Niveau 3 – Level-up

15 minutes de lecture

« Acquérir nouvelle compétence ? »

Le texte flottait à quelques centimètres de mes yeux alors que la porte des toilettes se refermait sur Sandra. Elle avait terminé de se refaire une beauté après notre petite affaire délicieusement salissante et me laissait seul avec quelques regrets, mais surtout, beaucoup d’interrogations.

Je relevais d’un doigt mes lunettes que la sueur avait fait glisser le long de l’arête de mon nez lorsqu’une réalisation me percuta avec la délicatesse d’un 33 tonnes. Je retirais mes binocles au verre fendu. Bingo, plus de texte ! Je les replaçais aussi sec et bim, retour de l’interface. Bon sang de cul. Les bigleux comprendront pourquoi je n’avais pas remarqué cette évidence plus tôt. À force d’avoir des carreaux sous les yeux en permanence, on en vient à oublier leur présence.

Je trouvais cette révélation tout à la fois rassurante et inquiétante. Rassurante parce que cela voulait dire que mon cerveau n’avait pas été traficoté. Inquiétante parce que des lunettes, ça se perd, ça se casse ou ça se vole. Mon super pouvoir devenait soudainement un peu plus fragile, et après la délicieuse Sandra, je refusais de le laisser m’échapper.

Je chassais ces craintes. Si personne ne soupçonnait le pouvoir qu’elles contenaient, qui s’intéresserait à une paire de lunettes à moitié déglinguée ? Et qui imaginerait qu’un truc pareil existait de toute façon ? Même moi, aux premières loges, j’avais encore des doutes. Il y avait plus urgent. Je devais comprendre comment utiliser ce que j’avais baptisé « L’interface ». Elle semblait réagir à ma voix, mais surtout à mes pensées. Pour le confirmer, je me concentrais sur la phrase « Quelles nouvelles compétences ? ».

Trois lignes de texte surgirent du néant :

« Voyeurisme – Niveau 1 – Débloquer : 100 Xp »
« Lecture pensées – Niveau 1 – Débloquer : 100 Xp »
« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 200 Xp »
« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 400 Xp »

Oh purée ! Ça marchait !

Les deux dernières lignes apparaissaient grisées. Probablement dû au fait que mon péchotage de Sandra n’avait rapporté que 100Xp. Leur accès viendrait plus tard.

Je manquais d’éclater de rire. Quel truc de fou ! Avec cette « Interface », la séduction et le sexe devenaient une sorte de jeu vidéo en réalité augmentée. Et visiblement, plus j’y participais, plus les possibilités s’étendaient. Comment un méga poissard dans mon genre se retrouvait à vivre un truc pareil ? Pour la millième fois depuis le début de cette histoire de taré, je me dis que je devais rêver. Obligé. Pourtant, j’avais encore l’odeur capiteuse du sexe de Sandra sur ma bouche et mon nez. Je me voyais mal imaginer quelque chose d’aussi précis et réaliste, surtout en n’ayant jamais vécu cela par le passé.

« Description compétence voyeurisme », pensai-je.

Après un court instant de flottement, l’interface réagit à mon injonction :

« Voyeurisme – Niveau 1 : Cette compétence permet de visualiser les 10 minutes précédentes le dernier orgasme du sujet visé. »

Oh. Intéressant. Pouvoir découvrir ce genre de moments intimes m’excitait fortement. Avec ça, adieu la catégorie « amateur » des sites porno. En même temps, grâce à l’interface, je pouvais dire adieu aux bas fonds lubriques de l’internet au grand complet ! Et l’autre du coup ? « Description compétence lecture pensées ».

Nouveau délai suivi de :

« Lecture pensées – Niveau 1 : Cette compétence permet d’entendre les pensées du sujet cible pendant 5 secondes. Temps de recharge : 5 minutes. »

La vache. Pouvoir lire ce que les autres pensent m’effrayait autant que cela m’excitait. Quoi de mieux pour faire taire ses angoisses que de savoir ce qui traverse réellement la tête des uns et des autres derrière les masques de la politesse et des faux semblants. La contrepartie : l’absence de faux semblant, justement ! La vérité c’est comme les cigarettes : sans filtre c’est encore pire pour la santé. En plus, le délai de 5 minutes limitait son utilisation…

Rhâ ! Mon cœur balançait pourtant. Me rincer l’œil à volonté tapait dans certains de mes plus profonds fantasmes de voyeur, mais les possibilités offertes par la lecture de pensée avaient l’avantage de dépasser le simple cadre du cul.

