Chapitre 11 - Renaissance Techa

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L'escadre Sigma-6

Capitaine Philéas "Cap" Capaxis / Philéas Capelli

Sergent Gaëlle "Fox" Reon - Infanterie

Caporal Jack "Le Doc" Sorros - Médecin de terrain

Caporal Gregor "Le Russe" Ivanovitch - Assaut lourd

2ème classe Hector "L'Ours" Doharis - Assaut lourd

2ème classe Tarek "Headshot" Oualidi - Sniper

2ème classe Olivia "Liv" Graham - Génie tech

2ème classe Tréa "Fizz" Fizzerelli - Infanterie

***

Bien loin du Nymphectious, à peu près au même moment, les yeux de Liv s'ouvrent avec difficulté. Eblouie par la luminosité de la pièce, la soldate tech grogne d'inconfort. Des picotements parcourent ses tempes et ses paupières collent. Elle émerge doucement de son anesthésie, la bouche pâteuse et une douleur sourde dans le crâne. Peu à peu, les contours de la salle blanche dans laquelle elle se trouve se font plus nets, tout comme le souvenir de la lourde opération qu'elle devait subir. Sans prévenir, le neuromaticien fait irruption dans son champ de vision encore incertain.

  • L'intervention s'est très bien déroulée. Je dois en revanche vous indiquer que consommer de l'alcool juste avant était irresponsable. J'espère que vous en avez conscience ?

Penaude, elle ne répond pas.

  • Bref, nous avons dû procéder à un filtrage sanguin préalable, ce qui nous a seulement fait perdre du temps, mais les conséquences auraient pu être bien plus graves. Par simple acquis de conscience, sachez qu'il serait préférable que vous restiez sobre pendant quelques mois à partir d'aujourd'hui, bien que je doute que vous et vos semblables soyez capables de vous y tenir.

Décidément, ce moralisateur de catalogue lui est de plus en plus antipathique. Liv porte ses mains à ses tempes, pour constater avec soulagement qu'elle sent à peine le relief de la cicatrice sous la pulpe de ses doigts. Moralisateur, mais efficace.

  • La nanocouture va se résorber naturellement d'ici quelques jours. Nous allons maintenant activer vos implants progressivement, pour procéder aux réglages et ajustements. Est-ce que vous vous sentez en état de suivre les consignes, mademoiselle Graham ?

Elle hoche la tête, entre lassitude et agacement. Sans plus de cérémonial, l'homme plante un câble teraflux dans son bras encore engourdi, et le connecte à une tablette qu'il a ramassée sur la paillasse la plus proche.

  • Activation de la membrane corticale et des holo-cornées.

Une très étrange sensation de fourmillement parcourt le cuir chevelu de Liv. Une vague de chatouillements remonte depuis la base de sa nuque pour mourir au milieu de son front. Surprise par ces sensations inattendues, elle tréssaute. Son coeur bat dans ses tempes, probablement plus à cause de la confusion que de sa récente opération. Au moins, l'adrénaline l'a complètement réveillée. Lorsque les holo-cornées s'illuminent, le changement de gamme est immédiatement perceptible. Après deux secondes d'adaptation, pendant lesquelles sa vision passe par plusieurs niveaux de flou, les superpositions de la réalité augmentée se révèlent une à une. Des informations colorées se mélangent au décor de la pièce : température, distance de l'objet fixé, tout l'arsenal d'indicateurs qui lui manquaient. Le flux d'information du GWO réapparaît à son tour. Liv souffle de soulagement.

  • Activation du neuroprocesseur et de l'extension auditive. Si le volume est inconfortable, vous pouvez le modifier en passant par les routines de configuration de votre unité centrale.

Ravie de retrouver son allié quotidien, Liv s'empresse d'aller fouiller dans tous les recoins de son nouveau processeur. La réserve de puissance est telle qu'elle a l'impression d'entrer dans une immense pièce vide, tandis que le minuscule composant assure sans broncher tout ce que faisait le précédent. Par jeu, elle le force à effectuer des calculs balistiques complexes en changeant aléatoirement le paramètre de vent. L'outil s'adapte à une vitesse fulgurante et crache les résultats sur ses holocornée en un temps record.

