Niveau 3 – Level-up

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« Acquérir nouvelle compétence ? »

Le texte flottait à quelques centimètres de mes yeux alors que la porte des toilettes se refermait sur Sandra. Elle avait terminé de se refaire une beauté après notre petite affaire délicieusement salissante et me laissait seul avec quelques regrets, mais surtout, beaucoup d’interrogations.

Je relevais d’un doigt mes lunettes que la sueur avait fait glisser le long de l’arête de mon nez lorsqu’une réalisation me percuta avec la délicatesse d’un 33 tonnes. Je retirais mes binocles au verre fendu. Bingo, plus de texte ! Je les replaçais aussi sec et bim, retour de l’interface. Bon sang de cul. Les bigleux comprendront pourquoi je n’avais pas remarqué cette évidence plus tôt. À force d’avoir des carreaux sous les yeux en permanence, on en vient à oublier leur présence.

Je trouvais cette révélation tout à la fois rassurante et inquiétante. Rassurante parce que cela voulait dire que mon cerveau n’avait pas été traficoté. Inquiétante parce que des lunettes, ça se perd, ça se casse ou ça se vole. Mon super pouvoir devenait soudainement un peu plus fragile, et après la délicieuse Sandra, je refusais de le laisser m’échapper.

Je chassais ces craintes. Si personne ne soupçonnait le pouvoir qu’elles contenaient, qui s’intéresserait à une paire de lunettes à moitié déglinguée ? Et qui imaginerait qu’un truc pareil existait de toute façon ? Même moi, aux premières loges, j’avais encore des doutes. Il y avait plus urgent. Je devais comprendre comment utiliser ce que j’avais baptisé « L’interface ». Elle semblait réagir à ma voix, mais surtout à mes pensées. Pour le confirmer, je me concentrais sur la phrase « Quelles nouvelles compétences ? ».

Trois lignes de texte surgirent du néant :

« Voyeurisme – Niveau 1 – Débloquer : 100 Xp »
« Lecture pensées – Niveau 1 – Débloquer : 100 Xp »
« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 200 Xp »
« [Compétence inaccessible] – Niveau 1 – Débloquer : 400 Xp »

Oh purée ! Ça marchait !

Les deux dernières lignes apparaissaient grisées. Probablement dû au fait que mon péchotage de Sandra n’avait rapporté que 100Xp. Leur accès viendrait plus tard.

Je manquais d’éclater de rire. Quel truc de fou ! Avec cette « Interface », la séduction et le sexe devenaient une sorte de jeu vidéo en réalité augmentée. Et visiblement, plus j’y participais, plus les possibilités s’étendaient. Comment un méga poissard dans mon genre se retrouvait à vivre un truc pareil ? Pour la millième fois depuis le début de cette histoire de taré, je me dis que je devais rêver. Obligé. Pourtant, j’avais encore l’odeur capiteuse du sexe de Sandra sur ma bouche et mon nez. Je me voyais mal imaginer quelque chose d’aussi précis et réaliste, surtout en n’ayant jamais vécu cela par le passé.

« Description compétence voyeurisme », pensai-je.

Après un court instant de flottement, l’interface réagit à mon injonction :

« Voyeurisme – Niveau 1 : Cette compétence permet de visualiser les 10 minutes précédentes le dernier orgasme du sujet visé. »

Oh. Intéressant. Pouvoir découvrir ce genre de moments intimes m’excitait fortement. Avec ça, adieu la catégorie « amateur » des sites porno. En même temps, grâce à l’interface, je pouvais dire adieu aux bas fonds lubriques de l’internet au grand complet ! Et l’autre du coup ? « Description compétence lecture pensées ».

