2 – Libérée, délivrée

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Je devais donc rencontrer une femme, lui plaire, la séduire, et enfin… conclure, comme on dit.

Je ne m’en sentais pas capable, en tous les cas pas dans l’immédiat. Lorsque je me contemplais dans la glace je ne voyais pas une bombe atomique, mais plutôt une petite bonne femme un peu grassouillette ayant perdu tout charme au fil des années et des grossesses. Je me décidai donc à faire du sport.

Aller m’enfermer dans une salle où la transpiration sentait à plein nez et sans paysage ne me donnait pas envie. J’optai donc pour le jogging. Il y avait près de chez moi un étang assez vaste et bordé de forêt, autour duquel maints joggeurs et joggeuses se rendaient quotidiennement. Je pourrais y aller avant le boulot, ou le soir.

Entre-temps, je continuerais à assouvir mes désirs le jeudi soir. Je me fis d’ailleurs une petite culture dans ce domaine, découvrant d’autres filles splendides.

N’ayant pas trop la fibre matinale, je choisis le soir en rentrant du boulot. À cette heure-là il y a pas mal de monde, occasion éventuelle pour moi d’y faire des rencontres.

La première semaine fut une horreur. Je ne parvenais qu’à parcourir la moitié du chemin sans m’arrêter et je devais faire le reste en marchant. Je rencontrai Mélodie, une femme un peu comme moi, un peu plus grande peut-être et avec des cheveux blonds alors que les miens tendaient vers un noir de corbeau. Mon corps n’était plus qu’une soufflerie alors qu’elle arrivait à ma hauteur dans un état à peu près comme le mien.

— Allez… courage ! me lança-t-elle entre deux reprises de souffle.

Son intervention me redonna des forces et je décidai de la suivre. Quelques minutes plus tard, c’est elle qui crachait ses poumons. Arrivant à sa hauteur je lui lançai :

— Accroche-toi !… Ne laisse pas tomber !

Et nous repartîmes ensemble, nous soutenant mutuellement à chaque fois que l’autre flanchait. Pour la première fois de la semaine, j’arrivai au bout du chemin sans avoir marché. Quelle victoire ! Lorsque nous fûmes parvenues aux voitures, elle se mit à faire des étirements.

— Fais ça, si tu ne veux pas avoir de courbatures !

Je l’écoutai sans réfléchir. Puis nous désaltérant, nous commençâmes à faire connaissance.

— Je me suis mis à te suivre, voyant que tu avais le même rythme que moi, me dit-elle, tu viens tous les jours ?

— Depuis le début de la semaine, je ne sais pas si je vais tenir longtemps.

Elle me fit un sourire :

— Je suis dans le même cas que toi, alors si tu veux bien, on se retrouve chaque jour ici et on progressera ensemble.

J’acquiesçai. Nous échangeâmes nos numéros de téléphone pour se prévenir au cas où l’autre ne pourrait pas venir. Quelque chose en moi tressailli, j’avais fait une rencontre. La regardant bien, son physique quoiqu’un peu comme le mien n’était pas désagréable. Je verrais bien où cette amitié nous mènerait, on ne sait jamais.

Les semaines suivantes nous courûmes ensemble pratiquement chaque jour. Rapidement, nous fîmes des progrès et nos encouragements mutuels comptaient pour beaucoup. Sans elle je n’aurais certainement pas tenu, et vice-versa.

Nous fîmes également plus ample connaissance. Elle était divorcée et à la recherche d’un partenaire Ah ! pas une, zut ! et pour se donner plus de chance, elle avait fait le même choix que moi : le sport. Évitant de lui dire que j’étais une lesbienne refoulée, mot que je commençais à mettre sur mon cas, je lui dis que c’était pour mieux plaire à mon mari qui me délaissait. Tout en courant, notre sujet de prédilection, comme toute mère, était nos enfants. Elle avait deux filles et moi deux garçons. Les âges différaient et ils n’allaient pas étudier aux mêmes endroits, mais nous pouvions parler de leurs problèmes entre nous, partageant souvent des conseils avisés.

Jusqu’au jour où j’eus une idée, mais pour cela je devais m’ouvrir à elle à propos de mon homosexualité. Une fois que je lui eus exposé mon stratagème, elle rit, fit une pause pour réfléchir puis nous topâmes.

Deux semaines plus tard elle sonnait chez moi. Je laissai mon mari aller ouvrir la porte pendant que je finissais de mettre la table, car c’est lui qui avait cuisiné. Lorsqu’elle entra dans le salon, je remarquai qu’elle était très sexy, tout en gardant une grande élégance, c’est ce dont nous avions convenu. Nos silhouettes s’étaient affinées et elle me semblait plus jolie qu’avant. Mon homme avait les yeux rivés sur son arrière-train, parfait. Depuis deux semaines que je lui refusais tout rapport, sa faim avait dû grandir.

— Salut, entre ! Je te présente David, mon mari, et voici Mélodie, dont je t’ai parlé. David, débarrasse-la de son manteau s’il te plaît.

Pendant qu’il s’exécutait servilement, je riais intérieurement. Elle n’avait pas emmené ses enfants et nous avions fait garder les nôtres pour être tranquilles entre adultes. Puis, mon téléphone sonna. Je décrochai.

— Oui, … …, oui, … …, Oh ! … Mince ! J’arrive tout de suite !

Raccrochant je fis :

— Mince c’est le boulot ! Je dois y aller, ils ont une grosse panne, tout le monde doit s’y rendre. Ça risque de prendre toute la nuit ! Ça ne vous dérange pas si je vous laisse seuls ?

Me marrant à l’avance, je pris le chemin de la minable chambre d’hôtel, avec un lit une place que j’avais réservée pour la nuit. Elle n’était pas confortable, mais les vidéos de mon ordinateur portable me réconfortèrent, et surtout je riais déjà de la réussite de mon plan, pensant aux autres étapes qu’il fallait préparer.

Le lendemain à l’heure du footing j’attendais Mélodie.

— Alors, ça c’est passé comment ? lui demandai-je.

— Il est tombé dans le panneau, mais j’ai eu du mal ! C’est qu’il voulait t’être fidèle le bougre.

— Et alors c’était bien ?

— Bien comme peut l’espérer un bédouin dans le désert lorsqu’il trouve une source d’eau parfaitement potable, me répondit-elle, un léger sourire aux lèvres.

Nous rîmes ensemble un instant.

— Vous allez vous revoir ?

— Oui, jeudi soir. Il paraît que tu ne poseras pas de question comme il est censé jouer au tarot.

— Ça ne m’arrange pas, dis-lui que c’est pour mardi, comme ça j’aurai deux soirées pour moi. Qu’il trouve une autre excuse, je saurai me montrer compréhensive ! T’as la vidéo ?

Elle me tendit une clef USB, je la remerciai. Nous partîmes alors pour notre footing quotidien.

Quelques jours plus tard, je me rendis chez un avocat que Mélodie m’avait conseillé, preuve en mains.

Le divorce fut prononcé le mois suivant. David n’avait pas eu le choix : je garderais la maison, j’aurais les enfants uniquement pendant leurs vacances et il me verserait une petite pension.

Bonne affaire, merci Mélodie et bien du courage pour le garder !

J’étais enfin prête à rencontrer quelqu’un.

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