Troisième partie, Première sous-partie.

12 minutes de lecture

La vie au lycée ne m’avait jamais été facile. J’avais quelques problèmes à m'intégrer, alors depuis petit j’avais souvent été la cible parfaite pour les rumeurs et moqueries. Je ne m’y étais jamais opposé, j’évitais toutes sortes de conflits. De plus, l’avis d’adolescents sur ma vie ne m’intéressait pas. Ils n’étaient jamais violents alors j’imaginais que tout allait bien. Malgré tout la solitude m’attristait. Voir tous ces groupes d’amis rigoler ensemble attisaient une certaine jalousie envers eux.

Cette année le personnel du lycée a beaucoup changé: il y a de nouveaux pions ainsi que de nouvelles personnes pour s’occuper de l’entretien de l’établissement. Ça pouvait paraître anodin mais ça faisait un moment que rien n’avait bougé alors ça marquait un peu les esprits.

Face à ces nouveautés, j’avais pris cette rentrée comme un nouveau départ. Naïvement, j’avais en tête que tout le monde allait oublier ces années passées, qu’ils allaient grandir et arrêtez de passer leurs nerfs sur autrui. Je craignais que mes parents, du moins ma mère, finisse par s’en apercevoir et fassent un procès à tous ces lycéens. En effet ce ne serait que justice, mais je ne voulais pas aller jusque-là.

La veille de la rentrée, j’étais aussi réticent qu'impatient. Quoique motivé à l’idée de ce nouveau départ, j’avais ce mauvais pressentiment qui me collait à la peau. J’avais l’intuition que cette année allait être particulière, mais à sa façon. J’eus beau essayer de me distraire, cette pensée ne voulait quitter ma tête. J’entendis ma mère me crier qu’il y avait du courrier pour moi puis elle me le déposa sur une marche de l’escalier. Je descendis mais ne pris la peine de lire la lettre timbrée qui m’attendait sagement, préférant sortir pour m’aérer l’esprit avant de ne plus en avoir le temps à cause du travail. C’est ainsi que je déambulais dans les rues, allant vers les prés et les champs en quête de paix. C’était un endroit très ouvert. Il y avait un grand espace avec de la pelouse, puis un petit sentier avec des champs sur le côté qui semblaient ne jamais s’arrêter. Une fois allongé au beau milieu de la prairie verdoyante, je ne pris plus la peine de réfléchir à quoi que ce soit puis fermai mes yeux dans l’espoir d’oublier toutes mauvaises choses. J’adorais réellement cet endroit.

En rouvrant les yeux je ne voyais plus ce soleil aveuglant, mais un grand voile sombre. Il me fallut plusieurs petites dizaines de secondes pour m’habituer à ce changement d’atmosphère. Par réflexe je pris mon téléphone et regardai l’heure, affolé. Il était bientôt 22 heures, cela faisait donc près de 5 heures que je dormais ici. Je vis une liste de messages de la part de ma mère, tous transpirants de colère et d’inquiétude. Je repris mon souffle et me dépêchai de l’appeler. Sans même qu’il y eut une petite attente elle décrocha et me demanda immédiatement pourquoi je n’avais pas répondu plus tôt. Sa voix montrait à quel point elle avait été inquiète à mon sujet, ce qui suffit pour faire naître des remords. Je lui expliquais en bégayant que je m’étais endormi sans le vouloir et que je venais tout juste de me réveiller. Après lui avoir assuré que je revenais de suite, elle raccrocha. Étant de nuit, le retour fut bien plus compliqué. Je m’étais repris plusieurs fois sur le chemin à emprunter.

La nuit se faisait de plus en plus profonde et obscure alors que de mon côté je peinais à retrouver mon chemin. Je n’avais plus aucun repère, je ne savais plus où j’étais passé il y a quelques heures. La peur de m’être perdu était de plus en plus présente, elle me rattrapait petit à petit. Il fallait que je me reprenne, sinon je ne serais bientôt plus capable de réfléchir assez calmement. Mais comme pour contredire ma pensée, j’entendis les brins de blé bouger. Je m’arrêtai net pour mieux comprendre le bruit. Je me tournai vers la source de ma peur et vis le blé s’affaisser. Je finis par comprendre qu’ils s’écrasaient sous le poids de quelque chose, ou quelqu’un. Comme pour confirmer mon hypothèse, un rire glauque se fit entendre ainsi que quelques mots:

«Nous t’avons enfin retrouvé.»

