1 er jours

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Léo arrivait toujours en retard. Mon meilleur ami était du genre à oublier son réveil, ou à l’éteindre et se rendormir aussitôt. Les professeurs ne lui disaient jamais rien cependant, pour la simple raison qu’il était le premier de notre promotion. Il passait ses soirées à réviser et se couchait très tard, il n’était pas du tout comme les autres étudiants, qui eux se couchaient tard, car ils faisaient la fête. Léo était un petit brun aux cheveux courts, des lunettes rondes, des yeux sombres et un sourire des plus merveilleux. Je l’adorais, il était comme un frère pour moi et nous nous connaissions depuis le bac à sable.

Nos parents étaient des amis de longue date et nos mères étaient tombées enceintes en même temps. Certains s’amusaient à dire qu’on était jumeaux, même si la différence était des plus frappantes. À côté de sa peau très blanche, moi j’avais une peau chocolat, des yeux bleus et je laissais mes cheveux longs pour en faire des tresses ras le crâne qui me retombaient dans le dos. Les filles adoraient mon style et me tournaient autour comme des papillons de nuit autour d’une lumière. Sauf que moi, j’étais gay, et c’est plus les mecs que je voulais voir tourner autour de moi.

— Tu as quoi comme excuse cette fois ? je balance à mon ami.

— Heu… il y avait du vent et à vélo j’avais du mal à avancer, car je l’avais de face.

— Tu viens à pied…

— Bah c’est pire à pied tu imagines pas, c’est la tempête dehors…

En jetant un œil à l’extérieur, je peux voir qu’il n’y a pas un brin de vent et que le soleil réchauffe le paysage avec douceur. Je me mets à glousser, ses excuses sont vraiment bidon, mais elles ont le don de me faire sourire. Je me reconcentre sur le cours alors qu’il s’installe à côté de moi. Il se penche sur mon cahier pour rattraper les notes de ce qu’il a loupé. J’ai un sourire en coin amusé, c’est devenu le rituel du matin, je suis très assidu dans ma prise de notes et lui m’aide quand je ne comprends pas. C’est quand même dingue qu’on se soit tous les deux dirigé dans les mêmes études, à vouloir tous les deux devenir médecin. Lui veut devenir cancérologue et moi chirurgien du cœur, pour le moment nous sommes sur un cursus commun avec les options pour notre spécialisation. À la fin du cours on prend une petite pause bien méritée, le prof nous a assommés de nouveaux sujets et nous avons une tonne de devoirs à faire encore une fois.

— Il n’est pas cool avant les vacances de nous donner autant de taf, se plaint Léo.

— C’est toi qui râles, tu es le premier de la classe, c’est un jeu d’enfant pour toi.

— Ouais… mais j’aurais bien voulu faire une pause, genre jouer à la console avec toi, aller me prendre une cuite dans un bar et draguer des filles pour de vrai. Sinon toi, tu as enfin commencé à arrêter ton traitement ?

Voilà presque dix ans que je suis sous calmants pour calmer des terreurs nocturnes et des paralysies du sommeil. Mes crises étaient tellement fortes que petit je ne voulais plus dormir et le médecin avait dû me donner des antidépresseurs. Avec les études je lui avais demandé de ne pas arrêter, mais depuis quelques jours on a commencé un sevrage doux, car ce n’est clairement plus nécessaire vu mon âge.

— Bah, je n’ai pas trop d’effets secondaires c’est cool. À part quelques tremblements, mais je n’ai pas fait de crise nocturne en tout cas. Normalement hier soir c’était l’arrêt complet, je verrai bien cette nuit.

— Ne te stresse pas trop, tu étais petit quand ça t’arrivait, je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas arrêté plus tôt, répond mon ami en regardant le ciel.

— Ça me stressait trop. Tu n’imagines pas le genre d’hallucination que j’avais, genre je voyais une espèce de monstre désarticulé, à quinze piges tu fais pas la différence entre le réel et ton imagination.

— Tu veux que je vienne dormir avec toi cette nuit ? Te faire un gros câlin de réconfort ?

— Idiot, ne propose pas ça à un gay en manque, je suis capable de te sauter dessus, je glousse.

— Arf, je mettrai une ceinture de chasteté et tu seras bien embêté.

