Sous les lunes

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Zephyr arrêta sa course au petit trot lorsqu'il comprit qu'il fallait choisir parmi tous les chemins inconnus arrivant au château, qu'il soupçonnait vaguement à la lueur de la lune. Il se retourna pour jeter un oeil à la scène qu'ils venaient de quitter.

Contrairement à ce qu'il imaginait, les baribes, au lieu de fuir, se regroupaient près de la tour, certains faisant même demi-tour pour rejoindre leurs congénères. En bordure du groupe, il distingua la femme qui accompagnait Stepo. Deux baribes, parmi les plus costauds, avaient pris conjointement un troisième sur leurs épaules. Plié de douleur, mais le poing levé : Zephyr comprit qu'il s'agissait d'un des baribes malades sorti de la prison. D'autres groupes se formaient plus loin, dont deux se dirigeaient sans aucun doute possible vers le château.

Zephyr s'aperçut avec effroi que les groupes gonflaient de volume à mesure que de nouveaux baribes, venus des chemins alentours, les rejoignaient. Comme si un appel à la guerre silencieux avait traversé la région.

Kanoo et Talixan s'étaient arrêtés à ses côtés, contemplant le même spectacle. La première expliqua :

- Ils viennent tous à l'appel des Puissants. Les Puissants veulent se venger, ils vont mobiliser tous les baribes auxquels ils sont liés. Ils vont tout massacrer. Et je doute qu'ils nous traitent différemment de leurs maîtres. On a intérêt à disparaître discrètement.

- Compris, répliqua Talixan, qui n'avait visiblement pas envie de moisir ici. Tu dois connaître un peu les environs ? Peux-tu nous mettre sur le chemin de Garsal, au Nord, en passant par des endroits discrets ?

- Garsal, le marché aux boeufs ? Je n'y suis jamais allée, mais je sais par où passer. Suivez-moi.

Zephyr contemplait encore la scène fantomatique des rassemblements des géants sous la lune verte, devant un panorama terminé par la silhouette sombre des arbres sur l'horizon et, côté château, la lueur naissante d'un incendie au premier étage, qui renforçait la noirceur des bâtiments. Les questions se bousculaient dans sa tête, mais Kanoo et Talixan traçaient déjà sur un sentier qui s'enfonçait dans un sous-bois. Il sprinta pour les rattraper, manqua de tomber en trébuchant sur un trou car il ne voyait pas clairement où il marchait. Lorsqu'il arriva à leur hauteur, il se cala sur leur pas rapide.

- Que va-t-il se passer ? lança-t-il à Kanoo. Ont-ils une chance contre les miliciens ?

- Oh oui, bien sûr. Le Duc Lamier a acquis vraiment beaucoup de baribes. En face, les miliciens ne sont pas nombreux. Ils ont été envoyés en nombre au Nord, pour stopper les incursions des zagarites. Je ne m'attendais pas à ce qu'il en reste suffisamment au château pour qu'ils vous repèrent. Je ne savais pas non plus qu'il y avait eu un ptéromoran dans le coin, ceci dit.

Elle termina sa phrase avec un regard en coin et prit un air boudeur l'espace d'un instant. Ils marchaient toujours à grandes foulées et se concentrèrent à nouveau pour éviter les branches basses, les ronciers et, pour le peu qu'ils devinaient, les trous dans la terre sèche et inégale.

Kanoo fut la première à distinguer des voix au-devant, sur le chemin, et s'enfonça directement dans les fourrés sans attendre son reste. Talixan et Zephyr marquèrent un arrêt et plongèrent à sa suite. Talixan désigna un grand roncier, et ils se faufilèrent tous les trois sous ses branches épineuses pour se mettre à l'abri des regards.

Quatre baribes avançaient sur le chemin, munis de faux ou autres instruments qui reflétaient par instants les rayons de la lune. Ils n'auraient pas manqué de repérer les fugitifs au bruit qu'ils avaient fait en rampant, s'ils y avaient prêté la moindre attention, mais ils avaient pour seul but de se joindre au mouvement qui prenait place devant le château.