L'activation de l'extension fréquentielle auditive se fait de manière moins agréable. L'implant, encore nouveau pour elle, commence par inonder son attention d'une cacophonie assourdissante. Liv plisse les yeux, et porte par réflexe ses mains à ses oreilles, ce qui n'aide pas du tout. De plus en plus de sons parasites se mélangent, frôlant le seuil de douleur. Le neuromaticien s'interpose et désactive en urgence l'implant incontrôlable.

  • Souhaitez-vous que je le laisse en veille pour que vous ayez le temps de vous entraîner ?

Elle acquiesce.

  • Je vais également laisser le module de sixième sens inactif pour le moment. Vous pourrez l'essayer dans un environnement plus calme. En revanche nous devons tester l'accélérateur synaptique, c'est un prototype pour lequel nous n'avons pas encore de retours in vivo chez l'humain.

Tout en saisissant frénétiquement des dizaines de paramètres sur sa tablette de contrôle, il marmonne sa circonspection de manière presque inaudible.

  • C'est d'ailleurs à se demander pourquoi M. Capelli vous y a donné accès, mais bon, ce n'est pas moi le patron.

Plusieurs minutes plus tard, il se tourne enfin vers elle.

  • Bien, nous allons y aller progressivement. Est-ce que vous êtes familière avec l'overclocking ?

Liv fait signe que oui.

  • L'accélérateur synaptique fonctionne en gros sur le même principe, mais la comparaison s'arrête là. Et n'oubliez pas que vous serez toujours limitée par la physiologie. Quand vous l'utiliserez, vous risquez d'épuiser votre système nerveux. Il faudra que vous consommiez ces barres énergétiques spéciales, explique-t-il en sortant un petit pavé enrobé d'un plastique jaune canari. C'est un mélange spécialement dosé d'acétylcholine, de sérotonine, et de diverses vitamines, qui vous évitera de perdre connaissance après un sprint.
  • Un sprint ?
  • Vous allez vite comprendre. Prête ?

Lorsque le neuromaticien force l'activation de l'accélérateur synaptique, Liv voit le temps ralentir. Les sons alentour sont déformés, l'environnement entier est comme empêtré dans une glu invisible et extrêmement poisseuse. Ses propres mouvements demandent un effort considérable, une contention par laquelle son esprit ne semble pas affecté. Mais la réalité est inverse. Ses neurones, stimulés par l'implant, communiquent bien plus rapidement, provoquant ces sensations étranges. Le sprint ne dure qu'une dizaine de secondes, qui lui paraissent s'éterniser plusieurs minutes. Elle regarde circonspecte le doigt du neuromaticien descendre lentement, si lentement, vers l'icone qui arrêtera l'implant. Les secondes qui s'égrènent pendant le mouvement interminable du doigt vers l'appareil s'étendent démesurément. Lorsqu'enfin la pulpe du doigt touche la surface de la tablette, après un trajet ridiculement long, le déroulement du temps reprend son cours habituel.

  • Alors ? Qu'est-ce que vous en pensez ? demande-t-il avec une intonation d'impatience puérile.
  • Perturbant comme sensation, mais j'avoue, c'est cool.
  • Cet accélérateur démultiplie vos capacités de cognition. Vous restez limitée par la capacité physique de votre corps, mais dans le neura-net, vous serez drastiquement avantagée.

Percevant un enthousiasme furtif sur le visage de sa patiente, le neuromaticien s'emballe.

  • C'est mon sujet de recherche, j'en suis très fier. Vous êtes la première porteuse humaine ! Vous pourrez l'activer directement depuis votre neuroprocesseur quand vous le souhaiterez.
  • Du coup, je suis un cobaye ?
  • Disons qu'il n'est pas en vente libre pour le moment. Mais c'est parfaitement sûr. En principe. Lors de nos simulations et tests sur d'autres êtres vivants, nous n'avons constaté aucun effet indésirable.
  • Ouais, vous en savez rien en fait !

