Epuisement 2

3 minutes de lecture

Talixan avançait plus vite que jamais. Son écheveau blanc balançait de droite et de gauche, au rythme de ses coups d'oeil rapides, alors même que son buste restait bien en ligne, aussi discret que possible. Il menait Zephyr, qui suivait avec difficulté, d'une haie à une autre, d'un muret à un haut tas d'herbes coupées. Ils trottèrent ainsi, pliés en deux comme des voleurs, et traversèrent toute une propriété sans voir âme qui vive. Quelques bruits au loin les avertirent tout de même de la présence d'ouvriers qui s'en allaient aux champs. Ils redoublèrent alors de vigilence. Leurs pauses s'allongèrent. Le regard de pie du vieux chasseur semblait s'attacher à percer toutes les ombres, à décrypter le moindre mouvement de feuillage. Durant ces pauses, Zephyr faisait tourner le vent, de façon à ce qu'il leur apporte les sons de chaque coin de l'horizon tour à tour. Talixan avait compris son manège et n'en perdait pas une miette - sa bourrasque blanche se figeait soudainement, et son regard perçant laissait place à l'ouïe.

Ils parvinrent ainsi, au bout d'un réseau de canaux, à un grand carré d'arbres aux troncs effilés, ponctué de ronces et de plantes grimpantes. Ils s'y enfoncèrent et Talixan, après avoir fait signe à Zephyr de ne plus bouger, enlaça le plus grand tronc et entama son assension. Il fila comme une flèche vers le sommet. Mais il ne s'arrêta pas là, et continua son parcours discret d'arbre en arbre : il en profitait pour faire un tour d'horizon complet.

Il réapparut aussi vite qu'il avait disparu, s'aidant des racines des plantes aériennes pour descendre à la seule force des poignets.

Il n'était même pas essouflé lorsqu'il murmura à son jeune compagnon :

- Des champs et des canaux, à perte de vue. Mais je sais où nous sommes : il y a au nord-est un village que je connais, reconnaissable à la butte sur laquelle il repose. Nous poursuivrons directement vers le Nord, en l'évitant. Il y a quelques baies dans ces arbres, que je vais cueillir, et tu me donneras ta gourde, que je la remplisse dans le premier canal d'eau claire que nous croiserons. Tu éviteras de t'approcher des canaux tant que je ne te ferai pas un signe explicite. Nous nous contenterons de ça... Si tu peux tenir ?

Zephyr confirma qu'il tiendrait le coup, alors même que son estomac grondait méchamment.

Dans l'ensemble, ils progressèrent beaucoup plus rapidement qu'ils ne s'y étaient attendus. Ils parcouraient de longues distances sans rencontrer personne. Ils arrivaient ensuite à des champs où de nombreux baribes, et divers autres individus de taille plus raisonnable, s'attaquaient aux épis encore sur pieds. Ils les contournaient alors en prenant mille précautions, sachant que d'autres ouvriers agricoles pouvaient surgir à tout moment d'un sentier ou d'un cabannon. Puis ils retrouvaient le calme de la nature, et cheminaient de champ en champ sous le pépiement des oiseaux, alors que le soleil tournait dans le ciel. A plusieurs reprises, pris dans un écheveau inextricable de canaux, ils durent entrer dans l'eau. Talixan, devant, muni d'un batton, inspectait les herbes et progressait à pas comptés. Au milieu du canal, ils avaient de l'eau jusqu'à la taille, mais rejoignaient vite la berge opposée et s'y hissaient dès que Talixan la jugeait sûre.

Le soleil et la fraîcheur des canaux aidèrent Zephyr à mobiliser suffisamment ses forces pour suivre Talixan jusqu'à la nuit. La distance qu'ils avaient parcourus lui semblait fantastique, mais il était une fois de plus épuisé.

Sous la lune verte, cachés dans un bosquet, ils dinèrent de quelques feuilles de salades et de fruits ramassés en chemin. Talixan s'interdisait de faire un feu, chasser aurait donc été inutile.

