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L'eau froide m'a fait le plus grand bien. Je me rhabille prestement et au moment d'enfiler mon t-shirt, j'hésite. Après tout, il m'a déjà vu torse nu à la plage, tout à l'heure. Mais je me ravise au dernier moment, l'insécurité a repris le dessus. Et je ne veux pas qu'il y voie un message particulier. Je passe donc le t-shirt sur la tête et sors. Je rejoins Marcus dans la cuisine et reste sur le seuil pour ne pas le déranger.

— J'ai bientôt fini, me dit-il en m'apercevant.

Je lui souris et patiente. Quelques instants plus tard, il se dirige vers la salle de séjour, les mains chargées de plusieurs bols de petits gourmandises en tout genre et d'une bouteille de jus de fruit, et pose le tout sur son lit. Je le suis comme un petit chien, pas très à l'aise sur l'attitude à adopter.

— Installe-toi, vas-y. Et commence à manger, je vais aller à la douche moi aussi. Comme ça, je n'aurais pas à me dépêcher quand on sortira.

— On va sortir ? Pour aller où ?

— C'est que tu veux rester chez moi toute la fin de journée ? demande-t-il avec un sourire moqueur.

Je hausse les épaules pour marquer mon indifférence. Je ne veux pas qu'il croit que je veux rester enfermer avec lui ni que je suis pressé de partir d'ici.

— Alors, on fait ce que je dis.

— J'ai l'impression qu'on fait beaucoup ce que tu décides, répliqué-je.

Je me mords la lèvre devant le ton sec que j'ai employé. Il se penche vers moi et je réprime un mouvement de recul.

— Si ça te pose un problème, propose et je ferais ce que tu veux.

La phrase reste en suspens dans l'air, comme si elle ne demandait qu'à être mis à exécution. Je soutiens son regard.

— Non, pour l'instant ça me va. Je te ferai signe si ça ne me plaît plus.

Un sourire fugace passe sur ses lèvres.

— Très bien.

Il se lève mais je saisis son bras pour le retenir. Il pose un regard étonné et s'apprête à parler mais il se ravise, comprenant ce que je veux avant même que j'ai besoin de parler. Il m'embrasse du bout des lèvres, une fois, deux fois, mais ne parvient pas à résister à la tentation et écrase ses lèvres sur les miennes. Cette fois-ci, c'est moi qui me dégage de lui et le congédie d'un signe de la main négligent. Il rit doucement avant de secouer la tête et d'aller s'enfermer dans la salle de bains.

J'en profite alors pour détailler avec plus de soin la pièce dans laquelle je suis tout en picorant dans les différents bols.

On se croirait vraiment dans un petit chalet, presque comme ceux que l'on peut trouver en montagne. Mais ici, il n'y a pas de grande cheminée, l'air est chaud et je ne retrouve pas cette odeur si spéciale qui se dégage du bois. En vérité, on se rapproche plus d'une cabane que d'un véritable chalet. Elle est décorée modestement, mais il ne faut pas s'attendre à mieux de la part d'un homme. Je juge bien vite, sachant que je suis pareil. Chose étonnante, il n'y a aucune photo, pas même avec ses amis. Vient-il d’emménager il n'y a pas longtemps ?

Je me rends compte que je ne sais pas grand-chose sur lui en vérité. Si ce n'est qu'il vit dans cette ville avec sa... sœur. Mais où vit-elle, elle ? Je n'ai pas vu de pièce pour une seconde chambre et je doute fortement que la cabane puisse en abriter une.

Une idée me frappe soudain. Et si je me trouvais dans une garçonnière ? Ça expliquerait pourquoi tout est sobre... Je me sens soudain mal à l'aise. Ça voudrait dire que je ne suis pas le seul qu'il invite chez lui et à qui il fait... ça.

Je chasse cette pensée sournoise de ma tête. Pour l'instant, rien ne me permet d'affirmer ou d'infirmer mes suppositions alors autant ne pas s'en préoccuper.

