Chapitre 1

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Le chant des oiseaux, le coassement des grenouilles, ainsi que les infimes craquements de brindilles qui témoignaient d’une vie invisible à ses yeux constituaient une mélodie dont Avril ne se lassait pas. Allongée à même le sol, elle écoutait les bruits de la forêt, les yeux rivés sur les branches des arbres au-dessus de sa tête, contemplant les reflets de l’eau sur le feuillage. Les arbres formaient comme un dôme de verdure autour d’une petite bulle de bonheur et les branches les plus basses effleuraient l’eau qui coulait sans fin entre les galets.

— Avril ! Avril, regarde, j’en ai un autre !

La jeune fille se redressa pour regarder son petit frère. Les pieds dans l’eau, un large sourire illuminait son visage alors qu’il brandissait un nouveau galet au-dessus de sa tête, enfermé dans son petit poing. Ronan sortit précipitamment du ruisseau et courut vers sa sœur.

— Je t’ai déjà dit de ne pas courir dans le ruisseau !

— Mais regarde, protesta le petit garçon, il est beau.

Avril retint un gémissement lorsque Ronan se laissa tomber à ses côtés et cogna accidentellement son épaule douloureuse. Il déposa un caillou bleu strié de doré, encore mouillé et froid, au creux de la main de sa sœur.

— T’as vu ? On dirait l’univers !

— Il est magnifique, répondit-elle.

Ronan se releva et retourna barboter dans le ruisseau à la recherche d’autres petits trésors naturels. Posant les bras sur ses genoux, la pierre dans ses mains, Avril regarda son petit frère. Bientôt âgé de cinq ans, il avait les cheveux blonds vénitien toujours en pétard et les yeux de leur mère, d’un bleu très clair. Chaque fois qu’Avril les regardait, elle avait l’impression de voir du givre.

Transpirant dans ses vêtements, elle souhaitait déjà voir l’été toucher à sa fin, bien qu’ils ne soient qu’à la mi-juillet. Les érables, chênes, et pins environnants les protégeaient du soleil mais aucune brise ne faisait danser les bugles rampantes, petites fleurs violettes immobiles et droites malgré la chaleur étouffante.

La jeune fille se rallongea et reprit sa lecture de Vingt-mille lieues sous les mers de Jules Verne, ouvrage qu’elle lisait sûrement pour la centième fois mais qui faisait partie de ses favoris. N’ayant pas les moyens de se rendre à la bibliothèque de la ville, située à plusieurs kilomètres du village, elle devait se contenter de la collection personnelle du père Mathieu dont elle avait fait le tour depuis plusieurs années maintenant.

Voyant l’heure passer, Avril annonça à son frère qu’il était temps de rentrer. Après lui avoir essuyé les pieds et remis ses chaussures, elle rassembla le peu d’affaires qu’ils avaient apportées dans le sac à dos et rangea les quelques trouvailles de la journée dans un sac que Ronan porta avec joie. Ils prirent alors le chemin habituel du retour en chantonnant à travers les fougères.

Ils arrivèrent à la maison aux lanternes, une grande bâtisse en pierre située à la lisière de la forêt, non loin de la route menant au village. Avril et Ronan l’avaient trouvée au détour d’une de leur promenade l’année dernière et étaient tout de suite tombés sous le charme de cette grande maison, avec son lierre grimpant sur les murs et sa vieille véranda à l’arrière. Un petit cabanon en bois occupait le fond du jardin. Mais surtout, c’était les bouteilles suspendues dans les arbres alentours qui donnaient tout son charme à l’endroit, ainsi que son nom. Avec des ampoules à l’intérieur, ces lanternes étaient reliées par des câbles discrètement fixés aux troncs des arbres pour ensuite passer sous terre. Les volets fermés, les mauvaises herbes poussant de ça et de là sur le terrain et les quelques vitres brisées de la véranda confirmaient que le lieu était inhabité, ce qui le rendait encore plus mystérieux.

