Chapitre 1 La chute des Héros p1

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La guerre est une science au même titre que les mathématiques où que l’astronomie.

(…)

La magie ne doit donc pas être considérée comme une finalité, mais plutôt comme un outil en tant que tel.

(…)

Ainsi, l’âge des héros peut apparaître comme révolu. L’ère est désormais au progrès, qu’il nous faut embrasser sous toutes ses formes.

Mémoires de Razhan l’Astucieux,

Par Azula Luneclaire, Magistère de la Maison du Savoir,

Année 27 du calendrier Royal.

An 1073 après la Chute.

Année 64 du calendrier Royal.

Plaines d’Altarie.

Le jour se levait à peine sur la vaste plaine clairsemée d’arbustes épineux bordant l’Altarie, et pourtant l’air y était déjà lourd et saturé en fluide. Un vent sec geignait et sifflait entre les trop rares bosquets encore sur pied, balayant de son souffle brûlant la morne prairie jaunâtre. L’Altarie, qui serpentait lascivement dans le creux de la vallée, ne devait pas dépasser plus d’un bras de hauteur d’eau en son lit. La saison sèche n’était pas encore commencée que déjà elle s’annonçait comme terrible.

Aligné sur les hauts plateaux rocheux bordant la plaine alluviale de l’Altarie, à environ deux milles pas l’une de l’autre, les deux armée se faisaient face dans un quasi-silence que seul le bruit du vent et les piaffements d’impatiences des chevaux venaient troubler.

C’était ici, sur une vaste plaine battu par les vents qu’aurait lieu l’ultime bataille qui conclurait près de cinquante longues années de guerre. Ainsi l’avait finalement décidé le Conseil de Cités Libres après d’intense réflexion et de âpres négociations. La menace ne pouvait plus être prise à la légère. L’armée du royaume belliqueux d’Ircania serait écrasé sur ces terres.

                     *****

- Et bien alors gamin, on a la coulante ? Le vieux soldat se fendit d’un sourire, révélant une rangée de dents gâtées et tordues. T’fais pas de bile, peut rien nous arriver de là où l’on s’trouve. Les Armées Libres vont enfin écraser la Catin Royale et son familier. Fais-moi confiance gamin, ce soir nous fêterons à tous la paix retrouvée, et toi tu pourras retourner à ta ferme avec un souvenir à raconter à toutes les jeunes femmes du village.

Tôlem feignit de ne pas entendre la remarque du vieux vétéran borgne ni de voir son sourire narquois. L’expérience du vieil homme ne le trompait pas. Cela faisait bien quatre fois que le garçon s'éloignait à la hâte, se cacher derrière un maigre bosquet d’épineux afin de soulager sa vessie et de se délester d’un trop plein de peur, et son ventre continuait pourtant à se tordre, le forçant à se dandiner d’une jambe sur l’autre.

Il essuya d’un revers de bras la sueur froide qui lui perlait le front, et adressa un timide regard au vieux soldat.

- Comment pouvez-vous être si sûr de vous ? Finit-il par lâcher faiblement.

- Serais-tu aveugle gamin ? Je te l’ai déjà expliqué mille fois ! Ouvre grand tes yeux et contemple devant toi la plus grande armée jamais réuni par les royaumes libres ! s’agaça le vétéran borgne, englobant d’un large mouvement de bras le plateau ou ils se trouvaient. Contemple tous ses étendards bariolés et ses blasons décorés. Chacun d'entre eux représente une armée. Une armée pour chaque Cité Libre. Tous ont répondu à l’appel du Haut Conseil. Une décision historique gamin. Là, devant toi, les fiers Hoplites d’Uguria la Resplendissante. Là-bas, les féroces Chevaucheurs de Bréron montés sur leurs krétas. Ici, les tirailleurs de Gortyn… Quatorze armées, soixante-cinq mille hommes et femmes, pour stopper la Putain Royale et ses vingt milles fous. Et ce n’est pas tout…

D’un bref signe de tête, il désigna une horde de soldats hétéroclites, qui se trouvait déjà à mis hauteur du plateau, installée non loin du bataillon des Légions Noires.

