre lui a un peu raconté sa dispute de ce matin. De toute façon, même si elle ne l’avait pas fait, elle s’en serait douté, vu l’humeur dans laquelle elle a été toute la journée. Lila espère que la situation va s’arranger avec Noah, car Ambre n’est jamais comme ça d’ordinaire, morose et énervée en permanence. Puis, elle sent que son amie se prend au jeu et se détend à côté d’elle, suivant les indications de Maria, ce qui lui permet à son tour de rentrer plus profondément en méditation. Au bout de quelques temps, une clochette retentie. Sur les directives de la professeure, les filles se mettent debout et enchaînent les positions. Lila n’a jamais vraiment été souple, mais à force de pratiquer régulièrement, elle arrive de mieux en mieux à faire les exercices et à étendre ses muscles. Après quelques minutes, Lila commence à avoir chaud et sent que son visage devient rouge. Au départ, elle ne comprenait pas pourquoi toutes les filles portaient des brassières et des leggings. Pour elle, le yoga n’était pas tellement physique. Elle a vite appris que les vêtements trop amples étaient encombrant pour enchaîner les positions et que c’était un vrai sport qui faisait transpirer. Aujourd’hui, elle porte un legging rose pâle avec une bande blanche sur le côté et une brassière assortie.

Lors d’un mouvement latéral, Lila se tourne vers son amie et voit qu’elle a l’air d’apprécier la séance. Elle est concentrée et enchaîne les exercices sans râler, ce qui est déjà énorme. La seule chose qui l’inquiète, c’est que jusqu’à présent, elle n’a pas dit un mot, n’a fait aucuns commentaires, ce qui n’est pas du tout dans les habitudes d’Ambre, même si le cours doit se faire en silence.

- Maintenant, on se redresse, on respire, on se penche en avant et on vient coller notre buste le plus possible contre nos jambes dans la position de la cigogne.

Lila n’aime pas du tout cette position, elle tire dans tous les muscles de ses jambes. Pour l’instant, elle n’arrive pas encore à les toucher avec sa tête, mais elle se rapproche un peu plus à chaque fois.

- Je déteste cette position, elle fait trop mal.

- Moi aussi, acquiesce Lila soulagée de d’entendre enfin Ambre s’exprimer, même si c’est pour râler. Mais tu y arrive super bien pour une première fois, c’est déprimant.

- On respire profondément, on se redresse lentement et on arrête de parler, déclare Maria en riant, ayant entendu l’échange des filles en passant derrière elles.

Après avoir fait quelques autres mouvements, comme le très connu chien tête en bas présent sur toutes les brochures de yoga, elles se retrouvent au sol.

- Maintenant, on maintient son souffle, on s’allonge sur ses jambes et on expire pour se mettre dans la position paschimottanasana.

- A vos souhaits, murmure Ambre, ce qui fait rire Lila.

Maria se déplace parmi les participantes, corrigeant si nécessaire les positions. En arrivant, près des filles elle s’arrête pour observer la salle. Lila n’aime pas trop cette position, qui pour elle est la même que celle de la cigogne, sauf qu’elle se fait au sol. Quand elle tourne la tête, elle voit qu’Ambre est totalement à l’aise, son buste entièrement couché sur ses jambes.

- C’est bien Lila, tu progresse de semaines en semaines, l’encourage la professeure.

Le cours se poursuit et se termine par une nouvelle séance de méditation. Lila se sent bien, légère. Elle entreprend de rouler son tapis, imitée par Ambre. Elle s’apprête à lui demander comment elle a trouvé ce cours, lorsque que Maria la prend de vitesse.

- Excuse-moi, mais on n’a pas eu le temps de se présenter en début de cours. Je suis Maria, enchantée de faire ta connaissance, dit-elle à Ambre.

- Ambre, enchantée également. Et excuse nous encore pour le retard, mais on a eu un contre-temps de dernière minute avec le boulot.

- Ce n’est rien, l’essentiel, c’est d’être venu. C’était ta première séance de yoga ou tu en avais déjà fait ?

- Non, c’était la première fois et je dois dire que j’ai été très agréablement surprise. Lila a bien essayé de me faire venir plusieurs fois et j’aurais dû l’écouter plus tôt.

