Lock (2/2)

7 minutes de lecture

Au détour d'un couloir, ils avaient débouché sur une énorme porte cylindrique. Intégralement en métal, elle devait peser des tonnes.

Quel est l'intérêt d'une académie militaire indestrutible ?

— Vous êtes deux nouveaux aujourd'hui, ça faisait longtemps qu'on avait pas eu deux recrues la même semaine, reprit Lina. Vous allez rencontrer le colonel Chav ensemble, il s'agit de l'officier supérieur responsable de la formation. Tu peux nous ouvrir ?

Lock posa une main contre la plaque froide et poussa légèrement, ce qui fut aussi efficace que d'essayer de déplacer une montagne.

— Je suppose que tu plaisantes ? rétorqua le jeune homme.

Lina prit un air moqueur et frôla du bout des doigts un petit bouton qui avait échappé à Lock en plein milieu du portique. Un battant de la taille de la main se déplaça d'un coup, révélant une surface plane, blanche et opaque. Elle était exactement similaire au cristal de son souvenir.

— C'est...

— Un Nova bien sûr. Entre en contact avec lui, demande à ce qu'il nous ouvre la porte.

— Je suis sensé le toucher ?

— Evidemment ! s'exclama la jeune femme en secouant la tête.

Elle le regardait comme un demeuré, ce qui toucha l'amour propre d'un Lock. Il grinça des dents et fixa la sphère étrange avec circonspection. Quoi qu'elle dise, maintenant qu'il en savait plus à son sujet il n'était pas sûr de vouloir renouveler l'expérience. Il jeta un coup d'œil furtif à Lina et évalua ses chances de fuite.

Avec une silhouette comme la sienne, je pourrait la maîtriser.

D'un autre côté, si elle avait dit vrai il tomberait malade et deviendrait fou. Comment savoir s'il ne s'agissait pas d'une vaine menace pour l'obliger à obtempérer ? Dans tous les cas, il pouvait pas rester ici, ce n'était pas sa place. Il devait trouver un moyen de rentrer chez lui.

Au moment où il se tournait pour regarder derrière lui, près de passer à l'action, il frissonna. Des gens en uniforme allaient et venaient dans les couloirs et il ignorait où il pourrait trouver une sortie.

Bon, il n'y a rien qui presse pas vrai ?

— Tu te décides ? J'ai pas toute la journée ! s'impatienta Lina.

Lock laissa échapper un soupir et posa finalement une paume hésitante sur le cristal. Cette sensation de fraîcheur qu'il avait ressentie à son premier contact avec un Nova le saisit à nouveau, vite remplacée par une chaleur agréable. Il se rendit vite compte que le poids sur ses épaules, la tension qu'il ressentait depuis son éveil se dissipait au contact de la pierre. Au point qu'il n'avait plus envie de la lâcher.

— Demande-lui d'ouvrir, insista la jeune femme à ses côtés.

Lock sursauta, il avait brièvement oublié tout ce qui l'entourait.  

— Comment je suis sensé faire ça ?

— Contente-toi d'imaginer la porte en train de pivoter.

Il trouva l'idée ridicule. Devant le regard agacé de la jeune femme, il s'y essaya tout de même. Cela ne produisit aucun effet. Alors que le jeune homme s'apprêtait à ouvrir la bouche, il entendit quelque chose : une voix doucereuse qui l'appelait par son nom. Il coupa aussitôt le contact avec la pierre et recula, saisi d'effroi. La voix se tut et la structure en métal commença à se soulever lentement.

— Hé ben, tu vois quand tu veux ! commenta Lina en lui tapant dans le dos.

Cette frappe d'allure amicale fut suffisante pour le faire tousser. Encore sous le choc de ce contact dérangeant, Lock fixa sa compagne en remettant en question son analyse sur ses chances au corps à corps avec elle. La jeune femme était plus forte qu'elle n'en avait l'air.

Le panneau métallique révéla une vaste salle en s'élevant. Lock découvrit un alignement de tables blanches ainsi que quelques dizaines de personnes en uniforme blancs qui déjeunaient. Lina le saisit par l'épaule et le guida vers un duo qui leur tournait le dos.

— Hé, Mick ! V'là mon poulain, salua-t-elle gaiement en approchant.

