26. Confiance

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Jeudi 06 décembreCASSIE

Il sait qui je suis.

Difficile de le nier alors qu’il en avait la preuve écrite. D’ailleurs, je n’aurais pas été capable de lui mentir, pas alors que ses yeux me scrutaient et cherchaient le moindre indice de ma culpabilité. C’est bête, pourtant… je suis toujours surprise de constater à quel point mes sentiments pour Ashley peuvent m’amener sur des chemins que je voulais éviter. C’est fou comme le simple contact de ses lèvres sur les miennes peut me retourner l’estomac et y faire voler une multitude de papillons. Tout ça pendant que mon cœur rate des battements et me supplie de me plaquer contre lui.

Merde… Dire que j’ai osé partager notre chocolat devant des spectateurs. Dire que je ne me suis pas contentée de le partager en deux et de lui en donner sa partie. Non, il a fallu que j’affirme ce que je ressentais, que je lui prouve que cette conversation entre nous était importante. Parce qu’elle l’était. Et elle va avoir un impact que je ne contrôle pas sur ma vie, sur mon futur. Je le sens, je le sais. Ses yeux sont encore sur moi alors que je tente tant bien que mal de me concentrer sur mon boulot.

Éric, dans le bureau d’Ash en compagnie de Vince, saute partout depuis que j’ai quitté les lieux. Il fait de grands gestes qui ne me sont qu’à moitié visibles, du fait de la porte ouverte et de l’interrupteur transformant la texture de la paroi de verre toujours en action. Merde ! Nous n’étions pas discrets, et les regards foudroyants qui me transpercent chaque fois que je relève la tête vers le reste de l’étage ne font que confirmer que je me suis fait des ennemis. Des langues de vipères qui ne vont pas se gêner de tout rapporter à Madame. Puisqu’elle semble, malgré les années passées, être encore celle qui contrôle le monde de Crève-cœur.

— Cassie ?

Je sursaute au son de la voix rauque d’Ashley qui m’appelle attirant ainsi mon attention sur les trois compagnons qu’ils sont. Éric a la tête qui dépasse du contour de la porte, Vince est installé dans un fauteuil face à Ash qui semble… heureux. Ou en tout cas, il en a tout l’air. Son sourire s’élargit quand il me voit lever les mains au ciel dans l’incompréhension la plus totale. Et son rire spontané me réchauffe le cœur. Mince alors ! Ce simple son me chamboule. Et me plonge à une époque où je n’avais pas peur de lui faire confiance.

« Tu me fais confiance ? me demande Ash en braquant son regard dans le mien comme s’il appréhendait ma réponse.

Pourtant, il devrait me connaître depuis le temps. Un an déjà, peut-être plus que nos lèvres se sont scellées dans un baiser langoureux, étincelant, presque trop parfait pour être vrai. Un an déjà que sa mère nous mène la vie dure mais que nous profitons de chaque instant ensemble. De nos soirées au sous-sol avec les autres adolescents du quartier à nos Dimanches matins dans la cuisine avec Malory aux fourneaux et une montagne de pancakes dans nos assiettes.

Le plus drôle dans tout ça, c’est de voir son père s’intéresser à nous. D’après Ashley, il n’avait jamais fait attention à son fils jusqu’à ce qu’il commence à vouloir prendre des cours de dessins, puis plus tard quand il a découvert qu’il était doué, ils ont su tisser un lien unique entre eux. Un peu bancal, mais… au moins, il reçoit de l’amour d’un de ses parents. Et puis, les miens compensent pour le reste. Tout comme Eliott et Cole qui s’amusent à s’incruster à nos soirées pour nous « surveiller » ou plutôt pour profiter du sous-sol et des consoles.

Alors quand il me demande si je lui fais confiance, je n’ai qu’une réponse à lui offrir :

Oui.

Ferme les yeux, s’il te plaît.

Mais Ash ?

Stella… c’est juste pour quelques secondes, à peine une minute. Promis.