Nouveau délai suivi de :

« Lecture pensées – Niveau 1 : Cette compétence permet d’entendre les pensées du sujet cible pendant 5 secondes. Temps de recharge : 5 minutes. »

La vache. Pouvoir lire ce que les autres pensent m’effrayait autant que cela m’excitait. Quoi de mieux pour faire taire ses angoisses que de savoir ce qui traverse réellement la tête des uns et des autres derrière les masques de la politesse et des faux semblants. La contrepartie : l’absence de faux semblant, justement ! La vérité c’est comme les cigarettes : sans filtre c’est encore pire pour la santé. En plus, le délai de 5 minutes limitait son utilisation…

Rhâ ! Mon cœur balançait pourtant. Me rincer l’œil à volonté tapait dans certains de mes plus profonds fantasmes de voyeur, mais les possibilités offertes par la lecture de pensée avaient l’avantage de dépasser le simple cadre du cul.

Le bruit de la porte des toilettes m’arracha à mon dilemme. Sandra devait être revenu pour m’annoncer que la voie était dégagée et que je pouvais donc m’éclipser discrétos. Ravi, je pointai ma tête hors de la stalle comme un diable en boite.

— Qu’est ce que vous foutez dans les toilettes des femmes ! grinça Jacqueline de la comptabilité

La vieille peau me toisait du haut de son mètre cinquante, son nez froncé comme si je l’avais surprise en pleine visite guidée d’une décharge à ciel ouvert. Elle ne m’avait jamais aimé. Je ne le prenais pas pour moi, elle n’aimait personne.

Alors pourquoi le cœur qui flottait au-dessus de sa tête était rempli à un quart ?!

Je restais comme deux ronds de flan. La terreur du bureau en pinçait pour moi ?

— Hé, je vous parle ! C’est les toilettes des femmes ici.

— Ah oui, désolé, Madame Krumtz. Réveil difficile. J’ai dû rater la jupette sur le petit symbole à l’entrée. Ah ah ah.

Je me relevais avec autant de dignité qu’un sac de patates et tentais une manœuvre de contournement de Jacqueline. Chose rendue compliquée par l’exigüité de la pièce et la largesse de son postérieur.

— Vous n’oubliez pas quelque chose ? me lança-t-elle alors que j’agrippais enfin la poignée de la porte.

— Euh.

— Votre braguette !

Merde ! Je rougis violemment et réajustais tant bien que mal mon pantalon. J’en profitais pour caler ma chemise débraillée dans ma ceinture. Le cœur se remplit un peu plus. Mais, mais, mais ! J’en apprenais beaucoup trop d’un coup sur les goûts de mon exécrable collègue.

« Mode séduction – activé ».

Ah non, certainement pas. Désactive-moi ça.

« Mode Séduction – désactivation ».

Ouf, au moins je savais que je pouvais contrôler le bousin.

Très rouge et confus, je bafouillais de nouvelles excuses avant de retrouver le hall d’accueil. La grande horloge au-dessus du bureau de Sandra indiquait 10h30. Je n’étais plus en retard, mais turbo en retard.

La jolie hôtesse m’adressa un « désolé » muet en jetant des coups d’œil vers la porte des toilettes des femmes. J’imagine qu’elle n’avait pas pu arrêter Jacqueline à temps. Personne ne s’interpose entre Jacqueline et l’urinoir ! Je haussais les épaules et me plaquais un sourire que j’espérais rassurant sur le visage. Elle me sourit en retour de manière bien plus sexy. Ce petit échange silencieux me réchauffa le cœur. Je ne réalisais pas encore tout à fait que quelques minutes plus tôt, j’avais joui sur ses traits de poupée. Il manquait un mode vidéo à l’interface pour conserver ce genre de délicieux souvenir. Quoique, j’avais toujours mon bête smart-phone pour ça.

Pas le temps de fantasmer bon sang ! Je me précipitais dans les escaliers menant au 2d étage où se trouvait mon bureau. Arrivé dans le large open-space cerné de baies vitrées, j’affichais l’air dégagé du type présent depuis le début de la matinée, mais qui avait été pris par une réunion super importante j’vous jure, croix de bois croix de fer si je mens je me fais rouler dessus par un char Leclerc. Je me faxais entre mon fauteuil et mon bureau et baissais la tête pour qu’elle ne dépasse qu’à peine des partitions me séparant de mes collègues.