Le neuromaticien coupe court à la conversation. Sa diction accélérée trahit une gêne évidente.

  • Je vous remercie d'avoir été aussi appliquée, mademoiselle Graham. Il me reste à vous mettre en garde. Vous portez pour une véritable fortune d'implants, dont certains ne sont pas encore sur le marché. Faites en sorte que cela se sache le moins possible, évitez de vous promener sans protection, et gardez toujours à l'esprit qu'ils seront la cible de tous les trafiquants et braconniers de technologie.

Liv l'écoute, incrédule. Elle n'avait pas anticipé ce point. Parmi ces traqueurs potentiels, certains font peut-être même partie de ses amis d'enfance. Et la voilà équipée d'un implant expérimental, qui plus est. Elle se repasse la scène devant l'écran où elle listait les modules comme si elle faisait ses courses. Peut-être que ces choix auraient mérité une réflexion plus approfondie. Mais elle n'a plus guère le temps de s'attarder sur ces remords, car le neuromaticien lui demande de le suivre.

***

La jeune femme trottine à nouveau derrière lui, peinant à suivre ses grandes enjambées. Pendant de longues minutes, ils arpentent les coursives de la société vers une destination connue de lui seul. Leur périple monotone n'est interrompu que par un changement d'étage et des contrôles de sécurité. Les couloirs aseptisés et inhabités des locaux de TeraTech ont quelque chose d'indécent au regard des conditions de vie dans les Douves. Ses souvenirs ressurgissent, des images du taudis dans lequel elle a grandi, entassés à six dans un espace plus restreint que le corridor qu'ils remontent à l'instant. D'autres contrôles. Encore. Et enfin, deux gardes stationnés devant une imposante porte au luxe subtil. Lorsque les vantaux s'écartent dans un chuintement hydraulique, ils révèlent une pièce spacieuse, richement éclairée par deux murs de baies vitrées. Au dehors, les dernières lueurs du soleil couchant rasent les tours géantes de Megacity-17, offrant à la surfacienne un spectacle auquel elle n'avait jamais assisté. La teinte rougeoyante du jour mourant embrase la mégalopole suffocante. L'horizon ondule derrière les vapeurs brûlantes et viciées fuyant vers le ciel. Seul un ronronnement électrique rythmé de grincements de moteurs gâche quelque peu cette toile féérique.

Au centre de la pièce, un arsenal de machines semblables aux instruments qui s'agitent dans les cuves médicales s'affaire sur le corps arnaché du Cap. Une demi douzaine de bras articulés vont et viennent autour de ses membres artificiels, s'affairant à une maintenance mystérieuse.

Lorsqu'elle aperçoit le crâne ouvert de son supérieur, un frisson parcourt l'échine de la soldate. Le visage synthétique du capitaine a été retiré et déposé à proximité. De la tête humaine, seul subsiste un cerveau incomplet. Le précieux et fragile organe baigne dans un gel translucide, protégé par une membrane rigide et transparente. Un bloc noir emplit la portion manquante du lobe occipital et du cervelet, épousant parfaitement les contours biologiques originaux. Sur le côté de cet étrange appareil est inscrit en lettre blanches : Arix.

La voix du Cap la fait sursauter. Elle ne provient pas du centre de la pièce où il se trouve, mais semble emplir l'espace.

  • Bonjour Liv.
  • Cap ?
  • C'est bien moi, ou ce qu'il reste de Philéas Capelli.
  • Tout va bien ? Je veux dire, c'est normal tout ça ?
  • Je profite de ma suspension par l'amiral pour faire une révision complète. Tout s'est bien passé pour toi ?
  • Oui, oui. J'imagine que c'est vous que je dois remercier, du coup ?
  • Tu me remercieras en ne mourant pas sur le terrain, et en m'aidant à retrouver ceux qui t'ont malmenée.
  • Excusez-moi, Cap, je... Sans vouloir dépasser les bornes, c'est à cause de l'attentat ?

