Brad#5 - Argos

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Coincé. Crâne douloureux .Impossible de déployer mes ailes ni même de me redresser. Que s’est-il passé ?

Fili ! Je dois trouver Fili. Elle ne peut pas rester seule...

Je relève péniblement mes paupières. Le bleu de mes iris est agressé par une lumière inhabituelle. J’essaie de bouger une patte. Mes serres griffent une surface très dure. Cela ne ressemble ni à du bois ni à de la pierre.

Un mouvement. Je tourne la tête tant bien que mal. Ma crête se redresse doucement comme pour marquer ma stupéfaction : qu’est-ce que c’est que çà ? C’est grand et tout blanc sauf les pattes et la tête rose.

Je suis attrapé plutôt délicatement. J’aimerais montrer ma désapprobation mais mon bec et fermement scellé. On me tourne dans tous les sens. Ces animaux que je n’ai jamais vu utilisent leurs pattes de façons très variées : l’un me tâte, un autre tient une branche qu’il met à côté de moi, un dernier fait des caquètements avec ses serres en tapant sur un morceau de bois noir devant un objet au reflet changeant. Tous font des sonss avec un trou qui remplace leurs becs : répugnants !

- Finissons. On dirait qu’il n’en peut déjà plus de voir nos têtes.

- Est-ce que vous avez vu la femelle ?

- Non. J’espère qu’elle est toujours vivante…

Aïe ! Je, je, je tombe…

Crâne douloureux. Encore. Une gêne derrière la nuque. Je remue les pattes : elles ne sont plus entravées. J’ouvre le bec et pousse un cri à l’attention de Fili : J’arrive, Fili !

Péniblement je me relève. Vlouch. J’ouvre mes larges ailes (2m d’envergure) et les inspecte. Aucun problème : des racines brunes aux pointes encadrées de beige, des alaires aux rémiges, tout semble fonctionner. Je me penche en avant et déploie ma queue : les rectrices s’ouvrent en éventail et pivotent à la demande. Là aussi tout va bien. Le blanc de mon poitrail est impeccable. Je vais pouvoir retrouver Fili.

Soudain, une pensée. Ma crête se dresse d’un coup. Je penche la tête sur le côté et me demande combien de temps j’ai été ‘absent’. Est-ce que Fili va bien ? Est-ce que les petits sont vivants ? Il faut que je ramène de la viande.

Tchak, tchak, je prends mon envol. Je regarde derrière moi en une seconde pour me rendre compte que j’étais sur une pierre, au pied d’un arbre. Vulnérable ! Quelle horreur!

En quelques battements d’ailes, je me propulse juste sous la canopée, à l’abri. Ma boussole intérieure m’indique que notre aire se trouve vers le nord. Qu’importe, je vire plein sud : Si Fili et les petits vivent, elle ne me pardonnera pas de rentrer à vide. S’ils ne sont plus là…

Je guette le ‘rhaa’ indiquant un macaque caché dans la complexe ramure de ma forêt tropicale. Mes yeux fouille les alentours. Un mouvement à gauche, 10 mètres plus bas. Le lémurien volant s’élance pile et passe exactement dans ma trajectoire ajustée. Kssiii. Ccrac. Bruits d’une agonie. Un lémurien même gras, c’est peu. Les petits sont affamés, Fili aussi. Tout le temps. Il faudra ressortir.

D’abord, les retrouver. Ma charge ne me ralentit en rien : le lémurien est calé entre mes pattes et je traverse à toute vitesse mon territoire dont j’atteins rapidement le centre. Je la voie. Sa crête dressée montre qu’elle m’a vu aussi. J’entends enfin les criaillements des petits…non, du petit. Il en manque un. Cela lui donnera peut-être plus de chance de survivre. Les macaques se font rares, des bruits inquiétants traversent parfois la canopée.

Je me pose et éventre ma proie encore chaude. Je dévore des yeux Fili et mon petit qui se restore. Je suis rentré.

- La balise marche super bien les gars !

- Génial ! On va pouvoir évaluer la taille de son territoire, trouver où il vit…Peut-être qu’en comprenant ses habitudes, on trouvera un moyen d’enrayer sa disparition…

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