Partie 2.2

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Une fois sur place, je sors balayette et balai brosse de notre camionnette.

— Pourquoi est-ce que je me retrouve avec toi…, grommelle ma coéquipière.

Janice, ma partenaire pour aujourd’hui, sort le seau avec lequel nous allons asperger la rue. Son petit ventre rebondi la gêne quand elle essaie de prendre un outil au fond de la camionnette.

— Attends, je vais le faire.

Elle m’arrache le balai des mains quand je le lui tends.

— C’est bon, je n’ai pas besoin de ton aide.

Je pousse un profond soupir en allant chercher mes propres affaires.

— Bouseuse, marmonne-t-elle.

Mes muscles se tendent mais ne répond rien. Janice est le genre de personne qu’il ne faut pas se mettre sur le dos. Elle en est à son troisième enfant (le dernier !) et en est très fière. A seulement 31 ans, elle aura déjà fait ses trois marmots, donnés en pâture à notre système « d’égalité des chances ». Du haut de mes 28 ans, je n’en ai encore fait aucun, merci bien.

Elle me lance, hargneuse :

— C’est toi qui t’occupes des crottes de chien.

— Bien sûr, je soupire avant de m’y mettre.

Je n’ai pas le temps d’en ramasser trois qu’une violente nausée me saisit. Ma gueule de bois ne veut décidément pas passer. Je me retiens comme je peux, mais mon corps n’est pas d’accord. Je me penche vers le sol et vomis un flot de bile. Janice me regarde avec dégoût.

— Tu es vraiment dégoûtante.

J’ai à peine le temps de lui faire un doigt d’honneur qu’elle s’éloigne, me laissant me vider de tous les liquides que mon estomac contient. Je m’essuie fébrilement la bouche avec ma manche. Ça ne peut pas être qu’une simple gueule de bois. J’ai dû chopper quelque chose avec toutes les immondices que je ramasse.

Dépitée, je me redresse. Je regarde mon forfait comme si je pouvais remonter le temps. Malheureusement, la bile ne disparaît pas d’un seul coup. L’odeur me révulse, mais je récupère un seau et commence à nettoyer. Des pigeons viennent regarder ce que je fais. Je me redresse et leur laisse les restes de mon estomac. Il n’y a pas grand-chose à manger, mais ils s’en donnent à cœur joie.

Un coup d’œil autour de moi suffit pour que je m’aperçoive que ma collègue est partie plus loin. Je regarde les hauts bâtiments, tous en mauvais état. Beaucoup d’immondices jonchent le sol. Un archétype des mauvais quartiers. LE mauvais quartier de la ville. Mais il n’y a plus de violence. Tous les êtres humains trouvent du travail, il n’y a plus de raison pour que des personnes errent dans les rues. La drogue, en revanche, continue de faire des ravages. C’est un quartier de dealers. Je frissonne rien que d’y penser.

Je reprends le nettoyage de la rue, perdue dans mes pensées. Mon estomac s’est un peu calmé. Il n’a plus rien à rejeter de toute façon. Je repense à mes frères. Hugo s’en est bien sorti, il dirige un hôpital. La mutation génétique en vampire ne lui permet pas d’avoir d’enfant, mais il peut tout de même sortir en pleine journée, contrairement à ce que racontaient les anciens romans. Il s’est même marié, à une autre vampire, évidemment. Ils ne peuvent pas adopter, le quota des naissances étant scrupuleusement respecté.

Quant à Josselin, il s’en sort plutôt pas mal dans le milieu bancaire. Il a déjà eu ses trois enfants et sa femme est adorable. Il l’a rencontrée dans la banque où il travaille. Le système leur correspond plutôt bien. Je suis contente pour eux.

Et il y a moi. Le vilain petit canard. La fille qui ne veut pas fonder de famille. Je ne veux pas faire subir le système à mes enfants. Je ne veux pas qu’ils aient à choisir une case dont ils ne pourront sortir. Avoir un travail bien placé ? Mais ne pas pouvoir avoir d’enfant ? Sans parler du petit dernier, qui n’aura jamais la chance de choisir ce qu’il veut devenir… Je déteste cette situation.

Un nouveau haut-le-cœur me saisit. Je m’appuie contre mon balai et tente de respirer calmement. L’odeur n’aidant pas, je décide plutôt de me pincer le nez et de respirer par la bouche. Un hoquet, puis la nausée se calme. Je respire mieux. Et décide d’aller rapidement voir un médecin.

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