Le Constat

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Le Coronavirus, par son caractère inédit, sa mortalité et l’absence de traitement reconnu constitue un choc majeur du début des années 2020. La crise sanitaire qu’il provoque (pandémie mondiale) est aussi l’élément déclencheur d’une crise à la fois économique, financière et sociale.

La crise économique sourdait déjà depuis quelques années. Dans un contexte de mondialisation extrême, les pays occidentaux sont tentés par le nationalisme, un exemple en est les actions de Donald Trump qui montrent une volonté de privilégier les intérêts de son propre pays, parfois sans finesse. Dans le même temps, des pays comme la Chine forment un ensemble de pays producteurs et exportateurs, notamment en produits manufacturés ou à travers les flux touristiques. Tous les flux créent à l’échelle mondiale des dépendances plus fortes, qui lient des pays parfois ne partageant pas les mêmes valeurs ; ces liens n’étant pas toujours équilibrés. La crise économique peut aussi apparaître à travers la recherche de valeurs refuges nouvelles (le Bitcoin).
Le Coronavirus apparaît comme l’élément déclencheur de la crise économique et financière qui secoue en ce moment le monde : chute des bourses en général, chute du cours du pétrole qui se poursuit, puis en sus les conséquences des réponses à la crise sanitaire qui font appel aux ressources des Etats, entreprises et particuliers pour survivre le temps que la pandémie cesse.

La crise sociale semble d’abord trouver sa source dans le fort développement technologique et scientifique qui crée et souligne des fractures entre les individus, n’étant pas également impliqués. Elle est soulignée par trois aspects :

o Revendications sociales et redéfinition du rôle de l’Etat : en France par exemple, le mouvement des Gilets Jaunes (en plus de ses revendications économiques) réclame la réduction des inégalités et une meilleure écoute entre population et gouvernement. Ce mouvement spontané est intéressant dans la diversité de ses revendications et son ancrage fort dans la classe moyenne. Il a aussi permis d’essayer de nouvelles formes de gouvernances, plus locales (formation d’assemblées de citoyens, utilisation des réseaux sociaux, ...). Il semble finalement que l’État ait été dans l’incapacité de répondre aux doléances du mouvement, en parallèle de l’essoufflement apparent du mouvement.

o Revendications écologiques : depuis la fin du XXème siècle, les occidentaux se rendent compte de l’effet de leur mode de vie et de leur consommation sur l’environnement. De cette prise de conscience résultent une volonté de consommer plus « écoresponsable » (développement des écolabels), un attrait nouveau de la production alimentaire (développement de la « permaculture ») et une remise en cause de la mondialisation pour ses effets négatifs sur l’environnement (incarné par des ONG environnementalistes telles que Greenpeace, WWF, ...). Plus ou moins extrêmes, des mouvements et organisations se forment pour promouvoir le respect de l’environnement en général.

Cependant, ce «sursaut écologique» concerne surtout les pays développés et particulièrement occidentaux. Les pays en développement privilégient en effet leurs

développements économique, social et industriel au lieu des considérations environnementales.
Les revendications écologiques sont parfois la volonté d’un mode de vie plus simple, plus frugal et plus local (permaculture, écovillages, ...). À l’échelle des individus, ces revendications ne sont pas toujours aussi abouties et des personnes sont plus ou moins hostiles à ces revendications. Cela souligne une rupture entre les groupes d’individus, notamment à travers leurs valeurs.

o « Crises des valeurs » : il semble qu’à ces crises s’ajoute une crise des valeurs : d’abord une opposition ancestrale entre anciens et nouveaux, (« Ok Boomer », 2020). Cependant, cette opposition simpliste gomme les autres différences qui coexistent et transcendent les âges. Par exemple, l’opposition entre urbains et ruraux (ou même entre Paris et Province pour la France), entre conservateurs et réformistes (notamment en économie et concernant la mondialisation), entre les différentes religions et courants, ...

La fracture est aussi existante entre les différentes classes, même si les frontières qui les séparent sont très floues. Cette apparente fracture est surtout exploitée pour dénoncer une inégalité entre « riches et pauvres ».
La crise des valeurs oppose aussi les pays qui sont à des stades de développement économique différents : certains pays dénoncent un « marasme » de l’occident et, ou, une dépravation de ses mœurs, plus libéraux (l’exemple en est la Tchétchénie de Kadyrov).

La crise sociale, contrairement aux crises économique et financière, semble paralysée par le Coronavirus. La crise sanitaire apparaît cependant comme coupure durant laquelle les tensions augmentent et évoluent: le confinement et le chômage affaiblissent les États et les entreprises, mais aussi les individus. En effet, ceux-ci doivent assimiler un mode de vie tout à fait nouveau où leur liberté de mouvement est réduite au minimum vital. Dans les pays ayant adopté le confinement sans en avoir les ressources, la population subit des privations et des insuffisances qui ne sont habituellement connues qu’en temps de guerre. La crise sanitaire est donc génératrice de tensions fortes qui pourraient se développer quand celle-ci sera passée. On peut cependant, avec retenue, envisager positivement cette crise, en la considérant comme un évènement unificateur, et qui assemble les puissances dans une lutte commune contre le Coronavirus. Il existe néanmoins des tensions à l’échelle des pays et des jeux géopolitiques dans l’obtention de solutions à la crise sanitaire.

En France, les médias et les réseaux sociaux soulignent une « Union sacrée » contre le coronavirus. Cette uniformisation de l’opinion publique gomme les critiques qui réapparaitront pourtant à la fin de la crise (« On aurait plutôt dû ... »).

Le Coronavirus est finalement le catalyseur qui permet aux tensions du monde de se muer en crises, qui sont - et seront – à la fois économiques, financières et sociales. Il nous incombe donc de réfléchir et de définir la période qui suivra la crise sanitaire, pour éviter que celle-ci aboutisse à des crises encore plus graves et irréfrénables.

VC, Avril 2020.

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