Ni une ni deux je me mis à courir sans réfléchir, priant pour prendre la bonne route. Je n’avais pas bien vu qui se tenait juste à ma droite, mais quelque part mon imagination ne voulait pas le savoir. Sans même avoir besoin de me retourner, je savais que quelqu’un me courait après. Je le sentais. J’avais le sentiment d’être une biche traquée par un chasseur.

Après une dizaine de minutes j’étais essoufflé au plus haut point. Miraculeusement, je vis un lampadaire qui éclairait la route bétonnée. Rassemblant mes dernières énergies, je courus aussi vite que mes muscles me le permettaient et m’écroulai sous la source de lumière. Je lançai un regard derrière moi et vis une ombre au loin. Je plissai les yeux pour mieux voir et mon cœur rata un battement. Une grande silhouette étais postée à une trentaine de mètres d’où j’étais. Je devinai les couleurs jaunes et vertes qui attiraient mon regard. J’eus un sursaut lorsque l’ombre bougea. À mon plus grand bonheur, elle faisait demi-tour.

Je restais quelques minutes debout contre le lampadaire pour reprendre un rythme cardiaque stable. J’appelai finalement ma mère en lui expliquant que j’étais trop fatigué pour finir le chemin puis lui indiquai ma position pour qu’elle vienne me chercher. Quelques minutes plus tard elle arriva et une fois dans la voiture elle alla en direction de la maison, sans oublier de me sermonner à propos de mon comportement. Je ne voulais pas lui en parler, de toute façon les mots restaient au fond de ma gorge. En arrivant je fis un passage au salon pour voir mon père, qui n’avait apparemment pas remarqué mon absence, et allai dans ma chambre. Une fois aux escaliers j’ignorai parfaitement l’enveloppe à mon nom et préférai m’étendre de tout mon long sur mon cher lit. J’eus à peine le temps de m’inquiéter au sujet de tout à l’heure que le sommeil m’assomma de plein fouet.

Le réveil m’ôta de mon profond sommeil, qui fut sans rêve, et la réalité me frappa. C’était la rentrée. Cette mauvaise intuition se réveilla elle aussi et quelque chose me disait qu’elle n’allait pas me lâcher. Je me levai rapidement et préparai mes affaires pour la journée, à défaut d’avoir pu le faire la veille. Je n’étais pas prêt pour cette journée, réellement pas prêt. Je pris mon sac par sa anse et descendis en vitesse les escaliers. En passant par la cuisine, je pris un déjeuner et le fourrai dans mon sac. J’allais pour sortir mais me rendis compte que j’avais oublié mes clés. Je montai les marches deux par deux et une fois dans la chambre je pris rapidement les clés. Je tombai sur la lettre, posée sur mon lit. Je l’avais complètement oubliée. Je la pliai et la glissai dans ma poche. Une fois sûr de ne rien avoir oublié, je partis à pas de course pour ne pas rater le bus.

Je n’eus même pas le temps de m’installer que le véhicule était déjà arrivé.

Je m’installai à ma place habituelle, le siège du coin droit au fond du bus. Je mis mes écouteurs et me laissai me noyer dans la musique qui se déversait sans douceur dans mes oreilles. Je regardais les maisons défilées à toute vitesse, espérant un tant soit peu ne jamais arriver à destination. Je restais plusieurs minutes ainsi jusqu’à qu’une boulette en papier ne me tombe sur la tête, attirant mon attention vers les autres personnes. Tout le monde me regardait, hilares. Je ne comprenais pas pourquoi ils riaient tant à mon égard. Je décidai d’ignorer et en profiter pour changer de musique. Mais une notification retînt mon attention. Sans réfléchir je cliquai dessus et tombai sur une vidéo de moi, dormant au milieu de l’étendue d’herbe. À la fin de la vidéo on me voit courir du mieux que je peux, criant à l’aide. Mon cerveau compris immédiatement. La personne qui m’avait couru-après la veille, avait passé l’après-midi à mes côtés lorsque je dormais puis avait filmé sa « chasse ». Mon cœur commença à accélérer et ma respiration fut saccadée. La vidéo avait été postée la veille au milieu de la nuit et avait sûrement déjà fait le tour du bahut. J’étais fichu. Le nouveau départ dont j’avais rêvé venait de s’envoler.

