Chapitre 5

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Orphelins endettés

Il était difficile de trouver des informations dans le domicile d’un mort. Noria et ses amis retournaient la maison, à la recherche du moindre indice sur la localisation de Kain. Noria fouillait un bureau dans l’angle du salon, mais l’assassin avait déjà pris le soin de s’en occuper. Elle avait beau chercher une lettre ou quelque chose, elle ne trouva rien que des factures au nom de Nowo. Cet homme croulait sous les dettes…

Elle soupira. Petit à petit, le désespoir s’emparait d’elle à mesure de ses recherches infructueuses. Elle ne pouvait pas baisser les bras maintenant. Elle dévala l’escalier pour se rendre à l’étage du dessous, la chambre, et dégagea toute la paille qui formait son lit. Mais il n’y avait rien. Rien qui ne puisse la guider vers Kain. Et la pièce était vide de tout ameublement.

Elle remonta, dépitée, et s’assit sur le canapé. Elle plongea sa tête dans ses mains en retenant un sanglot.

– Y’a rien ici, s’énerva Hirelda. Bordel, on aurait fait tout ça pour rien ?

Allen était encore dans la cuisine à faire les poches du cadavre.

– Il n’a pas d’argent, dit-il.

Noria se redressa, surprise. Elle se rendit compte qu’ils voulaient dérober cet homme. Comment avait-elle pu tomber aussi bas ? Il n’y a pas si longtemps, elle se trouvait dans un village calme et sans histoire, à s’occuper de chasser les monstres corrompus qui infestaient la région. Maintenant, elle volait un mort pour continuer sa propre quête. Elle n’arrivait même pas à se reconnaître. Jamais elle n’avait imaginé tomber aussi bas.

Une main se plaqua sur son épaule. Hirelda pencha la tête pour l’observer de plus près.

– Qu’est-ce que t’as ? demanda-t-elle.

– Rien…

Hirelda s’accroupit face à elle.

– Arrête de mentir, je vois bien que tu ressasses des idées noires.

Noria roula des yeux. Elle haussa des épaules, puis lui avoua tout en détournant le regard. Hirelda secoua la tête et lui expliqua qu’elle n’avait pas à s’en faire. S’ils étaient dans une telle situation, c’était avant tout à cause d’un voleur.

Noria se leva et s’éloigna de son ami. Elle le savait très bien, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à leur situation. Elle cherchait un moyen de voler de l’argent… Elle frappa du pied dans un mur, en colère contre elle-même. Elle jura, ce qui surprit Hirelda, puis elle se laissa tomber sur la chaise du bureau.

Son regard se promena sur les murs tapissés de peau de bête. Un arc trônait à côté de plusieurs têtes d’animaux empaillés. Mais pas seulement. Elle fronça les sourcils et se leva pour s’approcher davantage. Dans le coin de l’étagère, à l’abri de la lumière des bougies, un coffre attendait d’être déniché.

Elle s’aida de la chaise pour le récupérer, puis le posa sur la table.

– C’est quoi ? demanda Hirelda.

Noria l’observa avec un léger mépris.

– Bah, un coffre.

Hirelda lui tira la langue.

– Sans blague ? Allez, ouvre-le ! Je veux voir ce qu’il y a dedans ! Peut-être une montagne de pièce d’or.

Noria passa les doigts le long de l’interstice à la recherche d’une serrure. La poussière se colla à son index, alors qu’elle dénicha un petit crochet à retirer.

– C’est trop petit pour accueillir une montagne d’or, souligna Allen soudainement derrière eux.

Hirelda se retourna, vexée.

– Merci, j’avais remarqué ! Vous pouvez arrêter de m’embêter et ouvrir ce coffret ?

– À vos ordres, cheffe ! répondit Noria.

Elle s’exécuta et bascula le capot. À l’intérieur, ils dénichèrent plusieurs dessins d’une qualité exceptionnelle. Ils n’avaient aucun mal à reconnaître Kain sur l’un d’eux, et à l’arrière, un grand bâtiment de pierre aux grandes fenêtres voutées. Néanmoins, impossible de savoir de quel édifice il s’agissait.

Sur une autre feuille, Noria y découvrit la même bâtisse avec une vingtaine d’enfants rassemblés autour d’une jeune femme souriante d’une trentaine d’années. Noria retourna le papier pour y découvrir une inscription : Orphelinat Davayd.

