Kairii : le poids de la beauté II

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Alors que tous n’avaient d’yeux que pour le pavillon de thé rempli de papillons colorés, le vieux rônin au regard rusé s'était approché.

— Fais voir un peu ton visage, kozô.

Il avait tendu la main, faisant mine de pour dégager les longs cheveux de Kairii de devant ses yeux.

Ce dernier l’avait violemment repoussé.

— Ne me touchez pas ! Si vous voulez vous rincer l'oeil à la foire aux monstres, achetez une place pour venir nous voir. On se produit sur la scène près du tabisho.

La réplique de Kairii, une fois de plus, avait été saluée par une salve de rires.

— Il est peut-être laid, mais il a le sens du commerce, au moins !

Et les gens s'étaient éloignés un à un, en riant.

Kairii avait croqué dans son beignet taiyaki d'un coup de dent rageur. Que les gens étaient stupides !

C’est là qu’une voix claire et jeune s’était élevée dans son dos.

— Je ne sais pas si tu as le sens du commerce, mais tu as celui de la répartie, ça c'est sûr.

Kairii s’était retourné vivement. Apparaissant au coin d'une ruelle se trouvait Haruhiko, le beau jeune homme que tous ces gens cherchaient. Il était sorti de la maison de thé par une porte dérobée, pour échapper à l'admiration populaire.

— Chut, agis naturellement... avait-il murmuré en rectifiant son chapeau sur son joli visage aux joues délicatement rosies. Ne dis à personne qui je suis !

— Je m'en fous, de qui tu es, avait méchamment répliqué Kairii.

La vue de ce garçon au visage parfait l’avait mis mal à l'aise. Enfonçant ses mains dans ses manches, il s'était éloigné, avec l’idée de ne plus revenir.

Mais le beau jeune homme l’avait suivi.

— Attends-moi !

Curieux malgré lui, Kairii avait jeté un œil par-dessus son épaule. Et le garçon l’avait rattrapé.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Je t'ai vu au stand de tir à l'arc tout à l'heure. Tu vises drôlement bien !

Alors que Haruhiko se mettait à sa hauteur, Kairii lui avait coulé un nouveau regard.

— Tu crois que tu pourrais m'apprendre ?

— C’est pas une question de technique, c'est une question de capacité visuelle. Si tu ne vois pas bien, tu ne deviendras jamais un bon archer, c'est aussi simple que ça.

Sans se laisser rebuter par ce ton péremptoire, Haruhiko s’était mis à rire doucement.

— Je crois que je vois bien... Je me débrouille pas mal en escrime, mais personne n'a jamais pu m'apprendre le tir à l'arc. C'est un art qui se perd, maintenant qu'on est plus en guerre.

— Tu veux donc que je t'apprenne à te servir d'un arc ?

— Oui, avait acquiescé Haruhiko. Je te paierai.

— Je ne veux pas de ton argent. En échange, accepte de faire des passes au sabre avec moi. C'est tout ce que je te demande.

Kairii avait lâché sa proposition d'un seul souffle. Il n'avait jamais fréquenté d'école d'escrime, lui, ayant appris la technique en imitant Kiyomasa. Il avait déjà tué de nombreux adversaires, mais il ignorait ce que valait son escrime face à un véritable spécialiste, quelqu’un formé à la technique dans un dôjô.

Haruhiko lui avait souri, la tête légèrement penchée sur le côté.

— Tu es sûr ?

—Tu vis à l’ancienne capitale, c'est ça ? Je passerai te voir dès que le kagura sera fini.

— Très bien... J'habite dans une école de théâtre à Miyakawa. Demande Haruhiko.

— Je sais comment tu t'appelles, avait murmuré Kairii avant de s'éloigner.

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