De la naissance d'une épopée

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(Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne serait que pure allégorie).

Il y a bien longtemps dans un monde ravagé par un alcoolisme qui ne permettait pas à beaucoup d'habitants d'articuler correctement leur propre nom, vivait un héros à la coiffure hirsute.

Ce détail n'a d'importance que celle qu'on veut bien lui donner, mais il reste que c'était un signe distinctif qui en ce temps n'était pas négligeable, la plupart des héros ayant dans les vapeurs de liqueurs, perdus leurs attributs capillaires. Je ne parle ici que des héros, car ils avaient l'avantage d'être moins nombreux, et avaient eu la gentillesse de se distinguer afin qu'on se souvienne d'eux. Les quidams d'une population dont on se fiche éperdument n'ayant su transmettre jusqu'à nous qu'un trou béant dans l'histoire de notre civilisation.

Le héros qui nous intéresse s'appelait Mono, il était brave et vaillant, quoique facilement piquant. Et il n'hésitait pas à faire profiter de ses dards tous ceux qui lui barraient la route.

Route qui était souvent celle d'une taverne.

Le récit que je vais vous faire transcende par la bravoure qu'il dévoile toutes les minables petites fables dont on vous rebat aujourd'hui les oreilles. Accrochez-vous, gardez les bras l'intérieur de la cabine, on y va !

Tout commença quand Mono voulu se pointer, ce qui, vous le noterez, est plus précis que de se radiner d'autant qu'il était plutôt généreux, bien que sans le sou de surcroît ; quand il voulu se pointer donc, dans un labyrinthe souterrain que lui avait conseillé un certain Lorhan, un gars qui avait du chien, la langue bien pendue et des idées farfelues. Idées qui avaient conduit bien des néophytes de l'épopée vers des méandres, comme le savait pertinemment Lorhan, ou tant de dangers les attendaient sans promesses de retour.

D'après lui, en réussissant à entrer, à s'y perdre, puis à ressortir du labyrinthe, Mono démontrerait que l'alcool n'entravait en rien la bonne marche des quêtes héroïques et sauverait ainsi l'honneur de toute une génération, et surtout l'industrie des distilleries, sur lesquelles la secte des Téïhierglutainefries commençait à avoir une influence néfaste. Le puissant Vhais Ghane, guide suprême des Téïhierglutainefries, ne dissimulait pas son désir de voir disparaître toutes les formes de distractions, les accusant d'être responsables de la déliquescence de l'espèce humaine. Les gens avaient peur de la grande aura de Vhais Ghane, mais comme peu d'entre eux connaissaient la signification du mot déliquescence, finalement ils ne se faisaient pas plus de mouron que ça.

Dans un hoquet approbateur, Mono salua Lorhan, s'y reprit à trois fois pour mettre son baluchon sur son épaule et prit le chemin de sa gloire.

Une demi-lieue plus loin, car les bonnes histoires ne se mesurent qu'en lieues, toute autre mesure intelligible étant proscrite afin de renforcer le mystère autour de nos galimatias ; il fit demi-tour. Sa fidèle épée Khastrô était restée, pendue à un clou par la dragonne de son fourreau, près de l'âtre de la taverne qu'il venait de quitter.

Après que Lorhan, qui ne se souvenait déjà plus de leur conversation à propos du labyrinthe, l'ait à nouveau accueilli et lui ait offert le verre d'une amitié renaissante, Mono finit par se coucher dans une des chambres mises à la disposition des voyageurs par la direction de l'établissement. La nuit était tombée, son départ pour l'aventure attendrait le lendemain.

La nuit passa doucement, bercée par les relents maltés de la soirée.

Brave parmi les braves, Mono ouvrit les yeux au petit matin. La lumière dardait ses rayons dorés à travers les persiennes, il se leva et d'un geste à la fois ample, magnifique et étonnamment précis compte tenu de l'heure, il tira l'épais rideau en toile de jute pour masquer cette envahissante et soudaine clarté, puis s'affala mollement sur la couche, la tête plongée dans des oreillers sur lesquels il ne tarda pas à laisser s'étaler une fine pellicule de bave houblonnée. Il ronfla peu, mais suffisamment pour alerter les clients du déjeuner et surtout le patron de l'endroit qui, se souvenant qu'il n'avait été payé que pour une nuit, alla sortir de sa douce rêverie notre déjà célèbre comparse.

Quelques petits remontants d'encouragement plus tard, Mono embrassa son destin de sauveur des hommes et de leur honneur. La route n'allait pas être particulièrement longue, la grotte du dédale ne se trouvant qu'à une poignée de lieues, mais il fallait quand même se la taper, et on n'envoie pas un héros perdre ses forces sur le chemin alors que c'est la destination qui importe. Derrière la taverne, Mono saisit donc un gros cochon, d'environ 200 livres — unité de mesure qui est aussi imbouffable que les lieues et n'a curieusement rien à voir avec la longueur d'une bibliothèque—, et lui grimpa sur le dos. Ce serait son fier destrier, décida-t-il. Celui avec lequel il parcourrait sa propre légende pendant des siècles. Chevaucher un porc sans selle étant un exercice assez fade, sauf pour le fondement du celui qui se trouve dessus, Mono lui donna le nom de Don-Haldtrommepe. On ne connaît plus aujourd'hui que le sens lointain de ce mot, qui aurait signifié : cochon rude à la mèche rebelle. Car Don-Haldtrommepe était blond, comme les cochons de ce temps-là l'étaient souvent.

Ainsi partit la folle équipée. Mono, chevauchant Don-Haldtrommepe, armé de sa fidèle Khastrô et l'espoir de succès chevillé au corps.

(to be poursuivie...)

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