– Un orphelinat ? s’étonna Hirelda. Vous croyez que Kain s’y trouve ?

– C’est probable, continua Allen. Ça vaudrait le coup de vérifier. Qu’est-ce que tu en penses Noria ?

Son hochement de tête approuva leur idée. En regardant de nouveau le dessin, les enfants semblaient heureux de vivre dans cet établissement. Mais quel était le lien avec ce voleur ? Venait-il de là-bas ?

En sortant de l’habitation en toute discrétion, Noria s’imaginait la vie d’un pauvre petit garçon aux abois, en attente de se faire adopter. Sûrement avait-il été obligé de dérober de la nourriture pour survivre dans ce monde. Peut-être devait-il continuer, car personne ne voulait de lui ?

Sans plus attendre, le groupe rebroussa chemin pour retourner dans l’auberge au centre-ville. Il était hors de question de dormir dans ces taudis, avec en plus un cadavre tout frais dans une maison maintenant abandonnée.

Il leur fallut du temps pour rentrer, et la fatigue pesait sur les jambes des Titanomages. Ils s’élancèrent dans les bains pour se débarrasser de la crasse, puis dormirent dans leur grande chambre. Noria n’eut aucun mal à se laisser bercer après cette harassante journée.

Le lendemain, ils entamèrent des recherches pour trouver l’orphelinat. Grâce à l’aubergiste, ils récupérèrent un plan qui les guida à travers le labyrinthe de ruelles d’Oktarim. Noria était contente de voir son enquête avancer enfin, malgré tout ce qu’ils avaient vécu hier soir.

Cette fois, le groupe s’infiltra dans le quartier des divertissements. Des jongleurs, des chanteurs et autres troubadours déversaient leur musique à tous les coins de rue. Il y avait des spectacles pour tous les gouts. Des enfants s’asseyaient dans un petit carré d’herbe pour assister à un spectacle de marionnette contant les aventures d’une brave chevalière sauvant son prince.

Ils dénichèrent un gigantesque bâtiment de pierres blanches avec sa magnifique allée pourvue de nombreuses colonnes. Sur l’énorme panneau de bronze au-devant était gravé : théâtre Astravia. Noria n’avait jamais vu de pièce dans un tel endroit. Il y en avait bien dans leur petit village, mais cela restait dans un cercle de terre avec un petit estrade de bois, rien à voir avec un tel édifice.

– Nous irons à notre prochaine visite, promit Hirelda. Je vois bien que tu en meurs d’envie !

– Avec plaisir ! s’exclama-t-elle. Ça doit être incroyable d’assister à une représentation dans un tel endroit.

Hirelda acquiesça, même si cela n’était pas vraiment son truc. Mais elle ferait tout pour faire plaisir à son amie, quitte à sacrifier un peu de son temps pour lui faire plaisir.

Ils continuèrent de déambuler dans les rues bondées de monde, à la recherche de l’orphelinat. Ils demandèrent plusieurs fois leur chemin, le plan de l’aubergiste n’étant pas assez précis, puis ils arrivèrent enfin devant ses grilles.

Un muret encadrait un immense bâtiment circulaire sur deux étages. Les Titanomanciens ouvrirent la grille et empruntèrent l’allée de graviers. Des enfants jouaient bruyamment dans une herbe fraichement coupée. La vie semblait paisible. Ils ne se souciaient pas du monde compliqué des adultes. Noria les enviait. Elle aurait aimé se poser contre un des arbres pour y lire un livre, comme une petite fille le faisait.

Une fois passés les portes du bâtiment, un vaste hall agrémenté de torches et de tapisseries les accueillit. Noria contempla la beauté de l’intérieur, entre tapisserie, tableau et lustres magnifiques. Ébahit, elle suivit ses amis vers un passage en forme d’arche. Il donnait sur une grande salle de jeu. Des jouets jonchaient le sol, tandis qu’un jeune homme rangeait tout ce qui trainait. Lorsqu’il vit les nouveaux venus, il se dépêcha de rendre l’endroit présentable avant de les recevoir.

– Bonjour, je peux vous aider ? demanda-t-il d’un ton mielleux.

– Bonjour, répondit Noria. Nous recherchons un certain Kain Dolko, vous le connaissez ?

Son visage s’assombrit. Il roula des yeux et passa la main dans ses cheveux bruns.

– Qu’a-t-il encore fait celui-là ?

