Désillusion

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 On confia aux quatre européens des armes et des protections rudimentaires. À ce moment, Thierry et Pablo comprirent dans quoi ils s'étaient embarqués : une mission-suicide. Les soldats et véhicules ennemis n'étaient plus qu'à quelques centaines de mètres désormais. Marlowe saisit fermement son fusil, parfaitement content.

 "Enfin. Enfin ! J'attendais ce moment depuis si longtemps... La mort de la comédie, la naissance d'un récit tragique et incroyable... Merci d'avoir rendu tout cela possible. Merci."

 Les forces chinoises avançaient toujours. Désormais à portée, elles furent les cibles des tirs tibétains.

Note :

L'auteur désapprouve le point de vue de Marlowe. Il s'impose à partir de maintenant de ne plus laisser quelque personnage récalcitrant prendre le pouvoir et contrôler son histoire. Oui, je parle aussi de moi à la troisième personne, un problème ? Bref, c'est pourquoi je vais inviter un vieil ami à moi : René, le Narrateur Blasé, qui décrit tout de manière trop concise, trop évasive, trop expéditive et sans aucune émotion ! Dis bonjour René.

B'jour.

Ah, mais qu'est-ce que je l'aime ! Tu m'aimes aussi ?

Mouais.

Un peu de conviction veux-tu ?

Bof...

Voyez, il est incapable d'enthousiasme ! Voici donc les drames qui survinrent, le tout expédié très rapidement pour ne pas s'appitoyer sur le sort des victimes et passer directement à la scène suivante. À toi de jouer René !

Ah, bon. Fais chier...

 Bon ben bref. Là t'as les chintoks qui raboullent un max. Et pis y'en a plein qui crèvent. Mais ils sont pas nés d'la dernière pluie, alors ils ont tout de suite remarqués les tibétains, bah ouais ! Et pis bon, ils ripostent, ils tirent les uns sur les autres, y'a des explosions, 'fin t'as compris quoi. Bref, plein de morts des deux côtés. Ensuite ça continue, voilà, ouais, encore longtemps comme ça. Beaucoup de trucs pas beaux à voir, m'enfin bon... Ah tiens, là y'a des tanks qui se mettent à tirer sur les gros chars tibétains. Ils ont dû comprendre que c'étaient eux les plus coriaces et que leurs équipements font pas mal de bobos, ou un truc du genre. Mais ils résistent bien les bougres. Aïe, coup dur, la grosse explosion là, le char tombe en morceaux. Bah ouais, les chinois aussi ils ont des gros missiles. Et puis ils enchaînent en attaquant un autre de ces engins. Ah bah tiens, grosse panique du côté des personnages principaux. Ils flippent leurs races ces couillons. Tu m'étonnes, ils ont vu le premier blindé se faire ratatiner, et le leur se fait canarder. Eh ben mon vieux, ça fout les choquottes, j'aimerais pas être à leur place, non mais !

 Trop d'émotions, René.

 Ouais ben j'essaye de m'impliquer...

 Pas besoin, je t'assure.

 Ah. Bizarre, d'habitude on me dit d'insister plus sur les sentiments.

 Certes, mais pas moi.

 Tant mieux. Je reprends : Là y'a une partie du tank qui s'est brisé, y'a du feu et tout le tralala. Du coup les gars dans le char ben ils sortent, tu vois, normal. En sautant, Marlowe il dit à son pote, enfin je pas si c'est son pote, j'ai pas suivi, bref il dit à Lucio :

 — Tu vois, ce n'étaient pas tes cavaliers de l'Apocalypse, ils ne sont absolument pas indestructibles !

 C'est vrai ça, pas con. Du coup t'as Lucio qui est paniqué mais un peu rassuré quand même. Ah pardon, pas d'émotions... Bref, euh... Bah je sais pas trop quoi dire là. Bon j'avance un peu dans le temps. Ah, tiens voilà ! Les combats font rage et la situation dégénère. Les tibétains se font anéantir. Les européens n'osent pas aller au front, ils se cachent derrière les débris avec les soldats qui étaient aussi dans le tank, et qui attendent un moment opportun pour attaquer. Grosse baston, plein plein de décédés, t'as capté les bails. Beaucoup de bruit aussi. Soudain, un autre bruit, plus fort encore que celui des combats, envahit l'air. Celui de puissants moteurs. Eh ouais, vous l'avez peut-être deviné, ce sont les avions chinois qui débarquent. Franchement, ça s'annonce pas super bien hein, ça sera pas d'la tarte ! Grosse panique chez les tibétains évidemment. Mais là, il s'passe un truc inattendu : contre toutes attentes, les avions larguent leurs bombes sur le gros des forces chinoises. Bah ça alors, qu'est-ce que c'est que ce retournement de situation fortuit ? C'est qui qui aurait pu le deviner ça, hein ? Pas moi, pour sûr. On s'y attendait pas !