Les trois évadés laissèrent passer un moment de silence, profitant de l'abri du buisson pour reprendre leur souffle. Ils ressortirent plus difficilement qu'ils n'étaient arrivés. Une fois debout, Zephyr s'épousseta, examina ses bras, et fut légèrement vexé de constater qu'il était le seul à arborer de belles griffures de ronces.

Ils reprirent leur marche, en pressant moins le pas, Kanoo toujours devant pour les guider sur ces petits sentiers. Zephyr profita de l'allure plus modérée pour reprendre le fil de ses questions, en s'adressant cette fois à Talixan :

- Pourquoi allons-nous à Garsal ? Nous abandonnons la poursuite des zagarites ? Nous n'arriverons pas à les stopper avant qu'ils rejoignent leurs bandes les plus avancées, c'est ça ?

- Je découvre comme toi qu'il y a des bandes de zagarites de ce côté des montagnes, comme si les postes militaires aux cols n'avaient pas tous tenu. C'est une très mauvaise nouvelle, qui ne va pas nous aider. Nous devons rejoindre au plus vite mon ami Pelon, près de Garsal, c'est notre dernière chance. Je n'ai pas dit mon dernier mot.

Paradoxalement, Talixan se tut là, et son visage se ferma comme celui de Kanoo un peu auparavant. Zephyr décida d'en rester là, et de s'en remettre à son mentor pour la suite des événements.

Ils parcoururent encore une longue distance dans le sous-bois, éclairés par instants par la lune rose qui se levait, petite mais presque pleine, et prenait l'ascendant sur sa compagne verte.

Au sortir du sous-bois, une longue plaine se présenta à eux. Aussi loin qu'ils pouvaient voir, les champs étaient découpés en lignes régulières par les traits sombres des canaux, où clignotaient aléatoirement des reflets roses et verts.

Kanoo les arrêta et, montrant pour la première fois un grand sourire, annonça :

- C'est moi qui l'ai fait !

- ... Avec les baribes, ajouta-t-elle rapidement, un ton en-dessous, se rappelant que ses compagnons n'avaient pas l'air d'apprécier tant que ça les efforts produits pour irriguer les champs du Duc.

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Elivre14

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Personne ne l'en a empêché

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Une chose est sûre
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riwka f......
Je suis un peu hors sujet, je le sais, mais j'avais trop envie de donner mon avis sur ce sujet ... Pardonne-moi, Korinne, d'être aussi éloignée de ton rêve
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Défi
abou


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Dans la rue sombre, vaguement éclairée par quelques lampadaires anémiques, Jasper trépignait d’impatience devant la porte entrouverte.
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– Pourquoi l’Argentine ? demanda Max.
– Mon père, il dit que là-bas, il n’y a jamais grève. Ils peuvent pas.
Devant la vitrine d’un magasin de vêtements, un homme s’affairait à déblayer une congère d’ordure qui masquait jusqu’à la machine à coudre installée là, dans un décor de carte postale.
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– P’tain ! Il brasse de l’air, ton père. Et comment il sait ça, lui ?
– Quand il était jeune, avec ma mère, il voulait y aller, en Argentine. Il a même écrit une lettre. Mais on lui a répondu qu’ils n’acceptaient que les professionnels.
– Quoi ! l’interrompit Max. Ton père c’est un professionnel. Tu le dis tout le temps.
– Ouais, c’est sûr. Mais non. Ils ont une sélection de métiers. Si t’es pas dans la liste, tu restes chez toi.
En arrivant au boulevard, ils croisèrent un amoncellement de légumes et de fruits pourris. En plissant le nez, Jasper sortit une boîte de la poche.
– C’est mon père. Il dit que si on veut pas tomber malade, il faut sucer de l’antibiotique. T’en veux un ?
– Allez, dépêche ! le coupa Max. Le bus est déjà là.
Le deux ados se hâtèrent vers le rutilant car scolaire.
L’autobus démarra, soulevant un million de papillons de papiers gras multicolores, voletant à sa suite, dans un spectacle féerique inattendu.
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