Une fois mes émotions partiellement remises, le bus arrivait déjà devant le lycée. Je ne voulais pas descendre, je refusais catégoriquement. Même si la vidéo n’était pas si terrible, je savais que pour les autres élèves ça allait être leur principal sujet de conversation. Je n’aimais pas être au centre de l’attention, je détestais ça. Je n’aimais déjà pas lorsque l’on se moquait de moi, mais si cela devait se faire derrière mon dos ça allait rendre la chose d’autant plus difficile. Je sais très bien qu’ils vont en parler, qu’ils vont rigoler lorsque je vais passer ou encore imiter à tout bout de champs un bout de la vidéo. C’était une sensation que je haïssais, qui me mettait réellement mal à l’aise. Je n’arrivais même pas à cacher le fait que cela me touchait réellement.

Une fois que tous les lycéens descendirent du bus, j’attendis un peu qu’ils avancent puis allai vers le lycée. La panique commença doucement à me ronger, prenant petit à petit du territoire. Je n’essayai même pas de la contrer, je savais que c’était vain. Tous les regards se tournèrent sur mon passage, tous étouffaient ou non leur rires moqueurs. Plus je m’engouffrais dans l’enceinte de l’établissement, plus j’entendais mon prénom voler de personne en personne. À ce moment-là, je voulais sincèrement disparaître. Je continuai de marcher tout en baissant la tête, ne voulant pas croiser leur regard. Je fis un détour pour me renseigner où aller en classe puis m’enfermai dans les toilettes. Je voulais profiter d’un peu de sérénité avant de réaliser que j’étais encore le sujet du jour. Je devais à tout prix réussir à calmer mon angoisse qui commençait à prendre l’avantage. Alors que j’appréciais grandement le silence, la sonnerie stridente retentit dans la pièce. Pris de court je sursautai et me dépêchai pour ne pas être en retard. Je fonçai tête baissée vers les escaliers afin d’atteindre la salle de classe.

En plein milieu, je sentis dans le dos des mains me propulser vers l’avant. Je me pris violemment la marche d’escalier sur le crâne alors que tout le monde s’était figé. Un silence d’ange s’imposa. J’ouvris difficilement les yeux et mis ma main sur mon crâne par réflexe. J’avais mal, très mal. Alors que ma tête tournait, j’essayai tant bien que mal de me relever. Mais comme simple résultat je retombai directement, tout en dégringolant les marches de l’escalier qu’il restait. J’avais réellement l’impression que le temps s’était arrêté. Il n’y avait plus aucun bruit. Je n’entendais plus le pas des pieds lassés contre le sol, ni même le brouhaha. Mais un rire que je connaissais que trop bien raisonna dans ma tête, provoquant des frissons. Étant trop sonné, je n’y pris pas attention. Je rouvris les yeux dans un élan d’énergie et vis tout le monde me fixer. Je voulais leur crier de marcher, de m’oublier. Mais un petit son léger capta mon attention. Ma main retourna machinalement à la tête et se vit teintée d’un rouge sombre. Je n’eus le temps de relever la tête qu’un adulte aida à me lever. Il était trop rapide, beaucoup trop rapide. Je n’arrivais pas à marcher, ça me paraissait si compliqué. Petit à petit je retrouvais mes esprits et réussis à ouvrir les yeux. On m’emmena à l’infirmerie, ce qui pouvait paraître plutôt adapté à la situation. Je levai ma tête pour regarder qui était la personne qui me maintenait debout. Ladite personne dût sentir mon regard puisqu’elle me le rendit avec un sourire.

« Désolé de t’avoir secoué alors que tu étais encore dans les vapes. Moi c’est Gabriel, un nouveau surveillant. »

Gabriel était assez grand, quoique assez fin il n’avait pas l’air d’avoir un quelconque mal à me porter. Il avait des cheveux foncés qui lui tombaient sur les épaules, ainsi que des yeux noirs. Ceux-ci étaient particulièrement profonds, ils ne transmettaient aucunes émotions. Comme guise de réponse, je lui dis simplement mon prénom. Une fois arrivé le surveillant partit sans un regard et l’infirmière me prit en main.