Le bruit de la porte des toilettes m’arracha à mon dilemme. Sandra devait être revenu pour m’annoncer que la voie était dégagée et que je pouvais donc m’éclipser discrétos. Ravi, je pointai ma tête hors de la stalle comme un diable en boite.

— Qu’est ce que vous foutez dans les toilettes des femmes ! grinça Jacqueline de la comptabilité

La vieille peau me toisait du haut de son mètre cinquante, son nez froncé comme si je l’avais surprise en pleine visite guidée d’une décharge à ciel ouvert. Elle ne m’avait jamais aimé. Je ne le prenais pas pour moi, elle n’aimait personne.

Alors pourquoi le cœur qui flottait au-dessus de sa tête était rempli à un quart ?!

Je restais comme deux ronds de flan. La terreur du bureau en pinçait pour moi ?

— Hé, je vous parle ! C’est les toilettes des femmes ici.

— Ah oui, désolé, Madame Krumtz. Réveil difficile. J’ai dû rater la jupette sur le petit symbole à l’entrée. Ah ah ah.

Je me relevais avec autant de dignité qu’un sac de patates et tentais une manœuvre de contournement de Jacqueline. Chose rendue compliquée par l’exigüité de la pièce et la largesse de son postérieur.

— Vous n’oubliez pas quelque chose ? me lança-t-elle alors que j’agrippais enfin la poignée de la porte.

— Euh.

— Votre braguette !

Merde ! Je rougis violemment et réajustais tant bien que mal mon pantalon. J’en profitais pour caler ma chemise débraillée dans ma ceinture. Le cœur se remplit un peu plus. Mais, mais, mais ! J’en apprenais beaucoup trop d’un coup sur les goûts de mon exécrable collègue.

« Mode séduction – activé ».

Ah non, certainement pas. Désactive-moi ça.

« Mode Séduction – désactivation ».

Ouf, au moins je savais que je pouvais contrôler le bousin.

Très rouge et confus, je bafouillais de nouvelles excuses avant de retrouver le hall d’accueil. La grande horloge au-dessus du bureau de Sandra indiquait 10h30. Je n’étais plus en retard, mais turbo en retard.

La jolie hôtesse m’adressa un « désolé » muet en jetant des coups d’œil vers la porte des toilettes des femmes. J’imagine qu’elle n’avait pas pu arrêter Jacqueline à temps. Personne ne s’interpose entre Jacqueline et l’urinoir ! Je haussais les épaules et me plaquais un sourire que j’espérais rassurant sur le visage. Elle me sourit en retour de manière bien plus sexy. Ce petit échange silencieux me réchauffa le cœur. Je ne réalisais pas encore tout à fait que quelques minutes plus tôt, j’avais joui sur ses traits de poupée. Il manquait un mode vidéo à l’interface pour conserver ce genre de délicieux souvenir. Quoique, j’avais toujours mon bête smart-phone pour ça.

Pas le temps de fantasmer bon sang ! Je me précipitais dans les escaliers menant au 2d étage où se trouvait mon bureau. Arrivé dans le large open-space cerné de baies vitrées, j’affichais l’air dégagé du type présent depuis le début de la matinée, mais qui avait été pris par une réunion super importante j’vous jure, croix de bois croix de fer si je mens je me fais rouler dessus par un char Leclerc. Je me faxais entre mon fauteuil et mon bureau et baissais la tête pour qu’elle ne dépasse qu’à peine des partitions me séparant de mes collègues.

Je constatais rapidement que de nombreux cœurs flottaient dans l’open-space. Les femmes, comme les hommes, en trainaient tous un. Sans surprise, la plupart étaient vides ou à peine remplis. Comment avais-je fait pour manquer ça sur le chemin du boulot? Se faire tabasser rend tête en l’air.

— T’as entendu la dernière rumeur, me lança mon collègue Paul depuis le bureau d’en face.

Seule sa tignasse brune dépassait de la partition, comme une mauvaise herbe. J’imaginais sans peine son sourire en coin. Le cœur entièrement vide surplombant son crâne confirmait le peu d’estime qu’il avait pour moi. Non pas que ses moqueries constantes ne m’aient laissé le moindre doute. D’ailleurs, qu’indiquait le cœur en fait ? L’attirance sexuelle uniquement ou est-ce que l’amitié comptait ?

— Euh non, j’étais en réunion. Je viens juste d’arriver.

— Ah ah, oui, réunion avec la veuve poignet. T’as dû être bien productif !

— Oui, voilà, c’est ça, soupirai-je.

— Sandra de l’accueil, tu vois qui c’est ? La bonasse au gros nichons tu sais.

— Je crois oui.

— Béatrice l’a surprise en train de se faire déglinguer dans les toilettes ce matin. Apparemment elle beuglait comme une truie en chaleur.