La lune rose jetait encore sa clarté sur le monde lorsque le chasseur réveilla son compagnon. Sa logique était sans faille : il valait mieux avancer avant que les ouvriers ne commencent leur journée aux champs, et faire une sieste le midi dans un coin tranquille, lorsque la chaleur était à son maximum. Les yeux ensommeillés, Zephyr rassembla ses esprits et ses maigres affaires et, le sac sur le dos, mis ses pas dans ceux de son mentor. Ils cheminaient doucement dans la semi-obscurité, évitant branches basses et ronciers. Talixan s'arrêta net. Par-dessus son épaule, Zephyr discerna lui aussi une forme humaine allongée au pied d'un arbre.

Le chasseur se saisit de son arc, et comme aucun bruit ou mouvement ne troublait la scène, se risqua à avancer vers la personne allongée là. En arrivant au-dessus du corps, ils échangèrent un regard incrédule. Kanoo. Elle gisait là, à quelques pas de leur abri nocturne.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
C.Marcovecchio

"Le caveau était sombre, éclairé juste par ma chandelle fumante et un conduit semblait s'enfoncer loin dans les entrailles de la terre, descendant en pente douce, au moins au début. La suite était envahie par la nuit souterraine pleine de chuintement et de bruits dont je ne reconnaissais pas l'origine."
Une porte, tenant à peine sur ses écrous, se distinguait grâce à ma chandelle, au fond du caveau. Le verrou n'était, par chance, point scellé.
Et d'une main peu rassurée, je tournai la poignée. Le crissement de la porte et son claquement dans mon dos pétrifié furent camouflés par un hurlement perçant, qui semblait traverser les murs pour se tenir à mes côtés.
J'empoignais la poignée, toujours avec ma pauvre chandelle, qui éloignait l'obscurité du mal qui m'asphyxiait.
Ce qui, au premier abord, me paraissait être la même pièce que la précédente, fut en réalité un long couloir orné de trophée macabre.
Je faillis en lâcher la chandelle et extirper un cri de ma bouche las.
Les murs étaient recouverts de squelettes suspendus tête en bas. Certains avaient encore une peau et d'autres étaient fraîchement installés. Les murs rocheux suintaient d'un liquide rougeâtre, inondant le sol de sa couleur et sa viscosité.
L'odeur âcre et piquante de la mort faillit me faire remonter le contenu de l'estomac.
L'envie de retourner sur mes pas, de m'enfuir était forte et allait gagner sur celle de la retrouver. Puisqu'au fond, je sentais qu'elle était ici. J'ordonnai alors à mes jambes pétrifiées de bouger et d'avancer. Avalant ma salive de dégoût, je commençai lentement à marcher en direction de la porte à peine discernable, au fond du couloir.
Mes pas clapotaient dans ce liquide et résonnaient en écho, tapant entre les murs pour faire vibrer mes tympans aux aguets. Ce liquide inondait mes chaussettes pour les faire changer de couleurs.
J'observais tous les squelettes, jusqu'au moindre détail ; tout en essayant de ne point gerber. Sur les corps encore en chair, j'observai leurs ventres ouverts en grands, telle une large et haute déchirure, vidés de leurs contenues. L'emplacement de leurs yeux n'étaient plus que deux trous sombres.
Je manquai de trébucher à la vue d'un cadavre en voie de décomposition et dans le même état cruel que les autres. Je n'étais pas choqué par l'état monstrueux de son corps, mais par son visage encore reconnaissable sans ses globes oculaires.
Je reconnaissais cet homme. Oui, malheureusement je le connaissais.