Je constatais rapidement que de nombreux cœurs flottaient dans l’open-space. Les femmes, comme les hommes, en trainaient tous un. Sans surprise, la plupart étaient vides ou à peine remplis. Comment avais-je fait pour manquer ça sur le chemin du boulot? Se faire tabasser rend tête en l’air.

— T’as entendu la dernière rumeur, me lança mon collègue Paul depuis le bureau d’en face.

Seule sa tignasse brune dépassait de la partition, comme une mauvaise herbe. J’imaginais sans peine son sourire en coin. Le cœur entièrement vide surplombant son crâne confirmait le peu d’estime qu’il avait pour moi. Non pas que ses moqueries constantes ne m’aient laissé le moindre doute. D’ailleurs, qu’indiquait le cœur en fait ? L’attirance sexuelle uniquement ou est-ce que l’amitié comptait ?

— Euh non, j’étais en réunion. Je viens juste d’arriver.

— Ah ah, oui, réunion avec la veuve poignet. T’as dû être bien productif !

— Oui, voilà, c’est ça, soupirai-je.

— Sandra de l’accueil, tu vois qui c’est ? La bonasse au gros nichons tu sais.

— Je crois oui.

— Béatrice l’a surprise en train de se faire déglinguer dans les toilettes ce matin. Apparemment elle beuglait comme une truie en chaleur.

Malgré la vulgarité déplaisante de Paul, je ne pus m’empêcher de rougir. L’envie dans sa voix me boosta le moral comme jamais. J’étais très tenté de lui répondre « Bien sûr que je sais. Dur de le louper vu que j’étais aux premières loges ! », mais un fiancé en colère pesait dans la balance. Je tenais plus à ma tronche qu’à cette pulsion vantarde.

— Oh, d’accord, dis-je. Et euh, tu sais qui est le chanceux ?

— Non, Béatrice n’a même pas pensé à rester voir qui ressortait de là-dedans. Mais je sais comment dégotter l’info. Je connais bien Émilie à la sécu. Il doit y avoir moyen de visionner les caméras de l’entrée.

Merde. S’il mettait autant d’énergie à bosser qu’à ragoter, Paul serait déjà PDG du monde. Il fallait que je trouve rapidement comment l’empêcher de fouiner.

— Cherche pas, dis-je. Maintenant que j’y repense, quand je suis arrivé, j’ai croisé son mec qui sortait des locaux.

— Putain, non. C’est vrai ? Oh bordel, Cécile m’avait dit qu’elle était maquée en plus. Ça aurait été plus drôle si c’était quelqu’un d’ici. J’aurais bien aimé entendre ça en tout cas. Ça doit être quelque chose avec une bombe pareille.

Tu n’as pas idée, pensais-je, fier comme un paon. Cela dit, je doutais que mon mensonge maintienne sa curiosité à distance très longtemps. Dès qu’il aurait vent de rumeurs contradictoires, il remettrait son plan en branle.

Son soudain silence mit tous mes sens en alerte. Appelez ça le 6e sens de la poisse.

— Pourquoi n’étiez-vous pas présent à la réunion de service de ce matin ? dit quelqu’un dans mon dos.

Je ne connaissais que trop bien cette voix rauque. Je pivotais aussi lentement que possible. Ma chef me toisait. Ses longs cheveux bruns regroupés dans son classique chignon ; d’élégantes lunettes à monture rouge magnifiaient son regard noir. La trentaine à peine passée, elle avait l’attitude de la femme sexy et qui le sait, même si personne dans le bureau n’osait lui en faire le compliment de peur de subir une de ses légendaires colères. Le cœur au-dessus de sa tête était bien entendu désespérément vide. À croire que mon charme naturel n’affectait que les vieilles acariâtres.

