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Les pieds dans l'eau, Maïeul savoure son bout de brioche avec ses morceaux de chocolat, que leur grand-mère a faite spécialement pour eux le matin même. À côté de lui, Archibald soupire d'extase, du chocolat partout sur le visage. Maïeul sourit tendrement en regardant son petit frère, se disant combien il l'aime et combien il lui est reconnaissant, d'être comme il est mais aussi d'avoir insisté pour aller à la rivière.

Chaque fois qu'il avait pris une photo ou ramassé un trésor, il avait pensé à Myranda. Si elle ne peut pas aller à la forêt, la forêt viendra à elle ! Je vais prendre les plus belles photos qui soient et lui ramener les plus belles merveilles !

Il admire les libellules et les papillons, les éclats d'or du soleil sur l'eau l'éblouissant parfois. Avec ce miracle de la nature sous les yeux, il discute et rit avec Archibald. Rien ne pourrait être plus parfait que cet instant.

— Tu penses qu'elle...m'aime bien, Bald ?

— Ta Myranda ? J'en suis sûr. T'es si chelou qu'on peut que bien t'aimer, escuse-moi de te l'apprendre... T'es quand-même passé par sa fenêtre !

— C'est... étrange... d'aimer cette fille follement sans la connaître. Un seul putain de regard et... Je suis piqué, je crois. Mais comment on fait pour être sûr ? Comment tu as su pour Emma toi ?

— Tout le monde l'a vu avant nous, en fait. Mais j'étais différent quand elle était là, ça pouvait être que l'amour. Tout changeait : l'air que je respirais, les odeurs, les couleurs, les battements de tambour de mon cœur... Tout était plus intense. T'es piqué, ça se voit, t'es different.

Maïeul reste silencieux, l'air songeur. Parfois, il a l'impression d'être le petit frère, et non l'inverse. Archibald sait être si... mature ! Ces conseils, il ne les imaginait pas d'un gamin de quatorze ans que tout le monde materne en le croyant bien plus jeune.

Lui aussi, on le materne pour cette même raison, mais se complaire dans cette situation et ne rien assumer de ses actes était si simple... il est tombé dans le piège ! Et plus d'une fois...

Il avait bataillé corps et âme pour retrouver sa place de grand frère, mais parfois, les rôles s'inversaient à nouveau sans qu'ils n'y puissent rien.

— Essuie ta tronche de cake, tu ressembles à rien ! s'exclame-t-il en lui tendant du sopalin.

Pendant qu'Archibald s'exécute, il boit une grande lampée d'eau à la bouteille. Curieusement, il a chaud et froid en même temps : le soleil sur leurs peaux est brûlant, mais le petit vent qui l'accompagne se fait frisquet. Comme en miroir à ses pensées, Archibald frissonne.

— On ferait mieux de rentrer avant de tomber malades, déclare Maïeul en retirant ses pieds de l'eau.

Il a de la vase presque jusqu'aux genoux, et Archibald, n'en parlons pas ! Précautionneusement, il range leurs affaires et leurs paires de chaussures et de chaussettes dans le sac d'Archibald, le sien contenant toutes les merveilles qu'ils ont trouvées.

Sur le trajet du retour, qu'ils font pieds nus, ils avancent lentement, s'arrêtant parfois pour profiter encore des cadeaux de la nature.

Quand la maison de leurs grands-parents se dresse fièrement devant eux, Maïeul se laisse devancer par Archibald, ne pouvant résister à la pulsion qui l'anime de regarder la fenêtre qu'il a brisée, condamnée par un drap. Mais dans son cœur, ce n'est pas cette fenêtre et ce drap qu'il fixe, c'est celle qu'il aime déjà de tout son cœur et qu'Archibald appelle sa Myranda sans l'avoir rencontrée.

Avec un petit sourire, il hausse les épaules : vivement demain !

Finalement, avec un immense regain d'entrain, il dépasse Archibald en hurlant comme un bienheureux :

— Papi ! Mamie ! Papi ! Mamie !

Il jable la porte d'entrée pour l'ouvrir et rejoindre leurs grands-parents dans la cuisine. Il ne leur demande même pas où ils sont, c'est évident, avec tous les excellents plats et desserts que leur prépare leur Mamie.

— Doucement, mon petit... ronchonne leur papi, les lunettes de travers et un filet de bave sur le menton.

Le vieil homme s'était assoupi sur ses mots croisés alors que son épouse était captivée par motus pendant qu'elle montait sa béchamel.

— Mon beau tapis !  Il est tout merdeux maintenant ! surenchérit-elle.

Archibald et Maïeul affichent une mine coupable et désolée. Ils se regardent quelques secondes... C'est plus fort qu'eux, ils éclatent de rire.

— Pardon papi ! Pardon mamie ! s'exclame benoîtement Maïeul, le sourire jusqu'aux oreilles. J'ai eu une super idée de cadeau pour Myranda ! Je veux le commencer maintenant ! J'ai besoin de vous tous !

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