Chapitre 44

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— Oh, c’est mauvais ! s’écria Vacko alors que la bête réduisait le majordome en charpie.

— Que oui, Vacko ! On a pas d’sifflet, là !

— Y s’rappellera p’tet qu’on l’nourrissait, qui sait ?

— J’compterai pas trop là-dessus à ta place, mon ami !

Caes et Kappa avait déjà commencé à avancer vers le monstre en plein repas lorsque celui-ci leva la tête. S’immobilisant, les deux chevaliers tirèrent leurs épées en un éclair et avec une synchronisation parfaite. Cependant, l’écorcheur ne fit absolument pas attention à eux. Au contraire, jetant de frénétiques coups d’œil à gauche et à droite, il retroussa les babines.

C’est alors qu’ils perçurent le premier jappement. Un autre écorcheur ? L’aboi provenait de quelque part à leur droite. Il fut vite suivi d’un autre, assez proche, puis d’encore un autre sur leur gauche.

Quelques secondes suffirent pour voir le déclenchement d’un concert de glapissements identiques.

— Mais combien de ces horribles bestioles ont bien pu survivre au crash ?! s’exclama Cormack.

Ezéquiel se tourna vers les pirates qui affichaient des mines stupéfaites. Vacko secouait la tête alors qu’il échangeait avec son compère des regards interloqués.

— En aviez-vous autant ? demanda le jeune prince.

Crépin leva les bras au ciel.

— C’est bien l’problème, bonhomme ! On en avait, de nos p’tites bêtes, pour sûr ! Mais pas autant !

— Que veux-tu dire ? questionna Caes sans lâcher du regard l’écorcheur qui lui faisait face.

— Ce qu’il veut dire, répondit Ezéquiel. C’est que ce qui nous entoure n’a rien à voir avec ce qui nous a pourchassé sur le transporteur !

Comme pour répondre à leurs inquiétudes, l’écorcheur effectua un incroyable bond à une vitesse fulgurante et s’enfonça dans les hautes herbes sans demander son reste.

— C’est moi ou l’invincible machin à grandes dents vient de prendre la fuite ? souffla Cormack avant de rajouter en se prenant la tête à deux mains. C’est pas vrai ! Qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus ?!

— Les passagers se sont enfuis vers le Nord, sans réfléchir et sous l’effet de la panique, murmura Ezéquiel comme pour lui-même. Vous vous souvenez que plusieurs parmi eux arboraient des morsures. Ce n’était pas du fait des Rolfs. Non ! Ils ont plutôt cueilli ces pauvres gens au terme de leur fuite. De plus, Grimjow et ses guerriers ne nous ont pas suivis dans ces herbes rouges !

— La question est, qu’est-ce qui peut effrayer à ce point un écorcheur et un groupe de tueurs Rolfs surarmés ? grogna Caes en retour à ce constat angoissant. Dans le transporteur ! Tout le monde !

Ils s’élancèrent comme un seul homme vers ce refuge de métal à l’abandon quand les chevaliers stoppèrent net. Cormack faillit même rentrer dans Kappa et lâcher Maître Cène sous le coup de la surprise.

— Mais qu’est-ce qui ne va pas encore ? Vous n’avez…

Il s’interrompit en constatant ce qu’ils avaient sous les yeux et qui venait d’apparaître comme par enchantement. Leur coupant la route vers la carcasse du vaisseau.

Un petit être velu leur faisait face et, arrivant à peu-près à mi-cuisse d’un homme de taille normal, il était plutôt dodu. Grassouillet et de forme humanoïde, il avait néanmoins les bras plus longs que ses jambes courtaudes. Il les observait avec de grands yeux humides et avec ce qui s’approchait d’un sourire.

Autour d’eux les rires s’étaient tus et c’est alors que le petit être parla:

— Mais qu’est-ce qui ne va pas encore ?

— Mais, bon sang, c’est ma voix ! s’écria le grand Rolf.

Il avait raison. La créature n’avait pas seulement répété ses mots, elle avait aussi parfaitement imité la voix de Cormack.

— Mais, bon sang, c’est ma voix !

Cette fois ci, la répétition provenait de derrière eux. Formant de multiples échos identiques.

— J’aime pas ça, gémit Crépin.

