Chapitre 3

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La réunion de ce soir fut assez éprouvante. Je rentre chez moi avec cette boule au ventre que je ressens à chaque fois que je parle du passé. De cette période de ma vie dont j'aimerais ne plus me souvenir, qui a fait de moi une autre personne et qui m'a fait tant souffrir. J'ai fait de mon mieux pour rester forte, mais lorsque je me suis retrouvée seule dans ma voiture, je n'ai pu m'empêcher de retenir mes larmes. Elles qui ont tellement coulé le long de mes joues. Heureusement, ma compil spéciale "bonne humeur" m'a fait regagner le sourire. Rien de tel que de bonnes chansons bien rythmées, à fond la caisse, pour se remonter le moral et s'amuser quand on est seul et complètement déprimé. Cependant, je n'en suis pas moins resté anxieuse.

Je claque la porte d'entrée de la maison derrière moi.

— Chéri ! C'est moi ! Crie-je depuis le petit couloir qui mène jusqu'au salon.

Je suis à peine dans la pièce, qu'une odeur de cuisson me chatouille les narines et me mets l'eau à la bouche. Je détourne le regard vers la cuisine ouverte sur le salon et j'aperçois Jonas en train de couper rigoureusement des poivrons rouges. Je souris.

Jonas est mon petit ami depuis bientôt deux ans. C'est grâce à lui si j'en suis là aujourd'hui. C'est lui qui m'a parlé des réunions d'aides et qui m'a poussé à faire le premier pas. Quoiqu'il puisse se passer entre nous, je lui serais toujours reconnaissante toute ma vie de m'avoir envoyée là-bas. Certes, physiquement j'ai connu mieux, ce n'est pas le prince charmant. Ordinaire et avec quelques poignets d'amour, mais ça m'est égal. Je l'aime pour ce qu'il est et pas pour son physique. Jonas est quelqu'un d'entier et de sincère. C'est peut-être pour ça que je suis tombée amoureuse de lui.

Je jette mon sac à main sur le fauteuil devant moi avant de faire glisser ma veste le long de mes bras. Je m'avance vers celui-ci en la posant sur le dossier moelleux. Je prends appui dessus pour retirer rapidement mes escarpins qui me font horriblement mal aux pieds.

Il faut vraiment que j'évite de porter ce genre de chaussures. Ça comprime et ça fait mal. Ce n'est définitivement pas fait pour moi. Pourtant, je devrais le savoir depuis le temps. Mais je peux m'empêcher d'en mettre. Pour moi, les escarpins représentent la féminité par excellence. Je ne suis pas contre le fait de porter des ballerines ou des baskets, mais c'est bien pour les courses ou rester à la maison. Pas pour aller bosser. Surtout dans mon métier, il faut que je reste présentable.

Le carrelage froid soulage mes douleurs lorsque la plante de mes pieds rougie touche le sol.

— Comment s'est passé ta réunion ? Demande Jonas en plongeant les poivrons dans la casserole fumante posée sur la plaque à induction à côté de lui.

Je m'avance vers lui, les bras tombant.

— Oh, soupire-je, en haussant les épaules, tu sais bien comment ça se passe.

Je fais le tour du plan de travail et m'adosse auprès de lui. Je baisse les yeux sur la planche à découper où de petits morceaux de pain ont été soigneusement découpés. J'en attrape un parmi les autres tandis que Jonas se tourne vers moi en posant son poing sur le plan de travail stratifié gris.

— Je ne sais pas pourquoi, mais le ton de ta voix montre que tu ne les apprécies plus autant qu'avant. Je me trompe?

Les yeux rivés sur Jonas, je dévore le pain que je viens d'arracher avec mes dents.

Il est absolument délicieux. Peut-être parce que je meurs de faim et que je n'ai pas eu le temps de déjeuner, aujourd'hui. Je n'en peux plus de ces fournisseurs exigeants qui vous demandent des tas de paperasses. Ça me prend énormément de temps et je ne peux pas forcément m'en occuper pendant les horaires d'ouverture de la boutique. Du coup, je me passe de déjeuner.

