Deuxième partie - Chapitre I : A l'ombre des pyramides

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Collin avait raison ! Dès le lendemain, le commissaire Maréchal et son adjoint, l'inspecteur Bertoux, étaient au 36. La révolution de palais était en marche ! Maxence Leroux se retrouva vite au placard : fini pour lui le terrain ; la paperasse, c'était bien assez pour un anarchiste de son espèce ! A surveiller!

S'il voulait trouver Belzébuth, il devrait enquêter le plus discrètement possible ou démissionner. Démissionner... pourquoi pas ! Il n'était pas entré dans la police pour le salaire ; d'ailleurs, pourquoi avait-il choisi d'être policier ? Cette solution avait tout de même l'inconvénient de l'éloigner des dossiers, des fichiers qui pourraient lui être utiles dans sa « guerre » contre l'infâme malfrat. Bien sûr, il pourrait compter sur l'aide de son beau-frère mais moins ce dernier serait au courant de ses avancées, mieux ce serait : Collin était avant tout un journaliste, un journaliste avide de sensationnel !

Donc il devait rester à son poste et courber l'échine devant son nouveau patron et le « petit roquet » de celui-ci. Ce serait difficile vu qu'il était écarté de toute enquête ; même l'affaire du brocanteur lui échappait. Lorsqu'il avait suggérer de garder celle-ci, le commissaire Maréchal, avec un sourire au coin des lèvres, lui avait épondu :

« Quelle affaire ? Il n'y a pas d'affaire de brocanteur ! Il s'est fait bouffer par son chien : un point c'est tout ! »

Le nouveau patron n'aimait traiter que des affaires flamboyantes, des affaires qui le mettaient au premier plan !

Maxence soupira : « Qui pourrait l'épauler ou le renseigner pour cette chasse au diable ? Son indic principal, Ernesto Delaseine, avait ripé ses galoches à Cuba ; ses collègues lui tournaient le dos ou se faisaient tout petits ; les principaux accusés de l'« affaire de la dame en vert » étaient au quartier des condamnés à mort et muets ou morte comme l'énigmatique Emma de Castellano. Peut-être pourrait-il compter sur le brigadier flamand... comment s'appelait-il déjà ? Vandick... c'est cela ! Le brigadier de gendarmerie Vandick ! Encore le beau-frère, Collin... oui... mais avec parcimonie ! Collin pourrait être joker !

La sonnerie du téléphone le fit sursauter. Il décrocha le combiné. Qui pouvait bien le sortir de sa méditation ? Les appels étaient devenus si rares depuis sa nouvelle affectation.

« Inspecteur Leroux. A qui ai-je l'honneur ?

– Bonjour inspecteur ! C'est le Sphinx !

– Le Sphinx ? Toujours vivant ?

– Ne plaisantez pas avec ça, inspecteur ! Un mauvais coup est si vite arrivé... D'accord, j'ai la barraka mais on ne sait jamais !

– Bon, si tu m'appelles, ce n'est pas pour me parler de ta santé ni de la mienne, interrompit Maxence, excédé.

– Toujours droit au but, inspecteur ! J'y arrive... Voilà... Tous les jeudi soirs... pourquoi le jeudi ? Je ne sais pas... Donc tous les jeudis, depuis quelques mois, deux personnes se rencontrent dans mon établissement. Je pense que cela peut vous intéresser, inspecteur !

– Qui ? cria Maxence.

– Vous verrez ! Si je vous le dis, il n'y aura plus de surprise, ricana le Sphynx ; ça tombe bien on est jeudi, venez prendre l'apéro sur les coups de huit heures, ce soir ! »

L'inspecteur Leroux n'eut pas le temps de placer un dernier mot, son interlocuteur avait raccroché ; pas même un « au revoir » !

Qui pouvaient bien être ces deux énergumènes que le Sphynx voulait lui faire rencontrer ? Comment se faisait-il que ce dernier se rappelle à ses bons souvenirs, lui si discret d'ordinaire et plus qu'avare de renseignements ? Une chose était certaine : Le Sphynx ne valait pas ce bon Ernesto Delaseine !

C'était décidé : ce soir, il irait prendre l'apéro au Louksor, le troquet tenu par le Sphynx. Il ne faut rien laisser au hasard ; Qui sait ? La pêche serait peut-être miraculeuse ! Avec sa mise au placard et la désertion de son principal indic, Maxence devait trouver d'autres solutions pour rester en contact avec la rue ; autant commencer avec le Sphynx.