Heureusement je ne m’étais pas ouvert, simplement une petite entaille accompagnée d’une bosse fulgurante. Mais comme l’infirmière avait peur que j’eus une commotion cérébrale, elle préféra appeler une ambulance pour que je passe les examens adaptés. Une fois là-bas je rejoignis ma mère qui était dans tous ses états. Elle me prit dans ses bras un peu trop violemment ce qui m’offrit une belle douleur au crâne. J’eus un mouvement de recul mais gardai un bon équilibre. Ma mère s’excusa brièvement puis je pris place sur une chaise en plein milieu d’un couloir en attendant qu’on me prenne en charge. À plusieurs reprises je crus voir un visage familier traverser de loin le couloir d’en face, sûrement mon imagination qui me joue des tours. Environ deux heures plus tard je fus pris en charge et passai tout un tas d’examen. Cela dura un long moment mais au moins les résultats étaient bon, je n’avais absolument rien de grave.

Une fois enfin rentrés à la maison, n’ayant pas spécialement faim je montai directement puis vis mon sac de cours à côté de mon lit. En l’ouvrant je remarquai une petite lettre :

« Je t’ai rapporté ton sac chez toi, tu l’avais oublié à l’infirmerie. :)

Gabriel. »

Le fait qu’il aille jusque chez moi au lieu de le laisser à la Vie Scolaire me perturba, mais je ne m’y attardai pas. En me changeant pour aller dormir, je trouvai dans ma poche l’enveloppe froissée. Je la lançai sur le lit et une fois installé, je l’ouvris. Il y avait à l’intérieur une feuille blanche format A4, avait comme seule phrase :

« Bonne rentrée ——— . »

Je ne sais pas ce qui me frappait le plus dans cette lettre: le fait que c’était forcément lié aux précédents évènements ou que c’était exactement la même écriture que le surveillant ?

Ma chute avait d’ailleurs fait pas mal de bruit dans le lycée. Apparemment la vidéo n’étais pas assez puisque maintenant des photos de moi complètement assommé avaient été postées, par la même personne. Les élèves qui partageaient ma classe n’avaient pas oublié de me le rappeler, évidemment. Le reste de la journée se fit dans la même ambiance stressante et angoissante. Plus la journée passait mieux je comprenais le pourquoi du comment de cette mauvaise intuition. À chaque fois que je passais dans un couloir il y avait quelques personnes qui s’amusaient à reproduire la scène de la veille. Le pire c’était que je ne m’y habituais pas, ça devenait même de plus en plus compliqué de lever la tête. Tout le monde en rajoutait une couche, absolument tout le monde. Personne ne semblait vouloir m’aider. Sans oublier que je faisais de mon mieux pour éviter Gabriel. Je ne savais pas si c’était une coïncidence que les deux écritures se ressemblent autant, mais je ne voulais pas prendre le moindre risque. Mes seuls moments de repos étaient lors des pauses, lorsque je m’enfermais dans les toilettes. Les élèves commençaient petit à petit à être violent. On me poussait, faisait des croches-pieds, ou encore me frappait. Rien de bien grave pour être alarmé j’imagine. Ainsi les journées étaient de plus en plus compliquées, je n’en voyais jamais la fin. C’était de plus en plus compliqué de me lever le matin, ça demandait encore et toujours plus d’énergie.

J’avais vraiment pas envie d’aller au lycée. Je n’en avais réellement pas l’énergie. Ça avait été compliqué mais j’avais pu convaincre ma mère de rester chez moi sous prétexte que j’étais malade. Elle m’avait bien fait entendre que je devrai bien évidemment rattraper les cours et redoubler d’effort une fois en classe pour ne pas prendre de retard. La journée passait lentement, ce que j’appréciais particulièrement. Le matin je ne fis pas grand chose, si ce n’est pour dire rien. J’écoutais de la musique, profitant de la paix qui régnait ici. L’air familial était si apaisant, c’était vraiment ressourçant. L’ennui s’installait progressivement mais fut stoppé par la sonnerie de mon téléphone. Comme un peu marqué par la dernière notification inattendue, je pris un peu de temps avant d’y prêter attention. Cette même mauvaise intuition avait fait surface. Je voulus finir ma musique avant de regarder, mais mon téléphone vibra une nouvelle fois. Pris de curiosité, je pris sans réfléchir mon téléphone et lus les dernières notifications. Les deux venaient de la même personne : celle qui a posté les vidéos et images de moi.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire 0ni_ ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0