Epuisement

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Zephyr et Talixan ne purent que se réjouir d'avoir Kanoo comme guide. Grâce à elle, ils traversèrent les champs du seigneur Lamier aussi rapidement que discrètement, cachés par des haies, des plantes ou des murets, sans même avoir à mettre les pieds dans un canal. Il n'aperçurent personne durant cette cavale. Mais leurs forces s'amenuisaient, à mesure que la nuit s'allongeait.

Ils parvinrent à une haute haie buissonnante aux feuilles persistantes, et Kanoo s'y arrêta, manifestement épuisée.

- Il est temps de faire une pause, déclara Talixan. Nous sommes tous à bout de forces, et l'aube ne va pas tarder. Est-ce un endroit suffisamment discret pour qu'on s'y risque à prendre quelques heures de sommeil ?

- C'est ici que se terminent les terres du seigneur Lamier, répondit Kanoo avec un effort visible pour articuler. Si tous les baribes sont partis au château, les miliciens s'y battent aussi, et nous sommes tranquilles. Par contre, après cette haie commencent les terres du seigneur Crissemon. Je ne les connais pas, et ses baribes seront toujours aux ordres, donc le chemin sera plus risqué.

- Alors dormons ici quelques heures. Ensuite, nous continuerons plus au nord, répondit Talixan en posant sa main sur l'épaule de Zephyr. Kanoo, ajouta-t-il en se tournant vers la jeune fille, je te remercie pour ton aide. Tu es une fille formidable, et je serai ravi de t'aider, pourquoi pas à retourner chez les tiens, lorsque notre mission sera achevée.

Il indiqua à Kanoo le nom et l'emplacement d'une auberge où il faudrait qu'elle donne de ses nouvelles régulièrement.

- Tu es très jeune et très loin de tes semblables, continua-t-il. Tu as plus de chances de survivre ici, sur ces terres que tu connais, que partout ailleurs.

Pendant tout ce discours, les sourcils de Kanoo avaient pris une méchante tournure, et maintenant son visage laisser deviner une colère difficilement contenue. Elle ne répondit pas, se contentant de fixer les deux hommes tour à tour d'un air furieux.

- Vous allez la laisser là ? s'exclama Bise, sur un ton dont il n'était pas coutumier. Elle n'a plus de famille, plus de pays, et toute la population du coin est prête à lui tomber dessus ! Elle n'a que douze ans !

- Je pensais la même chose, le rembarra Zephyr, mais qu'avons-nous de mieux à lui proposer ? Nous sommes engagés dans une course dont nous ne savons pas jusqu'où elle nous mènera. Et nous avons des ennemis autrement plus terribles que les siens. On a essayé de nous tuer, et nous avons dû nous défendre avec nos armes. Est-ce vraiment sa place, de se battre contre des zagarites et des miliciens ?

Bise ne trouva rien à répliquer.

Entretemps, chacun des trois fuyards s'était allongé à sa façon à l'abri de la haie, alors que les premiers rayons du jour tentaient de passer un coup d'éponge sur le ciel nocturne.


Zephyr sentit une main ferme le secouer. Il commença par grogner, puis ouvrit un oeil. Le soleil était encore très bas dans le ciel, il n'avait pas dormi bien longtemps. Pourquoi le réveillait-on aussi vite ? Ce n'était pas ce dont ils avaient convenu. Il réalisa d'un coup qu'il y avait peut-être un danger à l'approche, et se mit aussitôt en position assise. Talixan était face à lui, accroupi, et lui faisait signe de rester coi. Zephyr parcourut les alentours du regard, mais ne vit que Kanoo, allongée un peu plus loin, et qui dormait d'un sommeil profond. Il comprit que Talixan avait délibérément choisi de la laisser dormir, elle seule, et qu'ils allaient lever le camp comme des voleurs.

C'était peut-être mieux comme ça, mais il ne pouvait se débarrasser d'une boule d'amertume à l'idée de laisser la jeune fille dans une position aussi précaire. Il espéra que Talixan tiendrait parole, et aiderait au plus vite Kanoo à rejoindre sa terre de naissance.

Il saisit son sac et suivit Talixan qui se mouvait aussi discrètement que possible. Cette escapade prévue pour durer trois jours tout au plus avait tourné à l'épreuve, physique et morale. Les nouvelles étaient pires de jour en jour. Et qu'advenait-il de Maître Fleurnoir depuis tout ce temps ? mais le sentiment qui le dominait, c'était surtout que le pire restait à venir.

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