Chapitre 11

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Lorsque Lisa poussa la porte du bureau de M. Carver, la première question qui lui vint à l’esprit fut celle-ci : de quoi avait-il bien pu s’entretenir avec Ashley le jour de sa mort ? En tant que conseiller principal d’éducation, mais aussi en tant que prof d’anglais, il avait certainement dû lui parler de ses notes et de la moyenne qu’elle devait viser pour prétendre postuler à certaines universités… Lui avait-il à nouveau laissé entendre qu’elle n’aurait jamais aucune chance d’entrer à Columbia ? Qu’avait-il bien pu lui dire pour qu’elle en vienne à se suicider quelques heures après son rendez-vous avec lui ?

Lisa s’assit à la place que lui présenta M. Carver et posa son sac sur ses genoux. Elle regarda son prof d’un air anxieux, redoutant déjà les questions qu’il allait lui poser au sujet d’Ashley. Il portait ce jour-là un pull gris perle, qu’il avait enfilé par-dessus une chemise à carreaux et une cravate bleu marine. Lisa devait reconnaître qu’il s’habillait avec goût, mais il était encore loin d’égaler M. Bates.

- Merci d’être venue, dit l’enseignant. Avant de commencer, je tiens à te féliciter pour tes notes et pour tout le travail accompli durant ton année de première. C’est vraiment du beau boulot. Je vois que tu es bien partie aussi pour réussir ta terminale, et je ne peux que t’encourager à continuer ainsi. Je suis sûr que tu arriveras à décrocher une bonne université. A ce propos, où en est ton dossier de candidature au MIT ?

Comme M. Bates, M. Carver lui avait écrit une lettre de recommandation, à laquelle il avait joint son relevé de notes et son profil scolaire. Sa question prouvait qu’il suivait de près sa demande d’inscription au MIT, et Lisa ne pouvait que lui en être reconnaissante.

- Je viens de finir de rédiger ma lettre de motivation et je compte l’envoyer ce week-end, répondit la jeune fille. J’ai aussi pris un rendez-vous avec un conseiller d’éducation du MIT pour un entretien par Skype lundi prochain…

- Bien, commenta M. Carver. Tu as obtenu toutes les lettres de recommandation que tu souhaitais ?

- J’ai eu celle de M. Bates pour les matières scientifiques et celle de M. Lockett pour les matières littéraires… Sans compter la vôtre, bien sûr.

- M. Bates m’a dit que tu allais faire une demande de bourse pour financer tes études… Tu as pu constituer un dossier pour appuyer ta demande ?

- Oui, ma mère a réussi à rassembler tous les documents nécessaires. Il ne me reste plus qu’à remplir le formulaire du College Board et celui du Département de l’éducation avant le 30 novembre.

- Parfait. Je vois que tu as été rapide. Je suppose que tu comptes faire une demande d’admission anticipée au MIT ?

- C’est l’idée, confirma Lisa.

L’une des particularités de l’Institut Technologique du Massachusetts était de proposer aux élèves deux voies d’inscription différentes : une voie dite « rapide », qui correspondait à une demande d’admission anticipée, et une voie dite « standard », qui laissait deux mois de plus aux candidats pour compléter leur dossier. La date limite pour envoyer celui-ci était fixée au 1er novembre pour ceux qui souhaitaient postuler par la voie rapide. Lisa était donc largement dans les temps.

- Tu as pensé à candidater à d’autres universités, au cas où ?

- Bien sûr. J’ai aussi postulé à Berkeley et à l’université de San Francisco…

C’était une façon pour elle d’assurer ses arrières si, par malheur, le MIT rejetait sa demande. Elle connaîtrait de toute façon la réponse à la mi-décembre.

- Très bien, dit M. Carver d’un ton conclusif. Maintenant, j’aimerais aborder le sujet pour lequel je t’ai fait venir ici… Ashley Westbrook.

En prononçant ce nom, l’enseignant regarda Lisa dans les yeux comme pour y déceler une trace d’émotion. La jeune fille s’efforça de rester impassible.

- Vous étiez amies, toutes les deux ?

- Je… Je ne crois pas qu’on puisse dire ça, non…, confessa Lisa d’un air gêné. On était juste voisines de casier et je la retrouvais quelques fois à la bibliothèque pour lui donner des cours de soutien, mais c’est tout.

- Comment as-tu réagi à l’annonce de sa mort ?