Sa voix tremble et j’ignore si c’est d’excitation ou d’appréhension. En tout cas, je ne cherche pas plus. Ne râle pas et clos les paupières avec un sourire timide fixé sur le visage. Parce qu’autant je lui fais confiance autant je déteste les surprises. J’ai toujours cette crainte d’être déçue. Ses lèvres qui viennent à la rencontre des miennes me surprennent. Pourtant, c’est ce qu’il me manquait pour me détendre. Et Ash a su jouer de sa délicatesse pour que mes poings, que j’avais serrés sans m’en rendre compte, s’ouvrent avec lenteur. Libérant la pression de mes articulations tendues.

Ne t’inquiète pas, Stella. On ne va nulle part. Tu veux bien me laisser faire.

J’hésite. Inspire. Expire.

Oui.

J’accepte dans un murmure. Mes doigts tremblent légèrement. Ash doit l’avoir capté parce que les siens s’emparent de mes paumes et les lient à ses mains. Il entremêle nos doigts, les ramène vers sa bouche et les embrasse. Ce simple geste me réchauffe la poitrine. Mes joues rosissent, j’en suis sûre. Elles me trahissent comme chaque fois qu’Ashley a un geste doux envers moi.

Je le sens sourire contre la pulpe de mes doigts. Puis il se détache de mes mains. Il me semble percevoir ses pas, il s’éloigne. Je compte de peur qu’il ne soit parti. Un, deux, trois, quatre… je sursaute en percevant sa caresse sur mes cheveux. Il plonge ses doigts entre mes mèches, son nez percute l’arrière de mon oreille avec tendresse. Il hume mon parfum, s’en délecte.

J’adore ton odeur, Stella. Elle me rend dingue.

Ash…

Je sais, je sais. Mais patiente encore un peu. C’est presque fini.

Il s’écarte de mon corps, soulève mes boucles et me demande de les maintenir relevées. Je m’exécute de plus en plus impatiente de découvrir ce qu’il me réserve. Je souris bêtement en sentant une fine chaîne glisser sur la peau de mon cou. Ash souffle sur une mèche de mes cheveux qui s’est échappée et un frisson court le long de mon dos. Je savoure ses gestes, les devine presque fragiles.

Il tremble, appuie la pointe de ses doigts sur ma nuque pour contrôler ses mouvements. Et quand le collier retombe dans mon cou, il dépose un baiser à la naissance de mes cheveux avant de me les faire relâcher. Ils tombent en cascade et leur caresse me pousse à remonter ma main libre sur les pendentifs qui pendent à l’orée de ma poitrine. Je n’ouvre pas encore les yeux, profite de l’instant pour apprécier les lignes du bijou.

J’essaie de deviner ce qu’ils représentent, ce que ce collier signifie mais les doigts d’Ashley qui viennent capturer les miens me surprennent. Il s’applique à écarter ma main de mon cou et je le sens se pencher en avant. Je retiens ma respiration, pensant qu’il va m’embrasser, seulement ses lèvres frôlent mon oreille. Il sourit ? Je crois. Puis, dans un souffle il murmure des mots qui font gonfler mon cœur à chaque fois qu’il les prononce :

Je t’aime Stella, tu es ma lumière dans les ténèbres, mon étoile filante. Ouvre les yeux, maintenant.

Je ne lui réponds pas, n’en ai pas l’occasion. J’ai à peine ouvert les paupières que déjà son téléphone me fait face, l’appareil photo est tourné vers moi. Mes gestes s’arrêtent pour observer les formes qui ornent mon buste. Et je perds mes mots devant le bijou. Mes doigts tremblent en venant capturer le premier pendentif, puis le second. Des perles de larmes m’échappent. Merde… Il est…

Magnifique. Oh, Ash ! Merci.

Tu l’aimes ? me demande-t-il hésitant.

Je l’adore !

Et plus encore ! Il est parfait. Une fine chaîne d’argent sur laquelle a été glissé deux pendants. Le premier est la lettre A, elle est formée d’une courbe, délicate et forte à la fois. Puis, vient s’y ajouter le deuxième élément : une étoile filante. Son cœur est en pierre précieuse, bleue, comme un saphir. Les filaments qui s’en enfuient, sont quant à eux, un mélange de plusieurs traits accompagnés de points d’argent tels des paillettes.

Sublime.