Malgré la vulgarité déplaisante de Paul, je ne pus m’empêcher de rougir. L’envie dans sa voix me boosta le moral comme jamais. J’étais très tenté de lui répondre « Bien sûr que je sais. Dur de le louper vu que j’étais aux premières loges ! », mais un fiancé en colère pesait dans la balance. Je tenais plus à ma tronche qu’à cette pulsion vantarde.

— Oh, d’accord, dis-je. Et euh, tu sais qui est le chanceux ?

— Non, Béatrice n’a même pas pensé à rester voir qui ressortait de là-dedans. Mais je sais comment dégotter l’info. Je connais bien Émilie à la sécu. Il doit y avoir moyen de visionner les caméras de l’entrée.

Merde. S’il mettait autant d’énergie à bosser qu’à ragoter, Paul serait déjà PDG du monde. Il fallait que je trouve rapidement comment l’empêcher de fouiner.

— Cherche pas, dis-je. Maintenant que j’y repense, quand je suis arrivé, j’ai croisé son mec qui sortait des locaux.

— Putain, non. C’est vrai ? Oh bordel, Cécile m’avait dit qu’elle était maquée en plus. Ça aurait été plus drôle si c’était quelqu’un d’ici. J’aurais bien aimé entendre ça en tout cas. Ça doit être quelque chose avec une bombe pareille.

Tu n’as pas idée, pensais-je, fier comme un paon. Cela dit, je doutais que mon mensonge maintienne sa curiosité à distance très longtemps. Dès qu’il aurait vent de rumeurs contradictoires, il remettrait son plan en branle.

Son soudain silence mit tous mes sens en alerte. Appelez ça le 6e sens de la poisse.

— Pourquoi n’étiez-vous pas présent à la réunion de service de ce matin ? dit quelqu’un dans mon dos.

Je ne connaissais que trop bien cette voix rauque. Je pivotais aussi lentement que possible. Ma chef me toisait. Ses longs cheveux bruns regroupés dans son classique chignon ; d’élégantes lunettes à monture rouge magnifiaient son regard noir. La trentaine à peine passée, elle avait l’attitude de la femme sexy et qui le sait, même si personne dans le bureau n’osait lui en faire le compliment de peur de subir une de ses légendaires colères. Le cœur au-dessus de sa tête était bien entendu désespérément vide. À croire que mon charme naturel n’affectait que les vieilles acariâtres.

— Bonjour Madame Kirichenko, dis-je tendu comme dans un slip trop petit. J’y étais. Dernier rang. Vous n’avez pas dû m’apercevoir. Après je suis descendu aux archives et me revoilà.

Quel con. Ce mytho avait moins de chance de passer qu’un porte-container tentant un créneau dans une piscine. À voir la virgule de ses sourcils, elle n’en croyait pas un mot. Ça sentait le roussi pour mon délicat postérieur. À moins que ?

— Oh, vraiment ? demanda-t-elle un sourire mauvais aux lèvres. Pourtant je suis certaine de ne pas vous avoir vu.

Je beuglais intérieurement « Activation de la compétence lecture de pensées », « Lecture de pensée, va y balance » et autres « Tu vas me filer la compétence lecture de pensée, machin truc qui lit mon esprit ! » histoire d’être sur que l’Interface comprenne mon intention.

Rien.

Bordel. Gagne du temps !

— Vous êtes bien sûre, Madame Kirichenko ? Parce que parfois on pense savoir quelque chose alors qu’en fait non. Par exemple l’autre jour, j’étais presque sûr d’avoir laissé mes clés dans le bol à l’entrée de mon logement alors qu’en réalité…

« Lecture de pensée – Niveau 1 : Acquis ».

Je retins un soupir de soulagement et m’arrêtais à mi-parcours de ma broderie au fil de mytho. Quitte ou double !

— Je vous assure que j’étais bien là, repris-je d’une voix tremblante. D’ailleurs l’ordre du jour était particulièrement passionnant.

Ma chef fronça encore plus les sourcils. Elle passait probablement en revue les sévices qu'elle souhaitait m’infliger pour me faire cesser mon petit numéro. « Lis ses pensées ! Lis ses pensées ! » hurlai-je intérieurement. « Oh bon sang lis ses pensées maintenant ! »

La timbre chaud de Madame Kirichenko résonna clairement à l’intérieur de mon crâne : « Il se fout de ma gueule le stagiaire ? Depuis quand la revue stratégique de nos actifs en région nord-est a quoi que ce soit de passionnant ? »

— Je ne sais pas pourquoi, dis-je en retenant un sourire triomphant, mais la revue stratégique de nos actifs en région nord-est c’était ! Fiou ! Je pense que j’en parlerais dans mon rapport de stage.

