Ce hameau des ‘Ardrieux’

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Ce hameau des ‘Ardrieux’ a bien existé, oui et avec un rare bonheur. Mon Grand-Père maternel y habitait, dans une modeste maison grise accotée à un ancien Monastère, sévère bâtisse de pierres usées que découpaient des fenêtres à meneaux sans vitres, des pigeons en traversaient les croisées en faisant leur bizarre bruit de gorge. Ici, l’on était un peu en dehors du temps, en raison de l’éloignement du village, de la rareté des hommes. On percevait tout juste leurs silhouettes fuyantes plaquées sur le ciel de plomb. Bien évidemment, pour mon jeune âge - je devais avoir dans les dix ans -, le haut Monastère, son côté austère, son esseulement, son air déserté, renforçaient son aspect énigmatique, fantastique. On aurait dit une face de géant aux yeux vides et la petite maison de mon aïeul, plutôt que d’y trouver quelque protection, paraissait toujours menacée de possible disparition, quelques moellons de pierre se détachaient régulièrement des murs, éclataient en mille fragments, se répandaient sur le toit de tuiles brunes de l’auvent qui abritait l’entrée de la maison.

La composition du logis était plus que sommaire. Une entrée en vieux carrelages à la teinte indécise, la plupart fragmentés, dessinaient des étoiles ou bien tissaient de fuyantes toiles d’araignée. Une chambre sur la gauche, avec son lit de campagne, un sommier posé sur un cadre métallique et le dos constitué de ferrures noires où se laissaient deviner des bobèches en cuivre qui n’avaient vu le chiffon depuis bien des années. Il faut dire, mon Grand-Père, séparé de ma Grand-Mère, vivait seul et le ménage ne le concernait nullement, son travail de commis agricole occupant le plus clair de ses journées. A droite, une cuisine que le qualificatif de ‘rustique’ ne désignerait qu’à l’aide d’un sympathique euphémisme. Au plafond pendait une ampoule surmontée d’une fantaisie en verre ondulé, sa clarté ne faisait qu’éclairer le centre de la pièce, les coins demeurant plongés dans la pénombre. Une table grossière, deux ou trois chaises au cas où des amis passeraient et l’indispensable cheminée dont l’âtre, la plupart du temps, ne montrait qu’un amoncellement de cendres froides et de brandons partiellement brûlés.

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