Epuisement / 3

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- Kanoo ! s'exclama Zephyr, et il fut soulagé de voir la forme frémir au son de sa voix. Comment es-tu arrivée ici ?

La jeune fille ouvrit les yeux. Elle n'exprima aucune surprise de voir les deux hommes à ses côtés, prit le temps de s'étirer lentement, et se mit sur pieds en deux mouvements. Son visage émacié et fatigué, aux traits renforcés par les lignes sombres des sourcils et les tatouages noirs, montrait la même détermination farouche et la même fureur que lorsqu'ils l'avaient quittée. Les cornes qui surmontaient le tout parachevaient cette impression de petit diable dont Zephyr n'arrivait pas à se départir.

- Par quelle magie nous as-tu rattrapés ?

Kanoo eut une moue hautaine.

- Je ne me suis pas réveillée bien longtemps après vous. C'est une habitude contre laquelle je ne peux rien : au petit matin, on me livre les jarres de nourriture de la journée. J'ai tout de suite compris ce que vous aviez fait, et comme je savais où vous alliez, je suis partie à votre suite. Ce n'était pas difficile de vous suivre, vous traversez les hautes herbes comme des cochons, en laissant de grosses traces derrière vous.

Zephyr se remémora Talixan qui redressait les herbes sur leur passage, lorsqu'ils entraient dans des fourrés, mais comme le chasseur ne s'y appliquait qu'à leur entrée et leur sortie, il restait assez facile de distinguer leurs traces - à condition de savoir quoi chercher.

La jeune fille décrivit sa journée et sa nuit à la poursuite des deux fuyards sans quitter son ton hautain, mais Zephyr nota alors des traces de pleurs séchés sur son visage, qui contredisaient l'apparente facilité avec laquelle elle les avait pistés. Pour finir, elle s'était installée près du chemin qu'ils allaient emprunter au réveil, pour être sûre de ne pas les rater - mais son sommeil avait été trop profond.

- Je n'ai nulle part où aller, ajouta-t-elle, alors pourquoi je n'irais pas à Garsal moi aussi ?

Talixan fit la moue, indiquant que cette solution lui semblait profondément déraisonnable, mais son sourire narquois habituel reprit vite le dessus. Au vu de la détermination dont la petite fille avait fait preuve, il ne se voyait pas la rembarrer une deuxième fois.

Ils se mirent en marche et, comme il était travaillé par le remords et apitoyé par le masque de fatigue de sa compagne, Zephyr, qui se présentait toujours comme Amilcar, lui tendit la main, et ils cheminèrent ainsi chaque fois que le terrain ne les obligeait pas à se plier en deux ou à ramper.


Deux jours et deux nuits ils traversèrent encore des champs coupés d'innombrables canaux d'irrigation. Plus ils prograissaient vers le nord, cependant, moins les propriétés semblaient entretenues. Kanoo ne cachait pas son mécontentement à la vue des herbes qui prenaient le dessus sur les champs, des canaux embourbés ou des murets aux pierres disjointes. Ils profitèrent cependant de champs abandonnés à la nature pour prendre un peu de repos. Talixan se remit à chasser, tandis que les deux jeunes tentaient de dénicher des herbes, des baies et des fruits comestibles. Ils s'offrirent le soir un véritable festin après avoir ranimé un foyer laissé là depuis des lustres.


Trop fatigué pour poser la moindre question, Zephyr s'était laissé conduire par Talixan depuis plusieurs jours. Avec le repos retrouvé, il se risqua à approcher Talixan avec une interrogation qui le taraudait :

- Notre mission n'a aucune chance d'aboutir. Nous n'avons plus rien à sauver. Nous sommes entourés d'ennemis, et le premier qui nous trouve me vendra au plus offrant. Pour la plupart des gens, semble-t-il, je ne suis qu'un rénégat. Mais je suis leur seule cible. Tu n'as rien à craindre d'eux si tu n'es plus avec moi. Pourquoi ne pars-tu pas de ton côté mener ta vie, ou raccompagner Kanoo dans sa contrée ?

Talixan avait haussé un sourcil à l'énoncé de ces arguments. Il sembla prendre un temps la mesure de ce que proposait le jeune homme, et peser soigneusement sa réponse. Son sourire se fit encore plus narquois qu'à l'habitude, et Zephyr se dit intérieurement que, pour une fois, le vieil homme ne lui semblait pas complètement sincère. Qu'avait-il donc à cacher ?

