Chapitre 4 (partie I)

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Lorsque j'ouvris mes yeux embués par la fatigue, la première chose que je vis fut les couleurs d'une serviette de bain. Un arc-en-ciel de couleur flashy qui m'irritèrent les yeux. Puis, le poids de la couverture et une chaleur intense.

— Oh pardon ! entendis-je, je ne voulais pas te réveiller !

J'émis un grognement avant de me retourner face au mur. Un petit rire finit par me réveiller complètement et je me redressais sur les coudes avant de regarder la nouvelle arrivée.

— T'es qui toi au fait ? demandais-je en me frottant les yeux.

— Je m'appelle Eireen et toi ?

— Ludmilla mais appelle-moi Milla, c'est plus court.

Elle sourit avant de faire une drôle de tête.

— Tu pourrais te retourner cinq minutes ? Le temps que je me change.

— C'est toi qui es venue ici en serviette ! fis-je semblant de protester.

Les joues rouges, elle se gratta la nuque.

— Je ne pensais pas te réveiller.

Me replongeant dans mon oreiller, je grommelais un truc que, même moi, je ne compris pas. Elle s'empressa d'enfiler ses vêtements. Lorsque ce fut bon, je pus me retourner sur le dos. Soudain, la sonnerie retentit.

— Tu t'es levé avant la sonnerie ? m'étonnais-je en m'asseyant.

Elle serra la ceinture de sa robe bleue puis commença à coiffer ses longs cheveux châtains.

— Oui, c'est une habitude pardon, si tu voulais dormir un peu plus. Dans ma famille, on se lève à l'aurore.

Je sifflais d'admiration.

— Tu devrais te dépêcher, c'est bientôt l'heure d'aller à la cantine, me prévint-elle en souriant et en désignant l'heure sur son téléphone.

Je soupirais avant de me lever. Comme je m'étais endormie tout habillée hier soir, j'étais en sueur. Il fallait absolument que je passe à la douche.

Evidemment, je fus en retard à la cantine. Je dus me contenter d'une tranche de brioche et d'une mini-portion de confiture à la fraise. Je n'avais même pas le temps de m'asseoir, je dûs la manger en me rendant à la salle de cours.

Lorsque je passais dans le couloir, j'entendis les gens murmurer à mon encontre. Les gens commençaient à me traiter de "la fille folle qui envoie ses amis à l'infirmerie" surnom aussi long que ridicule. Ce n'était PAS mon amie. Cette fille n'avait eu que ce qu'elle méritait. J'essayais tant bien que mal à les ignorer mais visiblement, les étudiants de cette école adoraient les ragots.

La classe était bruyante et je soupirais, certaine qu'on parlait dans mon dos. Puis, j'attrapais au vol une conversation et je compris que les gens de ma classe se fichaient éperdumment de ma performance. Je souris sans pouvoir m'en empêcher.

* * *

— Qui pourrait m'expliquer ce qu'est la magie selon le théoricien Damaël ? demanda madame Katsu professeure de Mythes et légendes.

Je soupirais. Évidemment, personne ne leva la main pour répondre. Et moi ? hé bien... en tant que nouvelle étudiante, je venais à peine de découvrir l'existence de la magie alors c'est pas moi qui allait répondre. La professeur, une grande femme aux cheveux clairs et aux yeux rubis, ce qui était moins étonnant lorsqu'on savait que sa capacité était de maîtriser les fluides organiques du corps humain. Autrement dit, une élémentaire sang, un pouvoir rare et dangereux même si elle ne se privait pas de l'utiliser. Pour preuve, la main d'un garçon aux cheveux roux, qui était visiblement en train de dormir, se leva.

— Andris ! s'exclama la prof avec joie.

C'était une remarquable comédienne. Je me demandais pourquoi elle n'avait pas fait carrière dans le cinéma plutôt que de venir enseigner ici.

Le roux ne bougea pas d'un poil, sa main toujours maintenue en l'air par la prof. Soudain, il se mit à gémir et à remuer. Puis, il se réveilla en sursaut. Je me demandais ce qu'elle lui avait fait. Il remarqua sa main levé et sourit, mal à l'aise.

— Oui ? demanda-t-il.

— Andris, qu'est-ce que la magie selon le théoricien Damaël ? répéta la professeur en le relâchant.

Il rougit et regarda ses notes. Rapidement, il reprit le contrôle de la situation.

— La magie selon Damaël est une force qui parcourerait chaque chose vivante. Du plus petit insecte au plus grand animal vivant. Elle procurerait puissance et résistance à tous ceux qui peuvent l'utiliser.

— Bien ! Maintenant, puisque tu t'es endormi, tu vas aller dans le bureau du directeur !

Elle avait parlé d'une voix si... douce et innocente. Son sang-froid était hors du commun mais très énervant aussi.

Rouge comme une tomate, Andris se leva et rangea précautionneusement ses affaires dans son casier avant de sortir de la salle. Est-ce qu'il allait se rendre véritablement au bureau du directeur ? Vu le genre d'étudiant qui composait cette salle, j'étais persuadée que non mais l'espoir faisait vivre.

Madame Katsu frappa dans ses mains.

— Reprenons ! Ce qu'à dit votre camarade est juste. La magie parcours tout ce qui nous entoure. Mais seul les humains peuvent l'utiliser de façon consciente.

Étrangement, une main se leva et elle l'autorisa à parler.

— Et les dragons alors ?

Les élèves explosèrent de rire.

— Crétin, lâcha quelqu'un en se tenant le ventre, si tu avais suivi les cours l'année dernière, tu saurais que les dragons ne sont qu'un mythe pour expliquer les pouvoirs draconiques !

