Les temps du passé

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« Chaque religion, chaque croyance, existe pour une raison. Leur fer de lance, les Dieux eux-mêmes, naissent au cœur des prisons, dans l’éternité des fidèles, entre les murs des citadelles. Regarde dehors, faire tomber la neige est de leur ressort. Et tout ce manège, toi, moi sous ce toit, le jour qui rentre à flots, tout ce pitoyable tableau, c’est leur choix. La seule chose qu’ils ne puissent contrôler, tu la portes autour de ton doigt. Cet objet-là est sacré, tout comme son jumeau, conservé aux cieux. Ils sont nombreux, les marginaux, à courir après cet anneau, comme s’il n’y avait rien de plus beau. Et pourtant, il disparaît tout le temps, d’un coin du monde au fin fond de l’onde, des bordels aux chapelles, quelqu’un semble s’amuser à nous faire courir après.

Tu n’es pas en sécurité. Tous ceux qui s’en sont emparé ont été assassinés, la piste sanglante du meurtrier toujours couverte d’une épaisse couche de lubricité. On soupçonne le Diable, bien sûr, mais fait-on plus insaisissable que cette ordure ? S’il disparaissait, comment le retrouver, lui qui chaque fois qu’une main bien intentionnée s’est approchée, s’évanouissait ? Du Brésil à la Chine, en passant par Deauville et jusqu’en Palestine nous avons relevé des traces, des corps. Chaque fois nos équipes ont prié pour les morts, enquêté sur leurs sorts, en vain. Nos recherches ne mènent à rien. Rien du tout. C’est la première fois que l’on arrive, nous, avant ces démons aux abois.

Le danger nous poursuit. Et puisque je ne peux toucher cet objet enchanté, il faudra que tu viennes aussi, tu ne peux pas rester ici. Viens avec moi. Que tu le veuilles ou pas, c’est pour ta sécurité. Et celle du reste de la Voie Lactée, mais c’est trop compliqué pour que je te l’explique et je suis fatiguée. Ces lieux me corrompent et j’ai besoin de me reposer. »

Dans ses yeux, elle lut une intense curiosité qui, le temps d’un battement, fut avalé par le doute. Il n’y avait que lui qui brillait désormais.

« Et vous êtes… Vraiment de mon côté ? »

Son hésitation, la main qu’il tenait serrée contre sa poitrine, tout la dégoûtait. Il n’avait qu’à l’écouter, à la suivre, peu lui importait s’il la haïssait tant qu’elle parvenait à le ramener dans un lieu sacré. Ici, elle savait qu’elle ne pourrait résister bien longtemps à l’attrait du péché, que l’horreur qui l’environnait finirait par corrompre son âme. Si elle entrait en contact avec cet être, si leurs peaux se touchaient, elle devrait renoncer à son serment. Et ça, c’était hors de question.

« Je suis de ton côté.

- Je ne vous crois pas.

- Comment ça ?

- Je ne vous crois pas.

- Oh non. Oh, tu n’as pas le droit, espèce de démon ! Qu’est-ce que tu crois, qu’être là, c’est une partie de plaisir ? Que tout ça, c’est mon désir ? Ma volonté ? Que ça ne va pas à l’encontre de tout ce que je tiens pour sacré ?

- Vous voulez me voler.

- Quoi ? Moi ? Et puis quoi encore ? Comme si tu possédais quoi que ce soit qui puisse m’intéresser !

- Et cet anneau ?

- Certes, il est beau, mais je ne peux pas le toucher. J’ai besoin de toi pour m’accompagner.

- Je suis ici de mon plein gré.

- Qu’est-ce que j’en ai à cirer ! hurla-t-elle comme une folle, en le prenant au col. Je pourrais te kidnapper, te découper, envoyer une légion mais c’est contre ma religion ! Alors tu vas me suivre ! Et comme je suis pas une de ces guivres, je ne vais pas te payer pour te délivrer, tu vas être un bien gentil toutou sinon je te passe la laisse au cou !

Il la repoussa tellement vivement que dans la peau de son beau bras s’inscrivit la marque arrondie de la bague. Avec un cri, la jeune femme à vif se jeta sur Octave qui reculait à toute vitesse, renversant la table, le miroir, les produits dans lesquels il avait investi. Son dos heurta la fenêtre avec un bruit sourd, il jeta un regard vers la porte, condamnée, palpa le mur à la recherche de la poignée. Sans la trouver. Sa paume frappa le mur, la vitre, le plastique, rien qui ressemblait à rien. Sa main se battait aveuglément et la femme se rapprochait.

Et soudain, le monde devint noir.

« Qu’est-ce que c’était ?

- Au sol, benêt ! »

Le parquet trembla, le mur s’ouvrit, le froid les frappa. Et le sang. Octave hurla. Quelque chose le frôla. De la lumière. Des mains serrées qui priaient. Une silhouette noire, énorme. Une odeur, âcre, désagréable. Une autre forme, étrange, mouvante, rougeoyante. Terrifiante. Une voix de femme, suppliante. Un autre hurlement. Une main qui le prend par les cheveux. Il ne résiste pas. Une main qui le prend par le pied. Il ne se débat pas. Une qui le tire vers le haut. Une qui le tire vers le bas. Douleur. Ses mains pendent, inutiles, le long de son corps. Ses oreilles sifflent. Un goût métallique. Dans son dos, un courant d’air glacé. Dans son cou, des épingles, des épines. Le visage d’une fille. Un autre, inconnu. Des éclats éblouissants. Des formes. Lumière. Ombre. Chaos. Des voix. Il tombe, heurte quelque chose. Ses mains sont rouges. Tout est rouge.

Et c’est la fin.

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