— Bonjour Madame Kirichenko, dis-je tendu comme dans un slip trop petit. J’y étais. Dernier rang. Vous n’avez pas dû m’apercevoir. Après je suis descendu aux archives et me revoilà.

Quel con. Ce mytho avait moins de chance de passer qu’un porte-container tentant un créneau dans une piscine. À voir la virgule de ses sourcils, elle n’en croyait pas un mot. Ça sentait le roussi pour mon délicat postérieur. À moins que ?

— Oh, vraiment ? demanda-t-elle un sourire mauvais aux lèvres. Pourtant je suis certaine de ne pas vous avoir vu.

Je beuglais intérieurement « Activation de la compétence lecture de pensées », « Lecture de pensée, va y balance » et autres « Tu vas me filer la compétence lecture de pensée, machin truc qui lit mon esprit ! » histoire d’être sur que l’Interface comprenne mon intention.

Rien.

Bordel. Gagne du temps !

— Vous êtes bien sûre, Madame Kirichenko ? Parce que parfois on pense savoir quelque chose alors qu’en fait non. Par exemple l’autre jour, j’étais presque sûr d’avoir laissé mes clés dans le bol à l’entrée de mon logement alors qu’en réalité…

« Lecture de pensée – Niveau 1 : Acquis ».

Je retins un soupir de soulagement et m’arrêtais à mi-parcours de ma broderie au fil de mytho. Quitte ou double !

— Je vous assure que j’étais bien là, repris-je d’une voix tremblante. D’ailleurs l’ordre du jour était particulièrement passionnant.

Ma chef fronça encore plus les sourcils. Elle passait probablement en revue les sévices qu'elle souhaitait m’infliger pour me faire cesser mon petit numéro. « Lis ses pensées ! Lis ses pensées ! » hurlai-je intérieurement. « Oh bon sang lis ses pensées maintenant ! »

La timbre chaud de Madame Kirichenko résonna clairement à l’intérieur de mon crâne : « Il se fout de ma gueule le stagiaire ? Depuis quand la revue stratégique de nos actifs en région nord-est a quoi que ce soit de passionnant ? »

— Je ne sais pas pourquoi, dis-je en retenant un sourire triomphant, mais la revue stratégique de nos actifs en région nord-est c’était ! Fiou ! Je pense que j’en parlerais dans mon rapport de stage.

La mâchoire de ma chef tomba légèrement.

— Oui, en effet. Passionnant. Faites donc ça. En tout cas, la prochaine fois, prévenez-moi si vous avez des recherches à faire aux archives, ça m’évitera de m’inquiéter.

Oh bon sang. Les poils de mes fesses avaient dû se racornir tellement j’étais passé près des flammes de sa colère. Mon regard se posa sur le cœur au-dessus de sa tête et, grisé par cette victoire autant que par l’excitation qui me gagnait, je décidai de pousser ma chance.

— Est-ce que je peux vous parler en privé, Madame Kirichenko.

Son visage se contorsionna et je la sentis à deux doigts d’expulser un refus.

— Si vous voulez, mais rapidement, j’ai à faire.

Yes !

Je l’accompagnai en prenant bien soin de ne pas fixer l’enivrant balancier de son postérieur. La jubilation et la terreur abjecte se battaient comme des chiffonniers pour envahir mon cerveau. Avec une cible pareille, j’allais vraiment mettre à l’épreuve les capacités de l’Interface… et risquer gros.

Elle poussa la porte de son bureau et s’installa dans un grand fauteuil en cuir, le dos tourné à une baie vitrée donnant un aperçu des toits de la ville, comme pour se donner des airs de maitresse du monde. Elle épousseta l’avant de son chemisier et me fit signe de prendre place sur l’unique chaise de la pièce. Je la soupçonnais de l’avoir choisi aussi inconfortable que possible pour bien rappeler à ses subordonnées qui commandait. Cela rendait mon objectif d’autant plus excitant. Coucher avec quelqu’un que l’on pense inaccessible, c’est une chose, le faire avec quelqu’un de terrifiant et envers laquelle on ressent une certaine animosité, une autre totalement.