Ashley range son téléphone et je ne me retiens pas plus longtemps. D’une pulsion sur mes jambes, je lui saute au cou. Mes mains s’entrelacent derrière sa nuque et mon nez plonge sur son épaule. Ses bras se referment autour de ma taille. Et son soupir de soulagement me fait sourire. Comment ai-je pu croire un seul instant que cette surprise n’allait pas me plaire ? C’était impossible. Mes joues sont humides mais c’est de bonheur. Ce collier, il l’a choisi pour moi. Un duo qui nous définit.

Je t’aime, Ash.

Moi aussi. Tu vois, tu pouvais me faire confiance. Toujours. »

Toujours ?

Alors pourquoi m’a-t-il tourné le dos quelques mois plus tard ? N’avait-il pas confiance en moi ? Cass, ce n’est pas le moment de te poser mille et une questions ! Surtout pas quand trois hommes m’appellent à pleins poumons et font de grands gestes pour attirer mon attention. Misère, ils vont m’attirer des problèmes avec toutes mes collègues du bureau si ça continue.

Seulement, peu importe combien les regards se tournent vers moi, mes yeux eux ne peuvent que se poser sur les siens. Merde, Cass… Mes souvenirs m’amènent sans cesse vers Crève-cœur et je crois que cette attirance ne m’a au final, jamais vraiment quittée. Je souris en poussant mon fauteuil de mes bras pour me dégager du bureau et ainsi rejoindre les trois compères dans celui d’Ashley.

J’ai à peine le temps d’y faire un pas que déjà la voix rauque et excitée d’Éric m’agresse :

— Tu es STELLA ! La Stella ?

Je fronce les sourcils, avant de redresser la tête pour surprendre le geste nerveux d’Ash. La main dans les cheveux, il s’arrête au milieu de son mouvement comme si je venais de découvrir son secret. Mais en vérité, c’est le mien que son ami vient de hurler à gorge déployée. Merde ! Sérieux ? Et je pensais à cette confiance folle que j’avais en Ashley quelques minutes plus tôt. Quelle idiote !

— Tu leur as dit ! craché-je sans chercher à répondre à Éric.

— Je… oui.

— Pardon ! Tu es sérieux ? Ash !

— Quoi ? Bordel ! Tu crois que tu peux garder un tel secret pendant combien de temps ? Toute ta vie ? Putain, Cass ! Tu mérites que les gens reconnaissent ton talent ! Tu m’entends ?

Quoi ? Il se fout de moi ? Et il hurle en plus ? Il vient à peine de découvrir qui se cache derrière les fresques qu’il admire et lui, le premier truc qu’il fait, c’est de dévoiler la nouvelle à tout le monde ! Vraiment ? Il n’avait pas mieux à faire ? Putain ! Je savais que j’aurais dû me taire, ne rien avouer. Satané mot ! Pourquoi il a fallu que je signe avec mon nom d’artiste ? Foutu automatisme !

Je grogne de rage. Croise les bras sur ma poitrine et suis surprise d’entendre la porte se fermer dans mon dos. Mon sursaut attire l’attention de Crève-cœur sur moi, il s’avance d’un pas avant de s’arrête à mi-chemin la main tendue vers mon bras. Quoi ? Je n’ai pas le droit d’avoir peur maintenant ? Je me retourne prête à fuir la pièce mais c’est le corps de Vince qui me fait face. Bordel, ils se sont donné le mot ou je suis juste douée pour tomber dans le piège ?

— Cassie, reste. Parlons-en. Ashley nous l’a dit quand on a vu le mot sur son bureau. A vrai dire, ça fait quelques temps qu’il te cherche. Et on l’a aidé plusieurs fois même si…

— Purée, petite sirène ! Tu es une professionnelle pour te planquer ! Imagine combien ça a été un parcours du combattant pour nous de découvrir ton identité. Déjà qu’Ash n’a même pas été capable de te reconnaître tout de suite quand tu as embauché la première semaine alors trouver qui se cachait derrière l’étoile montante des street-artistes ce n’était pas une mince affaire ! Vraiment pas !

— Eh ! râle Ash.

— Quoi ? C’est vrai ! La petite sirène est super forte ! Elle a su te mener par le bout du nez alors que c’était évident que c’était elle depuis le début.

Évident ?

Évident !

