24 - 2 - Réaliste, interprétez.

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Allez, voyons l’topo de c’qui s’est plus réalistiti… qu’ment, rélastiqu’ment, réalisti… ça y est, j’suis déjà à deux doigts d’êt’e grossière !

Bon, on n’oublie pas que tout c’qui a été dit auparavant est la pure vérité ! Croix d’bois, croix d’fer, si j’mens j’vais… après tout, n’tentons pas l’diab’e avec des proverbes à la noix.


Quoiqu'il en soit, toute cette histoire, c’est comme ça qu’elle m’a été, plus ou moins, racontée au fil des années. À force de l’entend’e, d’en êt’e biberonnée, sevrée, bercée, éduquée, él’vée, j’la connais par cœur. Tout comme Achille j’ai été plongée d’dans… Pfff, comme Obélix j’suis tombée dans la marmite... emplie d’potion magique Capitaine Borgne !

Pourquoi tu souris ?! Tu m’vois en Obélix ?! J’te préviens tu r’tires tout d’suite c’t’image de ta tête ! Moi, quand on m’imagine, j’exige d’être belle, gracieuse, splendide, mieux : resplendissante, drapée, de couleurs, de foulards, en tissus, d’exception, être unique, l’unique, parée, de diamants, étincelants, de bijoux, en or, parfumée, de milles odeurs, odorantes, enivrante, captivante ! Envoûtante, et pas ventripotente… non, rien à voir avec ventriloque ! Quoi ? Si c’est la même racine mais… non, mais ! AH ! En aucun cas vous ne m’envisagez, obèse, moustachue, affublée, d’un pantalon, ridicule, et d’un gros nez ! Hors de question, mon ego ne l’tolér’ra pas !

Allez, pour la peine, cours d’histoire, pour tout l’monde :

Achille, c’est un héros mythologique grec, à la limite d’être un Dieu. Comme tous les héros, il a un corps musculeux et harmonieux ; Monsieur Force et Mme Beauté auraient eu un rej’ton qu’ça aurait été lui.

J’ai dit "comme tous les héros" donc est-ce que l’Capitaine... ? J’t’arrête tout d’suite, j’vois où tu veux en v’nir. Non, lui est certes le héros de l’histoire mais… disons qu’c’est plus ventripotent qui convient. Pfff, légèr’ment enrobé !

Par cont’e la Commandante, elle, est plus comme Achille. Elle est un mélange de grâce, plus que de beauté, et de charisme, plus que de force. Mais elle, elle n’est pas une héroïne, la garce, non, sûr’ment pas, traîtresse ! Bon, j’m’égare, on y viendra en temps et en heure.

Rev’nons en à Achille, demi-dieu grec, revêtu de sa petite armure façon spartiate… ouais, quand j’y pense, l’ancêtre de la mini-jupe pour guerrier. Là où les chevaliers portaient la cuirasse métallique intégrale façon burqa, les Grecs antiques portaient la version frivole. Enfin, j’m’égare, on n’y r’viendra pas.

Donc Achille, demi-dieu grec, imaginez le : impressionnant, puissant… ouais, quand j’y pense, presque à faire pâlir Namor. Oh, Achille…

Quoi ? Hein, j’avais l’regard dans l’vide ? Ah, euh… oui, pas si vide… Quoi ? Je r’commence ? Non, bon, il a une lance, bien longue... et une épée, une belle, bien forgée… bon, euh, j’m’égare, re’vnons juste sur la grosse lance, rien d’plus, rien d’moins ! Et il sait s’en servir…

Hum, hum, Achille, demi-dieu grec, a été plongé, enfant, par sa mère dans le Styx, un des fleuves des Enfers. Et ouais, rien qu’ça ! Bon, ça lui a conféré une sorte d’invulnérabilité, une résistance et une endurance à toute épreuve. Malheureus’ment pour lui, sa cruche de mère, trop protectrice, n’a pas voulu l’lâcher total’ment dans l’eau et l’a t’nu par l’talon.

Et donc, j’vous pose la question en mille : que lui est-il arrivé ? Oh, mirac’e, en v’là une qui m’sort l’expression "avoir un talon d’Achille". J’te signale, à toi là bas, l’Intello, qu’il va falloir te réveiller, sinon tu vas perd’e ton titre !

