Epuisement / 3

4 minutes de lecture

- Kanoo ! s'exclama Zephyr, et il fut soulagé de voir la forme frémir au son de sa voix. Comment es-tu arrivée ici ?

La jeune fille ouvrit les yeux. Elle n'exprima aucune surprise de voir les deux hommes à ses côtés, prit le temps de s'étirer lentement, et se mit sur pieds en deux mouvements. Son visage émacié et fatigué, aux traits renforcés par les lignes sombres des sourcils et les tatouages noirs, montrait la même détermination farouche et la même fureur que lorsqu'ils l'avaient quittée. Les cornes qui surmontaient le tout parachevaient cette impression de petit diable dont Zephyr n'arrivait pas à se départir.

- Par quelle magie nous as-tu rattrapés ?

Kanoo eut une moue hautaine.

- Je ne me suis pas réveillée bien longtemps après vous. C'est une habitude contre laquelle je ne peux rien : au petit matin, on me livre les jarres de nourriture de la journée. J'ai tout de suite compris ce que vous aviez fait, et comme je savais où vous alliez, je suis partie à votre suite. Ce n'était pas difficile de vous suivre, vous traversez les hautes herbes comme des cochons, en laissant de grosses traces derrière vous.

Zephyr se remémora Talixan qui redressait les herbes sur leur passage, lorsqu'ils entraient dans des fourrés, mais comme le chasseur ne s'y appliquait qu'à leur entrée et leur sortie, il restait assez facile de distinguer leurs traces - à condition de savoir quoi chercher.

La jeune fille décrivit sa journée et sa nuit à la poursuite des deux fuyards sans quitter son ton hautain, mais Zephyr nota alors des traces de pleurs séchés sur son visage, qui contredisaient l'apparente facilité avec laquelle elle les avait pistés. Pour finir, elle s'était installée près du chemin qu'ils allaient emprunter au réveil, pour être sûre de ne pas les rater - mais son sommeil avait été trop profond.

- Je n'ai nulle part où aller, ajouta-t-elle, alors pourquoi je n'irais pas à Garsal moi aussi ?

Talixan fit la moue, indiquant que cette solution lui semblait profondément déraisonnable, mais son sourire narquois habituel reprit vite le dessus. Au vu de la détermination dont la petite fille avait fait preuve, il ne se voyait pas la rembarrer une deuxième fois.

Ils se mirent en marche et, comme il était travaillé par le remords et apitoyé par le masque de fatigue de sa compagne, Zephyr, qui se présentait toujours comme Amilcar, lui tendit la main, et ils cheminèrent ainsi chaque fois que le terrain ne les obligeait pas à se plier en deux ou à ramper.


Deux jours et deux nuits ils traversèrent encore des champs coupés d'innombrables canaux d'irrigation. Plus ils prograissaient vers le nord, cependant, moins les propriétés semblaient entretenues. Kanoo ne cachait pas son mécontentement à la vue des herbes qui prenaient le dessus sur les champs, des canaux embourbés ou des murets aux pierres disjointes. Ils profitèrent cependant de champs abandonnés à la nature pour prendre un peu de repos. Talixan se remit à chasser, tandis que les deux jeunes tentaient de dénicher des herbes, des baies et des fruits comestibles. Ils s'offrirent le soir un véritable festin après avoir ranimé un foyer laissé là depuis des lustres.


Trop fatigué pour poser la moindre question, Zephyr s'était laissé conduire par Talixan depuis plusieurs jours. Avec le repos retrouvé, il se risqua à approcher Talixan avec une interrogation qui le taraudait :

- Notre mission n'a aucune chance d'aboutir. Nous n'avons plus rien à sauver. Nous sommes entourés d'ennemis, et le premier qui nous trouve me vendra au plus offrant. Pour la plupart des gens, semble-t-il, je ne suis qu'un rénégat. Mais je suis leur seule cible. Tu n'as rien à craindre d'eux si tu n'es plus avec moi. Pourquoi ne pars-tu pas de ton côté mener ta vie, ou raccompagner Kanoo dans sa contrée ?

