Chapitre 17 - Urgence Galactique (1/3)

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— Je veux l'écarteler jusqu'à ce qu'il me supplie de ressouder les morceaux. Je veux le voir à genoux devant moi, appelant la mort et l'attendre en ressentant le plus de douleur possible. Je veux qu'il regrette le jour de sa naissance et celui où il a osé me faire pareille infamie.

Le Kasula s'était emporté et hurlait de rage, sa voix résonnant à travers la petite pièce sombre et basse. Shenin le regardait aller et venir, essayant de canaliser sa colère. Les verres présents sur la table au centre de la salle avaient vu leur nombre réduits de moitié. Un bruit de verre brisé indiqua que leur population avait de nouveau chuté.

Cette situation amusait le Zantry, car il avait un caractère assez similaire, bien que lui réussissait à limiter la casse. Il passait plus souvent ses nerfs sur les gens, et se montrait exécrable envers ses sous-fifres. A dire vrai, il était toujours désagréable avec eux, cela forgeait leur caractère et permettait de les rendre encore enragé au combat. Plus le capitaine des Ombres Pourpres se montrait hostile avec ses hommes, plus ils se montraient efficace en mission. C'était une technique qu'il avait découverte récemment, et qui marchait plutôt bien.

Ça, et la peur que les sbires ressentait à son égard.

Le Kasula hurla une énième fois et renversa de nouveau les verres d'un coup de main. Le chef des Ombres Pourpres, resté dans l'ombre jusque-là, se rapprocha et prit la parole. Un silence se fit aussitôt. Même le Kasula sembla s'être calmé et se figea.

— Kel-Nox, c'est bien cela ? Demanda le chef.

— Oui monsieur, balbutia ce dernier qui n'osait plus bouger.

Le chef des Ombres Pourpres était gigantesque et ni Shenin, ni Ke-Nox n'était de taille à rivaliser avec lui. Son apparence était cauchemardesque, mais le Zantry avait fini par avoir l'habitude, après ces quelques années de collaboration. C'était, toutefois, la première fois qu'il le rencontrait réellement et cela avait saisi le capitaine aux tripes. Ce dernier avait été réellement impressionné par la corpulence unique de son patron, et surtout par sa voix. Le ComDev ne lui rendait malheureusement pas hommage. Le Chef des Ombres Pourpres avait une voix si grave qu'elle suffisait à vous sonder le coeur et à connaître vos désirs les plus enfouis. Cette faculté était inouïe et Shenin l'avait déjà vu à l’oeuvre.

Le Zantry fit mine d'être occupé ailleurs, histoire de s'effacer de la conversation. Il espérait que son chef ne fasse pas mention de sa présence. Ce dernier ne s'occupa, pour le moment, pas du Zantry, et s'exclama.

— Je vous ai observés, Kasulas.

L'expression sur le visage de Kel-Nox signifiait son hésitation. Il ne savait pas si cette phrase était un compliment ou une critique. Il tenta de tourner la déclaration en sa faveur en expliquant.

— Les Kasulas sont exténués du Conseil. Nous voyons en les Éphémères une sortie de secours vers un monde nouveau, dont l'équilibre et la sérénité remplaceraient la tyrannie et la misère actuelles.

La voix du Kasula était tremblante malgré ses efforts pour garder un ton stable et confiant. Le chef des Ombres Pourpres afficha ce qui ressemblait à un sourire, mais son visage était si difforme que le-dit sourire faisait plus penser à une grimace. Il abaissa toutefois la voix.

— Les Kasulas seraient-ils prêts à se battre aux côtés des Éphémères ?

Kel-Nox ne s'attendait pas à une question aussi soudaine et resta bouche-bée quelques secondes. Cela fut un peu trop pour le chef des Ombres Pourpres qui continua.

— Bon, dommage...

— Attendez ! Hurla le Kasula, ce qui fit légèrement trembler la pièce. Non ! Nous pouvons collaborer.