Alors, le talon d’Achille, qui sait c’que ça veut dire ? Personne ? Personne. Avoir un talon d’Achille c’est avoir un point faible. Parce que vous savez c’qu’il lui est arrivé, à Achille ? Non, forcément, sinon vous m’l’auriez dit avant. Et bah Achille, après avoir lutté, combattu, défendu, attaqué, massacré, après avoir rivalisé d’adresse, de force, après avoir tué le meilleur combattant adverse, tout ça pendant la guerre de Troie – oui, la même où y’a l’cheval dans lequel ils se sont cachés pour franchir les murs enn’mis – et bah… j’en suis où ?

Bon, Achille, il se prend conn’ment une pauv’e flèche débile dans l’talon ! Son seul point faible.

Et vous savez quoi ? Et bah il en meurt !

Et l’pire de tout, le pire, c’est qu’moi vous m’faites ch’suer avec le côté réaliste, mais les grecs, pensez-vous qu’on les a emmerdés ?! Et bah non !

Achille, il est fort, il est beau, il est invulnérab’e, il combat une armée presqu’à lui tout seul, pendant c’temps là des soldats entrent dans un ch’val en bois – ruse à deux balles soit dit en passant mais qui, tonnerre de Zeus, fonctionne – et Achille qu’a fait trempette dans rien d’plus, rien d’moins, que l’fleuve de l’Enfer, moi perso je n’l’ai pas trouvé sur Google maps, sa mère si, apparemment, et bah Achille qui a été r’tenu par l’talon – ça encore, passons – et bah Achille, y s’prend une flèche pile dedans – comme de par hasard – et patatrac, il trépasse ! Il succombe !

Non mais sérieux ? Sérieux, encore sa mère l’aurait ret’nu par la tête et il se s’en s’rait pris une dans l’œil, soit, mais là, sérieux, vous connaissez un organe vital, vous, dans l’talon ? Non, sérieux, soyons sérieux, c’est abusé... là, c’est clair’ment abusé, rendez-nous nos sous !


Mais bon, eux c’n’est pas moi et, eux les grecs, on n'leur dit pas qu’leur histoire elle est pas tout à fait réaliste ! Enfin, j’dis ça, j’vous dis rien, après tout, tout est question d’interprétations, d’images, de sous-entendus, de poésie, de sens cachés et de philosophie.

Moi, mon histoire, cette histoire du Capitaine Borgne, elle aussi est philosophique. Nous partageons, nous échangeons, nous philosophons, sur ce fond d’aventure. Elle est empreinte de poésie, mes mots sont calculés et soigneus’ment pesés.

Quoi ? Con, bite, sexe, salaud, putain… Oui, bon, STOP ! J’ai compris.

Mon histoire est parsemée de sous-entendus.

Quoi ? Con, bite, sexe, salaud, putain… Oui, oui ! Oh, merd’ hein !

Mon histoire est imagée… Chut ! Chut, chut, bien.

Mon histoire est question d’interprétation. Moi, à force de l’entend’e, je m’la suis appropriée, c’est la mienne, par moment je suis le Capitaine, la Capitaine, avec son humour, ses repartis, ses mensonges, ses plans. Je virevolte et me voilà sournoise, je suis la Commandante ; commandante je pique, j’analyse et je complote. Je rigole et je suis Second, Seconde, simple mais pas bête – n’vous y trompez pas – , pas vicieux, pas calculateur pour un sou, Second, juste trop gentil. Je ferme les yeux et me voilà dans le bateau, un bateau, je descends et je remonte un escalier, croise une licorne, reine, marquise, Noire, Ivoire, j’entre dans la cabine, je tombe à l’eau et me noie. Je suis dans l’histoire, je suis l’histoire, je la connais par cœur… en fait je les connais, tous, par cœur ! Je les ai dans le cœur…


Alors si j’interprète ? Oui j’interprète, j’imagine, je réécris et repense sans cesse cette histoire, mais tout n’en reste pas moins vrai, tout est réel, leurs pensées, leurs actions, leurs paroles, je les connais toutes, toutes ! Je les sais, elles sont les leurs mais sont aussi les miennes… Je les ai tous connus, côtoyés, aimés, haïs… J’ai pleuré, rigolé, crié, j’ai enragé, je m’suis amusée, j’ai souffert, j’ai guéri… J’ai vécu, avec et pour eux, tous m’ont appris, toutes m’ont façonnée, transformée… Mais n’vous y trompez pas, je n’regrette rien, un choix a été fait et je l’en remercie... je ne sais même pas si je le lui ai dit…