La professeur utilisa son pouvoir pour tous les faire taire en un instant. C'était dingue, elle ne bougeait même pas ! Je me demandais combien d'heure elle avait passé pour avoir une aussi bone maîtrise sur sa capacité.

— Les dragons ont existés il y a longtemps, très longtemps. C'était les premiers habitants de l'archipel. Certains vivaient dans l'eau, dans les volcans, dans les plaines ou dans les terres glacées bien plus au nord.

— Mais madame ! protesta une fille, on nous a dit pourtant qu'ils n'existaient pas !

— On vous a dit qu'ils n'existaient pas, pas qu'ils n'avaient jamais existés, rectifia-t-elle avec un sourire. Ce sont eux qui ont donnés leur pouvoir au draconique. C'était un cadeau de leur part lorsqu'Arithel, le roi de Nidalrì, sauva l'un d'eux.

Je haussais un sourcil. J'avais jamais entendu parler, ni d'Arithel ni de cette île.

— Où est-ce ? demandais-je.

Elle se tourna vers moi et me sourit.

— Nidalrì était la terre ancestrale des dragons, c'est elle qui les a vu naître. Et ce sont eux qui ont provoqué sa destruction.

Mes yeux s'agrandirent un peu et elle hocha la tête.

— Oui tu as compris, l'archipel d'Euralie formait, en des temps anciens, le continent des dragons, Nidalrì et Arithel en était le roi.

J'en fus subjuguée. On n'apprenait pas ça dans les lycées ''normaux''.

— Pourquoi on n'en parle pas dans les livres scolaires ? demandais-je.

Madame Katsu haussa les épaules.

— Que veux-tu, les draconiques ont demandé à ce que cela ne s'ébruite pas trop. Mais je pense qu'il est nécessaire de vous apprendre cette histoire si on ne veut pas que les dragons deviennent réellement un mythe.

Soudain, la sonnerie retentit, coupant court à mes questions. Frustrée, je fermais mon cahier et mon livre que j'empilais sur un coin de ma table tandis que la plupart se précipitaient dehors. J'avais encore tellement de questions ! Dire que les dragons avaient réellement existés. Et pourquoi n'en parlait-on pas ? Dans les livres, on les décrivaient comme des créatures magnifiques aux écailles brillantes et aux ailes membraneuses !

Je posais ma tête sur mes bras. J'aurais tellement préféré continuer ce cours plutôt que d'aller dans le centre d'entraînement cet après-midi. J'avais tellement peur de m'emporter encore. D'ailleurs, en y réfléchissant bien, c'était vraiment bizarre que la colère m'emporte et me fasse vriller comme ça. Il fallait que j'apprenne à maîtriser mes émotions. Après tout, c'étaient elles qui déchainaient mon pouvoir.

— Alors Fairshield ? railla la voix de Naïm, tu vas encore envoyer quelqu'un à l'infirmerie aujourd'hui ? Ça ferait un total de trois personnes !

— Et toi ? tu veux qu'on continue le petit challenge ? À ton avis, combien de degré ton corps peut supporter ?

Il eut un rire narquois :

— Si tu crois que tu peux me blesser juste avec ton bouclier !

Je me retournais et le fusillais du regard. Ce qui le fit éclater d'un rire plus franc.

— Ouh... tu es en colère ?

Serrant les poings, j'essayais de ne pas laisser la rage m'aveugler. Je devais ignorer ce type et ne pas me laisser atteindre par ses remarques stupides.

Soudain, Éden apparut sur le pas de la porte. Il se dirigea vers Naïm avec un sourire... pas du tout convaincant. Je le saluais d'un signe de tête et étrangement, il me le rendit avec un peu plus de naturel. Il est vrai que j'avais des devoirs à faire mais... pas envie. Oui, je n'étais pas une élève modèle et alors ? Au lieu de ça, je me levais, rangeais mes affaires dans mon casier et enfilais ma veste. Une soudaine montée de courage venait de m'envahir et je décidais de rendre une petite visite à "Mary" si elle était encore à l'infirmerie.

Avant de pousser la porte, je pris une grande inspiration. Comme à l'accoutumée, Mika était assis à son bureau.

— Tiens, Ludmilla, ça fait plaisir de te voir en si bonne forme !

Je secouais la tête. Cet homme avait la personnalité d'un ado de dix-sept ans.

— Est-ce que "Mary" est encore là ? demandais-je.

Il secoua négativement la tête, pas du tout étonné que j'utilise son faux nom.

— Non, elle s'est réveillée ce matin et est allée en cours. A moins qu'elle soit restée se reposer dans sa chambre.

Je me grattais la nuque. Cette montée de courage était bien inutile désormais.

— Bon, ben j'y vais alors, lâchais-je.

Mika voulut dire quelque chose mais se ravisa et se frotta les cheveux, les ébouriffants plus qu'ils n'étaient déjà.

En sortant de la pièce, je me mis à me demander si cette "Mary" ne préparait pas une autre attaque du style. Je n'avais pas du tout envie de me bagarrer toute l'année. En plus, je m'étais déjà assez fait remarquer pour le moment. Un passage dans le bureau du directeur m'avait largement suffi pour comprendre qu'ici, on était plus ou moins libre, ce qui expliquait pourquoi les profs n'intervenaient que très rarement, tant que les conséquences ne visaient pas directement l'école. Le fait que la rouquine aille à l'hôpital aurait pu avoir des conséquences désastreuses sur la popularité de Dawn Star Academy.

Je retournais en classe et me rasseyais à mon bureau. Naïm et Éden avaient disparus. Par contre, Raven était toujours là et visiblement, il dormait, affalé sur sa table. C'était étonnant dans la mesure où c'était lui le maître des deux autres. Décidément, je ne comprenais plus rien. À force de ne rien faire, je finis par m'endormir, ma tête posée sur ma veste entre mes bras.

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