 N'en fais pas trop René, s'il te plait.

 Ben quoi ? Y'a un plot twist, faut bien que j'insiste dessus sinon les gens vont pas comprendre que c'est incroyable.

 Mais pas besoin ! En plus tu insistes beaucoup trop... Attends, tu trouves ça incroyable ?

 Non. M'en fous moi. Mais j'imagine que ça doit l'être.

 D'accord, très bien. Merci pour ton aide René, je vais reprendre les commandes à partir de maintenant.

 C'est pas trop tôt, je commençais à me faire chier moi ! Nan j'déconne, je me faisais chier depuis le début.

 Ok, tu peux partir maintenant.

 À plus la jeunesse !

 Oui, oui, c'est ça, à plus, allez... Ah, sacré René !

 Ainsi, la glace fondait sous les explosions. Une partie importante des troupes chinoises furent décimées, mais la majorité restait toujours opérationnelle.

 Marlowe marmonna alors, absolument dépité :

 — Bordel... J'y crois pas... C'est pas possible...

 — Quoi ? demanda Pablo.

 — Ils ont omis toutes les horreurs, tous les calvaires... Toute la grandeur et toute l'intensité des combats ont été oubliés. Le revirement ne se fera jamais, peu importe mes efforts...

 — Mais qu'est-ce que tu racontes ?

 — Marlowe, ressaisis-toi, l'intima Lucio. C'est la guerre, on va crever si on fait rien !

 — À quoi bon continuer à vivre ? soupira le Lieutenant dépressif. Plus à rien. Ce monde mérite-t-il seulement de perdurer ?

 — Allez, fais pas le con ! cria le gangster. C'est pas le moment de se poser ce genre de questions. Évidemment que ça vaut le coup de vivre ! Te laisse pas abattre, tu t'en rendras vite compte, hijo. Prépare-toi à lutter.

 Marlowe se demanda ce qui poussait cet homme à continuer à le soutenir malgré ce qui s'était passé dans le tank. Peut-être que, tout comme dans l'aéroport où une cause commune les avait réunis, la bataille en cours les unissait à nouveau contre un ennemi commun. Une certaine chaleur envahit son corps gelé et son âme frigide. Il empoigna son arme et s'apprêta à combattre, pour lui, pour ses camarades, pour les tibétains, pour le monde.

 Mai-Linh (Ching pour les non intimes) s'exprima alors en ces termes :

 — Nous ne faisons pas le poids. Nous allons nous faire piétiner sans plus les ralentir que de quelques secondes. Nous devrions nous replier mais nous n'en avons plus les moyens. Ce fut un plaisir de vous rencontrer, c'était très courageux de nous accompagner ici. Malheureusement, et j'en suis profondément désolé, cela aura été en vain et aura causé votre perte.

 — On trouve toujours un moyen de s'en sortir ! lança vaillement Pablo.

 — Hélas, pas cette fois.

 Mai-Linh prononça ensuite quelques paroles d'encouragements, puis se tourna vers les siens et réitéra ses paroles, avec plus de profondeur et d'amitié encore.

 Thierry prit alors un air grave qui ne lui ressemblait pas.

 — Et dire que je devrais être en Russie pour obtenir un permis falsifié...

 — Ne t'en fais pas, le réconforta le cuisinier. Je suis sûr qu'au Paradis tu pourras conduire toutes les voitures dont tu rêves.

 — Et je suis sûr que dans l'autre monde tu pourras faire manger tes omelettes à tout le monde, lui répondit le conducteur de kart avec un sourire sincère.

 Les soldats chinois étaient plus proches que jamais. Dans quelques secondes, nos héros s'engageraient dans le combat.

 Soudain, un bruit perfora à nouveau le ciel. Encore le son de réacteurs, plus compacts cette fois-ci. Marlowe leva les yeux pour en apercevoir la source. À contrejour, une silhouette volante passa à toute vitesse devant le Soleil. On aurait dit un homme... Un homme à une vingtaine de mètres du sol. Une partie de son corps se détacha dans un festival de feu, et fut propulsée sur l'ennemi. Une explosion décima les rangs adverses. Plusieurs autres roquettes furent envoyées, et l'homme volant esquiva tous les projectiles adverses. Il lança ensuite une fusée colossale en plein centre d'une montagne inoccupée. Les tibétains exultaient de joie. Quand l'homme se posa à proximité d'eux, ils s'exclamèrent :

 — Incroyable ! C'est Cyborg Gandhi !

 Marlowe demanda des informations. L'homme au jet-pack s'approchait avec un sourire en coin. Son crâne dégarni brillait plus encore que les parties métalliques de son corps. Mai-Linh répondit au Lieutenant :

 — Il s'agit de Cyborg Gandhi, notre héros à tous, le sauveur de notre nation !

 Les traits du Lieutenant se décomposèrent.

 — C'est une blague ?

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