L'homme interpellé se tourna vers eux avec un sourire amical. Lock marqua un temps d'arrêt, surpris par la peau couleur ébène de l'inconnu. Il avait entendu parler de gens avec ce teint dans des terres lointaines, mais c'était autre chose de croiser l'un d'eux pour de bon. Avant d'avoir pu reformer son masque d'indifférence, Lock tourna les yeux vers le jeune homme attablé aux côtés de « Mick » et manqua une respiration.

— Travis ?

— Lock ?

Les deux rivaux de la ville basse se dévisagèrent avec stupéfaction.

— Vous vous connaissez ? Parfait ! La camaraderie est une bonne chose, ça aide pour débuter l'entraînement, se réjouit Mick en se méprenant sur la nature de leur relation. Tu veux peut-être manger quelque chose ? proposa-t-il à Lock.

— Le colonel n'aime pas attendre, on devrait y aller d'abord, coupa Lina.

— Tu as surement raison mais il se trouve que... j'ai à faire là tout de suite. Tu peux peut-être te charger des deux ? proposa Mick d'un air innocent.

Lock eut tout de suite une bonne impression concernant cet homme. Il avait l'air d'un bon vivant et ne dégageait pas l'aura martiale de la majorité de ceux croisés jusque-là. La présence de Travis l'inquiétait en revanche, ils étaient comme chien et chat tous les deux. 

Lina soupira bruyamment.

— C'est bon, je m'en occupe. Vous deux, suivez-moi, ordonna-t-elle. 

Travis se leva dans la seconde et lui et Lock emboitèrent le pas de la jeune femme, retournant vers le couloir.

— T'as récupéré ce cristal dans la caserne toi aussi ? murmura Travis, tandis qu'ils marchaient légèrement en retrait.

Lock hocha affirmativement la tête mais garda le silence.

— Fichu Dylan, il perd rien pour attendre. Dès mon retour au quartier, je m'occuperai de son cas ! grinça l'autre.

Pour le moment, Lock ne se souciait pas du vieillard. Il se concentrait sur son environnement, tâchait d'établir une carte mentale des lieux. Le couloir dans lequel ils s'étaient engagés était parfaitement identique à tous les précédents, ce qui n'aidait pas. Cette académie était un véritable labyrinthe. Une différence notable les attendait en passant une porte un peu plus loin : ils tombèrent sur des soldats armés de fusils cristallins qui montaient la garde tous les dix mètres. Leurs uniformes étaient rouges.

Ces couleurs ont forcément une signification, elle doit désigner à quel groupe ils appartiennent...

Lina s'immobilisa devant un tableau de commande sur lequel elle piannota brièvement.

« Entrez ! » riposta une voix grésillante provenant de l'appareil.

La porte coulissa d'elle-même et Lina la traversa. Lock lui emboîta le pas pour découvrir une petite pièce d'une quinzaine de mètres carrés. L'espace était occupé par des étagères garnies de dossiers, encadrant un bureau derrière lequel se tenait un homme de petite stature. Le militaire avait un visage aimable garnis par une fine moustache qui, tout comme ses courts cheveux, était d'un blanc immaculé. Lina se raidit et posa un poing fermé sur sa poitrine.

— Voici les deux nouvelles recrues Mon Colonel.

— Merci Cadet Albrand.

L'officier supérieur se leva et fixa les deux jeunes tour à tour, leur adressant un fin sourire. Lock trouva son expression digne de celle d'un grand-père doux et bien attentionné, mais ne s'autorisa pas à baisser la garde. Le militaire saisit un dossier sur son bureau.

— Ordell Travis et Lucas Vend ?

Mieux valait sans doute ne pas commenter l'emploi de ce prénom qu'il détestait. Le jeune homme se contenta donc de hocher la tête, tout comme son "compagnon".

— Je vous affecte tous deux à la section 16. Vous suivrez l'entraînement classique de l'infanterie avant d'être formés à la maîtrise des Nova dès que les instructeurs jugeront vos aptitudes et votre comportement acceptable, annonça l'officier supérieur. Des questions ?

— Vous... nous ne sommes pas des militaires, je n'ai pas l'intention de... commença Lock qui cherchait ses mots.

— Le sang ancien de Mogrador coule dans vos veines à tous les deux, coupa Chav. Soyez fiers de pouvoir servir notre nation.