La mâchoire de ma chef tomba légèrement.

— Oui, en effet. Passionnant. Faites donc ça. En tout cas, la prochaine fois, prévenez-moi si vous avez des recherches à faire aux archives, ça m’évitera de m’inquiéter.

Oh bon sang. Les poils de mes fesses avaient dû se racornir tellement j’étais passé près des flammes de sa colère. Mon regard se posa sur le cœur au-dessus de sa tête et, grisé par cette victoire autant que par l’excitation qui me gagnait, je décidai de pousser ma chance.

— Est-ce que je peux vous parler en privé, Madame Kirichenko.

Son visage se contorsionna et je la sentis à deux doigts d’expulser un refus.

— Si vous voulez, mais rapidement, j’ai à faire.

Yes !

Je l’accompagnai en prenant bien soin de ne pas fixer l’enivrant balancier de son postérieur. La jubilation et la terreur abjecte se battaient comme des chiffonniers pour envahir mon cerveau. Avec une cible pareille, j’allais vraiment mettre à l’épreuve les capacités de l’Interface… et risquer gros.

Elle poussa la porte de son bureau et s’installa dans un grand fauteuil en cuir, le dos tourné à une baie vitrée donnant un aperçu des toits de la ville, comme pour se donner des airs de maitresse du monde. Elle épousseta l’avant de son chemisier et me fit signe de prendre place sur l’unique chaise de la pièce. Je la soupçonnais de l’avoir choisi aussi inconfortable que possible pour bien rappeler à ses subordonnées qui commandait. Cela rendait mon objectif d’autant plus excitant. Coucher avec quelqu’un que l’on pense inaccessible, c’est une chose, le faire avec quelqu’un de terrifiant et envers laquelle on ressent une certaine animosité, une autre totalement.

« Mode Séduction –activation », pensai-je pour annuler ma précédente désactivation.

— Et bien, de quoi souhaitiez-vous me parler ? lança-t-elle, sa voix un coup de fouet dans le silence qui s’installait.

Le texte « Mode Séduction – activé » apparu, suivi par une rassurante série de réponses suggérées.

A – Je vous ai menti tout à l’heure, en vrai j’étais à la bourre parce qu’à choisir, je préférerais boire un bol de glaires que poursuivre ce stage en mousse. (-25)

B – est-ce que je pourrais prendre ma journée ? Je ne me sens pas très bien. (-5)

C – Je souhaiterais vous interviewer, pour mon rapport de stage. (+5)

Voyons ou ça mène.

— Je souhaiterais vous interviewer, pour mon rapport de stage.

Flattée par mon intérêt, ses lèvres habituellement pincées frémirent aux coins et le cœur se remplit un brin.

— Si vous faites vite, on peut faire ça maintenant, lança-t-elle magnanime.

Elle se rencogna entre les larges accoudoirs de son fauteuil et me fixa, ses mains en prière posée contre son menton.

A – C’est bien la première fois qu’une femme me demande de faire vite, si vous voyez ce que je veux dire. (-15)

B – Dans ce cas, comment une femme aussi jeune que vous est parvenue en si peu de temps à la tête de ce service. (+1)

C – Si vous n’avez pas le temps, on peut le faire plus tard, pas de problème. (-2)

— Dans ce cas, comment une femme aussi jeune que vous est parvenue en si peu de temps à la tête de ce service ?

— Je n’aime pas beaucoup les sous-entendus derrière ce type de question dit-elle, son regard de braise retrouvant un peu de sa dureté. J’ai fait comme n’importe qui, homme ou femme, avec beaucoup de travail et du talent.

Je ne saurais dire pourquoi, mais l’arrogance de sa réponse me fit un effet fou. Peu de choses me séduisent plus que la confiance.

A – Le talent de passer sous un bureau vous voulez dire ? (-35)

B – Du travail ? Pourtant à part gueuler sur les gens, vous n’avez pas l’air de glander grand-chose. (-20)

C –J’imagine bien qu’une femme aussi belle que vous doit recevoir fréquemment les remarques sexistes d’homme jaloux, mais pour avoir travaillé à vos côtés depuis deux mois maintenant, il est évident qu’il se trompent totalement. (+5)

J’hésitais une très longue seconde. Mentionner le physique de ma patronne c’était courir le risque de traverser la baie vitrée sans passer par la case départ et sans toucher ma validation de fin d’études. Cela dit, les deux autres choix s’avéraient infiniment pires, et je ne faisais pas confiance à mes talents d’impro pour autre chose que bafouiller une ânerie. Je me lançais donc et, après un infime moment de tension dans ses épaules lorsque je prononçais « belle », toute son attitude se relâcha. Elle ne souriait pas franchement, mais l’habituelle dureté de ses traits s’était assouplie.