Kel-Nox semblait désespéré, comme si sa vie dépendait de cet entretien. Le chef se laissait toutefois désiré, afin de montrer sa position de force.

— En êtes-vous certain ? Vous ne me sembliez pas si décidé, il y a un instant.

— Pardonnez-moi, balbutia Kel-Nox, mon esprit est encore un peu embrumé par la colère. Mais je souhaite travailler avec les Éphémères. Je crois en eux.

— Qu'est-ce qui prouve que le reste des Kasulas seront loyaux ? Ils sont connus pour être hostiles à tout autre espèce que la leur.

Les doutes du chef des Ombres Pourpres rendaient difficile un accord simple.

Pendant ce temps, Shenin commença à ramasser les verres cassés par le Kasula, histoire de rester dans les parages et ne pas perdre une miette de la discussion, sans pour autant être sollicité.

— Les Kasulas se rallieront à moi, affirma Kel-Nox, je n'ai aucune doute là-dessus. Notre culture nous interdit de trahir notre propre peuple. Ceux qui enfreignent cette règle sont soumis à un châtiment pire que la mort.

Le chef posa juste un doigt boudiné, sa main entière faisant presque la moitié du Kasula, sur l'épaule de ce dernier qui failli tomber sous la pression.

Le pauvre Kel-Nox sentit une douleur monter et son visage se transforma en grimace hideuse. La créature expliqua calmement.

— C'est à peu près le même sort qui est réservé à ceux qui me trahisse.

Le chef des Ombres Pourpres appuya légèrement sur la gorge du Kasula et ce dernier suffoqua.

— Compris.

— Parfait, répondit le monstre en reprenant son calme et en relâchant la pression, bienvenue mon cher.

Shenin, dans son coin, avait observé toute la scène et eut un petit sourire en coin.



— Dépêches Dicey !

— J'ai déjà le pied au plancher ! C'est pas un vaisseau de course.

— Si on continue les loopings, je vous jure que je vais vomir.

La navette tanguait dangereusement et les trois coéquipiers se bousculait sur le tableau de bord. Bergins se tenait pour ne pas rendre son repas de midi. Mark s’excitait sur le pilote qui faisait de son mieux pour éviter tous les astéroïdes qui arrivaient par surprise face à lui.

— Il y a un truc que je ne comprends pas, souleva Mark. Pourquoi ne passe-t-on pas en vitesse supraluminique ?

— Nous n'avons pas assez de carburant pour tout le trajet, répondit Dicey, la vitesse supraluminique consomme énormément d'énergie. Et si on est à court de carburant en plein milieu de la galaxie, c'est la mort.

— Quoi ?! Le vaisseau n'a pas été rempli en entier ? Et tu ne l'as pas vérifié ?

— C'est toi qui a pris les commandes lorsque nous sommes partis. J'ai piqué un somme.

Le capitaine de la Compagnie de l'Azur se tut aussitôt, et Bergins ajouta.

— Il marque un point là.

Mark prit sa tête entre les mains et jura.

— Merde ! On est peut-être face à une urgence, et on est à au moins plusieurs jours de voyage encore.

—T'inquiètes pas, s'exclama Dicey, on va y arriver.

Une violente secousse fit chuter Bergins qui eut peine à se relever. Le tableau de bord se mit à vibrer et un signal d'alerte retentit. Mark s'affola.

—C'était quoi ça ?

—Un vaisseau ennemi est en approche, répondit Dicey, qui tentait de repositionner l'appareil sur son angle d'origine.

Un petit point rouge apparu sur le radar. Quelqu'un était en train de leur tirer dans le dos.

— Asseyez-vous et attachez vos ceintures, ordonna l'Humain qui boucla la sienne.

Ses deux comparses s’exécutèrent et le pilote saisit les commandes. Il prit un peu d'élan et éxécuta un demi-tour afin de faire face à l'ennemi qui les évita de peu. Un petit vaisseau se dessina alors sur le pare-brise et Dicey resta bouche-bée.

