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Les origines du rite initiatique se perdaient dans la nuit des temps. Accumulant les notes à l’encre noire, Arian prépara, nuit et jour, un dossier rempli de références aux actes coutumiers, épluchant biographies de Cornus et recueils historiques. Les exemples d’Héritières ne manquaient pas, mais chaque cas présentait des singularités, et aucune d’entre elles n’avait obtenu sans sacrifice l’aval du Maître de Chasse. Pour certaines, un fils ou une fille, pour d’autres, des terres offertes au Temple. Qu’avait à offrir Palys ?

Arian venait d’ouvrir un recueil de panégyriques quand des pas grincèrent sur les parquets menant à la bibliothèque. Avant qu’il ait pu dissimuler ses travaux, deux zélatrices de la Corne firent irruption dans la pièce. Des colifichets en forme de corne pointaient de leurs fronts, juste sous une longue mèche figurant un toupet de licorne. Leurs crânes, rasés et tatoués au-dessus des oreilles, s’ornaient d’une crête de cheveux qui courait du front jusqu’aux reins, simulacre de crinière prolongée en queue de cheval. Une robe de velours crème, échancrée et serrée à la taille par une ceinture de cuir, complétait leur tenue. Les sbires se postèrent de part et d’autre de la porte, annonçant l’entrée de la Gardienne des cornes. La silhouette encapuchonnée de sa mère, visage fermé, mains cachées dans son giron, glissa jusqu’à sa table de travail, ses prunelles luisant dans le frémissement des bougies. Son rostre en authentique corne de licorne empêchait sa capuche de lui retomber sur le visage.

— Qui t’a permis de quitter ta retraite ?

Arian, bien sûr, ne répondit rien. Privilège de son mutisme, il se contenta de la dévisager, inquiet des foudres qui ne tarderaient pas à pleuvoir. Sa mère referma l’épais volume sur les doigts de son fils et, comprimant la couverture de tout son poids, déchiffra le titre du codex :

— « Cornus illustres et remarquables ». Tiens donc ! Un nigaud aurait-il enfin décidé de s’intéresser à ses devoirs d’Héritier ? grinça-t-elle, ignorant les grimaces du garçon dont les phalanges demeuraient prisonnières des pages.

Elle relâcha sa pression.

— J’espère, en tout cas, que c’est bien là ton intention. Je ne tolérerai pas, Arian, que tu ridiculises à nouveau notre famille. Tu souilles la mémoire de ton père, et celle de ton frère !

Bien sûr, l’éternelle rengaine sur la mort héroïque de Sand, son aîné. Elle frappa dans ses mains. Aussitôt, les deux tondues encadrèrent Arian en caressant les martinets accrochés à leur ceinture.

— Pour ta désobéissance, dix coups de crins. Pour ton impertinence, dix volumes pris au hasard dans la bibliothèque seront détruits. Et, à partir de ce jour, je ferai brûler un livre chaque matin qui te séparera de ton passage au rang de Cornu.

Arian poussa un gémissement. Pas les livres ! Quand la première zélatrice entreprit de défaire les boutons de son habit, il la repoussa brutalement.

— Dix coups ne seront pas suffisants, gronda la Matriarche. Cinq de plus te rappelleront à la discipline.

Ignorant sa mère, il déboutonna lui-même sa chemise, les yeux rivés à ceux de la zélatrice.

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