Alors oui je déborde, j’extrapole, je m’emporte, tout n’est pas réaliste, certaines choses ne le sont et ne le seront que trop. Vérifiez si vous le souhaitez, interprétez comme vous l’entendrez, mais sachez que rien n’est inventé. Tous sont tels que je vous les présente car tous sont là, en moi, encore, pour toujours… à jamais... j’étais avec eux alors que j’aurais dû lui appartenir… je suis en eux, ils sont en moi…


Quoi ? Hein, j’ai le regard dans l’vide ? Oui, oui, un vide nostalgique, la nostalgie du passé, un passé différent, différente que je suis, à être d’ailleurs, un ailleurs magique… la magie de la fleur, à elle, à lui, à elle et lui, elle ou lui, lui plus qu’elle...


Mais n’vous y trompez pas, soyez futés, l’Histoire, cette histoire, le folklore, les légendes, les héros, tout se construit sur une transmission, écrite, orale, sur un apprentissage, quotidien, lointain, peu importe. Les points de vues diffèrent selon qui aime qui, qui a été l’ennemi de qui, qui a été adulé ou détesté par qui ! Tout sera toujours orienté, question d’interprétation.

J’suis évasive, généraliste, je le sais, j’suis encore ailleurs, subit’ment troublée par cette vie, ma vie, ces vies, ces aventures, que je vous conte.


Soyons plus légers, retournons plutôt dans notre histoire et prenons là en exemple, voyons alors ce qu’est une interprétation :

Prenez Second, pour lui le Capitaine est un super-héros, puisqu’il est venu le secourir. La même histoire racontée par la Commandante décrirait un Capitaine idiot d’avoir plongé, pour sauver un pauvre pion. Peut-êt’e même bien qu’elle expliqu’rait qu’il est tombé, plus qu’il n’a plongé, certain’ment. Ça aurait pu êt’e marrant, intéressant plutôt, qu’elle vous narre cette histoire, tant de différences elle aurait faites... Enfin, mieux vaut qu’on n’la r’croise plus jamais.


Quoi ? Depuis l’temps elle doit être morte ? Oh, tu m’étonnes ! J’espère bien qu’elle a trépassé ! Et dans d’horrib’es souffrances, la garce ! Mais soyons réaliste, l’espoir fait vivre, c’est tout, il ne fait pas de miracle…


Apprenez aussi qu’l’Histoire se transmet suivant ceux qui vivent, survivent ; et ce s’ra toujours pareil, qui est bon, qui est méchant, qu’est-ce qui a réellement été fait, qu’est-ce qui est réaliste ou non, pour tout ça n’oubliez jamais d’réfléchir, n’vous faites pas endoctriner, tout c’qu’on vous dit n’est pas forcément vrai, tout c’qu’on vous pousse à faire n’est pas forcément juste, ceux qui restent ne vous livreront que leur propre interprétation. Au passage, je vous l’répète : si vous avez une tête c’est pour vous en servir ! Fiez-vous à vos convictions, analysez, étudiez, soyez curieux. Interprétez, vous-même. Après, vous vous f’rez votre opinion et vous orient’rez vos histoires suivant l’cap que vous choisirez. Puis d’toute façon, bon ou mauvais, tout n’sera donc, toujours, qu’interprétation. Moi, j’ai choisi, on a choisi, ils ont choisi pour moi… mais je ne regrette rien !

La moralité, plus légère, encore, mais vraie, toujours, mes p’tits pirates, soyez dans l’camp des vainqueurs, des survivants et au besoin, r’tournez vot’e veste.

Vous m’faites rire, final’ment. R’tourner sa veste, c’est une expression, qui veut dire que si ça sent l’roussit, il s’ra toujours temps d’changer d’amis et d’interpréter par la suite. La seule limite sera vos convictions.

J’suis en train d’vous perdre, c’est ça ? J’m’en doutais. Je m’suis perdue aussi.

Une conviction ? J’aurais dû l’voir venir, c’est ce en quoi vous croyez fermement ; suivant vos principes, vous verrez si ça vaut l’coup d’vous battr’ ou non. Moi, j’me suis battue, on s’est battus, ils se sont battus pour moi… et je l’regrett’rais presque… Amour et haine, tout aurait pu être si différent. Il en a été ainsi.


Bon, suffit, on en r’vient à l’histoire ?

Le Capitaine s’est retrouvé dans l’eau à la recherche de Second et plus réalistiti… tiqu’ment – réalistement ? – , plus réalistement – pas mal – voilà par étapes ce qu’a dû vivre le Capitaine :

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