– Il nous a volé notre bourse ! se plaignit Hirelda. Alors, s’il est caché ici, nous aimerions lui dire deux mots !

– Je suis désolé, mais…

Alors qu’il allait leur répondre, le jeune homme fut interrompu par du raffut dans le hall. Noria et ses amis s’y rendirent pour y trouver une jeune femme à la belle chevelure blonde descendre les escaliers en trombe. Elle rattrapait un groupe d’homme qui s’éloignait vers la sortie.

Trois d’entre eux étaient vêtus de noir et armés jusqu’aux dents. Un autre était bâti comme une armoire à glace, chauve et torse nu. Celui du milieu était plus petit et grassouillet. Ce dernier se tourna vers la propriétaire des lieux avec un sourire hautain sur son visage joufflu. Il jouait avec son bouc en prenant la pose de quelqu’un de satisfait, manipulateur.

– Que voulez-vous, madame Doyle ?

Elle s’arrêta en bas des marches, le souffle court. Elle reprit ses esprits, et le dévisagea d’un air triste.

– Laissez-nous encore du temps, Monsieur Ilgart ! Nous allons rassembler l’argent !

Le cœur de Noria rata un battement. Ils étaient en face du chef du marché noir des taudis. Mais que faisait-il si loin des faubourgs ?

– Je pourrais vous laisser une saison supplémentaire, mais après, vous allez devoir me rembourser en… nature. Disons qu’une dizaine d’enfants devraient faire l’affaire.

Hirelda voulait intervenir, mais Allen la retint d’un geste de la main. Noria agrippa son poignet pour en faire de même. Ce n’était pas le moment, de plus, ils ne savaient pas si ces hommes étaient des Titanomanciens. Le grand costaud avait pris le soin de se débarrasser de toute pilosité faciale.

– Non ! s’exclama la gérante. Ne touchez pas à mes enfants…

– Alors, remboursez votre dette avant la fin de la saison.

Sur cette phrase, il tourna les talons et quitta l’orphelinat en prenant soin de claquer la porte. Les Titanomanciens rejoignirent la jeune femme qui sanglotait. En voyant des clients arriver, elle essuya ses larmes d’un geste de la main. Elle se força à sourire en leur souhaitant la bienvenue.

– Je suis Cécile Doyle, la gérante de l’orphelinat. Puis-je vous aider ?

Noria et ses amis se présentèrent tour à tour. Ils expliquèrent la raison de leur venue. Le visage de Cécile s’assombrit de nouveau, et dans un soupire de lassitude, les invita à la suivre. Ils traversèrent le premier étage, fait de couloir rempli de portes menant aux chambres des enfants. Les pas étouffés par le tapis qui embellissait le sol, Noria scruta toutes les peintures accrochées au mur.

– Ils ont été fait ici ? demanda-t-elle.

– Oui ! Nous avons une artiste parmi nous qui n’arrête pas d’en faire. Elle a préféré rester ici pour s’occuper des orphelins.

– Nous avons vu ses dessins, d’ailleurs, souligna Hirelda. Celui de Kain et d’autres enfants.

– Ce n’est pas étonnant. Julia, notre artiste, est son tendre amour.

Noria commençait à entrevoir le problème et les raisons qui poussaient Kain à voler. Entre les dettes et sa bien-aimée, il essayait de sauver les orphelins de Nowo. Ils arrivèrent dans le bureau de Cécile et s’installèrent dans un canapé en L, près d’une cheminée. Noria sentit la chaleur projetée par les flammes dansantes, alors que Cécile leur ramenait des amuse-gueules.

Allen scrutait une bibliothèque remplie de dossier qui occupait tout le mur d’en face. Il s’attarda sur l’un d’eux, mais n’osa pas l’ouvrir alors que la gérante l’observait du coin de l’œil. Il fit mine de ne rien faire et lui sourit.

– Vous avez trouvé le dossier de Kain, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

Il se gratta la tête et haussa les épaules.

– Désolé, je n’ai pas pu m’empêcher de le chercher.

Cécile détourna le regard pour se placer face à Hirelda et Noria.

– Je ne sais pas vraiment par où commencer, soupira Cécile.

– Parlez-nous de Kain, demanda Noria. Est-ce qu’il vole pour vous aider à rembourser vos dettes ?

Cécile plongea la tête dans ses mains, avant de se redresser en remettant sa longue chevelure blonde derrière ses oreilles.