- Je… Euh..., bégaya Lisa, qui peinait à trouver ses mots. Comme tout le monde, je présume ? Au début, j’ai eu beaucoup de mal à y croire, et ensuite… je… j’ai eu beaucoup de chagrin en pensant à ce qu’elle avait fait…

- Tu as une idée de la raison qui l’aurait amenée à faire une telle chose ?

- Je… Non, je ne vois pas trop… A vrai dire, on ne discutait pas vraiment d’autre chose que de maths durant nos séances à la bibliothèque…

- Toi qui connaissais ses difficultés dans cette matière, tu penses que ses notes auraient pu affecter son moral et finir par la dégoûter de tout ?

- Quoi ? fit Lisa d’une voix choquée.

Elle n’en croyait pas ses oreilles. M. Carver était-il en train d’insinuer que la notation sévère de M. Bates pouvait être à l’origine de la mort d’Ashley ?

- N-non ! Je ne pense pas que ce soient ses notes en maths qui l’aient poussée à se suicider ! rétorqua farouchement Lisa, bien décidée à prendre la défense de l’homme qu’elle aimait. Je crois plutôt que ce sont ses problèmes personnels qui ont affecté ses notes et qui l’ont dégoûtée de tout, y compris des maths.

- Elle avait donc des problèmes personnels ? Est-ce qu’elle t’en a parlé ?

- Elle m’a confié un jour que ses parents avaient quelques difficultés financières…, avoua Lisa, heureuse de pouvoir s’éloigner du sujet de la notation de M. Bates et de le mettre ainsi hors de cause. Apparemment, ils ont perdu beaucoup de clients dans leur pharmacie, depuis l’ouverture du Walmart…

- Je comprends…, fit M. Carver d’un air pensif. J’imagine que ça n’a pas dû être facile à vivre tous les jours… Est-ce qu’il y a des détails dont tu te souviens qui pourraient nous donner des indices sur la façon dont cela l’affectait ?

- Le jour de l’annonce de la mort de Trevor Lopez… Je me souviens qu’Ashley est arrivée à la bibliothèque avec les yeux rouges, ce jour-là… Elle avait les paupières gonflées, comme si elle avait pleuré… Sur le coup, j’ai pensé qu’elle était triste à cause de ce qui était arrivé à Trevor, mais en fait, c’était peut-être à cause d’autre chose… Je ne suis même pas sûre qu’elle et Trevor se connaissaient…

- Je ne les ai jamais vus traîner ensemble, effectivement…, commenta M. Carver. A quand remonte la dernière fois que tu as vu Ashley ?

- C’est… C’était le jour de sa mort…, balbutia Lisa d’un air embarrassé – elle avait l’impression de se retrouver au beau milieu d’une enquête policière et de se voir suspectée du meurtre de son élève. On s’est retrouvées devant les casiers, un peu avant la sonnerie de une heure... On n’a pas beaucoup discuté, en fait... J’ai eu l’impression qu’Ashley était très pressée… Ou plutôt qu’elle cherchait à m’éviter…

- Tu vois une raison particulière qui pourrait expliquer ce comportement ?

- N-Non… Pas vraiment… Peut... Peut-être qu’elle se sentait gênée de me voir ? C’est vrai qu’elle n’avait pas trop l’air dans son assiette, ce jour-là, mais j’ai pensé que c’était juste parce qu’elle n’était pas encore tout à fait guérie de sa grippe…

- Que t’a-t-elle dit, ce jour-là ?

- Elle… Elle s’est excusée de ne pas avoir pu venir à ma dernière séance de soutien, et m’a prévenue qu’elle ne pourrait pas non plus venir à celle qui était prévue dans l’après-midi…

- Elle t’a dit pourquoi ? demanda M. Carver d’un air préoccupé.

En le regardant plus attentivement, Lisa s’aperçut que l’enseignant montrait des signes d’embarras manifestes : il ne cessait de passer ses doigts sur ses lèvres, gardait les yeux baissés comme pour cacher ce qui le tourmentait, et de petites gouttes de sueur commençaient à perler sur son front. La jeune fille comprit soudain pourquoi il paraissait aussi troublé : c’était à cause de lui qu’Ashley n’avait pas pu venir à sa séance de soutien, le jour de sa mort. C’était parce qu’il lui avait donné rendez-vous à trois heures dans son bureau… Réalisant que M. Carver cherchait à savoir si elle était au courant de cet entretien qu’il avait eu avec Ashley quelques heures avant son suicide, Lisa se dit qu’il valait mieux pour elle feindre l’ignorance, de peur de s’attirer des ennuis...