J’enchainais alors une série de questions guidées par « l’Interface ». Celles-ci avaient pour but clair de flatter l’orgueilleuse Madame Kirichenko sous couvert de prise de renseignement. La ruse grossière n’empêchait pas le cœur de se remplir et je soupçonnais quelques influences sur le cerveau de mon interlocutrice pour la rendre plus réceptive. Rien d’impossible pour un… truc… capable de lire dans la tête des gens. À ce propos. « Activation lecture de pensée. »

La voix de ma chef résonna aussitôt dans ma cervelle. « Il est pas si mal finalement le petit stagiaire. Peut être un peu jeune, mais il y a du cran derrière sa maladresse. »

Mon sourire s’élargit. Ça fonctionnait ! Je trépidais d’anticipation à l’idée de la séduire. Elle me paraissait tellement hors de portée que même dans mes rêves moites je n’osais l’approcher. Je dansais un peu sur ma chaise pour dissimuler mon érection grandissante. À l’interface, rien d’impossible !! Cette certitude me donna le courage de la déshabiller du regard, alors que je n’avais jamais osé le faire autrement qu’à la sauvette.

Son chemisier ressemblait à celui de Sandra, mais une petite veste noire jetée par-dessus rendait l’ensemble encore plus suave. Un lourd pendentif se lovait dans l’entrée de son décolleté, comme pour défier quiconque d’y plonger le regard. Plus modeste que celui de Sandra, il n’en paraissait pas moins appétissant. Le haut de son tailleur s’évasait sur des hanches qui auraient pu servir à tailler des silhouettes de sablier.

A – En tant que femme, comment faites-vous pour jongler entre votre vie professionnelle et votre vie de famille ? (-15)

B – Je suis désolé, Mme Kirichenko, mais je préfère être honnête. En réalité je n’ai pas vraiment besoin d’interview pour mon rapport de stage. C’est juste que vous me plaisez beaucoup et je n’ai trouvé que cela pour vous aborder. (+25)

C – Merci beaucoup pour cette interview, c’était très intéressant. (-3)

25pts ! Wow ! Qui a osé dire que l’honnêteté ne payait pas ? D’une voix tremblante, je confessais donc mes intentions avant de serrer les dents dans l’attente d’une bonne grosse tarte dans ma face.

— C’est courageux, dit-elle après m’avoir laissé mariner dans mon angoisse. Un peu prétentieux cela dit. Qu’est-ce qui vous fait croire que vous pourriez m’intéresser ?

« Activation lecture de pensée. »

La voix de ma patronne retentit aussitôt. « Hum, sans ses lunettes, rasé de près et avec un énorme coup de peigne, non plutôt deux, il serait presque pas mal. Un peu trop maigrelet cela dit. Je doute qu’il ait assez de poigne. »

La remarque me flatta, avant de m’énerver. Elle allait voir si je manquais de poigne.

A – Vous dites ça parce que vous n’avez pas encore pu admirer mon postérieur en béton ! J’habite au 3e étage sans ascenseur, ça paye ! (-15)

B – Vous êtes bien placée pour savoir que les apparences sont trompeuses. Croyez-moi, je suis exactement ce que vous attendez d’un homme. (+10)

C – Je ne sais pas, mais qui ne tente rien n’a rien. (-5)

Oh bon sang ! Sans l’interface, je ne me serais jamais senti capable d’assumer un tel niveau de prétention. Avec, je n’hésitais qu’à peine. Elle rit de ma remarque, mais pas de son habituel rire moqueur. Un rire presque doux qui me donna l’impression, au moins un court instant, de voir son masque se fêler.

Seule une minuscule portion vide demeurait dans le cœur au-dessus. Mon excitation aurait pu perforer le plafond.

— Oh, et qu’est-ce que j’attends d’un homme ? demanda-t-elle

Après ma lecture de pensée, j’aurais presque pu répondre à sa question sans l’aide de l’Interface. Elle me proposa son aide malgré tout.

A – Un sexe qui atteint les genoux quand il est debout. (-50)

B – Un compte en banque à six chiffres. (-20)

C – Beaucoup de poigne. (MAX)

Tu es à moi !

— Beaucoup de poigne, dis-je en manquant de me lever de ma chaise pour le crier.

Ma chef frissonna légèrement, et je décelais quelque chose de nouveau dans son regard : du désir.

« Sexe Mode – Activé »

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