C’est une blague ! Je ne me suis pas casser le cul à dissimuler mon identité pendant toutes ces années pour m’entendre dire que mon identité est facile à trouver ! Une évidence ? Vraiment ? Alors il va falloir qu’ils m’expliquent tous les trois comment ils ont fait pour ne la découvrir que parce que j’ai fait une erreur. Non ! C’était une petite provocation qui a des répercussions que je n’attendais pas. Des putains de conséquences dont je ne comprends l’envergure que maintenant.

— J’espère que vous êtes heureux.

— Tu rigoles ! C’est la meilleure nouvelle qu’on puisse rêver d’avoir ! Tu te rends compte ? Tu vas devenir notre meilleur atout pour nos futurs projets ! La petite sirène est notre trophée numéro UN.

— Éric…

— LA FERME ! m’énervé-je. Alors quoi ? Vous êtes contents, vous allez pouvoir vous vanter auprès de toute la concurrence que vous avez démasqué la Stella anonyme ? Vous allez m’afficher sur la devanture de l’entreprise comme une vulgaire récompense ? Je te parle, Ash ! Tu crois que ma vie n’a pas déjà été assez un enfer à cause de ta mère pour que tu en rajoutes une couche ? Putain ! Et moi, comme une débile, je croyais pouvoir te faire confiance ! Mon cœur est un putain de traître ! Je voulais croire que cette fois, ce serait différent !

— Mais ça l’est ! Bordel, Stella ! Ne mélange pas tout ! hurle-t-il sous mes mots.

— PROUVE-LE !

*

ASHLEY

Pas encore…

La journée avait pourtant si bien commencé. Jusqu’à ce qu’elle me hurle dessus avant de s’enfuir en me demandant de prouver que je n’ai rien à voir avec ma mère. Bordel, je me suis fourré dans une sacrée merde. Un gouffre dont je ne sais même pas comment me sortir. Dire que j’avais réussi à la convaincre de me montrer une de ses œuvres. Maintenant, je peux faire une croix sur cette opportunité.

Je souffle pour la millième fois de la journée. Notre confrontation m’a épuisé. Et je ne parle même pas du regard apeuré d’Éric quand la belle brune a tourné les talons pour se poser à son bureau et faire son travail sans nous laisser une seule occasion de nous expliquer. Bordel, Éric, tu m’as enfoncé ! Oui, et je n’ai rien fait pour empêcher ses conneries de sortir de sa bouche. Au contraire, je l’ai observé, mes pensées carburant sur le projet de l’exposition au musée que j’aimerais qu’elle dirige.

— Ça va ? me surprend Vince alors que je tergiverse encore sur comment me sortir de ce merdier.

Pour toute réponse, je hoche la tête. L’examine, lui qui est toujours si droit dans ses baskets, à cet instant il semble hésiter à me parler. Je penche donc le menton d’un côté, hausse les épaules avant de finalement lui indiquer l’un des fauteuils. Il prend place. Lentement. Trop lentement. Mon grognement par contre est assez provoquant pour qu’il s’appuie sur les accoudoirs du siège et me regarde dans le blanc des yeux.

Oh merde

— Tu devrais t’excuser.

Aïe.

Même si je m’y attendais, ses mots me percutent de plein fouet.

— Comment ? Pourquoi ?

— Ash, sérieux ? Je vous connais tous les deux. Trop têtus pour écouter l’autre. C’est comme cette fois-là où vous êtes restés muets pendant une semaine. Tu te souviens ? C’était à cause de cette fille à ton cours de dessin. Qu’est-ce qu’elle avait dit déjà ?

— Ashounet… viens chez moi, tu pourras m’aider avec les ombres, comme la dernière fois. Tes doigts font des merveilles.

Éric !

Pourquoi faut-il qu’ils me rappellent ce moment horrible. Cette fille était folle. Aucune pudeur ! Et en plus, je n’avais rien fait de plus qu’être mis à l’honneur pour mes ombrages au fusain sur nos esquisses. Agile de mes doigts, peut-être, mais pas avec elle ! Pourtant, la jalousie de Stella avait fait des étincelles. Parce que bien sûr, il a fallu que cette pouffe ose parler de cette manière devant ma petite amie.

— Argh ! Une folle ! râlé-je en reprenant mes esprits.

