Chapitre 13 Une paix contrariée - Partie 3

5 minutes de lecture

 Après la lente descente à travers la falaise, il siffla Vaen qui le déposa plus bas dans la vallée, et il termina le chemin à pied, car il avait besoin d'être un peu seul après ce qu'il venait de voir. Il faisait nuit lorsqu'il arriva chez lui. À peine eut-il passé la porte que Sin fo lui sauta au cou et l'assaillit de questions. Hank avait promis à Iaevr de garder le secret, mais il ne pouvait rien cacher à Sin fo. Ils s’assirent tous les deux dans leur salon, et il choisit ses mots pour lui décrire la situation sans la choquer. Sa réaction le prit de court.

– C'est formidable, s'exclama-t-elle en claquant ses mains.

– Quoi ? Tu es sûre d'avoir compris ?

– Oui bien sûr ! C'est horrible pour ce pauvre homme, concéda-t-elle en penchant la tête avec une grimace, mais cela signifie que le passage vers Vadkraam est toujours ouvert ! Nous pourrions rentrer chez nous !

– Le passage, demanda Hank presque atterré. Mais il s'est noyé Sin fo ! C'est ça que tu veux ? Te noyer aussi ?

– Es-tu sûr de cela, questionna Sin fo en se penchant vers Hank.

– Pardon ?

– Es-tu sûr et certain qu'il est mort noyé, insista-t-elle en posant ses mains sur les avant-bras de son compagnon.

– Tout son corps était gonflé d'eau, répondit Hank en se levant d'un air agacé. Il avait même encore des algues dans les cheveux !

– Cela prouve seulement qu'il a passé du temps dans l'eau, pas qu'il y est mort. Il faut vérifier, décréta Sin fo en se levant à son tour le poing serré.

– Qu'est-ce que tu racontes ?

– Viens je te dis, il faut retourner au temple.

 La jeune femme sortit en courant, Hank sur ses talons. Arrivée dehors, elle joignit son pouce et son index et siffla pour appeler Vaen. L'animal mit quelques instants à apparaître, car il n'était pas rentré avec Hank. À peine eut-il posé les sabots au sol que Sin fo sauta sur son dos. Son compagnon dut courir pour les rejoindre, car son impatience était contagieuse et commençait à gagner Vaen. Elle le laissa s’asseoir derrière elle avant de s’agripper au cou de Vaen et de le talonner, et tous trois s'envolèrent vers la voûte étoilée. Le cheval ailé s'approcha une nouvelle fois de la cour pavée, mais Sin fo le fit monter un peu plus haut, jusqu'au dernier perron extérieur. Alors qu'elle basculait ses deux jambes sur le même flanc de sa monture, Hank la retint par la taille.

– Tu as perdu la tête ? Pourquoi est-ce que tu ne veux pas passer par les escaliers ?

– Nous n'avons pas une minute à perdre !

– Pourquoi est-ce que tu es si pressée de voir ce macchabée ?

– Tu ne comprends pas ? Nous risquons d'arriver trop tard ! Tu ne te rappelles pas ce que les revanis font de leurs morts ?

– Ils les brûlent, se souvint-il soudain en lui lâchant la taille.

 Elle sauta dans le vide pour atterrir lestement sur la terrasse. Hank serra les dents avant de l'imiter avec un peu moins de souplesse, puis de lui emboîter le pas dans les escaliers. Ils coururent sans s'arrêter à travers le temple, et Sin fo déboula en trombe dans la salle du trône, tandis que Hank expliquait cette intrusion soudaine aux gardes. La jeune femme repéra le vieux roi au bout de la salle et l'interpella.

– Seigneur Iaevr !

– Sin fo ?

– Où est-il ?

– Qu'est ce que vous…

– Le mort ! Où est-il ?

 Elle était arrivée à côté de lui à présent.

– Il n'est plus ici. Mais qui vous a parlé...

– Hank bien sûr ! Dites-moi que vous ne l'avez pas encore brûlé.

– Nous ne l'avons pas brûlé, assura Iaevr en tendant sa main d’un geste catégorique. Ce rite doit permettre aux revanis de se défaire de la pesanteur de leur enveloppe charnelle afin de rejoindre le royaume des cieux pour l'éternité.

– Épargnez-moi la leçon de théologie, et dites-moi ce que vous en avez fait.

– Nous l'avons mis en terre. Cela nous a semblé approprié pour un homme qui aura probablement passé toute sa vie cloué au sol.

– Vraiment charmant, répliqua Sin fo avec un petit rire sarcastique. Mais cela m'arrange. Où est-il, demanda-t-elle pour la troisième fois.

– Dans le jardin, mais vous ne devriez pas...

