Handball

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 Le premier match commence. Nous affrontons la meilleure équipe du lycée, l’occasion parfaite pour s’acharner sur lui. Avant que la première passe s’effectue, je vais voir le capitaine adverse.
— Salut, Matthias.
— Salut, James, prêt à te faire rouler dessus ?
— Pour une fois, je n’essaierai pas de gagner.
— C’est décevant, tu es plus compétitif habituellement, frérot.
— Je sais, mais j’ai un meilleur plan. Intéressé ?
— Ton sourire est magnifique. Je suis certain que ce que tu prévois va me plaire.
— Fais tout pour que Audran soit ridiculisé. Je vais essayer de lui faire manquer le ballon, de lui faire manquer ses tirs. Faites de même de votre côté, rendez-le plus qu’inutile.
— Pourquoi ?
— Ça te dirait de le frapper dans les vestiaires sous prétexte qu’il a tout gâché ?
— Complètement ! Je vais mettre mon équipe au courant, tu peux être certain qu’il va apprécier ce petit match. 20 – 0.
— Seulement 20 ? On va le mettre aux cages, à un moment. Ne lui laissez aucun répit.
— Compris, chef !
Mon plan se déroule parfaitement. Le reste de la classe ne l’aime absolument pas, c’est une victime facile. Mais quelles seront les conséquences de nos actes ? Je n’ai pas le temps d’y réfléchir. J’ai un défi à relever.

 Première passe. Je la décale légèrement et Audran la laisse s’échapper. Matthias se rue sur la balle et marque le premier point en quelques secondes. Une nouvelle fois, je m’énerve et lui fais comprendre qu’il est le point faible de l’équipe. Tout le monde le regarde de travers. Il baisse la tête, essaie de se cacher, ne marmonne même plus d’excuses tant il a honte. Une larme coule sur sa joue et je m’approche de lui, posant une main sur son épaule.
— Promis, si tu pleures comme une femmelette, tu vas vraiment regretter d’avoir accepté de jouer. Dépêche-toi de te ressaisir, il n’y a pas de place pour un échec comme toi dans ce lycée.
Ne suis-je pas en train de pousser le challenge trop loin ? Était-ce réellement nécessaire ? Je n’ai toujours pas le temps d’y penser, je ne veux pas prendre le risque de l’échouer.

 Deuxième passe. Trop puissante, Audran a le souffle coupé et essaie de me rendre le ballon. Je me décale discrètement et hurle, prétextant qu’il ne sait pas viser. Son visage devient rouge, son souffle peine à revenir. Matthias joue autour de lui pour m’esquiver. Un coup d’épaule et le pauvre harcelé tombe au sol. Le professeur fait mine de n’avoir rien vu, pourquoi interrompre la partie lorsqu’une équipe s’entre-tue ? L’affrontement continue et l’équipe adverse marque encore un point. Cette fois, c’est le gardien qui sort sur le terrain en furie et va lui parler.
— Espèce d’avorton, remplace-moi aux cages, tu seras aussi inutile là-bas mais je pourrai essayer de défendre.
— Mais ce n’est pas ma faute ! C’est James…
— C’est moi ?! je hurle à travers le stade. Tu n’arrives pas à attraper une balle depuis le début, tu n’es pas capable de la renvoyer et tu oses dire que c’est ma faute ? Je me tourne vers l’enseignant. Monsieur, avec tout le respect que je vous dois…
— Calme-toi, James, reprend Matthias. Il n’est pas nécessaire de faire toute une scène pour une petite erreur. Il sera un bon gardien, j’en suis certain.
Son clin d’œil arrive à me convaincre d’en rester là. Audran prend place et notre défense manque cruellement de conviction. On laisse l’équipe adverse passer sans difficulté une fois, deux fois, vingt fois. Son moral est si bas qu’il est incapable d’arrêter les tirs puissants de nos opposants. Un sourire se dessine sur mon visage.
— Fin du match !

 Le calvaire est terminé. Je serre la main du capitaine ennemi, lui chuchote à l’oreille que tout s’est déroulé à merveille et que les vestiaires seront horribles pour notre souffre-douleur préféré. J’entends un léger ricanement et continue avec le reste de l’équipe adverse. Les autres affrontements se ressemblent. Lorsque nous jouons, Audran se fait lyncher par toute la classe. Lorsque nous nous reposons, rien de particulier ne se passe. Nous allons donc nous rhabiller à la fin du cours. Je commence dès que la porte est fermée.
— Matthias !
Il se dirige vers la sortie et la bloque.
— Bien, je pense que vous l’avez tous remarqué, Audran n’était vraiment pas en forme aujourd’hui. Je vous propose donc un petit divertissement pour essuyer l’affront qu’il nous a fait en essayant de saboter toutes nos rencontres.
— Que proposes-tu, Ô grand James ? ajoute le capitaine, souriant.
— Son hygiène est déplorable. Pourquoi ne pas le déshabiller et le mettre sous la douche ?
Tous s’exclament avec joie « Quelle merveilleuse idée ! », ce qui ne semble pas être de l’avis de notre bouc émissaire.
— Vous n’avez pas le droit ! pleure-t-il. Vous allez avoir des ennuis si vous…
— Des ennuis ? Tu nous menaces ? Je ne crois pas t’avoir demandé ton avis. Je vous propose de le frapper, en plus de le déshabiller. Et pourquoi ne pas jeter ses affaires à la benne, dans la cour ? Il devra aller les récupérer au milieu des déchets, complètement dénudé, humilié, comme notre équipe aujourd’hui.

 Je n’ai rien besoin d’ajouter. Une masse d’élèves se dirige vers lui et l’empêche de bouger. Tout va très vite. Les coups de poing, les habits déchirés. La douche. Les coups de pied alors qu’il est à terre. Son visage est en sang, son corps se recouvre de bleus rapidement. Il est mal en point. La plaisanterie a assez duré.
— Stop ! On en a assez fait. Prenons ses habits et mettons-les dans la benne, on le laisse pourrir ici.
Tous expriment leur joie. Nous ressortons, laissant la lumière s’éteindre et les ténèbres remplir le cœur d’Audran, détruit physiquement et mentalement. Premier défi réussi, n’est-ce pas ? Il ne me reste plus qu’à droguer une personne durant le repas de midi, mais est-ce vraiment envisageable sans me faire repérer ? Je n’ai aucun plan, actuellement.

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