Le sang "ancien" du jeune homme ne fit qu'un tour, lui faisant oublier toute prudence. Personne ne lui imposerait une vie dont il n'avait aucune envie ! Il avança d'un pas vers le bureau, esquivant vivement la main de Lina qui tentait de saisir son épaule.

— Il n'est pas question que je...

— Elia Vend, n'est-ce pas ? contra la voix calme et douce du colonel.

— Comment ?!

Le jeune homme interrompit son mouvement pour fixer le vieux soldat d'un air ahuri. Ce dernier lui rendit son regard sans ciller, conservant son air aimable.

— C'est le nom de votre sœur je crois ? Une jeune femme remarquable, elle dédie pleinement sa vie aux autres. Je suis sûr qu'elle sera fière de vous en apprenant que vous marchez dans ses traces, que vous cherchez également à servir au mieux notre belle cité.

Ébranlé, Lock chercha les yeux du vieil homme sans parvenir à le percer à jour. Elia lui avait toujours dit qu'il était lent à la détente, cette fois il avait pourtant fort bien saisi la menace à peine voilée. Il ne tint tête qu'un instant à l'officier supérieur et baissa les yeux.

— Bien ! salua le militaire. Maintenant que cette question est réglée...

Il regarda du côté de Travis, qui resta en retrait et s'abstint de tout commentaire.

— ... le Cadet Albrand va vous confier vos uniformes et vous présentera les lieux plus avant. Vous commencez la formation dès demain. Rompez !

Lock se tourna vers Lina sitôt la porte refermée derrière eux.

— « Cadet Albrand » ?

— Je ne suis pas diplômée, ça ne fait que deux ans que je suis là. Il en faut trois pour finir la formation de pilote Nova, expliqua Lina. Notez bien qu'à ce titre vous me devez le respect. Le respect dû au rang et à l'ancienneté est la chose la plus importante à acquérir dans un premier temps.

Elle lui adressa un regard appuyé, mais Lock avait déjà l'esprit ailleurs.

Elia, qu'est-ce que tu fais en ce moment ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Manon Dastrapain
Après deux ans passés à rêver de Ramah et de Danapi, Mahaut a découvert son destin. Malheureusement, il semble l’emmener tout droit vers le mauvais idéal.

Tandis que le mouvement qu’elle a initié croît en taille et en pouvoir, Mahaut est confrontée aux dissensions et aux menaces inhérentes à sa position de meneuse. Tout en luttant pour préserver la beauté de Danapi pour tous les rêveurs, elle va devoir effectuer des choix périlleux, dont les conséquences pourraient bien changer l’avenir de l’Humanité.
11
9
10
55
É. de Jacob

Ce jour-là, nous nous étions réunis sur les Plaines d’Abraham, à Québec, sept de mes amis et moi – autant filles que garçons. Nous avions joué à toutes sortes de jeux, tels que le baseball, le volley-ball et le football. C’était une splendide journée d’été. Aussi avions-nous prévu d’y pique-niquer à la fin de l’après-midi. Ce que nous fîmes après avoir placé côte à côte deux tables de pique-nique gracieusement fournie par la Commission des champs de bataille nationaux. Chacun avait apporté un mets de son cru. Abstraction faite du plat de Marc – qui franchement était dégueulasse : c’était une sorte de bouillie sans texture ni saveur qui déplut à tout le groupe, y compris à lui-même –, nous nous étions bien régalés.