J'avais enfin la réponse à sa disparition et jamais je n'aurais voulu l'avoir. Une larme accompagnée d'une autre, vinrent couler sur mes joues, défigurées par une expression d'horreur et de écœurements, face au corps de mon père.
Je n'osais le toucher et afin de m'éviter de perdre connaissance de cette affreuse découverte, je continuai de marcher dans ce couloir aux centaines de cadavres. J'avançais le plus rapidement possible, et la porte fut bientôt atteinte.
Je ne pouvais plus faire machine arrière, j'avais la preuve formelle qu'elle était bien là.
Le levier abaissé de la porte d'acier, je me faufilai à l'intérieur tout demandant pardon à mon père de le laisser dans cet état lamentable.
La chandelle s'éteignit à mon entrée. Et puis, vue l'éclairage jaune de ce couloir, elle n'était plus indispensable.
Plus aucun squelette suspendu, plus aucun liquide rouge recouvrant le sol et les murs. Seulement une fine épaisseur d'eau limpide sur les dalles rocheuses. Des piliers de flammes longeaient les murs et illuminaient le couloir pierreux.
Le crépitement et grésillement des larges flammes remplirent le silence, qui ne dura, pas même, une demi-seconde.
— Et electi sunt a Deorum ! Une voix sonore me tapa le cœur de sa force vocale.
Il y a donc des personnes ici ? Je ne comprenais plus rien, je ne comprenais même pas où j'étais mais tous les indices et toutes les recherches m'avaient menés ici. Cela n'était donc pas par pur hasard. La disparition de mon père avait donc un lien, mais pourquoi ?
Il fallait que je sache d'où venait la voix.
Sur mes gardes et marchant à la limite de m'accroupir, j'entrai dans ce qui paraissait être une immense église souterrain.
Caché derrière une colonne de pierre, j'observais discrètement la scène irréelle se jouer en contre-bas.
Elle était éclairée d'un jaune terne obscurcissant certains détails.
Telle une messe, des spectateurs, des fidèles se tenaient assis sur des bancs, alignés face à l'autel. Indiscernable sous leurs voiles noirs, où par-dessus un masque offusquait toute vérité sur leurs genres et identités. Leurs attentions étaient pleinement concentrées sur le maître de cette messe noire.
Devant un autel en pierre brute, cet homme se tenait debout regardant sous son masque figuratif du diable, un jeune homme mort ; nu et le corps éventré jusqu'au cou. L'homme de cérémonie, buvait le sang du pauvre cadavre dans une coupe en argent.
L'ayant fini, il la posa et poussa ensuite le cadavre de l'autel, tel un objet gênant. La marque de son sang, resta imprégnée sur la pierre comme toutes les précédentes victimes. Le corps harassé et sans vie s'écroula tel un pantin et tomba quelques mètres plus bas.
Mes yeux n'avaient rien manqué de la scène.
Le diable masqué se munit d'un poignard cérémonial, et l'essuyait à l'aide de la manche de son costume.
— Nihil Efficere.
Les hurlements de terreurs inondèrent le silence. Deux inconnus, masqués, entrèrent par la seule porte de l'église, juste en dessous d'où j'étais caché.
Ils portèrent un corps nu d'une femme, par les mains et les pieds, se débattant sans relâche mais ne faisant point défaillir les deux monstres fait de muscles.
Je retins un cri quand je vis son visage. C'était bien elle. Ma femme.
Pourquoi elle ? Comment ?
Nue et allongée sur l'autel, ils l'attachèrent fermement.