— Combien de fois, j’ai entendu cette histoire ? La petite sirène a un sacré caractère ! Et au fait, je n’ai jamais su comment vous vous étiez réconciliés !

— Vraiment ?

« Qu’est-ce qu’elle me veut encore celle-là ? Elle n’en a pas déjà fait assez ? Merde, avec Stella, c’est le silence radio depuis plus de cinq jours à cause d’elle et elle ose encore se pointer devant mon chevalet. Je n’en peux plus de ces greluches ! J’en ai déjà parlé à papa, et lui aussi est certain que Madame est derrière ça. Elle déteste voir que son fils s’attarde avec une fille du bas-quartier.

N’importe quoi ! Stella est au moins cent fois mieux que toutes ces filles de bonnes familles qu’elle me présente. Et elle est bien plus intéressante. Joyeuse, souriante et LUMINEUSE. Une étoile au cœur d’un univers orageux. Je soupire en arrivant en face d’Ambre, elle semble au contraire de moi, être aux anges en voyant mon visage.

Je grimace en l’entendant prononcer le surnom qu’elle s’évertue d’utiliser :

Ashounet ?

Mais alors que je m’apprête à la renvoyer chier, une voix douce et ferme que je reconnais tout de suite nous interrompt. Elle a l’air remonté à bloc. Et sa présence suffit à me faire sourire. Enfin, elle est là. Ces cinq jours étaient si longs sans elle, sans ses yeux pétillants, sans cet océan dans lequel j’aime me noyer. Merde, mon cœur fait des bonds dans ma poitrine rien qu’en sentant son parfum de vanille.

Eh toi ! Tu te crois où à séduire le petit copain d’une autre ? Et arrête avec ce ton mielleux, il ne colle pas du tout à ça, annonce Stella en pointant du doigt la tenue vulgaire que porte l’autre fille. Ah et avant que tu n’ouvres encore la bouche, tu peux arrêter avec ce surnom. C’est loin d’être mignon ! Alors qu’Ash est du genre sexy.

Ma bouche s’ouvre sous la surprise des paroles de Cassie. Mais mon rire s’échappe de ma gorge quand Ambre écarquille les yeux comme des billes. Je pense que personne encore n’avait osé la remettre à sa place. D’ailleurs, à ses paupières qui papillonnent, je sais qu’elle calcule sa vengeance. Sauf que… Stella ne lui laisse pas l’occasion d’amorcer ne serait-ce qu’un mot. C’est même un hoquet de surprise suivi d’un grognement de dégout qui suit les mouvements de ma copine. Merde, elle est UNIQUE cette étoile !

Quoi ? Le message n’était pas assez clair ? Tu as besoin d’une démonstration ?

Stella hausse les épaules. Le temps se suspend. Ses yeux cristallins s’ancrent dans mes émeraudes. Ma respiration se coupe. Ma poitrine me fait mal tant mon cœur bat à toute vitesse. Un pas. Puis un second. Sa paume vient encadrer ma joue. L’autre se referme derrière ma nuque et m’attire à elle. Son nez caresse le mien pendant deux secondes. Et enfin, alors que mon souffle se relâche, ses lèvres se joignent aux miennes.

Au début, c’est une simple pression. Douce. Puis, c’est l’explosion. Elle m’a manqué. Tant que mes mains capturent ses pommettes. J’approfondis notre baiser, oubliant même le lieu où nous sommes. Un gémissement de satisfaction nous échappe et fait vibrer nos bouches. Pour moi, c’est le signal pour plonger ma langue entre ses lèvres pulpeuses et jouer avec la sienne.

Intense.

Je ne sais pas combien de temps dure notre échange mais ses pommettes rouges et son sourire carnassier, quand on se sépare, et la meilleure des récompenses. Elle rit au moment où son attention se porte au-dessus de mes épaules. Puis, elle planque sa tête dans ma clavicule avant que ses mains ne viennent cacher son visage. Son murmure est le dernier élément qu’il me fallait pour me détendre totalement :

J’ai vraiment fait ça ? »

— ELLE A FAIT ÇA ? hurle Éric, hilare.

— Oui !

— Et l’autre fille ?

— Il s’avère qu’elle s’était enfuie en courant au milieu de notre baiser.