Mais qui pouvaient bien être ces deux énergumènes ? Si cela se trouvait, ce n'était rien de folichon !

L'inspecteur pénétra dans le bar. Quelques clients sirotaient leur apéro en jouant aux cartes ou aux dominos.

Le bar le Louksor n'était pas un établissement que l'on pourrait dire de grand luxe ! C'était l'un de ces petits troquets à l'aspect vieillot comme il en existe des tas à Paris : un comptoir, quelques tables et une petite arrière salle plus discrète.

Le Sphynx trônait derrière le zinc. C'était un homme plutôt chétif qui n'avait pas plus le type égyptien que la reine d'Angleterre ; seul un fez d'un rouge fané lui donnait quelque couleur locale. Maxence savait très bien les origines de son indic né à Alger mais trafiquant tout de même avec l'Egypte ! Le Sphynx avait vraiment un air sournois ! Il distillait ses informations toujours au compte-goutte et seulement lorsqu'il avait une grosse affaire sur le feu. Ce soir, les caisses de tabac devaient s'empiler dans sa cave !

« Monsieur Maxence ! Ça fait plaisir de vous voir ! Quelle surprise ! s'exclama le tenancier, de sa voix de fausset.

– Bonjour le Sphinx ! Quoi de neuf dans le quartier?

– Oh ! La routine... je dirais même la routine habituelle ! Ici, vous le savez bien, il ne se passe jamais rien !

– Un homme heureux, en somme ! fit Maxence avec un brin d'ironie.

– Oui ! C'est ça en quelque sorte ! Je vous sers une anisette ?

– Avec plaisir !

– Vous irez la déguster tranquillement dans la salle d'à côté, » suggéra le Sphynx.

Maxence tourna discrètement la tête vers le lieu incriminé. Deux hommes y étaient déjà et en pleine discussion. Deux hommes qui, effectivement, ne semblaient pas des inconnus pour l'inspecteur.

Il prit son verre d'anisette Gras ainsi qu'une carafe d'eau et se dirigea vers les deux hommes. Il s'arrêta sur le pas de la salle.

Oui, ces deux hommes il les connaissaient mais de les rencontrer ensemble tels deux comploteurs, ça l'étonnait vraiment.

Les deux individus, quand ils s'aperçurent qu'ils étaient regardés, sursautèrent ; à la vue de l'inspecteur Leroux, ils se tétanisèrent.

« Pour un hasard, c'est un sacré hasard ! » s'exclaffa Maxence.

Le duo restait muet, la tête baissée comme deux écoliers pris en faute. En faute... c'était bien le terme !

Maxence pénétra dans la salle, posa son verre et sa carafe sur la table occupée par les deux hommes ; il prit une chaise. Il jubilait !

Le Sphynx avait eu raison de le prévenir de la présence de ces deux énergumènes même si ce n'était pas à priori l'histoire du siècle.

Maxence s'assit et les examina.

« Pas bavards subitement ! Vous avez perdu votre langue ou alors vous avez vu le diable en personne ! »

Toujours pas de réponse.

L'inspecteur Leroux versa quelques gouttes d'eau dans son anis qui se troubla à l'instar des deux fautifs. Sans se hâter, il sortit une blague pleine de tabac gris, une feuille et roula, avec dextérité, une cigarette. Il craqua une allumette et fit rougeoyer le baton de tabac : volupté et volutes !

Ses deux commensaux semblaient dans leurs petits souliers ; pourtant Maxence n'avait encore vraiment rien dit !

Il lança la boite d'allumettes sur la table, tira sur la cigarette et laissa s'évader des ronds bleus vers le plafond.

« Bien ! Qui commence ? interrogea-t-il en examinant l'un après l'autre les deux hommes qui tenaient toujours leurs têtes baissées.

– Ce n'est pas ce que vous croyez », osa timidement le plus jeune des deux. Il devait avoir le même âge que Maxence mais plus costaud, plus... campagnard !

Maxence le fixa dans les yeux. « Mais je ne crois rien... rien du tout... je constate... brigadier Barbier... je constate que l'un de mes subordonnés prend l'apéro avec un dénommé Grenoux, dit la Grenouille, policier corrompu et recherché... Sinon je ne crois rien ! »

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