– C’est exact… Il nous en a parlé avec Julia, mais nous lui avons demandé de ne pas se mêler de nos affaires. Évidemment, il n’a rien voulu entendre. Alors il a commencé à jouer aux cartes dans l’établissement de Jimdin…

– Laissez-moi deviner, coupa Hirelda en croisant ses jambes. Il a perdu et il s’est encore plus endetté !

– Eh oui ! répondit Cécile en fronçant les sourcils. Cet idiot à creuser sa dette et il s’est mis à voler pour la rembourser. Sauf qu’il vole à n’importe qui, et surtout, à Nowo ! Et comme il le sait, il nous menace de plus en plus.

Noria comprenait la frustration de la tenancière, mais aussi les motivations de Kain. Il voulait sauver l’orphelinat qui l’avait accueilli, où l’amour de sa vie vivait, alors comment pouvait-il faire pour leur donner de l’argent ? Noria sentit une furieuse envie de les aider la gagner.

– Et si on se débarrassait de Nowo ? proposa Hirelda.

Tout le monde la dévisagea.

– Quoi ? demanda-t-elle. C’est lui qui met le bordel partout dans cette ville. Autant couper le mal à la racine. Allen ?

Elle chercha un soutien vers son ami, et celui-ci observa Noria un moment, envahi par le doute. Il finit par hocher la tête.

– C’est une bonne idée. Mais il faut le retrouver.

Cécile, horrifiée, faisait de grands gestes de la main.

– Non, non ! s’énerva-t-elle. Arrêtez ! N’allez pas aggraver la situation !

– Dans ce cas, pouvez-vous nous dire où se trouve Kain ? demanda Allen. Nous avons besoin de notre bourse pour continuer notre voyage.

Cécile secoua la tête.

– Je suis désolée, mais je ne vais pas pouvoir vous aider. Demandez à Julia, elle doit en savoir plus que moi. Je sais qu’ils se rencontrent en secret…

Noria hocha la tête. Heureuse d’avoir une nouvelle piste, elle remercia Cécile pour les avoir reçus, puis ils se levèrent pour rejoindre la femme de Kain. Cécile les guida à nouveau dans les couloirs de l’orphelinat jusqu’au rez-de-chaussée.

Cet endroit était bien plus animé que l’étage. Il y avait des enfants qui couraient partout et des pièces qui leur offraient de multiples activités. Ils s’arrêtèrent devant un cours de dessin donner par Julia. Une jeune femme d’une vingtaine d’années vêtue d’une belle robe bleue. Elle expliquait aux plus petits comment faire pour dessiner une pomme posée sur un socle. Ils étaient d’un calme olympien et écoutaient chaque mot avec attention. Lorsqu’elle termina ses explications, ils peignirent le fruit en chuchotant entre eux. Noria sourit en les voyant si concentrés dans leur travail. Noria remarqua les prouesses d’un enfant, dont la justesse de ses coups de crayons l’impressionnait.

– Il est bon, n’est-ce pas ? demanda Julia qui les avait rejoints.

– Oui, avoua Noria. Il va pouvoir continuer votre travail pour décorer les murs de l’orphelinat.

Julia ricana.

– Je vois que Cécile vous a tout raconté sur moi.

– Ouaip, continua Hirelda. D’ailleurs, vous pourriez nous dire où trouver Kain Dolko ? Il a quelque chose qui nous appartient et on aimerait bien le récupérer.

Julia dévisagea Cécile. Elle leva les yeux au plafond en secouant la tête.

– Qu’a-t-il encore fait ?

Noria réexpliqua le vol de leur bourse et Julia pesta.

– Quel abruti ! Il va s’attirer encore plus d’ennuis !

Elle reprit son calme, alors que des enfants l’observaient. Ils ne devaient pas avoir l’habitude de la voir en colère. Elle semblait être quelqu’un de calme, gentille et aimable, alors la voir se laisser emporter de la sorte leur paraissait surprenant.

– Je ne sais pas où il se trouve… Il vient me voir de temps en temps, mais toujours à l’improviste. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il compte s’en prendre à Nowo. Bientôt…

Noria se demanda comment elle allait faire pour retrouver Kain. S’il n’arrêtait pas de disparaître, cela rendait les recherches bien compliquées. Elle pourrait attendre à la fenêtre de la chambre de Julia, ou bien…

– Bon bah il a eu la même idée que moi, alors qu’est-ce qu’on attend ? intervint Hirelda.