Après le repas, tous bien repus que nous étions, nous débarrassâmes les tables des restes de notre repas et nous assîmes en sirotant une bonne bière, bien décidés à profiter ensemble de la merveilleuse soirée qui s’annonçait.
- Racontons-nous des histoires, suggéra subitement Laure.
- Oh que non ! s’objecta Laurent avec vigueur. Je suis pourri pour raconter des histoires. Pourquoi ne pas reprendre nos jeux plutôt ?
- Ouais ! approuva Maxime. Moi non plus, je n’en connais pas.
- Ah, les gars, les apostropha Alice. Soyez ouverts d’esprit pour une fois ! On va s’amuser.
- T’en connais, toi des histoires, je suppose ? lui rétorqua Émile, sarcastique.
Alice fit une moue de dépit et secoua négativement la tête.
- Toi, Jacob, lança à brûle-pourpoint, Josée. Je sais que tu en connais. Pas vrai ?
J’approuvai du menton.
- Parfait. Nous avons notre conteur, trancha Isabelle. Vas-y. On t’écoute.
- J’espère qu’elle est bonne ton histoire, grommela Maxime d’un ton menaçant.
- Je pense qu’elle va vous intéresser, osai-je avancer. Il s’agit d’une légende d’un de mes ancêtres.
- Est-ce une légende connue ? interrogea Laure avec un intérêt évident.
- Je ne crois pas, soumis-je humblement. Il s’agit d’une vielle légende indienne.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? T’es pas Indien à ce que je sache, ergota Max d’un ton moqueur.
- Je sais, commençai-je. J’ai toujours été élevé et considéré comme un Blanc. Ce que je me sens, d’ailleurs. Mais l’un de mes oncles a découvert tout récemment que nous avons des ancêtres Micmacs - aussi écrit Mi’kmaq, plus en conformité avec leur langue.
- Wow ! Toute une nouvelle, ça ! s’exclama Laurent d’un ton stupéfait. Tu vas pouvoir un jour avoir une maison sur une réserve et tu ne paieras plus jamais d’impôts. Chanceux, va.
- T’es bête, Laurent, le gratifiai-je sèchement. Pour ça, il faudrait que je me fasse reconnaître comme étant Indien. Ça risque d’être long. Et je ne suis pas sûr de vouloir m’embarquer dans cette galère.
- Quoi ? T’a honte d’être Indien ? me questionna Alice.
- Mais non ! Au contraire. Quand j’étais jeune, des compagnons de classe me demandaient régulièrement si j’étais Chinois ou Indien, à cause de mes yeux bridés. Et cela me rendait fier. J’ai toujours cru que notre famille avait du sang indien. Si vous aviez vu l’une de mes grand-tantes. Elle ressemblait à une vraie Indienne. Elle était la sœur de ma grand-mère paternelle. Sauf que personne ne nous l’a jamais confirmé. Mais...
- Tu viens de dire que ton oncle l’a fait, m’interrompit Laure.
- En effet, acquiesçai-je. Mais cette fois-ci, c’est du côté de ma grand-mère maternelle.
- Ah bon ! intervint Marc. Ça veut dire que tu as du sang indien dans tes deux lignées.
- Je le pense, agréai-je.
- Je croyais qu’il ne fallait pas identifier ces peuples par le mot « Indien », soumit Laure.
- Tu as raison, approuvai-je. Il faut parler d’Autochtones ou de gens des premières nations. Même le mot « Amérindien » ne leur plaît pas. Mais moi, je préfère dire que j’ai du sang indien. Ça me rappelle mon enfance. Et il me semble plus évocateur. Mais bon, nous sommes entre nous, si nous utilisons ce mot, nous ne blesserons personne, non ?
Tous agréèrent.
- Et si tu commençais ta narration, suggéra Laure, qui affectionnait l’art en général sous toutes ses formes et la littérature en particulier. Sur ce point, nous avions beaucoup d’affinités.
- En fait, je vais plutôt vous lire La légende du corbeau, leur annonçai-je.
- Nous la lire ? s’enquit Alice avec surprise.
- Oui, confirmai-je. Je l’ai tellement trouvée spéciale, quand mon oncle me l’a racontée, que je l’ai écrite, dans le but de la faire publier un jour.
- Ah oui ! s’étonna Laure, d’un air tout à fait ravi. Va vite la chercher. J’ai hâte de l’entendre.
Heureusement, mon auto n’était pas stationnée très loin. J’y courus aller retour. Tous les yeux de mes amis étaient fixés sur moi quand je revins vers eux.
- Allez ! Dépêche-toi ! s’impatienta Laure. J’ai trop hâte d’entendre ton récit.
Essoufflé, je pris place en face d’elle et retirai mon manuscrit de sa chemise. Puis, bien que je ressentisse une certaine pudeur – de fait, je n’avais jamais récité à haute voix, devant un auditoire si étriqué fût-il, l’un de mes textes – je me lançai, le souffle court, dans la lecture de La légende du corbeau :
5
9
1
16
MerryMe
Le jour où leurs parents leur annoncent que la voiture qui les accompagnaient depuis leur plus tendre enfance les a quittés, Paul et Maurina, des jumeaux, décident de passer à l'action. Comment remplacer cette voiture irremplaçable et par quels stratagèmes y arriver?

Entre mauvais plans et intrigues, le frère et la sœur vont découvrir le monde sous un jour nouveau.
3
0
11
21

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0