Nous sommes très libres au niveau de la parole, il connaît mon orientation et ne m’a jamais repoussé à cause de ça. Moi je n’ai jamais été attiré par lui, il est mon meilleur ami ça s’arrête là tout simplement. Le soir en rentrant chez moi je passe prendre un repas à emporter au kebab du coin. Je suis un habitué et le patron plaisante souvent avec moi.

Une fois dans la sécurité de mon petit T2, je me pose à mon bureau. Mon rituel : rentrer, faire mes devoirs en mangeant puis aller prendre un bain. J’adore prendre un bon bain chaud après une journée de cours, avec de l’huile à la senteur de rose. Ce détail fait beaucoup rire Léo, pour lui je devrais plutôt mettre senteur de cèdre ou menthe, mais pas rose. Alors une fois plongé dans l’eau brûlante je ferme les yeux, profitant clairement du moment présent, me laissant partir un peu dans le sommeil. Je me laisse à rêver, à somnoler dans le silence de ma salle de bain. Si bien que je dois complètement m’endormir, car j’entends alors une voix lointaine m’appeler.

— Alex… tu m’as laissé trop longtemps…

Cette voix murmure doucement dans le creux de mon oreille, j’ai même l’impression de sentir son souffle. J’ouvre les yeux brusquement lorsque je sens une main sur mon épaule. Sauf que je suis seul, j’ai rêvé et l’eau du bain est devenue froide tellement je suis resté longtemps. Je me redresse et vide la baignoire pour terminer de prendre ma douche et me réchauffer de nouveau. Une fois fini je me retrouve face au miroir recouvert de buée, je l’essuie avec une serviette pour pouvoir m’y voir.

C’est à ce moment-là que je remarque que j’ai une trace rougeâtre sur l’épaule. Je regarde de plus près, et j’en déduis que ça doit sûrement être l’eau chaude qui a laissé cette marque. Ne m’y attardant pas plus je finis par me rhabiller et me remettre à mes devoirs avant de décider qu’il était assez tard comme ça. Je m’enroule dans ma couette, me laissant emporter par Morphée sans trop de peine.

C’est la première nuit sans mes médicaments, je suis un peu agité et mes rêves sont étranges. Me revoyant petit, dans ma chambre chez mes parents, à jouer avec cette amie imaginaire. Je me retrouve sorti de mon sommeil au milieu de la nuit, j’entends un grattement dans le mur. Comme si une souris grattait derrière la cloison juste derrière ma tête de lit. Je lâche un grognement et le grattement se stoppe immédiatement, me laissant replonger dans le sommeil sans avoir ouvert un œil.

Le lendemain matin je croise la concierge de l’immeuble, je lui fais part du fait que j’ai entendu des souris gratter dans les murs de mon appartement. Elle pousse un soupir de désespoir, avant de me sourire chaleureusement.

— Elles étaient au grenier avant, ça ne te dérange pas si je fais venir des spécialistes chez toi ? me demande-t-elle, gênée.

— Bien sûr que non, faites donc j’irai dormir chez un ami ce soir s’il le faut.

— Merci Alex, on n’arrive pas à s’en défaire de ces saloperies de bestioles.

Je me mets à glousser avant de repartir en direction de ma fac. Je sais que Léo ne dira jamais non pour que je vienne dormir chez lui. En plus nous avons une tonne de devoirs à faire, si on s’y met à deux ça sera tellement plus simple. Il est encore une fois en retard, et me sort comme excuse qu’il n’avait plus d’eau chaude pour la douche et qu’il a dû parcourir tout l’immeuble pour trouver un voisin sympa qui le laisse en prendre une.

— Dis, ce soir je peux dormir chez toi ? Il y a des souris à mon immeuble et des spécialistes devraient passer dans mon appart. Je n’ai pas envie d’entendre les bestioles se faire claquer dans les pièges.

— Oh oui une soirée pyjama entre potes ! C’est cool, en plus on pourra bosser ensemble, glousse-t-il.

Je soupire, lui faisant un sourire amusé. On pense à se mettre en coloc tous les deux, car depuis un moment on trouve la solitude un peu pesante. C’est juste nos parents qui au début n’avaient pas trouvé bonne l’idée que deux tornades comme nous cohabitent pour les études. À présent qu’on est majeurs et qu’on a fait nos preuves, on a envie de se mettre en colocation pour faciliter les devoirs. C’est donc tout de suite après les cours que je fais une valise et me dirige vers l’appartement de Léo. Les spécialistes avaient déjà installé tout un tas de pièges dans mon appartement. Je n’ai clairement pas envie d’y passer la nuit.

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