Histoire de la Corde

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Une caravane s'était arrêtée dans une clairière pour la nuit à venir. Les arbres étaient foisonnants, l'herbe y était grasse, et une rivière fraîche coulait en son centre. L'endroit était si accueillant, et l'on y fit une fête si joviale, que nombreux furent ceux qui voulurent y rester, pour y vivre et bâtir une maison. Parmi eux, il y avait un jeune homme du nom de Rouhrlan.

Tous pourtant connaissaient la malédiction du Père-des-Pères: le chemin de demain était la seule maison possible.

Or le lendemain matin, aux yeux de tous, Rouhrlan pleurait de tristesse.
"Cette endroit est béni de bonheur !" répétait-il "Pourquoi partons-nous ? Et si nous ne revenions jamais ? Et si notre souvenir s'estompe ? Et si nous oublions le nom, si nous oublions le chemin qui nous y mène ?". Ses amis tentèrent bien de le convaincre, mais il refusait obstinément de quitter la clairière, et restait là, s'aggripant aux rochers de la rivière.
Finalement, on lui fit accrocher une corde à ces mêmes rochers, dont on serra l'autre bout autour de sa taille: ainsi la caravane était complète, mais la clairière lui serait toujours liée tant que la corde tiendrait. Les vagabonds reprirent la route.

Rourhlan pourtant était anxieux. Il craignait que la corde ne lâche, il craignait qu'on la piétine ou qu'on l'abîme et il se fit très vite méchant avec quiconque s'approchait ou voulait lui parler. Pour s'assurer de na pas la perdre, il fit plusieurs fois le tour de certains palmiers, et serra des noeuds impossibles autour de leurs troncs, de sorte à ce que la corde jamais ne lâche, et jamais ne se fende.

Le jour arriva où la corde se tendit: elle était arrivée à sa toute fin. Le jeune homme sanglotait à nouveau.
Ses amis l'implorèrent de couper la corde, de venir avec eux... mais il refusa. Il supplia qu'on lui trouve une corde plus longue... mais celle-ci était déjà la plus longue de toutes.

Pourtant la caravane devait repartir; alors on laissa Rouhrlan seul, et les chariots reprirent leur route: on espérait que la corde du coeur qui le reliait à la caravane serait plus forte que la corde de chanvre qu'il s'était attachée.
Dévasté, aveuglé par la peur, Rouhrlan ne pouvait se décider. La clairière et ses souvenirs l'appelaient, mais sans la caravane, et elle sans lui, rien ne serait plus comme avant. Alors il tirait et tirait sur la corde comme pour emporter avec lui la rivière, la clairirère, et tous les souvenirs qu'il s'y était forgés.

Mais de l'autre côté de la corde, malheur parmi les malheurs, le rocher qui la tenait n'était pas qu'une simple pierre: c'était une porte magique vers le royaume des morts. Réveillés par les coups de force de Rouhrlan, les morts tirèrent sur la corde, pensant qu'on leur amenait un nouveau compagnon... et lentement, Rouhrlan fit la route inverse, tiré par la corde qu'il avait lui-même tendue.

La caravane ne revit plus Rouhrlan, et Rouhrlan ne vit plus la caravane.
Mais en te racontant son histoire, nous sommes là, et il est là avec nous. Ainsi de nouveau, la caravane est entière, et ensemble nous avançons sur le chemin de demain

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