 Sin fo ne l'écoutait déjà plus. Elle s'était glissée dans le passage secret sous la draperie, et avait traversé le couloir et la chambre avant de déboucher sur le jardin. Elle était sur la terrasse lorsqu'elle fut rejointe par Hank.

– Et maintenant, qu'est-ce que tu comptes faire ?

– Il faut absolument que je le voie. Il faut trouver sa tombe.

– Tu veux exhumer ce malheureux ?

– Cela ne peut pas lui faire de mal, rassure-toi. Aide-moi à chercher un endroit où la terre vient d'être retournée.

 Ils errèrent quelques minutes dans le jardin avant de trouver la sépulture, cachée entre deux buissons épineux couverts de baies bleues. Il n'y avait pas de pierre tombale, ni aucune inscription. Hank s'indigna :

– Ce vieux fou de roi n'a vraiment aucun respect pour les humains. Tu es la seule qui trouve grâce à ses yeux.

– Cela va me faciliter la tâche. Écarte-toi un peu s'il te plaît.

 Elle tendit les mains au dessus du tertre et se concentra. La terre frémit d'abord presque imperceptiblement, puis elle roula doucement sur les côtés, formant petit à petit deux buttes de part et d'autre d'une tombe béante. Lorsque Sin fo eut terminé, il n'y avait plus un gramme de terre sur le corps. Elle sauta au fond du trou et plaqua le dos de sa main contre son nez pour réprimer sa nausée. Elle demanda à Hank de lui prêter son couteau. Il le lui tendit en lui demandant :

– Qu'est-ce que tu vas en faire ?

– Quand j'étais plus jeune, à Ts'ing Tao, commença-t-elle à raconter, mon père a dû résoudre une affaire sordide. Une femme avait disparu, et quand elle a été retrouvée quelques jours plus tard, elle flottait au milieu du lac. Tout le monde a évidemment pensé à une noyade. Mais mon père pensait que c'était impossible, car il avait bien connu cette femme et c'était selon lui une excellente nageuse. Il a donc pris un couteau comme celui-là, et il a fait cela.

 Avant que Hank ait pu réagir, elle planta la lame dans l'abdomen du mort et la fit remonter jusqu'à sa gorge.

– Mais pourquoi est-ce que tu as fait ça, s'exclama Hank horrifié.

– C'est le seul moyen d'être sûrs. S'il s'est noyé, il aura de l'eau dans les poumons.

 Elle passa ses doigts dans l'incision qu'elle avait faite, puis elle écarta lentement la peau. Ce qu'elle vit alors dépassait tout ce qu'elle avait imaginé.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Recommandations

Gwenouille Bouh
Un Héros, qui n'a pas rêvé un jour d'en devenir un ?
C'est aussi le rêve de Yuling, qui pour retrouver son frère, se met en quête d'aventure. Mais pour parvenir à son but, il lui faudra déjà surmonter bien des épreuves ; un partenaire imbu de lui-même, une école d'élite, un Maître impétueux ainsi qu'un dragon dont elle a bien du mal à se faire entendre !
Parviendra-t-elle à s'y retrouver ? Ou finira-t-elle, comme bien d'autres avant elle, dévorée par son dragon ?
422
649
2506
285
Alain Foucault

Le courage, la force puis, l'assurance et l'audace,...
La hardiesse, ce qui inspire...
La joie.
La tristesse qui étreint le coeur, le comprime, lui fait mal.
L'autre qui interpelle.
Celui qui vous frappe.
Vaciller, se relever,...
Faire un pas.
3
6
0
0
Plopolom

Dans l'ombre je cherche encore
le p'tit moi, ce grand trésor,
ce gain qu'on m'a tant promis,
si je regardais dans mon nombril.

Dans l'ombre, j'me cogne encore,
au p'tit moi, qui est bien fort
qui tape du pied, qui rue, qui cri!
Qu'on l'aime enfin! Qu'on l’apprécie!

Dans l'ombre, je souris encore
à ce p'tit moi, à ce petit corps
qui m'appelle pour s'aimer
et que je vienne pour l'y aider

Dans l'ombre je chante encore,
A mes amours, vivants et morts
et ce p'tit moi qui chie des mots
parce que ça apaise nos maux.

Dans l'ombre, je m'anime encore,
Pour suinter l'soleil par tous les pores,
Tourner p'tit moi vers ma famille,
Mes amis, se donner aussi a autrui.

En ombre, je regarde encore,
le monde autour, la faune, la flore...
Je m'en abreuve et laisse couler
Tout mon amour de l'encrier.

D

1
3
0
1

Vous aimez lire William BAUDIN ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0