- Ravi que ça t’ais plus. Tu peux revenir quand tu veux. En tout cas, pour une première fois, tu t’en sors très bien, tu es très souple.

Ambre a un sourire gêné et baisse les yeux, mal à l’aise.

- Elle ne le dit pas, mais Ambre à quand même plus de dix années de danse derrière elle, intervient Lila.

- Ça fait longtemps que j’ai arrêté, j’ai beaucoup perdu, déclare Ambre en regardant ses pieds.

- Pas tout à première vue et le yoga ne peut que t’aider à la retrouver. Bon, je ne vous embête pas plus. Bonne soirée.

Les filles finissent de ranger leurs affaires, de s’habiller chaudement pour affronter le vent mordant de ce début de printemps. En sortent, elles sont rejointes par une jeune femme magnifique d’une trentaine d’année, la peau sombre et une coupe de cheveux afro retenue par un foulard vert.

- Danielle, je te présente Ambre. Ambre, Danielle, fait les présentations Lila.

- Très heureuse de faire enfin ta connaissance, dit la nouvelle arrivée. J’ai beaucoup entendu parler de toi.

- Ah bon ? En bien j’espère, rit Ambre en se tournant vers Lila pour connaitre sa réaction.

- Toujours, tu me connais. Alors Danielle, quoi de neuf depuis la semaine dernière ? Tu ne devais pas passer un entretien ? demande Lila.

- Justement, je voulais te voir pour ça. J’ai décroché le poste. En plus c’est dans un très bon établissement à Mont Tremblant.

- Oh, mais c’est génial. Félicitations.

- Merci. J’avais peur de devoir déménager à Montréal où il y a plus d’opportunité, donc je suis soulagée. Boris et les filles aussi.

- Je me doute, je suis vraiment contente pour toi. Danielle travaille dans l’hôtellerie de luxe, elle est gouvernante, explique Lila à Ambre. C’est quel hôtel ?

- C’est l’Hôtel des Cimes. Un cinq étoiles en plus.

- Ça ne me dit rien comme ça, réfléchit Lila.

- Il fait partie du groupe Érimel. C’est un grand groupe mondial d’hôtels et de restaurants de luxe. Ils en ont sur tous les continents.

- Ah oui, ça me dit quelque chose. Si je ne me trompe pas, c’est une entreprise détenue par la même famille depuis plusieurs générations, dit Ambre se souvenant d’un article qu’elle a lu il y a longtemps sur le sujet.

- En tout cas, je te souhaite de t’éclater dans ton nouveau job et je suis sûre que tout va bien se passer. Tu me raconteras comment ça se passe.

- Promis, dit Danielle en souriant. A la semaine prochaine, salut-elle les filles en s’éloignant sur le parking.

Les deux amies prennent la route pour rentrer chez elles. C’est Ambre qui conduit et Lila remarque qu’elle à l’air plus détendue. Elle lui pose des questions sur le cours de yoga et lui avoue qu’elle a adoré et que peut être elle reviendra. Ensuite, elles parlent de Danielle. Lila a sympathisé avec elle lors de son premier cours. Elles étaient les deux seules novices dans un groupe plus expérimenté, ce qui les a rapprochés. Depuis, elles passent souvent leur cours ensemble et discutent un peu à la fin. C’est comme ça que Lila a appris que Danielle était d’origine camerounaise, qu’avec son mari Boris elle avait deux petites filles et qu’elle cherchait désespérément un travail dans l’hôtellerie. Après plusieurs mois de galères, Lila espère vraiment qu’elle a enfin trouvé un bon poste où elle pourra s’épanouir.

Arrivée au Manoir, Ambre s’arrête dans le garage. Elle ne descend pas tout de suite de voiture et Lila suit son regard pour voir ce qu’elle fixe. Le pick-up de Noah est stationné non loin, à sa place habituelle.

- Ne t’inquiète pas, ça va aller. Vous avez eu la journée pour vous calmer et vous allez pouvoir discuter tranquillement maintenant.

- J’espère. J’ai un mauvais présentiment, c’est tout. Comme si quelque chose allait arriver, mais que ce n’était pas encore le moment.

- Mais non, vous en avez eu d’autres des disputes, ça s’est toujours arrangé. Cette fois-ci ne fera pas exception, essaye de la rassurer Lila.

