Règle #18

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Règle #18 : vous devez bien vous connaître, trouver la nuance entre faire de votre mieux et être simplement maniaque. C’est en essayant des choses qu’on fait une histoire, pas en peaufinant.

Oh comme il semble rude, ce conseil ! En tout cas pour ceux qui, comme moi, espèrent bien faire, pensent bien faire en peaufinant à mort, dans le moindre détail, et ferment les écoutilles jusqu’à ce que quelqu’un ose leur mettre le nez dans le caca (ou dans l’eau de rose, pour les demoiselles ;-)). Et là, rechignent à la tâche et pleurent parce qu’ils doivent recommencer. Si cette règle me paraît dure, c’est parce que je sens la vérité qu’elle recèle. Allons donc voir ce que monsieur Bugaj nous en dit.

« Si vous avez passé plus de temps que prévu sur une simple page, c’est probablement le signe que vous vous êtes perdu dans les détails »

« Réécrire un dialogue ou des descriptions, encore et encore, jusqu’à ce qu’ils soient parfaits, ou effectuer tout autre travail du même acabit sur quelque détail, sans avoir mis en place les tenants et les aboutissants de votre histoire, c’est là aussi une perte de temps »

Et bim ! Je vous le disais que je le sentais pas ce conseil ! Et encore une fois, je saisis mieux l’intérêt du NaNoWriMo, à la lumière de tout ce que j’ai appris sur les méthodes de travail des auteurs « pros ». D’une part, il est important de figer en premier lieu les personnages, leurs relations et les mécanismes de l’intrigue. D’autre part, ce n’est pas lors du premier jet que le style doit être travaillé. Bugaj va même plus loin : il suggère que les intrigues secondaires et les « sous-textes » doivent attendre la mise en place d’une première structure.

« Si vous réfléchissez trop longtemps sur un point en particulier, c’est peut-être le signe que vous êtes soucieux de conserver ou non un passage de votre histoire. Vous vous souciez probablement de détruire un moment de l’histoire sur lequel vous hésitez. N’ayez pas peur de faire des erreurs. »

Et d’ajouter qu’il vaut mieux commettre ses erreurs le plus tôt possible ;-)

« si vous commencez à réfléchir de manière prolongée à l’heure, au nom des personnages, aux costumes, aux décors, à la marque des voitures, des armes et des ordinateurs, ou à d’autres détails du même acabit, c’est qu’en réalité, vous êtes complètement coincé. Vous devez alors vous remettre à faire précisément ce que vous êtes en train d’éviter : faire avancer l’histoire. »

Exception faite des détails importants pour l’intrigue, bien sûr ;-) Ici on sent la particularité du métier de scénariste. Rappelons que ces règles ne sont, à la base, pas destinées à des auteurs de roman, mais à des scénaristes. Or, chez Pixar, une histoire c’est en réalité deux processus imbriqués : d’abord une conception structurelle (thème, personnages, arcs transformationnels, nœuds de l’intrigue, des séquences – que Bugaj appelle « le développement de l’histoire »), ensuite seulement une phase d’affinage (dialogues, descriptions, action, décors). La règle peut donc sembler trompeuse, car si on la traduit en « langage romancier », elle parle surtout de notre premier jet. Cette phase pendant laquelle on fonce comme des dératés pour coucher l’histoire (ou plutôt, pendant laquelle on devrait foncer sans s’arrêter… ;-)). Cette phase demande une vision globale de l’ensemble, sans s’embarrasser des détails. Les processus itératifs de peaufinages devront intervenir une fois le premier jet terminé, et corrigé (c’est-à-dire, réécrit… enfin, rééquilibré au niveau structurel – par exemple un chapitre en trop retiré, un qui manquait rajouté, un personnage supprimé, un autre approfondi etc.). Tout ce qui est plus simple à faire sur un texte resserré plutôt que sur une œuvre diluée par le style. Et surtout, il est plus difficile de supprimer ou de réécrire des choses qu’on aime, dont on est fier (cf. « Tuez vos darlings »). Fourrager dans un texte brut, c’est moins douloureux que dans une prose aux petits oignons.

« Entrer dans les détails pendant le processus de développement de l’histoire vous ralentit et vous attache souvent à des idées compliquées, ce qui vous empêche d’en essayer d’autres. Quand on développe, il ne faut s’attacher à rien, car on pourra jeter même de grandes idées qui ne fonctionneront pas pour cette histoire en particulier. »

Voilà… ;-) Je commence à avoir une idée assez précise de la méthode que j’emploierai pour mon prochain roman, si j’arrive à finir mon premier !

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