Talixan avait haussé un sourcil à l'énoncé de ces arguments. Il sembla prendre un temps la mesure de ce que proposait le jeune homme, et peser soigneusement sa réponse. Son sourire se fit encore plus narquois qu'à l'habitude, et Zephyr se dit intérieurement que, pour une fois, le vieil homme ne lui semblait pas complètement sincère. Qu'avait-il donc à cacher ?

- D'abord, j'ai juré à ton Maître de te protéger, et je tiendrai parole. Mais aussi, tu t'es investi d'une mission, qui est très noble. Ne crois pas que tu sois le seul. C'est aussi la mienne. Nous partageons le même objectif, et il me tient sans-doute encore plus à coeur qu'à toi. Rien ne m'arrêtera. Pelon nous aidera. Et d'autres encore. Et si tu me fais défaut, je poursuivrai seul.

L'optimisme et la détermination indécrotables de Talixan tranchaient avec le sentiment profond de Zephyr que tout partait à vau-l'eau, que ce soit pour son royaume, s'il pouvait encore prétendre auprès de quiconque en être le Roi, ou pour lui-même. Il n'avait que cette bouée à laquelle se raccrocher, et décida donc de ne plus insinuer de doutes dans l'esprit de son interlocuteur. Quitte à suivre un mentor au bout du monde, autant que celui-ci soit imprégné de toute la conviction possible. Et si l'homme lui cachait quelque chose, autant se dire que c'était probablement pour son bien.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Défi
Marylen Brice

Je suis petite, ronde, malvoyante et moche.
Ce qui fait de moi la proie idéale
Des moqueurs sans coeur ni foi qui m'approchent.
Attention ! pour ce voyage sans escale
Aucune concession à mes tortionnaires !
Ils pourraient bien avoir pris un aller
Sans retour en direction de l'enfer
Avec ce défi qui m'a emballée !
Ma devise ? Elle dit tout ce que je suis :
Téméraire, tenace, vénale, sans pitié.
Mon but c'est de réussir, je ne fuis
Aucune contrainte, aucune difficulté !
Ne me traitez surtout pas de comique,
Je sais ce que je vaux, ce que je veux,
Je me lance dans la mêlée. Pas d'panique !
Je suis persuadée, que gagner, je peux !
Vous dites ? Que je ne suis qu'une prétentieuse ?
Bah ! rira bien qui rira le dernier !
Ma devise, sans nul doute, la plus précieuse :
"Pas capable est mort sans essayer" !




3
0
0
1
éphémère

Les hommes ont toujours tendance
à chercher le bonheur,
et à vouloir se satisfaire
d’une fleur qui pousse,
d’une feuille qui tombe,
comme promesse que tout change,
mais que tout demeure.

Il se trouve pourtant quelque chose qu’ils ne saisissent pas,
une sorte de grain de sable
dans un univers bétonné :
le bonheur ne semble être
que promesse de lui-même.
Peut-être n’est-il
que l’image que nous nous en faisons,
sans pour autant que cela veuille dire
qu’il n’existe pas.
Il est de ces sentiments
que nous voulons, envers et contre tout,
contrôler,
enserrer,
retenir
au sein de nos plus obscures profondeurs :
et toujours, ils s’évaporent.
N’essayez pas d’attraper de l’air,
accueillez-la.

De leurs griffes lacérantes,
qui ont tant de fois déchiré leur être,
ils ont voulu étreindre
le présage d’un sourire,
et n’ont su en retirer que le goût amer
du vide qui s’installe peu à peu en vous...