- De toute façon, je n’ai pas le choix. Quand faut y aller, faut y aller, s’automotive Ambre en sortant de la voiture.

***

Ambre pénètre dans son appartement, la boule au ventre et le cœur battant. Elle ne sait pas du tout gérer les conflits, elle déteste ça. Sauf que là, elle n’a pas le choix, elle va devoir affronter Noah. Elle espère vraiment que la séance de yoga qu’elle vient de faire va lui permettre d’appréhender les choses plus sereinement. Noah est assis sur le canapé, les jambes étendus sur la table basse. La télé est allumée et retransmet un match de hockey. Elle remarque tout de suite qu’il est allé chez le coiffeur, ses boucles sont plus courtes sur son front. Quand il entend la porte s’ouvrir, il tourne la tête vers elle.

- Salut, lui dit elle doucement en posant ses clés sur le meuble de l’entrée.

- Salut, répond-t-il. Tu es sortie ? demande-t-il gentiment.

- Oui, Lila a voulu que je l’accompagne à son cours de yoga.

Pour toute réponse, Noah hoche la tête et reporte son attention sur l’écran pour voir une action importante. Leur échange n’est pas tendu, mais ne paraît pas naturel non plus. Il faut dire qu’ils ne se sont pas parlé ni vu depuis le matin.

- Tu as mangé ? demande la jeune femme en enlevant son manteau et ses baskets.

- Non pas encore. Je suis rentré il n’y a pas longtemps et je ne savais si vous aviez prévu de manger ensemble avec Lila.

- Non, elle sort avec Gabriel ce soir, je crois. Je vais me doucher et je verrais ce qu’il y a dans le frigo après.

- D’accord. Je vais commencer à préparer quelque chose, dit-il en se levant.

Ambre se dirige vers la chambre en passant devant Noah qui s’étire. Son t-shirt noir remonte sur son ventre, laissant entrevoir quelques lignes de son nouveau tatouage. La jeune femme respire profondément, il faut qu’elle se concentre et qu’elle refoule l’envie d’aller observer le dessin de plus près. Si elle ne garde pas la tête claire, elle ne pourra pas avoir la conversation qu’elle doit avoir. Elle prend une douche rapide, enfile un jogging noir et un sweat à capuche gris clair et s’attache les cheveux en chignon lâche. Quand elle ouvre la porte pour rejoint Noah dans la cuisine, une bonne odeur vient l’accueillir. Il est dos à elle, face à la plaque chauffante, en train de remuer une préparation dans la poêle. Elle le trouve incroyablement sexy quand il cuisine et ce n’est pas souvent qu’il passe derrière les fourneaux. Elle le regrette un peu, parce qu’à chaque fois, il se débrouille vraiment bien et fait des plats incroyables, bien plus sophistiqués que ce qu’elle est capable de faire.

- J’ai fait des nouilles chinoises aux légumes, ça te va ? demande le jeune homme en la sentant approcher.

- C’est parfait. Ça sent super bon. Je vais faire un peu de salade pour aller avec.

Ils finissent de préparer en silence, mettent les nouilles dans des bols et s’installent l’un en face de l’autre, sur la table ronde du salon. Le silence entre eux est pesant, Ambre n’est pas à l’aise. Noah regarde de temps en temps la télé pour suivre le match. La jeune femme a du mal à trouver l’appétit, même si c’est délicieux. Elle sent les larmes lui monter aux yeux, comme à chaque fois que le stress est sur le point de la submerger. Pour ne rien laisser paraître, elle fixe son bol et joue distraitement avec ses nouilles. Au bout d’un long moment, Noah soupire, pose ses couverts et se recule sur sa chaise.

- Bon, on va crever l’abcès tout de suite, parce qu’on va finir par suffoquer avec cette ambiance pesante, déclare-t-il.

Le cœur d’Ambre s’accélère. Elle voulait avoir une discussion, la voici. Elle fixe ses beaux yeux verts et prend une grande inspiration.

- Pourquoi tu as réagi aussi violement ce matin quand je t’ai dit qui t’appelait ?

La mâchoire du métis se crispe. Il passe une main dans ses cheveux pour les pousser vers l’arrière. Ambre reconnaitrait ce geste entre mille, il le fait quand il est stressé ou perturbé.