- Elle… Elle m’a dit qu’elle ne se sentait pas très bien et qu’elle préférait rentrer chez elle directement après les cours pour se reposer, mentit Lisa en s’efforçant de regarder son prof dans les yeux sans ciller. Je lui ai proposé de décaler la séance de soutien au lendemain et elle m’a plus ou moins assuré qu’elle pourrait venir… Evidemment, j’ai été assez bête pour la croire…, ajouta-t-elle d’une voix dépitée.

- Ce n’est pas de ta faute..., dit M. Carver comme pour tenter de la consoler. Qui aurait pu penser qu’elle ferait une chose pareille ?

Le lundi 23 octobre, lorsque Lisa entra dans la salle d’espagnol pour sa leçon de onze heures et quart, elle constata avec surprise qu’une paire de moufles en laine vert pomme était posée sur sa table. Elle crut d’abord qu’un élève du cours précédent les avait oubliées là par mégarde, mais quand elle vit Astrid, déjà assise à la table voisine, la dévisager avec un petit sourire coupable, elle se douta de quelque chose…

- Pour me faire pardonner, expliqua la blonde en regardant son amie prendre les gants et les examiner curieusement. Désolée pour ce que je t’ai dit vendredi dernier à la cantine, au sujet de tes cours avec Ashley… Je ne le pensais pas vraiment.

- Bah, ce n’est pas grave ! fit Lisa en rendant son sourire à Astrid. Tu n’étais pas obligée de m’offrir ces moufles pour te faire pardonner.

- C’est moi qui les ai tricotées, tu sais ? lança Astrid, non sans fierté.

- Oui, c’est bien ce que j’avais deviné…, répondit Lisa en essayant de cacher son embarras.

Elle se demandait bien à quelle occasion elle pourrait les mettre… Certes, l’hiver approchait et les températures ne cessaient de chuter, mais elle ne se voyait franchement pas porter ces moufles vert pomme avec le blouson noir qu’elle venait d’acheter... Même si elle avait voulu bien faire, Astrid s’était clairement trompée de couleur.

- Merci, en tout cas, dit Lisa d’un air forcé, avant de s’asseoir à sa table et de déballer ses affaires.

Ce matin-là, elle n’arrêtait pas de penser à l’interview qui l’attendait dans l’après-midi avec un conseiller d’éducation du MIT – un dénommé Harvey Treadwell, ancien élève de l’Institut, qu’elle devait retrouver sur Skype, chez elle, à quatre heures. Elle s’était déjà préparée un minimum durant le week-end, en parcourant sur internet les témoignages d’étudiants qui avaient passé ce genre d’entretiens et qui dressaient la liste des questions qui leur avaient été posées. Cela allait des questions usuelles du type : « Pourquoi veux-tu entrer au MIT ? », « Quel métier voudrais-tu exercer après tes études ? », « Quels sont tes points forts ? Tes points faibles ? », à des questions plus déroutantes comme : « Quel animal pourrait le mieux définir ta personnalité ? », « Comment penses-tu que tes amis te voient ? », ou encore : « Quel genre de personne voudrais-tu devenir ? »... Lisa espérait sincèrement qu’elle n’aurait pas à répondre à cette dernière question… et que sa connexion internet ne ferait pas des siennes.

- Alors ? Comment s’est passée ton interview ?

A ces mots, Lisa ne put s’empêcher de sourire d’un air las. C’était déjà la troisième personne qu’elle entendait lui poser cette question depuis que son entretien d’admission au MIT avait eu lieu : d’abord sa mère, à son retour du boulot le lundi soir ; ensuite Astrid, le lendemain matin à son arrivée en cours d’espagnol ; et maintenant Joey, pendant la pause déjeuner à la cafétéria.

- Ç’a été, répondit la jeune fille en touillant machinalement son yaourt au granola avec sa cuillère en plastique. Le gars qui m’a fait passer l’interview était plutôt sympa et semblait pas mal s’intéresser à mes activités extrascolaires, en particulier à ce que je faisais à l’atelier photographie… On a passé près d’une demi-heure à parler des meilleurs objectifs pour prendre des paysages en photo et des meilleurs logiciels de retouche…

- Super ! commenta Joey. C’est toujours une bonne chose d’avoir un centre d’intérêt en commun avec son recruteur. Pourtant, tu n’as pas l’air super enthousiaste… Qu’est-ce qui s’est passé ? s’inquiéta-t-il en remarquant le visage contrariée de son amie.