L'inévitable allait se produire si je n'intervenais pas. Et le temps pressait. Le maître de cérémonie munit de son poignard, effleura le ventre jusqu'à son cou fragile.
— Et electi sunt a Deorum ! Hurla-t-il, en lui forçant à boire le contenu affreux de la coupe.
Je m'empressais de rejoindre la scène, descendant à la hâte des escaliers sans même savoir où ils pourraient mener.
La voix gutturale de l'homme pénétrait les murs, et chaque seconde qui passait, était un pas de plus vers la mort cruelle de ma femme.
Ces souterrains étaient de véritables labyrinthes. Haletant à n'en plus pouvoir, les pieds trempés, je ne savais où aller.
— Sanguis, Terre, Aqua, Ignis.
Mon cœur bondissait dans ma poitrine suante et détruite par l'oxygène étouffant. Les disciples répétaient d'une même voix les rites du maître, je baignais dans des paroles maudites et dans un lieu maudit par le mal.
— Baptizarent in morte, sumus in dolore, et in futuro.
Je tournai à l'embouchure d'un couloir. Les masques des deux colosses se présentèrent à moi, nez à nez avec eux, postés devant l'entrée de la porte d'acier.
Horrifié, je reculai mais c'était déjà trop tard. Ils se jetèrent sur moi, comme deux loups affamés.
Leurs coups me détruisirent le corps, je n'arrivais point à me défendre.
Seul contre deux monstres, je ne pouvais rivaliser. Allongé dans ce que j'avais cru, au premier abord à de l'eau, une horrible idée s'immisça dans mes pensées.
— Nos veniam postulantes.
Il ne me restait plus beaucoup de temps. C'était ça ou alors la voir être éviscérée.
Je me levai sur mon corps meurtri et accouru vers les piliers de flammes.
Mon corps heurta l'une de plein fouet, qui heurta à son tour une autre et tel un jeu de domino, toutes basculèrent.
— Nos mos immolantes par vulos.
Tout fut si rapide. Les piliers à terre, les flammes n'avaient pas mis longtemps à embraser le sol, recouvert d'une fine épaisseur d'essence.
Me ruant de toute vitesse vers la porte en fer, j'actionnais le levier et m'extirpais de justesse du brasier ; laissant les deux gardiens s'immoler sans échappatoire.
— Et nos ipsi sacrifici.
Toutes les têtes se tournèrent à mon entrée fracassante. Je vis l'homme brandir le couteau au-dessus du fragile corps dévêtit de ma femme, hurlant à plein poumons et s'inondant dans ses larmes.
Courant vers l'autel au fond de l'immense édifice, le plus vite possible. J'avais cru pouvoir la sauver.
Les fidèles se levèrent et sans m'attendre à ce qu'il allait suivre, fondirent sur moi. Enveloppé et suffoquant entre des vingtaines de voile sombre, je vis l'invraisemblable se produire entre les masses noires m'étouffer de leurs présences.
Le couteau brandit en l'air, pénétra avec puissance le ventre de ma bien-aimée hurlant à la mort tout en me regardant, les yeux déversant leurs larmes d'affliction.
Il coupa en montant vers la gorge détruite par les cris, qui se tut à la seconde où son cœur fut découpé.
La force la quitta et son corps nus s'inonda de son sang.
Hurlant à plein poumons de sa mort et sa monstrueuse disparition, je vis son assassin brandir son cœur, au moment où le mien se sentit s'embraser.
Les ombres, masquées et voilées de la tête au pieds, s'écartèrent et s'en allèrent. Je n'avais point compris pourquoi, jusqu'à voir mes mains, mon torse fondre de flammes me recouvrant.
Regardant une dernière fois ma femme, morte, je me laissai tomber dans l'oublie. Le voile noir de la mort s'immisça et recouvra mes pensées par un vide de pure souffrance.
3
6
21
7
Fitzg