— Tu m’étonnes, ricane Vince.

Nous riions en chœurs. Sacré souvenir quand j’y repense. Stella est douée quand il s’agit de défendre ceux qu’elle aime. Et ce n’est pas la seule fois où elle a dû montrer aux autres l’effet qu’elle avait sur moi. Une putain d’allumette qui allume un feu ardant. Un peu comme maintenant. Ces derniers jours, nos derniers échanges, et… ses lèvres. Mais je ne vois pas en quoi ce moment peut m’aider à résoudre mon problème.

— Appelle Cole.

— Quoi ? Pourquoi ?

— Il paraît que c’est lui qui a dit à Cassie de postuler ici. Apparemment, il était en contact avec une certaine personne présente, ici. N’est-ce pas Vince ?

— Pardon ?

C’est quoi encore que ce bordel ? Mon meilleur ami fronce les sourcils et tape sur la tête de notre gaffeur en chef. Ok, note à moi-même, enquêter sur l’arrivée de Cassie dans l’entreprise. Pourquoi tout à coup j’ai l’impression que c’était arrangé d’avance ? Non, je dois me faire des idées. Vince n’aurait pas comploté dans mon dos. Surtout pas avec Cole. Merde, c’est le grand-frère le plus surprotecteur que je connais.

— De quoi tu parles ? demandé-je en analysant les gestes de Vince qui se contente de hausser les épaules. Encore.

— Rien. Mais… Éric n’a pas tort. Cole pourrait vraiment…

— M’aider ?

— Ouais.

— Pourquoi ?

Pas de réponse. Encore ce foutu mouvement d’épaules. Je penche la tête sur le côté, jette un regard en coin vers Éric qui lève ses deux mains en l’air et je finis par lâcher un soupir. Aucun d’eux ne va me donner d’explication. Super ! mais… peut-être. Je dis bien, peut-être. Oui, peut-être que son frère pourrait m’aider. Juste pour cette fois ? Merde, Ash, elle avait confiance en toi ! Et j’ai eu la bonne idée de laisser trainer le mot sur mon bureau.

— On l’aurait su un jour ou l’autre. Cassie a cette tendance à s’énerver quand elle a peur. Ta mère…

— Je sais. Putain, je sais. Ça ne lui a pas suffi de me pourrir la vie. Elle a détruit celle de Stella aussi. Son avenir, ses rêves… Elle a tout perdu quand je lui ai tourné le dos. Putain, je me sens comme une merde. Un connard qui n’a pensé qu’à lui.

— Ash. Tu venais de perdre ton père. Arrête de te torturer avec ce moment.

— Mais BORDEL ! Elle n’aurait pas eu à se planquer derrière une signature si je lui avais fait confiance ! J’ai balayé deux ans de relation en un claquement de doigts ! Madame a ordonné, je me suis exécuté. Comme quand j’étais gosse et qu’elle me faisait enfiler ces foutus robes ! Je n’ai pas un seul album photo de moi, bébé sur lequel j’ai l’air d’un garçon. Non ! Toujours du rose, toujours des paillettes, toujours…

— C’est du passé, mec. La petite sirène le sait.

— Comment ?

En fait… il n’y a pas de questions, pas de réponses non plus. Juste une évidence à ce qu’annonce Éric. Elle sait. Elle sait que le passé doit rester derrière nous et c’est pour cette raison qu’elle s’acharne, qu’elle donne tout pour que Noël trace son chemin jusqu’à moi. Une tête de mule qui n’abandonne pas, qui n’a jamais baissé les bras et qui a trouvé un nouveau chemin pour arriver à réaliser ses rêves.

Maintenant, je comprends. Je prends conscience que si elle s’énerve autant, c’est parce qu’elle a tout fait pour rebondir, pour se faire un nom, pour garder son anonymat tout en développant une communauté. Elle est forte, plus forte encore que moi. Plus douée aussi pour ce qui est de garder la tête haute. Merde ! Stella… comment je pourrais lui montrer qu’elle peut me faire confiance ?

Éric et Vince n’ont toujours pas répondu à ma dernière interrogation. Ils n’en ont pas besoin. Une main dans mes cheveux, je les tire en arrière puis je me décide. Je m’affale dans mon fauteuil, attrape mon portable qui trône sur mon bureau et le déverrouille. Un moment d’hésitation. Puis… je fouille à la recherche de ce numéro qui doit être encore enregistrer tout comme l’était celui de Cassie.