Un ange passe. Le silence pesant n'est interrompu que par les miaulements électriques des bras articulés qui s'affairent encore sur le corps du Cap. En l'absence de réaction ou de mouvement, Liv n'a pas la moindre idée de ce qui traverse l'esprit de son supérieur, qu'il soit soldat ou président d'une entreprise globalisée de cybernétique.

  • Nous ne sommes que de fragiles assemblages de chair, dit-il d'une voix désabusée. Central a sauvé ce qui pouvait être sauvé.
  • Je vous reconnais pas, Cap. Vous parlez comme les cimiens.
  • Chassez le naturel il revient au galop, il paraît. Contente de ta quincaillerie ?
  • Carrément !
  • Tant mieux, parce que si mes soupçons sont fondés, les prochains jours vont être sport.

Une pince autonome saisit précautionneusement le visage synthétique, et le positionne devant le cerveau en gélée. Des dizaines de petits cables articulés à peine visibles viennent s'y raccorder, surgissant en grouillant de la surface de la membrane qui protège le cortex abimé. Les expressions faciales de Capaxis renaissent, ses yeux s'ouvrent et il sourit à Liv.

  • Je ne me suis jamais vu faire ça, mais ça doit pas être engageant.
  • C'est super flippant, pour être honnête, Cap.

Les bras articulés finissent de serrer quelques boulons. Des cables articulés se décrochent de part et d'autre du torse cybernétique et se rétractent tels des murènes robotiques. Capaxis se redresse d'un mouvement leste, et observe sa main en pliant ses doigts d'un air satisfait.

  • Tu te rappelles ce que je t'ai dit en arrivant, Liv ?

Elle marque une pause, déçue.

  • C'est maintenant ?
  • Oui, mais ne t'inquiète pas, je ne laisserais rien de mal t'arriver. Tu me fais confiance?
  • Bien sûr Cap, mais ça me fout la trouille quand même.
  • Je comprends. Et tu sais aussi que ce n'est pas par plaisir que je fais ça.
  • Je me souviendrai de quoi ? demande Liv avec un regard inquiet.
  • D'avoir reçu des implants de haute volée, vous garderez aussi les réflexes opérationnels de leur utilisation, et c'est à peu près tout, répond le neuromaticien. Bien entendu nous ne touchons aucun souvenir en dehors de ceux de votre visite ici. Installez-vous dans le siège de monsieur Capelli.

Le scientifique pose sur la tête de Liv une structure sphérique bourrée d'électrodes. Il branche également un câble teraflux dans l'activateur de sa nuque. Terrorisée à l'idée de perdre à nouveau des fragments de sa mémoire, la sodate tech imagine en désespoir de cause une opération de contournement. Mobilisant en secret les capacités de son neuroprocesseur, elle se rejoue des fragments de conversations qu'elle a eues avec le Cap et le chirurgien, puis les enregistre avec un cryptage inviolable dans les tréfonds de la mémoire de son implant. Malgré la lenteur du chiffrement, elle parvient juste à temps à sauver le minimum de ce qui lui parait important. Peu après, le processus démarre. Le choc de l'effacement est si violent qu'il la plonge dans un état de semi-conscience.

***

Lorsqu'elle ouvre les yeux, elle est dans le glisseur à côté du capitaine. Une intuition forte lui serine qu'elle doit se souvenir de quelque chose, mais ne parvient pas à se rappeler exactement quoi.

  • Ça y est Graham ? Sortie du coltard ?
  • A peine, Cap, j'ai la tête dans le seau. On est où ?
  • T'es fragile comme un chaton de trois semaines, ma parole ! Allez, secoue-toi, on rejoint les autres, Oualidi et le Doc se sont foutus dans la merde.

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