Un bruit provenant de la salle de bains attire mon attention. L'eau coule, Marcus doit être sous la douche. Je décide de l'attendre pour manger, la politesse le veut, et m'installe plus confortablement sur le lit. Je finis par m'allonger sur le côté, tourné en direction de la porte de la salle de bains. Mes paupières papillonnent et je les ferme pour qu'elles cessent de me gêner. Le clapotis de l'eau me berce et au moment où je bascule dans cet entre-deux monde, je regrette de m'être allonger.

Un tintement perturbe mon inconscient mais mon cerveau reste dans ce brouillard entre le monde des vivants et celui des rêves. Puis, un froissement, et une chaleur bienveillante me recouvre. Je resserre instinctivement le bras qui vient d’apparaître près de mon torse et enlace les doigts entre les miens sur mon cœur. Je flotte quelques instants au-dessus des nuages avant de plonger dans leur doux cocon de soie.

C'est cette même chaleur qui m'extrait de ma torpeur et me fait ouvrir les yeux en grimaçant. J'ai effroyablement chaud et je suis à deux doigts de succomber à l'hyperthermie. Je baisse les yeux pour regarder ce qui m'entrave le poitrail... et m'immobilise de stupeur. Un troisième bras m'a poussé pendant ma sieste ? Je sais très bien qui est son propriétaire, bien que je ne me souviens pas comment il est arrivé là. J'hésite sur l'attitude à adopter, je ne sais pas s'il dort, si je dois bouger au risque de le réveiller et comment me sortir de cette situation plus qu’embarrassante. On devait juste prendre une douche et ressortir. Quelle heure est-il ? Mais bon sang, pourquoi tu t'es endormi, Jules ? Si on se fie au comportement des animaux, s'endormir signifie qu'on se sent en sécurité.... Mais enfin, ce n'est pas une raison !

— La marmotte est réveillée ? s'exclame une voix rauque derrière moi.

Son souffle chaud glisse sur ma nuque jusqu'à remonter derrière mon oreille. Je ne bouge pas, ne voulant pas affronter son regard.

— Je... j'ai dormi combien de temps ?

— Une heure ou deux, je t'avoue que j'ai sombré aussi. Mais on n'est pas du tout en retard sur le programme que j'avais prévu, ajoute-t-il comme s'il lisait dans mes pensées.

Je me force à me retourner cette fois-ci et Marcus me laisse faire. Je me retrouve nez à nez avec lui. Le voir si près de moi réveille en moi la folle envie de l'embrasser mais je me retiens. Il a des petits yeux, ce qui confirme bien qu'il a dormi à un moment.

— Désolé, je ne voulais pas. T'avais prévu de quoi grignoter et tu voulais certainement faire autre chose de ton après-midi qu'une sieste... avec moi.

Un sourire se dessine sur ses lèvres pleines et rosées. Je veux les goûter.

— Pourquoi tu penses ça ? Du moment que je suis avec toi, tout me va. Et j'ai bien aimé dormir avec toi dans mes bras.

Mes joues s'enflamment et je détourne les yeux. Mais il pose sa main sur ma joue et approche son visage. Nos lèvres se chatouillent, se cherchent et finissent par se trouver. Je me tire à lui pour coller nos deux corps et approfondir ce baiser. Marcus me saisit par la taille et me fait basculer à califourchon sur lui. Même à travers mon t-shirt, ses mains laissent une empreinte brûlante sur ma peau. Il dépose une myriade de baisers sur la ligne de ma mâchoire, lèche du bout de la langue mon cou jusqu'à mon lobe qu'il mordille. Je retiens des halètements mais ne peux pas empêcher ma respiration de s'emballer.

— Je t'ai déjà dit que tu étais beau ? chuchote-t-il au creux de mon oreille.

Sa voix vibrante de désir fait écho avec mon propre plaisir.

— Que quand je rougissais, parviens-je tout de même à répondre.

— Même quand tu ne rougis pas.