- C’est une vieille connaissance qui appartient à mon passé. Je ne m’attendais pas à la voir ressurgir dans ma vie, c’est tout. Je suis désolé si j’ai surréagi, mais j’ai été surpris.

Ambre peut comprendre et même le pardonner pour ça. Cependant, elle ne peut pas s’empêcher de se poser des centaines de questions sur cette mystérieuse connaissance. Face au silence de sa petite amie, Noah enchaîne :

- Je ne sais pas ce que tu attends de moi exactement, ce que tu attends de plus que des excuses (il se penche en avant, appuyant ses coudes sur la table), mais quoi que ce soit, je le ferais.

- Tu n’es pas prêt à me donner ce que je souhaite Noah, je le sais et je ne te forcerais pas à le faire.

Voyant qu’il ne comprend pas, Ambre enchaîne, sachant que ce qu’elle s’apprête à dire peut empirer les choses entre eux.

- Je parle de ton passé. De ce que tu fuis depuis le début de notre relation, de ce qui te hante mais dont tu ne veux pas parler. Ce que j’aimerais, c’est que tu me parle de ce que tu cache en permanence.

- Il n’y a rien à dire là-dessus. Le passé est passé, laisse le où il est, c’est très bien comme ça.

- Justement, c’est là le nœud du problème. Tu connais tout de moi, mon passé, mon présent, mes pensées. Alors que toi, tu ne m’as jamais parlé de ta mère, de l’endroit où tu as vécu, de tes origines. De ta vie en fin de compte. Comment tu veux qu’on puisse construire quelque chose ensemble avec des bases si faibles ?

- Parce que la relation que nous avons ne te conviens pas ? questionne Noah, visiblement blessé.

- Si bien sûr, mais parfois j’ai l’impression de ne pas te connaître réellement. Et ça me frustre.

- Ça te fait peur ? demande-t-il le regard plus dur.

Ambre n’ose pas répondre, de peur que leur conversation prenne un tournant explosif. Face à son silence, Noah soupire et se renfonce sur sa chaise.

- J’ai bien vu que je te faisais peur ce matin. Et peut être qu’au final, tu as raison. Je ne suis pas le type bien que tu imagines. Au fond, je suis peut-être qu’un connard, qu’un vaut-rien. Je ne sais même pas pourquoi tu restes avec moi, finit-il par dire en baissant la voix et les yeux.

Ambre à l’impression qu’on vient de lui donner un coup de poing dans le ventre, elle en a le souffle coupé. Elle n’a jamais vu Noah dans un tel état, si peu confiant, si peu sûr et surtout tellement vulnérable. Elle n’a qu’une envie, le prendre dans ses bras pour le réconforter, mais son corps est cloué sur place, perdue entre l’idée de l’aider et la nécessité de se protéger.

- Eh, ne dis pas n’importe quoi. Je ne connais pas ton passé, mais je te connais toi. Tu es tout sauf un salaud. Tu es la personne la plus gentille, la plus drôle et la plus dévouée aux autres que je connaisse.

Noah la regarde dans les yeux et Ambre voit un sentiment qu’elle n’y avait jamais vu, de la détresse avec un besoin irrépressible d’être rassuré.

- Noah, si je suis avec toi, c’est parce que je suis bien, que j’ai enfin l’impression d’avoir trouver ma place. C’est tout simplement parce que je t’aime.

Elle espère que ces mots, qu’elle ne dit jamais parce qu’ils lui demandent une énergie dévorante, arriveront à lui prouver qu’il est important à ses yeux. Ambre sent une larme couler sur sa joue, qu’elle efface rapidement pour ne pas montrer à Noah qu’elle aussi se sent totalement démunie. Elle doit être forte pour lui.

- J’aimerais juste qu’un jour, tu me fasses assez confiance pour me confier un peu de ton passé et du poids que tu portes.

- J’ai essayé, j’essaye… (Noah déglutit), mais je n’y arrive pas. Je suis désolé.

- Alors si ce n’est pas avec moi, parle en avec quelqu’un d’autre. Un ami ou ton père, je ne sais pas… Soulage toi de ce poids que tu portes et qui commence à être trop lourd pour toi.