— J’aime pas ça ! J’aime pas ça…

À la stupéfaction générale, la voix du pirate leur fut retransmise dans son intégralité et c’est alors que le petit être qui leur faisait face les invita à se joindre à lui. Insistant avec ses bras potelets, il effectua même une courbette devant leurs yeux ahuris. Du doigt, il désigna Gravis et l’enjoignit à le suivre seul.

Alors que le majordome se désignait lui-même sans trop savoir quoi faire, une pierre fusa à grande vitesse, suivant une trajectoire rectiligne sans toucher l’un d’entre eux. Elle s’écrasa en plein sur le visage de l’adorable créature qui effectua un petit vol plané en arrière, emportée.

— Ezéquiel ! cria Cormack avec fureur. Je peux savoir ce que tu fabriques ?!

Derrière lui, le jeune prince jouait négligemment avec un deuxième caillou. Le faisant sauter dans sa main experte alors que le Rolf se précipitait pour voir si la créature était toujours vivante.

— Je te le déconseille, l’avertit calmement son ami.

Cormack stoppa net d’instinct. Quelque chose avait changé alors que la chose se relevait péniblement en baragouinant d’incompréhensibles onomatopées. Autour d’eux des dizaines de murmures emplirent l’atmosphère, se muant en un seul. Celui-ci devint vite un grondement qui secoua la plaine.

Face à eux, le petit être n’avait plus l’air amical du tout. Son visage bienveillant s’était transformé en un masque cruel. Soudain la chose ouvrit démesurément sa gueule pour y révéler plusieurs rangées de dents effilées. Le cri qui en sortit fut strident, assourdissant et il fut vite amplifié par des centaines aux alentours.

— On est pas dans la merde ! hurla Crépin.

La chose leur fonça dessus.

— Ne bougez pas ! cria Ezéquiel.

Tous réussirent, ils ne surent comment, à l’écouter. Luttant pour rester stoïque alors que cette peluche pour enfants, à la dentition effrayante, les chargeait en hurlant. À cinq pas de Caes, en pointe de formation, elle arrêta sa course. Penchant la tête au début, elle esquissa une moue boudeuse. Puis son regard se chargea de haine à nouveau et elle hurla encore une fois avant de disparaître dans les hautes herbes rouges.

Autour d’eux, le vrombissement s’était tu.

— Je n’ai pas très bien compris ce qu’il vient de se passer, souffla Cormack.

— Pareil pour moi, grogna Kappa.

— Il voulait nous séparer, expliqua Ezéquiel. D’abord en enjoignant Gravis à le suivre puis en nous fonçant dessus pour nous faire paniquer. C’est en restant groupés que les rescapés du transporteur ont pu s’échapper avant de tomber sur les Rolfs. Seul, nous n’avons aucune chance.

Cormack éclata d’un rire dans lequel transparaissait son soulagement.

— Ah Ezéquiel ! s’exclama-t-il. Cette fois-ci, tu nous as vraiment sauvé la mise. Cette créature m’avait tellement surpris que j’aurais été capable de fuir sans réfléchir, ou du moins m’écarter des autres. Et je pense que je n’aurais pas été le seul !

Il glissa un clin d’œil aux pirates qui sourirent à leur tour sans la moindre rancune tant ils étaient également soulagés. Même les chevaliers esquissèrent un petit sourire, dardant sur le jeune prince un regard nouveau.

Le Rolf gratifia son ami d’une bourrade amicale mais celui-ci ne souriait pas du tout.

— Tu cries victoire trop tôt, Cormack. Ils attendent juste une meilleure opportunité.

Le colosse haussa les épaules, confiant.

— Et alors ! Nous n’aurons qu’à user du même stratagème…

Le jeune prince secouait lentement la tête et il se tut.

— J’aimerais que cela soit aussi simple, dit-il. Mais nous ne pouvons rester ici et nul ne peut prédire ce qu’il en sera de leur courage la nuit.

Il désigna d’un geste l’horizon qui perdait en luminosité.

— Et il ne nous reste que peu de temps, je le crains…

Les sourires avaient disparu, remplacés par des mines horrifiées. Au loin, un ricanement retentit, à nouveau suivi par plusieurs autres, comme pour répondre à leur vanité précédente.

Les créatures, quelles qu’elles soient, n’en n’avaient pas fini avec eux. Elles attendaient juste une occasion. Elles attendaient juste leur heure…

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