De tous les vaisseaux qu'il avait piloté au cours de sa carrière, il n'avait jamais vu de modèle semblable à celui-ci. L'appareil était relativement petite et ne pouvait vraisemblablement pas accueillir plus d'un ou deux passagers. Mais c'est l'apparence de la navette qui alerta plus le jeune homme. Le vaisseau semblait avoir été construit il y a plusieurs siècles. Il était fait d'un matériau que Dicey ne connaissait pas, mais décidément très différent des vaisseaux actuels. La coque de la navette était recouverte d'énormes boules semblables à des pustules et la mitrailleuse était déployée sur le dessus. Les tirs de cette dernière se composait de lasers jaunâtres et continus, au lieu des rouges et succincts habituels.

En somme, selon le pilote, ce vaisseau avait été remis en état après des siècles d'inutilisation. Mais ce dernier n'en était pas moins dangereux, et Dicey fit tout son possible pour ne pas être touché une seconde fois. Leur navette était déjà endommagé, et un tir de plus dans la coque signerait leur mort. L'Humain tenta quelques tirs vers l'ennemi mais manqua sa cible. Après une danse parmi les astéroïdes, un nouveau tir fit cette fois-ci exploser le vaisseau inconnu.

Le groupe fut soulagé, mais cela ne fut que de courte durée. Trois nouvelles navettes, semblables à celle qu'ils venaient de vaincre, émergèrent de la planète voisine et commencèrent aussitôt à fondre sur eux. Dicey usa de toute son expertise pour éviter les multiples rayons de laser qui cherchait à les abattre.

— Nous n'avons pas le choix, nous devons nous poser, s'exclama le pilote.

— Pour nous faire tirer dessus au sol ? Rétorqua le capitaine de la Compagnie de l'Azur, non merci.

— Quelle est cette planète ?

Bergins détacha sa ceinture un instant et se leva pour atteindre la carte de la galaxie. L'opération était délicate car le vaisseau était constamment sous le feu ennemi. Dicey devait donc effectuer de nombreuses vrilles afin d'éviter les tirs, ce qui secoua le colosse.

Après un moment de recherche, ce dernier finit par trouver.

— La planète B-558. C'est une colonie Humaine, nous ne craignons rien.

— Tu es sûr ? Répliqua Mark, si ces choses viennent de la planète, je doute qu'elle soit très amicale.

— Mais pourquoi des Humains utiliseraient ce genre de vaisseau délabré ? Questionna

Dicey avant d'effectuer un nouveau looping.

—La vraie question, dit Mark, c'est : reste-t-il encore des Humains sur cette planète ?

Les trois coéquipiers se regardèrent, chacun affichant un air assez peu confiant sur la situation dans laquelle ils se trouvaient. Cette seconde d'inattention de la part du pilote suffit aux vaisseaux ennemis qui tira de nouveau et toucha une bonne partie de la coque. Un signal d'alarme sonna de nouveau et le tableau de bord s'affola de plus belle. Dicey reprit les commandes.

— Navré de vous l'annoncer, mais le destin nous appelle.

Le visage de Mark devint blanc et même Bergins eut quelques sueurs.

— S'ils nous suivent durant l'atterrissage, nous serons abattus en un rien de temps, dit le capitaine de la Compagnie de l'Azur.

— Oh, mais je ne compte pas les laisser nous suivre.

Dicey eut un sourire. Malgré une navette bien endommagée, le pilote se permit quelques virages serrés et tira à pleine puissance. Il abattit les deux premiers vaisseaux sans problème, mais le dernier lui résista. Celui-ci était rapide, mais après quelques minutes de course poursuite, Dicey réussit à rempoter la partie.

Il se tourna ensuite vers la planète, dont le vert laissait deviner une jungle peu accueillante, et commença sa descente avant que d'autres petits soldats ne viennent le déranger.

Ils pensaient enfin pouvoir rentrer à la maison, mais quelqu'un semblait contre cette idée.

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