- Disons qu’on aurait pu discuter photo pendant encore longtemps, mais c’était sans compter l’irruption de Léo dans ma chambre et son envie subite de faire sa sieste sur le clavier de mon ordinateur…

- Aïe… Tu n’avais pas pensé à fermer ta porte ?

- Je ne savais pas qu’il était dans la maison… Il a dû rappliquer en entendant du bruit…

- Il voulait peut-être entrer au MIT, lui aussi ?

Cette suggestion déclencha une vague d’hilarité autour de la table. Seule Lisa ne semblait pas particulièrement d’humeur à rigoler.

- Grâce à lui, j’ai perdu ma connexion sur Skype, et ça m’a pris plus de cinq minutes avant de réussir à relancer un appel vidéo, expliqua-t-elle d’une voix bien énervée.

- Pauvre Léo…, soupira Astrid. J’imagine qu’après ça, il a dû passer un sale quart d’heure…

- Refusée au MIT à cause de son chat…, s’exclama Kevin en riant. Ça pourrait faire un bon titre pour un article de journal !

- Tant que ce n’est pas pour le journal du lycée…, commenta Lisa d’un air blasé.

- A ce propos, lança Astrid, vous avez lu l’article sur le concours de costumes pour Halloween ?

- Non, pourquoi ?

- Cette année, on peut se mettre en couple pour participer et tenter de remporter les deux cents dollars ! Ça tombe bien, non ? J’ai justement une petite idée du partenaire que je pourrais choisir..., fit la blonde en dévorant son copain des yeux.

- Est-ce que ça veut dire que si un couple gagne, chacun empoche deux cents dollars, ou bien est-ce qu’il faut se partager la somme ? s’informa Joey.

- Non, le montant du prix reste le même : si on gagne à deux, on gagne deux cents dollars, répondit Astrid. Après, rien ne dit qu’il faut obligatoirement se partager cette somme…, ajouta-t-elle en lançant un regard espiègle à Kevin.

- Bah, ça ne vaut pas le coup, alors ! lança Joey, visiblement déçu. Si ça avait été deux cents dollars chacun, je t’aurais peut-être demandé de participer avec moi, ajouta-t-il en se tournant vers Lisa.

- Quoi ? fit celle-ci avec surprise.

- Je me demande bien quels costumes vous auriez pu porter, tous les deux..., dit Kevin en se tenant le menton d’un air songeur.

- Gandalf le Blanc et Kermit la Grenouille ? suggéra Astrid. Ça vous allait bien, l’année dernière...

- Pas question ! s’exclama Lisa, qui refusait obstinément de venir au lycée dans une tenue aussi ridicule – surtout depuis qu’elle était amoureuse de M. Bates.

- Hahaha ! fit Kevin d’un air hilare. Si jamais tu changes d’avis, surtout, n’oublie pas de mettre les gants verts qu’Astrid t’a offerts ! Ils iront très bien avec ton déguisement de Kermit !

Le concours de costumes pour Halloween était désormais sur toutes les lèvres. Difficile d’y échapper, avec les innombrables posters promotionnels qui avaient été affichés dans les couloirs du lycée. Ils avaient remplacé ceux de la campagne de prévention du suicide qui, en l’espace d’une après-midi, avaient tous mystérieusement disparu. Quelques-uns avaient été retrouvés dans des poubelles, sous forme de boules de papier chiffonné ou bien déchirés en lambeaux. Si certains élèves voyaient là un acte de vandalisme, d’autres en revanche considéraient cela comme une bonne action. C’était le cas de Mike, que Lisa croisa un midi dans le couloir principal, alors qu’il était en train de coller des affiches publicitaires pour un concert de metal.

- Si quelqu’un n’avait pas eu l’idée d’arracher ces posters à la noix, j’aurais fini par le faire moi-même, déclara-t-il en découpant un bout de scotch. A quoi pouvaient-ils bien servir, honnêtement ? Le lycée aurait dû faire cette campagne de prévention pendant qu’Ashley était encore en vie ! Au lieu de ça, il a fallu qu’elle se suicide pour que le principal réalise qu’il y a des élèves ici qui se sentent mal dans leur peau…

- Ces posters s’adressaient à ces élèves, justement, fit remarquer Lisa. C’était une façon de leur faire comprendre que leurs problèmes ne sont pas insurmontables et qu’ils ont tout intérêt à en parler…

- C’était surtout une façon pour le principal de se rattraper, rétorqua Mike. Il paraît qu’il s’est mis dans de beaux draps, avec cette histoire. D’après ce que j’ai entendu, les parents d’Ashley veulent intenter un procès contre l’établissement… Ça me ferait bien rire qu’ils le gagnent !