- D'abord, j'ai juré à ton Maître de te protéger, et je tiendrai parole. Mais aussi, tu t'es investi d'une mission, qui est très noble. Ne crois pas que tu sois le seul. C'est aussi la mienne. Nous partageons le même objectif, et il me tient sans-doute encore plus à coeur qu'à toi. Rien ne m'arrêtera. Pelon nous aidera. Et d'autres encore. Et si tu me fais défaut, je poursuivrai seul.

L'optimisme et la détermination indécrotables de Talixan tranchaient avec le sentiment profond de Zephyr que tout partait à vau-l'eau, que ce soit pour son royaume, s'il pouvait encore prétendre auprès de quiconque en être le Roi, ou pour lui-même. Il n'avait que cette bouée à laquelle se raccrocher, et décida donc de ne plus insinuer de doutes dans l'esprit de son interlocuteur. Quitte à suivre un mentor au bout du monde, autant que celui-ci soit imprégné de toute la conviction possible. Et si l'homme lui cachait quelque chose, autant se dire que c'était probablement pour son bien.

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Elivre14

Juger est facile
Comprendre plus difficile

Critiquer est amusant
Supporter beaucoup moins marrant

Trouver des mots pour se moquer c'est pas bien compliqué
Savoir encaisser, cette épreuve on ne peut l'envisager

Cet élève se fait harceler
mais il ne faut surtout pas en parler, on va être à notre tour victimisé

Regarder quelqu'un se faire taper est déjà compliqué
Alors mettez votre ego de côté, allez en parler

Mais tout le monde baisse la tête, personne ne fait rien
Sauf que cet enfant n'est pas bien

Trop de haine a coulé
Personne ne l'a vue à la récré

Cet enfant de nature si gaie s'est suicidé
Personne ne l'en a empêché

Vous l'avez jugé
Alors que vous ne connaissiez pas son passé

Ces rêves se sont brisés
Il est parti, on ne peut les recoller

Une chose est sûre
Vos regrets vous hanteront à jamais

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riwka f......
Je suis un peu hors sujet, je le sais, mais j'avais trop envie de donner mon avis sur ce sujet ... Pardonne-moi, Korinne, d'être aussi éloignée de ton rêve
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Défi
abou


– Allez, dépêche ! On va rater le bus.
Dans la rue sombre, vaguement éclairée par quelques lampadaires anémiques, Jasper trépignait d’impatience devant la porte entrouverte.
– Allez, Max! Mon père, il dit toujours qu’il faut être ponctuel. Sinon, les gens s’énervent à t’attendre.
Après une pensée emplie de nostalgie pour ses draps encore tièdes, Max se mit en route. Sur le trottoir, des poubelles renversées éparpillaient leurs trésors, allant jusqu’à recouvrir les crottes de chiens, pourtant nombreuses dans ce quartier. Jasper renifla, montrant du doigt un imposant tas d’ordure.
– Ça pue. Trois semaines de grève. C’est pas en Argentine qu’on verrait ça !
– Pourquoi l’Argentine ? demanda Max.
– Mon père, il dit que là-bas, il n’y a jamais grève. Ils peuvent pas.
Devant la vitrine d’un magasin de vêtements, un homme s’affairait à déblayer une congère d’ordure qui masquait jusqu’à la machine à coudre installée là, dans un décor de carte postale.
– Là-bas, repris Jasper, il y a du soleil toute l’année. Et quand on va se coucher, ça sent l’eucalyptus et le rhododendron. C’est mon père qui me l’a dit.
– P’tain ! Il brasse de l’air, ton père. Et comment il sait ça, lui ?
– Quand il était jeune, avec ma mère, il voulait y aller, en Argentine. Il a même écrit une lettre. Mais on lui a répondu qu’ils n’acceptaient que les professionnels.
– Quoi ! l’interrompit Max. Ton père c’est un professionnel. Tu le dis tout le temps.
– Ouais, c’est sûr. Mais non. Ils ont une sélection de métiers. Si t’es pas dans la liste, tu restes chez toi.
En arrivant au boulevard, ils croisèrent un amoncellement de légumes et de fruits pourris. En plissant le nez, Jasper sortit une boîte de la poche.
– C’est mon père. Il dit que si on veut pas tomber malade, il faut sucer de l’antibiotique. T’en veux un ?
– Allez, dépêche ! le coupa Max. Le bus est déjà là.
Le deux ados se hâtèrent vers le rutilant car scolaire.
L’autobus démarra, soulevant un million de papillons de papiers gras multicolores, voletant à sa suite, dans un spectacle féerique inattendu.
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