Révolte

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Emma redoublait d'impatience à l'idée d'annoncer la nouvelle à Louis. Elle imaginait le surprendre par son côté « fée clochette ». À mi-chemin en direction de la chambre 480, aucune porte ouverte. Une vive inquiétude l'envahit. Elle frappa doucement, attentive à la voix qu'elle ne reconnut pas. Sur la pointe des pieds, elle entra le coeur tremblant.

Une personne occupait le lit mitoyen. Le regard de Louis n'était pas là pour l'accueillir. Comme le premier jour, elle aperçut sa silhouette se dessiner comme une statue sous le drap soigneusement tiré jusqu'à hauteur de ses épaules. Son ami semblait muré dans ses pensées, le regard perdu dans la grisaille du mur extérieur imprégné des reflets d'un ciel de plomb. Tout proche de son lit, Emma ne pouvait plus rebrousser chemin.

- Louis, c'est Emma. Comment vas-tu ?

Louis se tourna avec précaution pour ne pas réveiller sa douleur. Son visage reflétait une expression de tristesse qui virait à la torpeur.

- Mauvaise soirée, mauvaise nuit, mauvaise journée...

- L'appel d'hier ?

- Pas envie d'en discuter.

- Peut-être as-tu envie de parler de la manière de sortir d'ici ?

- Je ne sortirai jamais d'ici autrement que raide et refroidi. Ni toi, ni personne n'y changera rien !

- Louis, tu n'es pas le seul à souffrir d'un amour perdu. Tu as vécu une vie amoureuse libre et insouciante. Je ne peux pas en dire autant. Je crois que je n'ai jamais éprouvé le sentiment d'insouciance plus de quelques heures dans ma vie. Mes relations volaient en éclats en quelques mois, au mieux en quelques années. Tu peux me croire, je n'ai pourtant aucune appétence pour les amours tumultueuses. Penses-tu que je m'apitoie sur mon sort ?

- Son absence m'est plus insupportable que l'idée de mourir.

- Crois-tu être amputé de ta moitié ? Crois-tu à ces balivernes Louis ? Personne n'est la moitié de quelqu'un d'autre !

Surpris par la virulence des questions, Louis se redressa mais ne répondit rien.

- Tu veux que je te dise, cette histoire est un sale coup de Zeus. Pour empêcher les hommes de critiquer les dieux, on raconte qu'il les a coupés en deux puis affublés d'un sexe. Depuis ce temps-là, nous serions contraints de trouver notre moitié pour recomposer notre antique nature. Antique nature mon cul ! Cette histoire est un leurre.

Emma poursuivait son argumentation sans laisser l'opportunité à son interlocuteur de formuler la moindre question.

- Si tu veux mon avis, les dieux n'ont pas le pouvoir de couper les hommes en deux après leur avoir donné vie, ce serait une véritable erreur de débutant. Pas digne d'un créateur tout simplement ! Vois-tu Louis nous sommes tellement persuadés de cela... Tiens, regardes comme la littérature, la poésie s'emploient à entretenir ce mythe.

- Sans doute, mais...

- Je crois que nous sommes toujours ces bonhommes tout ronds qui se suffisent à eux-mêmes. Tout rond ne signifie pas égoïste. Tu saisis la nuance ? Quand on attend rien de l'autre et réciproquement, on peut s'aimer sans craintes ni suspicion.

- Ce n'est plus à l'ordre du jour pour moi...

- Evidemment, si tu comptes rester coupé en deux en pleurant ta relation dans le peu d'avenir qu'il te reste à vivre. Tragique et pathétique ! Où est passé ton amour propre, Louis ?

Aux yeux écarquillés du voisin de chambre, qui la fixait avec insistance, Emma devina qu'elle avait haussé le ton plus qu'elle n'aurait dû. Quant à Louis, il ne savait plus à quel saint se vouer. La vision d'Emma agrippée à son trident, déclamant les fourberies de Zeus, sans reprendre sa respiration, avait eu raison de son désespoir.

- Nom de Zeus ! Ça t'arrive souvent de réécrire la mythologie ?

- Quand les dieux flinguent nos vies, j'y vois un intérêt. S'ils ont parfois quelque chose à nous apprendre, je n'aime pas la manière dont les hommes les font parler.

-Tu as vraiment une idée pour sortir d'ici ? J'ai finalement envie de savoir ce que tu mijotes depuis hier.

- Grâce à Dieu ! Si je te le dis maintenant, tu vas éclater de rire.

- Dis-le maintenant.

- Lourdes !

- Putain ! Emma. Lourdes ! Tu viens de descendre tous les dieux de la création. Tu veux m'emmener à Lourdes ? Tu nous imagines en pélerins implorant un miracle ? C'est à mourir de rire !

- Je ne crois pas en Dieu mais s'il peut nous faire sortir d'ici, je lui accorderai peut-être ma clémence. Là-bas, nous avons une chance de passer incognito. Possible même qu'on se sente privilégiés. En attendant, j'ai réussi à te faire rire et ça, pour aujourd'hui, c'est déjà un petit miracle !

Et n'oublie pas, tu me dois une revanche aux échecs !

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