- Gadr’k et sa Meute… Ces mercenaires ont été attirés par l’odeur du sang… souffla-t-il, comme par peur d’être entendu. Regarde bien Tôlem, je suis prêt à parier l’œil qui me reste que tu n’as encore jamais vu de représentant des Races Anciennes pas vrai ? Peut-être même n’as-tu encore jamais vu de non-humain depuis le fin fond de ta ferme ? Alors observe bien Gadr’k et sa Meute. Il est l’un des derniers de sa race de maudit Ancien, du temps d’avant la chute. Et c’est un Héraut gamin. Tu sais ce que ça veut dire ? Il vient ici dans l’espoir d’un bon carnage, celui qui fera de lui un Dieu…

De là où ils se trouvaient, la Meute ressemblait à un attroupement de créatures étranges et disparates qui semblaient trépigner d’impatience à l’idée de se jeter dans la bataille. Le vétéran avait vu une nouvelle fois juste. Tôlem, qui ne quittait sa ferme qu’en de très rare occasion, ne reconnaissait pas la moitié des créatures qui composaient la troupe de mercenaire. Il reconnut seulement un Sylvestre, semblable aux descriptions qu'il avait lu dans ses livres d’enfances, avec sa peau verdâtre recouverte de mousses et de lichens. Pourtant, même au sein de cette troupe composé essentiellement de non-humains, il était impossible de ne pas identifier leur chef, Gadr’k.

Alors c’est ça, un foutu Ancien, pensa Tôlem en réprimant un frisson glacé.

La créature ressemblait à une sorte d’immense lézard bipède couleur lapis-lazuli, deux fois plus grande qu’un homme adulte, et dont le corps écailleux se terminait en une large formation osseuse cornu protégeant un énorme crâne. La bête portait en guise d’armure une simple mais monumentale plaque de métal doré qui lui recouvrait le torse et le dos, raccrochée par-dessus ses épaules par d'énormes chaînes. Tôlem estima que l’ensemble massif devait peser au bas mot le poids d’un mulet. En plus de ses armes naturelles - des crocs saillants sous ses babines squameuses et des pattes surpuissantes se terminant par de longues griffes - Gadr’k maniait une immense épée archaïque, fendoir taillé dans une roche noire luisante. Une large chaîne rattachait le pommeau de l’arme au poignet écailleux de Gadr’k, de sorte pensa Tôlem, qu’il ne l’abandonne pas dans la mêlée sous l’effet de quelques instincts primitifs.

En cet instant Tôlem ne l’avait encore jamais vu à l’œuvre, mais il se dit que Gadr’k méritait à n’en point douter son statut de Héraut du Carnage.

- Quelle effroyable puissance… murmura Tôlem, ne parvenant pas à détourner son regard de l’imposant lézard. Nos ancêtres ont dû avoir fort à faire face à ses monstres…

- Gadr’k voudra être le premier dans la mêlée, reprit le borgne. Il n’a pas le choix s’il souhaite devenir un Dieu. Mais il n’est pas le seul à être important sur ce champ de bataille. Jette donc un œil derrière moi. Là-bas, du côté de la tente des commandants.

D’un mouvement de tête, il désigna un jeune homme longiligne, à l’épaisse barbe noir tressée de pierreries chatoyantes, qui effectuait les cent pas non loin de la tente des commandants. L’homme ignorait complètement la valse des messagers qui s’afféraient autour de lui, comme plongé dans une profonde méditation. Tôlem remarqua que l’air qui l’enveloppait se faisait dense, presque palpable, semblable à ces vagues de chaleurs qui remontaient des pierres brulantes en pleine saison sèche. Du fluide. Le barbu irradiait d’une énergie si dense qu’elle en était visible.

- Idrisha. Reprit le vétéran. Tu viens de cette région, alors tu as dû déjà entendre ce nom pas vrai ? Idrisha l’Arcaniste de Seddis. Ne te fis pas à son apparence, il a plus de deux cents ans. Le sorcier a enfin daigné sortir de sa tour dans laquelle il s’était enfermé depuis plus de quarante ans pour nous prêter main forte. C’est un Aspirant et il entend se faire un nom aujourd’hui. L’occasion est trop belle pour qu’il la laisse passer. Avec lui à nos côtés, même les Magistères de Guerre ircaniens n’auront pas la moindre chance.

De nombreux messagers sortirent en trombe de la tente des commandants en criant et coururent jusqu’à leur bataillon respectif.

- Les officiers s'agitent, l’assaut ne devrait plus tarder, observa le vieux soldat. Alors ouvre bien tes yeux pendant la bataille gamin, tu as la chance de vivre un jour historique !

Tôlem couru se vider les boyaux.

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