Il fond sur mon cou qu'il mord. Un petit cri de surprise franchit mes lèvres mais je lève la tête pour m'offrir un peu plus à lui. Lorsqu'il finit de jouer avec, il tourne la tête vers mes bras qui sont de part et d'autre de sa tête et vient embrasser mon poignet avant de tracer une ligne de feu jusqu'à mon coude. Je souris lorsqu'il embrasse le bout de mon nez.

— À quoi sert de se défouler à la salle si on n'arrive pas à faire un simple crunch ? lance-t-il tout bas.

— À ça.

Je le pousse et il retombe sur le matelas. Je passe mes mains sur son torse nu, suit du bout des doigts le contour de ses pectoraux et de ses abdos et fait le tour de son nombril encadré de fins poils blonds. Je souris une nouvelle fois quand je le sens se contracter sous mes jambes. Je recommence mon geste plus lentement cette fois-ci et il expire doucement.

— On n'est pas équitables, moi, je ne peux pas te toucher.

Je détourne la tête, et Marcus pose ses mains sur mes hanches pour attirer mon attention.

— Tu es beau.

— Pas comme toi, réponds-je en soutenant son regard. Tu as des muscles et...

Un rire le secoue et je lui adresse un regard noir.

— Allons, Jules, ne me dis pas que tu as honte de ton corps. Ce n'est pas du tout l'impression que tu donnes quand tu es à la plage.

Je souris malgré moi.

— Non, bien sûr que non. Mais comparé à toi, je fais pâle figure.

Il me tire à lui et je me retrouve complètement allongé sur lui.

— Dorénavant, à chaque fois que nous sommes ensemble, tu peux considérer que mon corps est le tien.

— Ça ne marche pas comme ça, Marcus, ricané-je.

— Avec moi, si.

Ses yeux gris reflètent toute sa conviction. Il croit à ses paroles, même si c'est purement illogique. Mais je n'ai pas la force de le lui faire remarquer, de toute façon, il n'acceptera aucun argument. Je me contente alors de sourire et pose ma tête sur son torse. Il resserre ses bras sur moi et embrasse le sommet de mon crâne.

— On a encore un peu le temps de se reposer...

Je me blottis un peu contre lui et ferme les yeux pour apprécier, maintenant, la chaleur qui se dégage de son corps.

XXX

— Tu mets trente ans à choisir, bougonne Marcus.

Je le fusille du regard par-dessus la carte du restaurant dans lequel nous avons décidé d'aller – enfin, Marcus a décidé d'aller – et il se recroqueville derrière la sienne.

— Qu'est-ce qui te prends autant de temps ? demande-t-il tout de même.

— J'hésite entre deux plats.

— Je t'ai dit que je t'invitais, ajoute-t-il comme s'il ne m'avait pas entendu.

— Je ne vois pas le rapport et de toute façon, je t'ai dit que je refusais.

Cette fois-ci, il pose la carte sur la table et me fixe d'un regard déterminé.

— C'est non négociable.

Je l'imite.

— Pourquoi ?

Il balaie ma question d'un revers de main.

— Parce que j'ai envie de te faire plaisir.

Mon regard flanche et je cligne des yeux.

— C'est gentil, soufflé-je, mais tu n'es pas obligé.

— Ça me fait plaisir, vraiment.

Je me mords la lèvre et souris.

— C'est bon, j'ai choisi, dis-je en jetant un dernier coup d'œil aux différents plats inscrits.

— Parfait.

Un serveur se matérialise devant nous, comme s'il a été invoqué lorsque nous avons décidé de notre choix. Il prend nos commandes, auxquelles Marcus ajoute une bouteille de vin, ignorant superbement les yeux gros que je lui fais. Alors que j'ouvre la bouche pour exprimer ma vive désapprobation, Marcus prend ma main pour me faire taire. Je regarde autour de nous, soudain embarrassé par ce geste qui se veut pourtant anodin.

— Je croyais que tu voulais que je fasse ce que j'avais envie dès que j'en avais envie, minaude-t-il.

— Je... Oui, bien sûr, mais ce n'est pas le lieu propice.

— Parce que tu crois que quelqu'un osera me dire quelque chose ?