Décidément, j’ai un problème de conservation. Un sacré soucis même. Une putain d’obsession de prolonger le passé et de le superposer au présent. Bordel ! Éric a raison, je suis un maniaque des souvenirs. Un dingue du contrôle. D’ailleurs, ce n’est pas le petit flocon qui représente mon calendrier de l’avent affiché en haut de mon écran qui dira le contraire. D’autant plus que cette notification se rappelle à moi, comme un électrochoc.

Je glousse.

Relève la tête.

Croise les regards de mes amis.

— Je n’ai pas ouvert une seule fois l’application depuis le premier, leur avoué-je.

Je m’attends à ce qu’ils soient surpris seulement ils se contentent de me sourire d’un air entendu. Bien sûr, ils le savent, en ont conscience avant moi. Cassie me bouleverse, me submerge, m’entraîne vers des sentiments que je ne voulais plus ressentir de peur de souffrir. Merde, je suis vraiment foutu. Je souffle de plus belle, et d’un signe de tête, j’interroge Vince :

— Il a toujours le même numéro ?

— Je vérifie.

Et c’est comme ça que le soir venu, je me retrouve accompagné de deux compères inhabituels. Bordel, dans quoi je m’embarque encore ? Cole est installé sur mon siège passager tandis qu’Eliott est à l’arrière. Tous les deux ne disent rien. Ils m’observent et ça, depuis bien quinze minutes. Sérieux ? Ils étaient obligés de me suivre ? Je voulais juste une idée qui m’aiderait à prouver à Cassie que je suis sincère…

Alors pourquoi ?

Enfin arrivés sur le parking, j’arrête la voiture mais je ne desserre pas pour autant mes doigts du volant. Trop stressé par la présence des deux gardes du corps de Stella. D’ailleurs, j’hésite à attendre de les voir descendre pour m’enfuir à toute vitesse. Sauf qu’ils ne m’en laissent pas l’occasion. Cole se penchant de mon côté pour voler les clés. Super… Magnifique même ! Je suis ravi !

— Eh !

— Non, non. Tu viens. C’est toi qui m’as appelé, je te signale.

— Je sais !

— Alors arrête de grimacer, de grincer des dents ou de me fusiller du regard. Ça ne changera rien à notre situation. Prépare-toi à remplir ta voiture de paillettes, Crève-cœur.

QUOI ?

Ils se foutent de ma gueule ?

Non. Apparemment non. Le premier sort et court chercher un caddie. Le second ? Je n’ai pas vu ses mouvements que déjà ma portière s’ouvre en grand. Il me tend même la main et je suis sûr qu’il est prêt à me tirer par la peau du cul si je n’agis pas très vite. Merde ! Tout ça pour une femme ? Oui ! Mais ce n’est pas n’importe qui. Et puis de toute façon, personne d’autre qu’elle n’aurait réussi cet exploit.

Moi dans un magasin de décorations de Noël ? Même pas en rêve. JAMAIS ! Et pourtant… la sonnette aux carillons qui m’accueille à l’entrée du supermarché m’indique que je suis sur le point de passer un cap. Un sacré revirement que je ne suis pas près d’oublier. Putain, y a combien de père-noël dansant ici ? Et c’est quoi cette musique ? Oh merde ! Et ça c’est quoi ? Pourquoi il y a des sapins roses ? ROSES !

— Oh bordel de cul !

— Et ouais mec, bienvenue dans le commerce des fêtes de fin d’années.

Le ton rieur de Cole s’accompagne du rire moqueur d’Eliott. Et je me demande encore une fois ce qui m’a pris d’accepter leur idée. Décorer le dernier étage de l’entreprise. Faire entrer Noël au niveau du bureau de direction. Accepter que mes habitudes soient bouleversées quitte à entendre les variations guillerettes des musiques de Noël ? C’est possible. Un défi, une torture mais je peux le faire.

Je vais le faire.

Un sapin. Des boules. Quelques guirlandes.

Au fond, je ne vais pas en mourir.

Hein ?

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