Chapitre 7 : Une course pour la vie

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LE CHANT DE L'OISEAU SOLITAIRE

Chapitre 7 : Une course pour la vie

Abasourdi parce que je pensais être ma faute, je mis beaucoup trop de temps à réagir. Le feu se rapprocha rapidement. Il dévorait les troncs pourris et les cadavres en quelques secondes. La fumée noire qui précédait les flammes s’infiltrait dans le terrier et je ne tardai pas à manquer d’air. Je réussis à m’extirper difficilement du trou de terre et, désorienté, je commençai à analyser les environs. Des animaux paniqués filaient entre mes jambes dans la direction des montagnes naines, au nord. Je fis confiance à leur instinct et empruntait la même direction.

La fumée me brûlait les yeux et je ne réalisais pas tout de suite l’erreur monumentale que je venais de faire. Trop préoccupé à l’idée de survivre, je ne me rendis pas compte que je fonçais droit vers le village, exactement là où l’on avait prévu que je me dirige. Épuisé, essoufflé, je heurtai de plein fouet une forme plus petite que moi, que je n’avais pas vue.


“Oh non, soufflais-je pitoyablement.”


Beau-Tison se tenait face à moi, le visage caché derrière un masque de tissu et une hache à la main. Il poussa un cri puissant et donna un grand coup d’arme, que j’évitais maladroitement. Le mouvement me fit perdre l’équilibre et je tombais sur les fesses, à sa merci. Il aurait vraiment pu m’achever si un événement inattendu n’était pas venu perturber le cours des choses. Alors qu’il prenait de l’élan pour abattre son arme sur mon crâne, un bruit d’une puissance inouïe résonna au dessus de nous.

Des paysans, paniqués, passèrent à côté de nous, sourds à mes supplications. Comme les animaux prisonniers des flammes de la forêt, ils cherchaient à fuir le plus loin possible du village. Le nain, bien que toujours menaçant, avait lui aussi perdu de l’assurance. Sur ses gardes, il regardait nerveusement le ciel. Et soudain, il disparut.


Deux pattes titanesques l’arrachèrent du sol avec force. Je l’entendis hurler de terreur pendant quelques secondes, puis plus rien. Tétanisé, je n’osais plus esquisser le moindre geste. Que venait-il de se passer ? Je repris vite mes esprits et saisis ma chance. Si ce n’était pas un signe évident que le destin me laissait une nouvelle chance !

A l’entrée du village, des chevaux attachés tiraient sur leurs mords, paniqué. Sans réfléchir, j’en détachai un et me hissai sur son dos. Manier l’animal fut difficile, mais je finis par le convaincre de partir vers les plaines, dans un galop effréné. Je restai accrocher à son encolure, très mal installé sur une selle mal adaptée à ce type de chevauchée.

Un grognement puissant me fit sursauter et j’osai un regard en arrière. Une forme titanesque, ailée, sortait de l’épaisse fumée noire. Ses yeux gigantesques étaient braqués sur ma monture, qui devait représentait un jouet fort amusant pour un animal de cette envergure. Le pauvre palefroi, devenu incontrôlable, courut aussi vite et loin que ses jambes purent le porter, sous mes cris de plus en plus pressés qui contribuaient à son stress.

Le monstre avançait toujours plus vite et je pouvais sentir son souffle chaud derrière moi. Je l’ignorais encore, mais il s’agissait ici de mon premier dragon. A cette époque, plusieurs spécimens de leur espèce couraient encore dans la nature. Les guerres draconiques avaient anéanties la plupart d’entre eux, mais ceux qui avaient survécu ne comptaient tout simplement pas encore se rendre. Pour ma part, je n’en avais encore jamais vu en vrai. Le théâtre des guerres se passaient dans le sud, sur les grandes plaines, bien loin des montagnes naines.


Après une quinzaine de minutes de course, le palefroi ralentit l’allure, épuisé. La pauvre bête n’avait pas l’habitude de courir à une allure aussi vive et je craignais qu’il ne meure d’épuisement entre mes doigts. Devant moi, l’étendue verte que représentait la Forêt de Querod s’ouvrait à moi. Sans réfléchir, j’enfonçais ma monture dans les ronces qui la bordait, faisant fis des légendes qui les accompagnait.

Le dragon abandonna la poursuite bien avant que je ne m’en rende compte. Peut-être que la bête savait qu’il n’avait aucune chance de survivre dans cette partie de la forêt réputée pour son côté mortel. Le pauvre cheval en fit les frais le premier. Coincé derrière des ronces, il se cabra et me propulsa au sol. Je n’eus malheureusement pas le temps d’éviter l’inévitable coup de sabot, sans le ventre, qui coupa mon souffle pendant quelques minutes.