Parce qu’il est de ces choses
qui résistent, quand on les force,
qui s’éloignent, quand on les approche :

l’ombre d’un sourire pourrait vous couter l’obscurité éternelle.
2
2
0
1
Céleste Delune


Le fil de vos mots s'enroule autour de moi depuis des mois .
Vous me prenez la main et le reste,tout le reste !
Vous m'embrassez, vous m'étreignez,vous me caressez,vous me bousculez, vous m'envahissez, vous murmurez, vous susurrez, vous chantez, vous répètez, vous m'écrivez !
La divine mélodie de vos rimes sensuelles, peu à peu , m'ensorcelle et
m’entraîne dans une chorégraphie primitive et lascive.
Aujourd'hui, je suis à Paris…
Je pense à vous, je vous vois un peu partout! Je prends le métro.
Cet homme élégant assis en face de moi,peut-il écrire de si merveilleux poèmes ? Difficile à dire… Je l'observe attentivement, non , ce n'est pas vous.Il est trop petit et n'a pas de cicatrice sur le visage .
J'ai terriblement envie de vous rencontrer , de jouer , de jouer avec vous .
Vous donner rendez-vous dans un endroit romantique et animé de la capitale mais sans préciser le lieu exact et voir si nous nous reconnaîtrons... Comment , pourquoi résister à cet appel qui s'impose à moi comme une évidence ?
Je n'y tiens plus , je sors mon i-phone et vous envoie ce message :
« Bonjour Vladimir,je suis de passage à Paris.Je serai dans le quartier de Montmartre cet après- midi vers quinze heures si le cœur vous en dit ... »
Le téléphone vibre, Vladimir sort l'appareil de sa poche. Un SMS ? Non , il s'agit d'un courriel, un courriel d' Ariane.Il le lit, il sourit… décidément cette femme ne manque pas d'aplomb !
Ariane… Elle fut séduite par la virtuosité de ses mots. Elle lui a dit son admiration puis demandé d'écrire pour elle,seulement pour elle! Elle , jalouse, exclusive, romantique…
Écrire pour elle, elle ne manquait pas d'air !
Il lui a écrit, les femmes obtiennent souvent ce qu'elles désirent ardemment . Elle a répondu .
Leurs mots se sont mêlés, éloignés, adorés, repoussés , attirés , attisés … Ils ont dansé un tango rapproché au rythme des hésitations de Madame ! Tantôt sensuelle, tantôt rebelle ; un pas en avant, deux en arrière; à la fois forte et si fragile...
Treize heures , je me prépare, je suis excitée comme une adolescente se rendant à son premier rendez-vous… Je passe en revue les différentes tenues que j'ai apportées, j'opte pour une jolie robe droite bleue indigo décolletée dans le dos , de beaux sous- vêtements gris perle en dentelle , des escarpins mettant le galbe de mes jambes en valeur, une touche de parfum . Je me maquille légèrement , me coiffe, je suis enfin prête !
J'arrive à Montmartre, c'est l'été, il y a beaucoup de monde, de nombreux touristes. Je flâne devant le sacré cœur . Je me sens un peu fébrile .Est- il venu ? Où est-il ? Me regarde-t-il ? Envisageant cette éventualité, je me redresse, cambre ma taille ,balance mes hanches au gré de mes pas .Je me dirige vers la place du Tertre…
Lui, assis à la terrasse d'un petit bistrot, fume une cigarette . Il regarde les femmes qui passent. Les femmes.. Il est habitué à les regarder, il en a connu beaucoup, lui , le séducteur,le libertin.
Il ne l'a jamais vraiment vue mais est cependant sûr de la reconnaitre .
Peut-être cette rousse aux yeux verts ?
Non, elle ne parle pas français…
Ou cette brunette qui lui sourit ?
Non, elle est trop commune , pas assez distinguée !
Soudain, il l'aperçoit, il en est convaincu.
Je marche au milieu des artistes qui tentent désespérément de croquer quelques passants . Je sens une main sur mon épaule,j'entends une voix grave me demander :
« Voulez-vous chère madame que je fasse votre portrait,je ne sais pas dessiner mais...
_ mais écrire ! Dis-je.
C'est LUI !
Je lui souris, il me dévisage…Muets d'émotion, nos yeux se croisent.
Premier regard tendre, pénétrant, intense...Le temps s'arrête ,les mots pour une fois sont inutiles.
Cet instant est alchimique !
2
4
0
3

Vous aimez lire Histrion ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0