– Comment ça ? demanda Julia.

– Nowo est un problème, alors on s’en débarrasse et tout ira mieux pour tout le monde.

Cette solution simpliste ressemblait bien à Hirelda. Foncer dans le tas, sans le moindre plan tangible, et se préoccuper des conséquences ensuite. Mais Noria n’était pas de ce bord-là, elle cherchait un moyen de faire sortir Nowo de sa cachette, car pour l’instant, ils n’avaient aucune idée de sa localisation.

– Franchement, vous ne devriez pas vous attaquer à lui, prévint Julia. Cet homme est vraiment dangereux. Même la garde de la ville n’a pas réussi à l’arrêter.

– Mais nous ne sommes pas corruptibles comme eux, expliqua Hirelda. Vous allez voir, on va se le faire !

Avant même que Julia ne puisse essayer de la raisonner, Hirelda tourna les talons pour quitter l’orphelinat. Noria et Allen saluèrent Julia et Cécile, les remerciant de leur hospitalité, puis rattrapèrent Hirelda qui passait déjà le portail extérieur.

– Attends ! Mais où vas-tu comme ça ? demanda Noria. Comment tu comptes retrouver les traces de Nowo ?

Face à eux, Hirelda posa les mains sur les hanches, un air supérieur dessiné sur le visage. Elle ricana avant de se frotter les mains.

– Écoutez ça, et dites-moi que je suis la meilleure.

Un rictus s’échappa de la bouche de Noria. Elle croisa les bras et invita son amie à tout lui avouer. Allen semblait perplexe à l’idée d’entendre le plan d’Hirelda, mais il préféra ne rien dire avant qu’elle n’ait fini.

– Alors, on va à la banque et au bâtiment de jeu, on défonce les deux gérants. Je sais plus leur nom… Et on s’en fout en fait. Comme ça, une fois qu’on aura suffisamment mis le bazar dans ses affaires, Nowo n’aura pas le choix que de se montrer avec l’autre chauve.

Un silence laissa son idée en suspens. Noria cherchait autre chose à proposer, mais la tactique d’Hirelda n’était pas si mauvaise. Elle présentait beaucoup de risque, mais elle ne voyait pas une autre façon de débusquer cet homme et ruiner ses plans. Une fois ses deux sources de revenus détruites, il n’allait plus pouvoir faire de mal à qui que ce soit.

– Alors ? demanda leur amie.

Noria haussa les épaules.

– Je ne vois pas d’autres moyens… avoua-t-elle. Quand est-ce qu’on commence ?

– Demain ! déclara Hirelda. On va se préparer et se reposer d’abord. Rentrons à l’auberge.

Ils se rendirent dans les faubourgs, notamment près de la banque et du bâtiment de jeux pour y découvrir les différentes entrées sorties. Mais Hirelda proposa de passer par l’entrée, c’était bien plus facile de se faire remarquer de cette manière. Allen remit Hirelda en place, et lui imposa de prendre la porte arrière afin d’arriver plus rapidement à la gérante, sans pour autant mettre en danger la clientèle innocente.

Elle accepta en soupirant. Allen avait raison, les gens n’avaient rien fait pour mériter de se retrouver dans un combat qui mêlait leur magie dangereuse. Une fois qu’ils finirent d’observer cet endroit, ils retournèrent à l’auberge alors que la nuit venait de s’emparer d’Oktarim.

Dans le couloir, Hirelda sautillait, fière d’être la première à avoir déniché une idée pour s’occuper du problème. Noria s’amusait de la voir aussi guillerette, et ses espoirs renaissaient. Ils allaient enfin retrouver leur bourse, ou même voler l’argent de Nowo qu’il possédait, et enfin reprendre leur route. Elle n’en revenait toujours pas d’avoir l’idée de dérober quelque chose, mais si cet homme le faisait pour détruire des vies, alors elle n’aurait aucun scrupule à le faire aussi.

Hirelda ouvrit la porte avec sa clé, puis entra en dansant. Noria s’apprêtait à pénétrer à son tour dans leur suite, mais elle vit Hirelda prendre un coup de poing d’une violence inouïe. Allen poussa Noria et se tourna vers leur adversaire, caché sur le côté de l’ouverture. Lorsque Noria lui emboita le pas, elle découvrit le barman à la mine sombre, dissimulé dans l’ombre.

