Un soir ordinaire

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Comme je n'avais plus rien à faire, comme j'en avais plus rien à faire, je me suis ouvert une cannette de bière et me suis allongée sur le canapé.

 Une fois encore la journée s'était écoulée aussi rapide qu'un rien. Et ce rien remplissait ma vie depuis un bout. Ma vie était une piscine d'eau saumâtre dans laquelle je surnageais, tout juste la tête hors de l'eau. Ouais, globalement, j'étais une déséspérée.

 Les jours s'avançaient, s'écoulaient, je parais au plus pressé pour survivre, mais je n'avançais plus depuis bien longtemps. Je stagnais, je croupissais petit petit. Mais, je ne luttais pas contre, je n'en avais plus la force.

 Je venais de ne pas fêter mes trente-cinq ans, deux gamins dormaient à l'étage, je m'ouvrais une deuxième bière après avoir pris une douche. (Douche dont le pommeau fuyait et le tartre s'accumulait malgré mes attaques répétitives...bref...vous voyez quoi). A la télévision, il n'y avait rien. Comme dans ma vie en ce moment, quoi. Je m'étais alors ouvert un bouquin. Le premier que je trouvai dans la bibliothèque. Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil de Murakami.

 C'est peu après qu'il est arrivé. Il, c'est mon mari. Enfin, mon ex-mari. On attend le divorce depuis six mois. Depuis, on vit en colocataire. Enfin, on s'demande si on ne va pas tout annuler.

 Tant il est vrai qu'à compter du jour où nous avions décidé de nous séparer, nos conflits endémiques s'étaient évaporés. Tout comme si le simple fait de mettre des mots sur notre situation avait effacé toutes blessures, toutes divergences. Bref, nous étions dans une situation tout à fait bâtarde.

 Il alla directement dans le frigo s'prendre une fraîche, me faisant signe de la tête pour savoir si j'en voulais une à la volée. J'acceptai . Il est revenu, s'est assis sur le canapé puis s'y est tout à fait avachi comme une loutre, m'a regardée, m'a souri.

 Nous avons bu en silence. Une ou deux fraîches. Puis, je ne sais trop pourquoi, j'ai fini par le rejoindre à l'autre bout du sofa. Ma tête sur son épaule. Lui, a mis son bras autour de la mienne. Cela faisait des mois que nous nous étions pas touchés, ni même effleurés. La sensation était étrange, habituelle, naturelle et pour autant hésitante. Nous sommes restés ainsi cinq à dix minutes environ, puis il s'est levé tout comme sans avertissement, laissant mon épaule dégouliner sur le coussin, ma tête dans l'accoudoir. Je l'entendais ouvrir le frigo, les tiroirs, bref, faire un ramdam qu'allait rêveiller les deux monstres là-haut. Je n'ai rien dit, pour une fois. D'ailleurs, depuis qu'il était revenu, aucun mot n'était sorti, ni de lui, ni de moi.

 Il a fini par revenir, une bouteille de rosé à la main, deux verres dans l'autre. Il fit une halte au niveau de l'ordinateur pour mettre une playlist de classique et éteindre le plaffonier. Je le regardais faire.

 Assis de nouveau tout à côté de moi, il alluma une bougie sur la table basse, nous servit un verre, puis alluma une clope. Nous avions arrêté de fumer depuis cinq ans. Pour autant, ça ne me choquait pas. Je tendis même mon index et mon majeur pour qu'il me fasse tirer.

 Je m'étais de nouveau installée sur son épaule, il me laissait le clope de temps en temps, le rosé était frais et sec. La musique nous enveloppait tout autant que les volutes de fumée. Par la baie vitrée, la Lune s'élevait. Des larmes coulaient le long de mes joues, j'étais heureuse.

 Il n'y avait plus rien à faire, plus rien à craindre, plus rien à dire. Nous avions fini la bouteille, le paquet de cigarettes, itou ! Je soufflais la bougie et nous nous enlacions sur ce bout de canapé, son souffle dans mes cheveux, jusqu'à s'endormir tous deux.

 La vérité ne fait pas toujours de bruit.

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