J’ai rencontré la nuit.

Il y a plus de 18 ans que je l’observe de derrière mes fenêtres. Elle a pris de nombreuses significations pour moi, le danger, la beauté, l’intimité. J’ai toujours admiré les étoiles, nombreuses comme les lettres de mes livres, qui semblent nous raconter chaque soir une histoire différente. Plusieurs fois j’ai surpris la lune m’appeler, elle qui sait nous éclairer des feux les plus doux. Cette noirceur dans laquelle l’humain se perd, de laquelle il profite pour rêver, quand allongé à terre il voit les constellations le protéger. Et ce soir je m’en vais à sa rencontre. Ce n’était pas une résignation à transgresser l’interdit qui me poussait, plutôt cette belle qui de là haut m’invitait dans son empire, et le désir inexplicable que j’avais de marcher sur l’herbe noire. J’ai ouvert mes volets, et suis parti par la fenêtre, armé d’un livre et de bougies. Je me suis assis sur la terrasse de bois, et comme un défi fait à la nuit, j’ai allumé ma propre constellation. J’ai lu quelques pages, mais le livre avait bien peu d’importance. Ce n’était pas lui qui m’enivrait, mais plutôt l’ineffable sensation d’être entré dans un monde fantastique, comme si même l’oxygène était différent une fois la nuit tombée. Les mots défilaient sous mes yeux, les pages éclairées par la lueur douce de mes frêles danseuses étoiles enflammées. Petit à petit mon attention s’est focalisée sur ce que l’on pouvait entendre lorsqu’on se trouve en ce monde. Et j’ai entendu la nuit. J’ai entendu le silence. Ponctué par quelques bruits d’animaux et de natures. Un chat qui miaule. Une branche qui craque. Un vent qui souffle pour se jouer des arbres comme de pantins. Et alors que je levais les yeux de mon livre, je la vis venir à moi. Au premier regard on voyait qu’elle tenait dans ses yeux, les secrets de tous les voyageurs qui vivaient sous son égide. Sa démarche était une berceuse, sa beauté surnaturelle, tout comme le monde dont elle était l’égérie. Et comment dire qu’elle brillait devant moi sans passer pour un fou. Elle a cueilli une de mes bougies entre ses mains, et l’a éteinte, avant de faire de même pour toutes les autres. Elle n’a jamais dit un mot, et pourtant dans le cri d’agonie de chaque bougie qui mourait je comprenais ce qu’elle voulait m’apprendre. La lumière est inutile, et même nous dessert, lorsque l’on veut vivre la nuit. Si l’homme, à l’aide d’une torche, peut percevoir parfaitement un détail, cette dernière obstrue au contraire sa vue à tout ce qui se trouve autour de ce qu’il voit clairement. La nuit on ne cherche pas à voir les choses, on les ressent, et plus on s’acharnera à vouloir éclairer ce qui est sombre, alors moins nous comprendrons l’obscurité. Après m’avoir enseigné cela, elle m’a tendu la main et m’a fait signe de me lever. Moi qui n’ai jamais su quand dire « bonjour » ou bien « bonsoir » quand j’entrais dans un magasin, j’ai, pour la saluer, utilisé une expression encore moins usuelle. Je lui ai dit « bonne nuit », puis j’ai pris sa main dans la mienne. C’est la seule fois où je l’ai touchée. Sa peau était froide et douce, à son contact j’ai ressenti la sensation étrange d’une complaisante vulnérabilité. Cette même sensation, je l’ai trouvée dans son regard. Ne me demandez pas quelle forme les yeux de la nuit ont, je ne saurais le dire, mais reste gravé dans ma mémoire ce qu’ils affirmaient. La nuit te fait peur, mais la nuit te protège. Elle veille sur tant de marcheurs égarés, et de fêtards endurcis, et même s’ils s’aventurent dans des recoins trop sombres pour qu’elle puisse les suivre, elle gardera toujours ce pouvoir de faire rêver. Je me suis donc levé, et je l’ai suivie, marchant sur ce gazon noir qui alimentait mes rêveries. Elle s’est mise à côté de moi, et ensemble nous avons regardé l’obscurité, et à quel point le noir peut prendre des teintes différentes, à quel point il peut être beau, à quel point les ténèbres sont bons. Hélas petit à petit, l’aube est venue éblouir et faire fermer mes yeux. Une à une les étoiles s’éteignirent, et la Nuit a du partir. Avant qu’elle ne me quitte, je lui ai dit « bonjour » de ce ton ironiquement heureux embrumé de tristesse, sachant que ce « bonjour » était un adieu. Et je l’ai regardé se faire percer des rayons du soleil, s’évanouir dans la lumière, disparaître enfin, assommée par le jour. Moi, je suis retourné à ma fenêtre. J’ai récupéré mon livre et mes bougies, et je suis rentré. Allongé dans mon lit, les pieds encore froids, j’ai repensé à ce que j’avais vécu en compagnie de la Nuit. Me laisser aller, n’écouter que mon désir de connaître l’obscurité, a été le meilleur choix de ma vie. J’ai rencontré celle que si peu connaissent, bien que beaucoup la craignent. Chaque soir depuis lors, je me mets à ma fenêtre avec une bougie dans les mains. Chaque soir je ne l’allume pas. Chaque soir je remercie la nuit d’être aussi belle, et chaque aube fait mourir cette partie de moi que sont les secrets que je ne confie qu’à la belle de là haut.
2
0
0
4
Défi
La Fée Nixe
" Les civilisations sont mortelles ", disait Valery.

Qui sait si la nôtre ne jouera pas bientôt sa destinée dans un village perdu cerné de montagnes millénaires ?

Qui sait si l'Apocalypse ne se déclenchera pas sur un coin de table, à l'occasion d'une partie de belote, un verre de liqueur de myrte à la main !?
10
19
0
10

Vous aimez lire Histrion ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0