Allen dégaina sa claymore, mais le barman se mit à rire.

– Une arme aussi grosse ne te servira à rien ici.

Allen utilisa sa magie du vent pour alléger son arme, ce qui lui permet d’attaquer rapidement. Néanmoins, leur agresseur se mouvait avec agilité et évitait chacun des coups. La lame d’Allen se planta dans un meuble, alors qu’il n’arrivait pas à bien voire où il se battait.

Le barman frappa la main d’Allen d’un coup de pied et il lâcha sa lame. Noria profita de leur affrontement à main nue pour récupérer le briquet d’Hirelda, et alluma les cristaux de lumière. Il suffisait d’approcher une flamme pour raviver l’essence de feu, ainsi chasser les ténèbres. Allen et le barman se battaient comme des forcenés, mais leur agresseur avait toujours le dessus. Il finit par frapper le genou d’Allen, lui attrapa la tête et le jeta contre le mur.

Noria ne savait pas comment intervenir. Son pouvoir pourrait lui être utile, mais elle devait faire pousser les ronces du sol. Elles risqueraient de causer des dégâts dans les chambres des clients du dessous.

Hirelda se redressa avec difficulté, alors que le barman s’approchait de Noria d’un pas menaçant.

– Vous n’êtes que des gamins. Vous avez beau avoir des pouvoirs magiques, c’est tellement simple de vous faire manger le sol !

Noria le dévisagea, l’air sévère. Elle était prête à utiliser ses pouvoirs, mais la peur de blesser quelqu’un la paralysait. Le barman bondit et la frappa en plein estomac. Elle tomba genoux à terre, une furieuse envie de vomir et le souffle coupé.

– Noria ! hurla Hirelda.

Une fois debout, elle intensifia son énergie. Une brume verte émana de son corps et une armure d’écorce poussa sur les bras. Elle grossit de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle devienne aussi musclée qu’une armoire à glace. Prête à en découdre, elle se jeta sur barman dans un cri de guerre.

Elle échangea des coups avec lui, mais il les évitait avec une telle aisance. Il ricanait en poussant lentement ses bras de ses paumes, sans prendre le moindre dégât. Hirelda rageait et continuait de frapper de toutes ses forces, mais en évitant son dernier poing, elle fut emportée par sa propre force.

L’agresseur n’eut besoin que de la frapper derrière le genou pour la déstabiliser. Il agrippa sa chevelure verte et lui fracassa le front contre le mur. Elle tomba, épuisée, et son armure se dissipa lentement.

– C’est tout ? railla-t-il. Tu es meilleur au corps à corps, mais ta magie te ralentit.

Alors qu’il allait en finir avec Hirelda, Noria se jeta à son cou et l’étrangla. Le barman la souleva dans un grognement, puis la fit tomber le dos sur la table, qui se brisa sous l’impact. Noria hurla, une douleur lui parcourant l’échine.

Elle se tordit au sol, espérant que le fracas allait appeler quelqu’un à l’aide. Mais ses amis se relevaient avec difficulté. Allen et Hirelda regardaient Noria qui reculait vers l’ombre de la pièce. Le barman dégaina ses dagues sous les visages horrifiés de ses amis. Elle ne savait pas comment faire pour sortir de cette situation.

Il la tira par le col pour la monter à son niveau, puis enfonça la lame dans son abdomen. Elle resta pantoise, une douleur lancinante au ventre, alors qu’un filet de sang s’échappait de sa blessure. Le barman se tourna brusquement et la jeta dans les bras d’Allen. Il resta à genoux avec son corps faible, dont le teint virait petit à petit au blanc.

– Non, non… Pas toi… Noria…

Le tueur s’approchait d’eux en faisant tournoyer ses dagues.

– Qui est le prochain ?

Le désespoir les envahissait. Allen et Hirelda ne savaient pas comment faire pour se défaire de leur ennemi.

Sans comprendre, deux dagues sortirent de l’ombre et se plantèrent dans le cou du barman. Surpris, il écarquilla les yeux alors que du sang s’échappait de sa bouche. Lorsque les lames sortirent, il tituba sur le côté en se retournant pour voir la personne qui venait de lui ôter la vie.

Son tueur sortit de l’ombre. Kain Dolko. À côté de lui se tenait Noria, sans blessure, qui observait le barman s’écrouler par terre dans un dernier râle d’agonie.

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