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Lisa paya son coca et s’assit à l'ombre d'un parasol. Elle avala la moitié de la cannette d'une traite avant de promener son regard autour d'elle. La galerie était noire de monde mais personne ne lui prêtait d'attention particulière, trop occupés qu'ils étaient avec leurs sacs de courses ou leurs enfants bruyants.

La grande horloge affichait huit heures trente-neuf. Seulement dix minutes de plus que l’heure indiquée sur le papier… La jeune fille demeurait une éternelle retardataire, elle se promit silencieusement d’y remédier un jour.

Lisa soupira et continua tranquillement sa boisson, le regard perdu dans le vague.

Est-ce même le bon endroit ? songea-t-elle soudain.

Rien ne lui disait qu'elle avait correctement interprété la lettre. Ce n'était peut-être même pas une énigme, tout compte fait.

Un raclement de chaise la tira de ses pensées.

— Cette place est libre ?

Lisa regarda l'homme bouche bée. Il n'attendit pas sa réponse pour s'asseoir face à elle.

— Tu me semblais un peu plus loquace la dernière fois qu'on s'est vus, lui dit-il avec un sourire.

— Que faites-vous ici ? finit-elle par demander.

— Ça, c'est la meilleure, jeune fille ! Je viens au rendez-vous que j'ai fixé, voyons.

— C'était vous ? Mais pourquoi tous ces mystères ?

— Mais tu es bien curieuse, dis donc ! Qui d'autre pensais-tu que ce soit ?

— La curiosité n'est pas un défaut, répondit Lisa. C'est ce qui nous permet de découvrir le monde et de voir ses merveilles. Et puis, comment obtenir les réponses si on ne demande rien ?

— Tu n'as pas tort… Pour répondre à ta question, sache que tu n'étais pas la seule à signer ce contrat. Vous étiez cinq et il fallait bien que je vous départage. Tu es ici dans les temps. Que dirais-tu de voir combien d'autres vont arriver avant neuf heures ?

Lisa regarda l'horloge. Il était à présent neuf heures moins cinq.

— Et les autres ? Que va-t-il arriver à ceux qui ne viendront pas ?

Et puis, tant qu'on y est, que va-t-il m'arriver à moi qui suis ici ? se demanda-t-elle.

— Je vous ai donné un point de rendez-vous facile à trouver. Ceux qui n'y arriveront pas ne me seront d'aucune utilité pour la suite. Le travail de cet été est assez spécifique et demande une grande capacité d'adaptation et un esprit aiguisé, conclut-il avec un clin d’œil.

— Et en quoi consiste exactement ce… travail ?

— Toujours des questions, soupira-t-il. Et si on attendait plutôt de voir si ce charmant jeune homme finira par nous remarquer ? Non, ne lève pas la tête, tu lui donnes un indice !

Lisa regarda tout autour du coin de l’œil. Oui, il y avait bien un garçon aux cheveux sombres qui semblait perdu près de l'entrée du centre. C'est alors que Lisa se souvint : même si le café s'appelait l'Infini, le signe ne se retrouvait nulle part sur la devanture mais seulement à l'intérieur…

Neuf heures moins deux, allez regarde par ici, par ici…

Leurs regards se croisèrent un instant mais cela suffit pour qu'il s'approche de la table. Elle le reconnut alors. C'était le garçon boutonneux de la salle d'attente, celui qui était entré juste avant elle.

— Bien joué ! Vous êtes donc deux à avoir réussi la première épreuve, dit Jacob tandis que le jeune homme prenait lui aussi place.

— Ah, parce qu'il y en a d'autres comme ça ? s'étonna le nouveau venu.

— Une seule. Et elle commence maintenant.

— Ça consiste en quoi ? l'interrompit Lisa.

— Hum… Disons que c'est une partie de cache-cache…

— Mais on a passé l'âge !

— … un peu particulière, soupira Jacob. Alors cesse donc de m'interrompre. Il se peut que l'une de mes cinq enveloppes soit tombée entre de mauvaises mains. J'en suis quasiment sûr en fait.

Lisa remarqua alors que, bien qu'il leur parlait, son attention était focalisée sur tout autre chose, quelque part dans son dos.

— Ne pense même pas à te retourner, dit Jacob avec sérieux.

— Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a derrière moi ?

— Trois types trop chelou avec des capes beiges, répondit l'adolescent qui n'avait eu qu'à tourner la tête pour les voir. Ils sont sortis d'un jeu vidéo ou quoi ?

— Non, malheureusement… Si c'était aussi simple, vous ne seriez même pas là en ce moment. Vous ne le savez pas encore mais certaines personnes n'ont aucun intérêt à ce que notre rencontre d'aujourd'hui ait lieu. Et avant que tu me demandes à nouveau pourquoi, laisse-moi te dire qu'ils sont prêts à tout pour ça. Quitte à se promener en pleine rue dans cet accoutrement ridicule.

Lisa résista comme elle le put à l'envie de voir par elle-même, et préféra plutôt se concentrer sur la suite du discours de Jacob.

— Mais qui sont-ils ? demanda le garçon.

— Les méchants de l'histoire… Voilà la situation, dit-il en les regardant alternativement. Vous voulez le job ? Vous devez leur échapper. Pour tout vous dire, ils en ont plus après moi qu'après vous… On se retrouve à la gare, d'accord ? Quai trois à onze heures. Ça vous laisse plus d'une heure pour trouver une solution créative. Ah, une dernière chose : pas d'échanges de noms entre vous. Vous aurez des noms de code tout à l'heure, c'est uniquement ceux-là que vous devrez utiliser, vous comprenez ?

Lisa jeta un coup d’œil à son compagnon, tout en acquiesçant avec hésitation. Elle fut soulagée de le voir faire de même.

— Bien, cela étant dit… Les jeunes, êtes-vous prêts pour la seconde épreuve ? Oui ? Alors courrez !

Jacob se leva et partit d'un pas rapide. Lisa le suivit du regard et se leva lentement. Mais le garçon ne bougea pas et continua à observer les trois individus.

— Euh… et maintenant ? demanda-t-il.

La jeune fille sentit soudain une crispation de peur la traverser. L'un des hommes avait les yeux braqués sur elle. Et, rien qu'à sa façon de la regarder, il était clair qu'il savait parfaitement qui elle était.

— On dégage !

Elle attrapa le garçon par la main et traversa la porte vitrée pour s'engouffrer dans le centre commercial. Ils slalomèrent rapidement entre les passants, bousculèrent ceux qui ne s'écartaient pas à temps de leur chemin. Quelques protestations outrées se firent entendre mais Lisa n'y prêta pas la moindre attention. À la crainte qu'elle ressentait était venu s'ajouter un soupçon… d'excitation ?

— Pourquoi est-ce qu'on fuit ?

Lisa se rendit alors compte qu'elle l'avait traîné sur la moitié de la galerie. Elle lâcha rapidement sa main et continua à avancer d'un pas ferme. Un regard derrière eux ne lui permit d'apercevoir que la foule dense des acheteurs. Pas le moindre signe d'une quelconque cape.

— Parce qu'il l'a dit. Je ne veux pas manquer cette chance à cause de toi ! Viens !

— Oui, mais qui dit que c'est une chance…

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