Je tentai en vain de le calmer, il continuait d’hennir et de se débattre dans un boucan de tous les diables. Ce qui devait se produire finit par arriver : les ronces se resserrèrent soudainement autour du corps de l’animal et une immense plante carnivore le coupa net en deux à la force de sa mâchoire. Horrifié, je vis le derrière sanguinolent de mon compagnon retomber devant moi.


Je bondis sur mes jambes et reprit ma course vers la forêt. Plusieurs ronces cherchèrent à me saisir les jambes, mais je parvins à me libérer à chaque fois. Les plantes carnivores claquaient des mâchoires, agacées, tandis que je me glissais telle une anguille dans un champ de coton entre les lianes aux épines tranchantes. Les premiers arbres verts que j’aperçus furent une délivrance. Je touchais finalement au but.

Malheureusement, il ne faut jamais crier victoire trop vite. Juste quand j’atteignais la lisière de le forêt, une ronce vicieuse serra ma jambe droite et tira violemment. Je perdis l’équilibre et m’étalai au sol. Les ronces, comme un gros serpent, resseraient leur prise de plus en plus. Les épines pénétrèrent mon mollet profondément, m’arrachant des cris de détresse. Elles prenaient du terrain et remontaient lentement le long de mon dos.

Je compris de suite que si elles atteignaient mon cou, j’étais fini. Malgré la douleur, je redoublais de vivacité pour me dégager. J’attrapai une des lianes à deux mains et l’arrachait avec force. Mes mains saignaient, mais je pensais toujours au sort atroce qu’avait connu mon palefroi et je tâchais d’ignorer la douleur. Les blessures, ça cicatrisait. Un corps coupé net en deux, c’était plus délicat. Alors que j’arrachais une deuxième liane, mes poignets furent happés par d’autres ronces. Immobilisé les bras écartés, je ne pus que regarder, impuissant, les végétaux recouvrir peu à peu mon corps. Quand ils atteignirent mon cou, les plantes devinrent étouffantes. Je tentais de hurler, mais rien n’y faisait. L’air s’échappait de mon corps et je me sentais partir, peu à peu.

Il est courant de dire que c’est dans les pires épreuves que naissent les héros. Eh bien… Ce ne fut pas mon cas. Je me pissai dessus avant de sombrer dans l’inconscience, le visage cramoisi. Pour tout dire, je crus vraiment que c’était la fin. Ma courte existence en tant qu’aventurier aura été fort pitoyable.


Et pourtant, contre toute attente, je fus bientôt de retour parmi les vivants. Allongé sur une paillasse peu confortable, je repris connaissance dans ce qui paraissait être une habitation archaïque. L’unique pièce qui la composait, ronde et minuscule, ne contenait qu’une porte de bois et une petite meurtrière, au dessus de moi, qui laissait passer faiblement la lumière. Une table en bois bancale me faisait face. Son bois disparaissait sous des dizaines de fioles et plantes, qui parfumaient légèrement la pièce d’une odeur champêtre.

Je m’appuyai contre le mur de terre et me redressai avec difficulté. Ma gorge brûlait, tout comme mes mains, emballées dans de fines bandelettes de lin. Je ne me souvenais pas de grand chose. Je me rappelais Armand, tragiquement disparu. Je me rappelais Beau-Tison également, propulsé dans les airs par un furieux dragon et promis à une mort réjouissante. Je me souvins du cheval coupé en deux, qui m’arracha un haut-le-coeur. Mais c’était tout.

Maladroitement, je posai mes jambes sur le sol et cherchai à marcher vers la porte de bois. Le monde tanguait autour de moi, mais je n’y fis pas attention. Au moment où j’atteignais mon objectif, la porte s’ouvrit sur une parfaite inconnue qui ne manqua pas de me surprendre. Dressée sur quatre pattes blanches imposantes, elle me jaugeait de haut, méfiante. Sa chevelure brune, salie par des branches, s’agitait faiblement sous la brise extérieure. Elle n’osait pas avancer, nerveuse, comme en témoignait ses coups de sabot réguliers sur la pierre grise. Autre chose : elle était nue et je rougis rapidement et détournant le regard.

Fasciné, je ne pus prononcer un mot. Je ne le pouvais pas, de toute manière. Agacée de mon mutisme, elle finit par me pousser, sans méchanceté, et me pointa la paillasse avec insistance.


“Duydji-vuo !”


Ses étranges mots m’apparaissaient comme un ordre. Trop timide pour la défier, je fis demi-tour et me laissa retomber sur la paille. Sans un regard pour moi, l’étrange hybride, mi-femme, mi-cheval se dirigea vers la table et commença à jouer avec ses fioles. Je l’observai faire, inquiet. Elle n’avait pas l’air méchante, mais on m’avait appris depuis longtemps à me méfier de ce qui ne paraissait pas humain. Les nains ne me dérangeait pas, plusieurs vivaient dans mon village natal. Cette femme, en revanche, c’était nouveau.

Je poussai un soupir fatigué et me recouchai sur ma paillasse. Dans quel pétrin avais-je encore été me fourrer ?

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