III

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Mise au point

  — Je vois que tout le monde est là ! La capitaine Adache nous rejoindra d’ici un quart d’heure avec la substitut Disset et le juge d’instruction Alfred d’Arcène qui vient d’être désigné pour l’enquête qui nous réunit actuellement. L’écrivain Addit selon toute vraisemblance a été assassiné à son domicile d’une balle de 9 mm tirée en pleine tête par une personne qui est actuellement recherchée par le groupe ici présent, dirigé par Liliane Adache de la section criminelle en l’absence de votre commandante, Marie Carelle qui est partie en formation.

  Vous devez savoir, mais cette information doit rester confidentielle, qu’Addit est un pseudonyme utilisé par le cousin germain d’un proche de la présidence et que cette enquête est suivie de très près par le ministre à qui notre directeur et le préfet doivent rendre compte régulièrement. Je ne tolérerai donc aucun écart de conduite et toute indiscrétion qui filtrera après cette réunion sera sévèrement sanctionnée. Y a-t-il des questions ? Non... ? Lieutenant Janeau, je vous laisse la parole, faites nous un bref résumé des dernières avancées de l’enquête.

  — Merci Monsieur le commissaire, conformément aux instructions du capitaine, nous avons perquisitionné la maison de Jacques Addit et avons découvert une caméra de surveillance dissimulée dans le plafond de la véranda, elle est actuellement examinée par les services techniques de la PJ qui tentent de localiser le lieu où étaient renvoyées les images. Il est possible qu’il s’agisse de l’ordinateur de l’écrivain qui, selon les dires de Mme Antonette, la femme de service, était en permanence en sa possession et n’a pas été retrouvé. Nous avons également saisi un téléphone portable, mais toujours selon elle, il en possédait un second qu’il gardait sur lui, elle ne connaît pas son numéro, mais lorsqu’il recevait un appel dessus, il s’isolait pour y répondre. Nous ne l’avons pas retrouvé non plus.

   Le pistolet de calibre 9 mm est bien celui qui a servi à le tuer. Il est enregistré à son nom. Il possédait un permis de détention en règle pour cette arme ainsi que pour deux fusils de chasse rangés dans une armoire fermée à clé que nous avons également saisis. Ils n’ont pas été utilisés depuis sans doute plusieurs mois. Deux verres étaient déposés dans l’évier de la cuisine. L’un d’eux, avec les empreintes et l’ADN de monsieur Addit, avait contenu une « vieille fine d’armagnac Gélas », alcool retrouvé également dans son estomac. L’autre ne portait aucune empreinte, en dehors de celles de l'écrivain, et son contenu était intact, du bourbon de marque « De Bronson », les deux bouteilles se trouvaient dans un plateau sur une table basse du salon.

  Curieusement, des dossiers sur lesquels il travaillait et quelques pages du livre qu’il écrivait et avait imprimées ont été introuvables, alors que la femme de ménage assure que tout était posé sur le bureau hier quand elle est partie vers dix huit heures. Nous pouvons donc en conclure que l’écrivain connaissait son assassin au point de le recevoir très tard le soir, puisque la docteure Singh situe la mort autour de minuit, et de partager un verre avec lui.

  — Pourquoi dites-vous « lui », pensez-vous qu’il s’agisse d’un homme, car madame Adache, me semble-t-il, suppose que cette femme brune, inconnue qui lui rend visite de temps en temps, pourrait être l’assassin ?

  — Oui c’est une possibilité que nous n’excluons pas, je dis lui pour « l’assassin ».

  J'en viens au mobile, ce crime ne semble pas crapuleux, aucun objet précieux n'a été dérobé, le portefeuille de la victime contenait trois-cent-soixante-quinze euros et deux cartes de crédit. De plus, sa montre de valeur, une chevalière et une gourmette en or sont restées sur son corps, une somme de mille-six-cents euros a été retrouvée dans le tiroir de son bureau qui contenait habituellement le pistolet. Seuls des documents, son ordinateur et un second téléphone paraissent avoir été subtilisés.

  La capitaine s'est rendue aujourd'hui dans les bureaux de son éditeur afin d'obtenir des informations sur le livre qu'il préparait... d'ailleurs, la voici...

  — Bonjour à tous, monsieur le commissaire, puis-je vous présenter monsieur Alfred d'Arcène, le juge d'instruction en charge de cette affaire et madame la substitut Louise Disset, qui m'ont accompagnée dans les locaux professionnels de notre victime.

  — Nous nous connaissons déjà, poursuivez capitaine.

  — Il s'agit d'un bureau mis à sa disposition par sa maison d’édition, dans lequel travaille une secrétaire madame Lyre, qui nous a appris que le local avait été visité cette nuit. Nous n'avons pas décelé de traces d'effraction, nous supposons que le cambrioleur est l'assassin et qu'il a dû dérober les clés chez sa victime. La secrétaire a constaté que des archives avaient disparu, ainsi qu’un ordinateur portable appartenant à monsieur Addit, qui recevait et enregistrait les vidéos du système de sécurité de son domicile et contenait également une partie de son dernier livre sur lequel il travaillait hier encore.

  Interrogée sur la teneur de ce livre, madame Lyre nous a affirmé n’en rien savoir, l’auteur ne communiquant ses textes qu’une fois terminés. Nous avons également interrogé l’éditeur, monsieur Vincent Neufvies qui en ignore également le sujet, bien que sachant qu’il concernait le monde politique, il n’avait pu obtenir plus de précision, nous confirmant que l’auteur était un homme très secret.

  Je propose donc que nous enquêtions discrètement sur ses relations au sein du monde politique pour tenter d’éclaircir le mystérieux sujet de son bouquin disparu qui semble être le mobile du crime.

  — Si je peux me permettre, capitaine, et avec l’accord du juge d’Arcène et du commissaire Lechat, je vous suggère d’user de prudence et de diplomatie dans vos entretiens avec la sphère politique si nous voulons élucider cette affaire sans encourir les foudres de nos ministères respectifs.

  — Bien entendu, madame la substitut, message reçu. Je n’ai nullement l’intention de jouer à la boule dans un jeu de quilles !

JI 03/09/23

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