« Mode Séduction –activation », pensai-je pour annuler ma précédente désactivation.

— Et bien, de quoi souhaitiez-vous me parler ? lança-t-elle, sa voix un coup de fouet dans le silence qui s’installait.

Le texte « Mode Séduction – activé » apparu, suivi par une rassurante série de réponses suggérées.

A – Je vous ai menti tout à l’heure, en vrai j’étais à la bourre parce qu’à choisir, je préférerais boire un bol de glaires que poursuivre ce stage en mousse. (-25)

B – est-ce que je pourrais prendre ma journée ? Je ne me sens pas très bien. (-5)

C – Je souhaiterais vous interviewer, pour mon rapport de stage. (+5)

Voyons ou ça mène.

— Je souhaiterais vous interviewer, pour mon rapport de stage.

Flattée par mon intérêt, ses lèvres habituellement pincées frémirent aux coins et le cœur se remplit un brin.

— Si vous faites vite, on peut faire ça maintenant, lança-t-elle magnanime.

Elle se rencogna entre les larges accoudoirs de son fauteuil et me fixa, ses mains en prière posée contre son menton.

A – C’est bien la première fois qu’une femme me demande de faire vite, si vous voyez ce que je veux dire. (-15)

B – Dans ce cas, comment une femme aussi jeune que vous est parvenue en si peu de temps à la tête de ce service. (+1)

C – Si vous n’avez pas le temps, on peut le faire plus tard, pas de problème. (-2)

— Dans ce cas, comment une femme aussi jeune que vous est parvenue en si peu de temps à la tête de ce service ?

— Je n’aime pas beaucoup les sous-entendus derrière ce type de question dit-elle, son regard de braise retrouvant un peu de sa dureté. J’ai fait comme n’importe qui, homme ou femme, avec beaucoup de travail et du talent.

Je ne saurais dire pourquoi, mais l’arrogance de sa réponse me fit un effet fou. Peu de choses me séduisent plus que la confiance.

A – Le talent de passer sous un bureau vous voulez dire ? (-35)

B – Du travail ? Pourtant à part gueuler sur les gens, vous n’avez pas l’air de glander grand-chose. (-20)

C –J’imagine bien qu’une femme aussi belle que vous doit recevoir fréquemment les remarques sexistes d’homme jaloux, mais pour avoir travaillé à vos côtés depuis deux mois maintenant, il est évident qu’il se trompent totalement. (+5)

J’hésitais une très longue seconde. Mentionner le physique de ma patronne c’était courir le risque de traverser la baie vitrée sans passer par la case départ et sans toucher ma validation de fin d’études. Cela dit, les deux autres choix s’avéraient infiniment pires, et je ne faisais pas confiance à mes talents d’impro pour autre chose que bafouiller une ânerie. Je me lançais donc et, après un infime moment de tension dans ses épaules lorsque je prononçais « belle », toute son attitude se relâcha. Elle ne souriait pas franchement, mais l’habituelle dureté de ses traits s’était assouplie.