Ils contournèrent la maison pour déposer les galets dans la véranda, aux côtés des autres trouvailles étranges récoltées au fil de leurs précédentes balades. Avril passa avec précaution son bras dans l’un des trous de la vitre et les déposa sur le rebord en bois.

— Je veux garder celui-là ! s’écria Ronan alors que sa sœur s’apprêtait à déposer le galet bleu. S’il-te-plaît !

— Tu sais qu’on ne peut pas.

— Mais ça sert à quoi d’avoir des trésors si on peut pas les regarder quand on veut ? S’il-te-plaît, juste celui-là !

Avril se redressa et passa une main dans les cheveux de son frère, les ébouriffant un peu plus.

— D’accord, mais que celui-là. Et il ne sort pas du placard, compris ?

— Promis ! répondit-il en attrapant le galet de ses deux mains avant de courir en le tenant au-dessus de sa tête, poussant des cris de joie.

Avril sourit et rangea le sac en plastique dans son sac à dos. Ils récupérèrent le vélo déposé contre les marches du perron et une fois Ronan bien installé dans le siège pour enfant, le galet toujours serré dans ses mains, Avril poussa le vélo sur l’allée en gravier jusqu’à la route et monta dessus. Ils roulèrent pendant plusieurs minutes sans voir personne, hormis un van noir qui les croisa en sens inverse au moment même où ils dépassaient le panneau d’entrée de la ville.

— J’en aurai un comme ça plus tard ! s’écria Ronan en désignant le véhicule.

Avril le sentit se contorsionner sur le siège afin de ne pas perdre le camion de vue. Ils roulèrent ensuite en silence et empruntèrent plusieurs virages avant d’arriver dans le centre-ville. La route lisse laissa place à des pavés irréguliers qui firent trembler la bicyclette. Le panier cognait contre le garde-boue, avertissant ainsi les passants qui se poussaient sur le trottoir. Ils passèrent devant l’église et virent le père Mathieu sur le parvis, discutant avec un de ses amis.

— J’ai trouvé un caillou avec l’univers dedans ! lui cria Ronan en brandissant ledit trésor au-dessus de sa tête, sa voix tremblant au rythme des pavés.

— L’univers ne peut pas être contenu dans un seul caillou, lui répondit le prêtre en souriant.

— Alors il y en a d’autres ! rétorqua le petit garçon en s’exclamant encore plus fort alors que le vélo quittait la place de l’église et que le père Mathieu disparaissait de sa vue.

Ils continuèrent de traverser le village, passant devant les petits commerces et faisant signe à quelques passants. Avril ralentit à l’approche de la boulangerie et s’arrêta devant. Ronan descendit de son siège, prit la monnaie que lui tendit sa sœur et courut à l’intérieur pour revenir quelques secondes plus tard avec une baguette presque aussi grande que lui.

— Ne mange pas tout le pain, lui dit-elle.

En guise de réponse, Ronan lui tendit le crouton. Souriant, Avril se remit à pédaler en tenant le guidon d’une main, le morceau de pain dans l’autre. Ils quittèrent le centre-ville et ses pavés pour rouler sur une route ponctuée de nids de poule. Avril s’engagea dans le parking du magasin de bricolage et fit le tour pour rejoindre le petit pont caché entre les arbres. Elle arrêta de nouveau le vélo avant de le franchir et Ronan donna la monnaie du pain à Émile, un SDF d’une soixantaine d’années qui avait établi son abri derrière le magasin, avec son chien.

— Merci les enfants. À demain.

— À demain, répondirent-ils en chœur.

Ils passèrent au-dessus du petit ruisseau et arrivèrent dans leur quartier. Avril freina devant leur maison, qui n’avait rien à voir avec celle de la forêt. De plain-pied, elle semblait en bien mauvais état : les murs blancs étaient tâchés de trainées noires, la pelouse n’avait pas été tondue depuis un bout de temps et le portail était complètement rouillé. Après avoir déposé le vélo dans la remise, Avril prit son frère dans les bras et pénétra à l’intérieur.

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Journal d'une étudiante de septembre à juin.

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