- Si je n’y arrive pas avec toi, je n’y arriverais jamais avec les autres. Et surtout, je n’en ai pas envie. Et j’adore mon père, mais je ne peux pas aborder le sujet avec lui.

Ambre hésite, son idée risque de le braquer, mais au point où elle en est, autant tout tenter.

- Pourquoi tu ne recontactes pas Dona ?

Noah se redresse et son regard d’habitue lumineux devient presque noir.

- Non.

- Tu devrais peut-être écouter ce qu’elle a à te dire, puisqu’elle a cherché à te parler.

- Non, c’est hors de question, j’ai dit. Tu ne comprends pas que c’est justement elle une partie du problème ? Et puis d’abord, comment tu connais son nom ?

Ambre soupire résignée. Elle repousse son bol qu’elle n’a mangé qu’à moitié. Elle sent que la conversation s’enlise. En plus, elle essaye de trouver une solution pour un problème qu’elle ne connait absolument pas. Ce qui l’énerve encore plus.

- Au risque de te l’apprendre, je ne suis pas devin ou médium et je lis encore moins dans les pensées. Alors non je ne saisis pas, puisque je ne sais même pas de quoi on parle exactement. Et je connais Dona, parce que ton père m’en a déjà parlé, lui, s’énerve Ambre des larmes de colère et de lassitude plein les yeux.

Noah lève les mains de chaque côté de son visage et enchaîne d’une voix plus pausée.

- Excuse-moi. C’est juste que c’est un sujet sensible et puis le fait qu’elle cherche à me joindre après toutes ces années m’a perturbé, comme l’appel de ce matin. J’ai l’impression que des fantômes dont je croyais m’être débarrassé reviennent me hanter.

- Je pense vraiment que ça pourrait t’aider à y voir plus clair si tu acceptais de l’écouter. Ça ne te coûte rien et après tu n’es pas obligé de garder contact. Mais c’est quand même ta mère Noah, dit Ambre, plus calmement.

Il reste silencieux un moment, si bien qu’Ambre a peur d’avoir aggraver la situation. Puis, il acquiesce en disant :

- Je vais y réfléchir. Promis.

La jeune femme est tellement soulagée. Elle a l’impression qu’il s’est ouvert et qu’il a fait un pas de plus dans la bonne direction. Elle est tout de même consciente du fait qu’elle ne sait toujours rien de ce qu’il s’est passé il y a dix ans, mais pour ce soir, elle est épuisée. Elle veut juste retrouver son homme et la quiétude qu’elle trouve dans ses bras.

- On peut arrêter de se battre alors ? demande-t-elle d’une petite voix.

Noah sourit de toutes ses dents et tend la main par-dessus la table pour lui faire signe d’approcher. Elle se lève, la lui prend et contourne le meuble. Le jeune homme l’attire sur ses genoux.

- Oui, on arrête la bataille pour ce soir, dit-il de sa voix grave et mélodieuse. Et arrête de pleurer, je n’aime pas te voir comme ça, rajoute-t-il en capturant les goûtes d’eau salé avec ses pouces.

- A qui la faute, s’offusque la jeune femme.

- Tu veux vraiment repartir sur ce terrain-là ? demande Noah taquin.

Ambre secoue la tête et l’enlace en posant la tête sur son épaule. Il passe ses bras dans son dos et la serre fort, partageant sa chaleur. Après un long moment bercé par leurs respirations, Noah commence à lui embrasser délicatement le cou, réveillant toutes les terminaisons nerveuses de la jeune femme. Il remonte lentement et arrivé à son oreille il lui murmure :

- J’adore quand tu dis que tu m’aime. Je trouve ça terriblement sexy.

Il n’en faut pas plus à la jeune femme et elle l’embrasse avec force. Sans décoller leur bouche, Noah emporte Ambre sur le canapé. Il lui fait l’amour tendrement, en douceur, faisant attention à ses moindres gestes. Le sexe est aussi leur manière de communiquer quand les mots sont trop durs à dire. Et là, elle ressent tous les regrets du jeune homme, ses excuses et la promesse de toujours la protéger. Ambre avait mal commencé sa journée, mais elle se termine de la plus belle des façons, en totale harmonie avec l’homme qui partage sa vie.

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