J’enchainais alors une série de questions guidées par « l’Interface ». Celles-ci avaient pour but clair de flatter l’orgueilleuse Madame Kirichenko sous couvert de prise de renseignement. La ruse grossière n’empêchait pas le cœur de se remplir et je soupçonnais quelques influences sur le cerveau de mon interlocutrice pour la rendre plus réceptive. Rien d’impossible pour un… truc… capable de lire dans la tête des gens. À ce propos. « Activation lecture de pensée. »

La voix de ma chef résonna aussitôt dans ma cervelle. « Il est pas si mal finalement le petit stagiaire. Peut être un peu jeune, mais il y a du cran derrière sa maladresse. »

Mon sourire s’élargit. Ça fonctionnait ! Je trépidais d’anticipation à l’idée de la séduire. Elle me paraissait tellement hors de portée que même dans mes rêves moites je n’osais l’approcher. Je dansais un peu sur ma chaise pour dissimuler mon érection grandissante. À l’interface, rien d’impossible !! Cette certitude me donna le courage de la déshabiller du regard, alors que je n’avais jamais osé le faire autrement qu’à la sauvette.

Son chemisier ressemblait à celui de Sandra, mais une petite veste noire jetée par-dessus rendait l’ensemble encore plus suave. Un lourd pendentif se lovait dans l’entrée de son décolleté, comme pour défier quiconque d’y plonger le regard. Plus modeste que celui de Sandra, il n’en paraissait pas moins appétissant. Le haut de son tailleur s’évasait sur des hanches qui auraient pu servir à tailler des silhouettes de sablier.

A – En tant que femme, comment faites-vous pour jongler entre votre vie professionnelle et votre vie de famille ? (-15)

B – Je suis désolé, Mme Kirichenko, mais je préfère être honnête. En réalité je n’ai pas vraiment besoin d’interview pour mon rapport de stage. C’est juste que vous me plaisez beaucoup et je n’ai trouvé que cela pour vous aborder. (+25)

C – Merci beaucoup pour cette interview, c’était très intéressant. (-3)

25pts ! Wow ! Qui a osé dire que l’honnêteté ne payait pas ? D’une voix tremblante, je confessais donc mes intentions avant de serrer les dents dans l’attente d’une bonne grosse tarte dans ma face.

— C’est courageux, dit-elle après m’avoir laissé mariner dans mon angoisse. Un peu prétentieux cela dit. Qu’est-ce qui vous fait croire que vous pourriez m’intéresser ?

« Activation lecture de pensée. »

La voix de ma patronne retentit aussitôt. « Hum, sans ses lunettes, rasé de près et avec un énorme coup de peigne, non plutôt deux, il serait presque pas mal. Un peu trop maigrelet cela dit. Je doute qu’il ait assez de poigne. »

La remarque me flatta, avant de m’énerver. Elle allait voir si je manquais de poigne.

A – Vous dites ça parce que vous n’avez pas encore pu admirer mon postérieur en béton ! J’habite au 3e étage sans ascenseur, ça paye ! (-15)

B – Vous êtes bien placée pour savoir que les apparences sont trompeuses. Croyez-moi, je suis exactement ce que vous attendez d’un homme. (+10)

C – Je ne sais pas, mais qui ne tente rien n’a rien. (-5)

Oh bon sang ! Sans l’interface, je ne me serais jamais senti capable d’assumer un tel niveau de prétention. Avec, je n’hésitais qu’à peine. Elle rit de ma remarque, mais pas de son habituel rire moqueur. Un rire presque doux qui me donna l’impression, au moins un court instant, de voir son masque se fêler.

Seule une minuscule portion vide demeurait dans le cœur au-dessus. Mon excitation aurait pu perforer le plafond.

— Oh, et qu’est-ce que j’attends d’un homme ? demanda-t-elle

Après ma lecture de pensée, j’aurais presque pu répondre à sa question sans l’aide de l’Interface. Elle me proposa son aide malgré tout.

A – Un sexe qui atteint les genoux quand il est debout. (-50)

B – Un compte en banque à six chiffres. (-20)

C – Beaucoup de poigne. (MAX)

Tu es à moi !

— Beaucoup de poigne, dis-je en manquant de me lever de ma chaise pour le crier.

Ma chef frissonna légèrement, et je décelais quelque chose de nouveau dans son regard : du désir.

« Sexe Mode – Activé »

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Du grain de sel au grain de sable
                  
01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
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