— Écoute, réponds-je en avalant mon pain, je n'ai pas vraiment envie d'en parler. C'était très spécial, ce soir. Disons que j'ai dû me rappeler certaines choses de mon passé qui n'était pas prévu au programme, conclus-je en fixant le morceau de pain avec lequel mes mains sont en train de jouer.

— OK, je vois, soupire-t-il. Bon, eh bien n'en parlons pas si c'est ce que tu souhaites.

Je sais à quel point c'est important pour lui que l'on discute de ça. Nous n'avons jamais fait l'amour et disons que c'est sa façon à lui d'avoir sa thérapie sur le sujet. Je sais que je le déçois, mais je suis déjà assez remuée comme ça. Je n'ai pas envie de gâcher cette soirée à cause de ça. Je veux profiter de ma soirée et de mon homme.

Je pose le pain sur le plan de travail et m'avance vers lui. Je passe mes bras autour de son cou tandis que ses mains se glissent sur mes hanches. Je lui fais un grand sourire qu'il me rend aussitôt, malgré sa déception.

— Merci d'avoir pris ta soirée, souffle-je avant de lui déposer un rapide baiser sur les lèvres.

Je le regarde amoureusement avant de poursuivre.

— Qu'est-ce que tu cuisines de bon ?

— D'après toi ?

— Serait-ce ces fameuses pâtes à l'italienne dont je raffole tant ? Demande-je avec enthousiasme.

Mon estomac crie famine rien que le fait d'y penser. Je vais me régaler, comme à chaque fois de toute façon.

— C'est un jour spécial. Alors j'avais envie de te faire plaisir.

— Vous êtes un don du ciel, Monsieur Fisher.

Nos bouches ne sont qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. La manière dont ses yeux verts me regardent me fait craquer. Son regard est rempli d'amour et de tendresse. Le genre de regard dont vous ne vous lassez jamais d'observer.

Mes yeux se posent sur ses lèvres avant que je prenne l'initiative de les embrasser tendrement. Je recule la tête puis je passe mes mains autour de sa taille. Je la pose sur son torse tandis qu'il m'entoure de ses bras pour me serrer fortement contre lui. Je ferme les yeux quelques secondes pour apprécier ce petit moment de tendresse entre nous.

J'aime sentir la chaleur de son corps contre le mien. Ça me rassure et ça m'apaise instantanément. Je me sens si bien.

L'odeur de sa chemise m'interpelle. C'est un parfum que je connais, mais qu'il n'a jamais vraiment porter. Je plaque mon nez, jusqu'à l'écrasement, sur lui et hume l'odeur qui se dégage du tissu.

— Tu as mis le fameux parfum que je t'ai offert à Noël ? Demande-je curieusement.

— Oui. Je l'adore.

— Alors, pourquoi tu ne le mets jamais ?

— Parce que je le garde pour les grandes occasions. En tout cas, tu as très bien choisi.

— Tu m'en vois ravie, alors.

Il plonge son regard dans le mien lorsque je relève la tête.

— Je t'aime, ma chérie.

— Je t'aime aussi, Jonas. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.

Il prend mon visage entre ses mains puis attire ma tête vers lui en la penchant en avant. Il dépose un doux baiser sur mes longs cheveux bruns que j'ai pris le temps de détacher avant d'entrer.

— Je vais prendre une douche, dis-je en reculant la tête. Ça va me faire du bien et puis, il faut que je me fasse belle puisque apparemment c'est une soirée spéciale.

Je lui vole un baiser avant de dégager mon visage de ses mains. Je me retourne pour me diriger vers l'escalier attenant à la cuisine. Je monte les marches à grandes enjambées et m'arrête à mi-chemin. Je me penche pour regarder Jonas entre les barreaux en fer noirs. Je l'observe touiller, à l'aide d'une cuillère en bois, cette sauce rouge qui mijote dans la casserole. Je souris lorsqu'il renifle la fumée qui en sort.

— Hum, raille-t-il. Ça va être délicieux.

Jonas adore cuisiner et c'est tant mieux. Parce que moi et les casseroles, nous ne faisons pas bon ménage. Je ne suis pas très douée pour ce genre de chose. Mais de temps à autre, et quand l'envie m'en prend, il m'arrive de réussir un gâteau au chocolat.

Je me redresse, le sourire aux lèvres, et termine ma course quatre à quatre pour atteindre l'étage.

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