A ce mot de procès, le sang de Lisa se glaça d’effroi. Elle se figura aussitôt M. Bates sur le banc des accusés, interrogé par l’avocat des parents d’Ashley au sujet de ses méthodes d’enseignement et de la sévérité de sa notation. Elle imaginait déjà les questions qui pourraient lui être posées, comme : « M. Bates, est-il vrai que vous n’avez mis que des C à Ashley au cours de sa scolarité avec vous ? », « Ne vous êtres-vous pas montré un peu dur avec elle ? », ou encore : « Est-il vrai que vous avez l’habitude de vous moquer de vos élèves lorsque vous les envoyez au tableau ? », « Ne pensez-vous pas qu’Ashley ait pu se sentir offensée par l’une de vos blagues de mauvais goût ? ». Si jamais M. Bates avait le malheur d’être amené à comparaître devant la justice, Lisa espérait de tout cœur qu’elle pourrait faire partie des témoins pour le disculper.

- En attendant, je profite de la place libérée par toutes ces affiches de prévention pour placarder les miennes ! s’exclama Mike en collant son bout de scotch sur l’un des coins de son poster. Comme tu peux le voir, Orange Métallique donne un concert au Vixen, le 31 octobre. Ça t’intéresse ?

- Le 31 octobre ? C’est dans une semaine…

- Oui, tu as prévu de faire quelque chose pour fêter Halloween ?

- Pas vraiment, non…, avoua Lisa d’un air un peu triste.

D’habitude, Astrid l’invitait toujours à venir célébrer Halloween chez elle et à participer à la chasse aux bonbons organisée dans son quartier. Cette année, cependant, la blonde avait décidé de mettre fin à cette tradition, sans doute parce qu’elle estimait avoir passé l’âge d’aller frapper aux portes des maisons pour réclamer des friandises… La stabilité de sa relation avec Kevin lui avait certainement fait prendre conscience qu’il était temps pour elle de se comporter comme une femme, et non plus comme une enfant. Finis les soirées pyjama ou les goûters d’anniversaire préparés sous l’œil bienveillant de papa et maman ! Il fallait maintenant laisser la place aux soirées bruyantes et alcoolisées, qui se déroulaient en général chez les parents, mais en leur absence et parfois même sans leur accord… Des soirées comme celle de James Cooper ou de Melina Williams – pour ne citer que celles auxquelles Lisa avait eu le malheur de participer… Des soirées comme celle que proposait maintenant Lindsey Barnett : la jeune fille profitait du déplacement professionnel de ses parents à Seattle pour inviter ses amis à venir chez elle fêter Halloween, et Astrid s’était fait une joie d’accepter sa proposition. Elle avait à nouveau essayé de convaincre Lisa de l’accompagner, mais cette fois-ci son amie n’avait pas cédé d’un pouce. Il ne fallait tout de même pas abuser ! Elle pouvait se faire avoir une fois, mais pas deux. En plus, Lindsey n’habitait même pas à Mill Spring... Franchement, aucun intérêt !

- Dans ce cas, tu peux venir au concert avec nous ! s’exclama Mike. J’y vais avec Abigail, Tony, Zach, Jeff et son nouveau copain, Ritchie.

- Euh…, hésita Lisa en se grattant la tête. C’est quoi comme style, déjà ?

- C’est du metal industriel. Autrement dit, ça a beaucoup plus de chances de te plaire que le groupe de la dernière fois !

- Ça ressemble à quoi ?

- Tu as écouté les albums de Static-X que je t’avais prêtés ?

A cette question, Lisa répondit par un vigoureux hochement de tête, accompagné d’un sourire enjoué. Ce groupe avait été pour elle une merveilleuse découverte, et c’était d’ailleurs celui qu’elle écoutait en boucle ces derniers jours quand elle prenait le bus.

- Qu’est-ce que tu en as pensé ?

- J’ai adoré !

- Eh bien, tu vas adorer Orange Métallique ! Ils jouent exactement dans le même style !

- Tu es sûr que tu ne dis pas ça exprès pour que je vienne ? demanda Lisa d’un air suspicieux.

- Pas du tout, voyons ! lança Mike avec un petit sourire espiègle. Je te laisse libre de décider par toi-même.

- Si seulement ça ne dépendait que de moi ! soupira la jeune fille. Même si j’accepte de venir, le plus dur, ce sera surtout de réussir à convaincre ma mère de me laisser retourner à un concert…

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