Je le regarde en souriant. Je suis certain que non : il s'était changé avant qu'on parte – à défaut de moi, qui n'ait rien emmené et qui porte le même t-shirt et short depuis ce matin – et on peut voir sa musculature se profiler sous son t-shirt.

— Mais moi, on peut... soufflé-je.

Son regard devient dur.

— Qu'on essaye juste pour voir, gronde-t-il.

J'avoue que d'habitude, je suis insensible aux gros costauds trop protecteurs, bien trop prisé de ma liberté, mais quand il s'agit de Marcus, ce n'est pas pareil. Rien n'est pareil. Je me demande bien pourquoi.

Il nous sert un verre quand le serveur dépose la bouteille à notre table et nous trinquons à mes vacances qui nous ont amené à nous rencontrer. Alors que je porte mon verre à la bouche, ma gorge se noue. La définition même de « vacances » indique qu'elles sont éphémères et ont une fin. Ce qui entraîne irrémédiablement la fin de lui et moi, de notre relation, quelle qu'elle soit.

— Je t'avais dit que le restaurant te plairait.

Marcus a compris ce à quoi je pensais, car un voile terne ses yeux. Mais le sourire qu'il affiche se veut rassurant et je reconnais dans ses paroles une façon de détourner mes pensées.

— C'est vrai, réponds-je, plein de gratitude. Pourquoi ne nous avoir pas donné rendez-vous dans celui-là la première fois ?

— Parce que je l'avais déjà réservé pour nous deux.

Je manque de m'étouffer avec ma salive.

— Comment ça ? Tu avais déjà prévu de...

Son rire me coupe la parole.

— Ce que tu peux être naïf, Jules. Tu crois vraiment que j'agirais comme ça avec n'importe qui ? Est-ce que j'ai fait pareil avec Antoine et Claude ? Est-ce que c'est à eux que j'ai décidé d'apprendre le surf ?

Je me renfrogne et me tasse sur mon siège. Je n'aime pas qu'on pense que je suis naïf et encore moins qu'on dise que je suis immature. C'est une des pires choses qu'on puisse me dire.

— Excuse-moi de ne pas être dans ta tête.

— Ne me dis pas que tu n'avais pas compris ?

Je fais la moue.

— C'est vrai que je trouvais ton comportement ambigu avec moi mais je sais par expérience que les hommes ne réfléchissent pas avant d'agir.

— Merci, c'est gentil.

— Parce que tu vas me dire que tous tes gestes étaient calculés, demandé-je ne me penchant en avant.

Il sourit devant mon regard pénétrant.

— Non, évidemment.

— Alors voilà, conclus-je en m'appuyant contre le dossier de ma chaise.

Son sourire s'élargit mais il ne répond rien. Il n'a pas intérêt.


Nous sortons du restaurant et la nuit nous accueille à l'extérieur. Nous marchons quelques instants sans un bruit, et pour la première fois, depuis le début de la journée, ce silence qui s'insinue entre nous est pesant. Je n'ose rien dire, peut-être parce que j'attends quelque chose dont je ne sais moi-même pas ce que c'est. C'est pour ça que je garde le silence et attend qu'il le rompt en premier.

Il s'arrête brusquement et se poste devant moi.

— Tu veux venir chez moi ? Il n'est pas si tard que ça et je te raccompagnerai près de tes amis dans la soirée, promis.

— D'accord, soufflé-je.

Il vient de faire éclater toutes mes appréhensions et mon cœur devient plus léger, comme soulagé d'un poids.

Nous faisons donc le chemin jusqu'à chez lui à pied, faiblement éclairé par quelques lampadaires encore allumés. La nuit nous encercle de sa tranquillité bienveillante. Nous semblons seuls au monde à profiter de la chaleur qui règne encore malgré l'heure tardive. Marcus glisse alors sa main dans la mienne, et la serre tendrement. Je tourne la tête et nos regards se croisent. Sa douce chaleur pénètre dans ma peau et rayonne en moi. J'ai la sensation que sa présence m'enveloppe tout entier et ne niche, là, près de mon cœur, pour ne plus jamais s'en aller.

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