Chapitre 8 - Erreur réseau (3/4)

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Malgré la respiration lente de Bergins et les faibles ronflements de Shad, Dicey n'arrivait pas à se reposer. Il restait allongé sur son matelas, les yeux grands ouverts, fixant le lit du dessus.

Cette cellule, même s'il ne s'agissait que d'un protocole, lui rappelait son séjour en prison, et ravivait en lui des souvenirs peu joyeux. Il se revit passer des nuits entières, seul dans sa cellule, à regarder le mur nu et froid en face de son matelas rapiécé.

Heureusement qu'Ethan était là pour lui tenir régulièrement compagnie. Le pilote ne comprenait pas comment ce jeune garçon n'avait pas pu intégrer les forces de police alors que la pourriture de garde du hangar avait lui réussi. D'un autre côté, il en était plutôt content car son séjour s'était passé sans problème grâce à lui. Il lui arrivait de penser au jeune homme et à ce qu'il était devenu.

Dicey se tourna et se retourna, sans trouver le sommeil. Il finit par se lever et appela l'un des gardes.

— Est-il possible de prendre contact avec l'extérieur ? Demanda-t-il.

—Un ComDev public est à disposition, répondit le garde, mais le temps de communication est limité, et la ligne est sur écoute.

Le pilote acquiesça et le policier le laissa sortir pour l'escorter jusqu'au ComDev vissé au mur du couloir. Ne connaissant pas le numéro de Shenin, et ne souhaitant de toute façon pas se faire remarquer, il eut une autre idée. A la place, il composa le numéro de la prison de Bellnitch. Après quelques bips sonores, un homme à la voix rauque décrocha.

— Allo ?

Dicey hésita un moment, puis dit.

— Bonjour.... Je.... Je suis un cousin d'Ethan. Est-il disponible ?

Un silence pesant précéda la réponse de l'homme, qui s'exprima d'une voix un peu plus timide.

— Je suis navré monsieur. Ethan n'est plus de ce monde. Des criminels sont entrés par effraction dans la prison il y a quelques semaines pour libérer l'un des prisonniers. Ethan a été abattu durant l'attaque.

Dicey resta bouche-bée. Il savait que la mort du garde était de sa faute. Les mercenaires avaient infiltré la prison pour l'en sortir. Il raccrocha soudainement et retourna dans sa cellule, mais ne trouva toujours pas le sommeil.

C'était la première fois qu'il faisait face à ce genre de conflit interne. Il devenait douteux de son avenir chez les Ombres Pourpres et de sa mission. Il resta des heures sur son lit, réfléchissant à l'issue des futurs événements.

— Tu t'es surpassé, n'est-ce-pas ?

Mark était venu conclure son contrat passé avec les Ombres Pourpres et distribuer le butin comme convenu. Comme c'était un vieux collaborateur, Shenin était resté réglo durant la mission. Il avait honoré sa parole car il avait plus à gagner en gardant la confiance de l'Humain et son influence qu'en jouant le traître. Il ne faisait ça qu'avec les mercenaires de bas étage avec qui il n'y aurait aucune répercussion.

Malgré une certaine rivalité, les deux capitaines gardaient un passé commun fort et se taquinaient souvent là-dessus. Shenin sourit à la pique de Mark et répondit.

— Même pas. Sans forcer.

L'Humain avala le verre, que Shenin lui avait offert, d'une traite puis serra la main du Zantry avec une poigne ferme.

— Cela faisait un bail depuis notre dernière collaboration, dit le capitaine des Ombres Pourpres.

— On se demande bien pourquoi, répondit Mark sur un ton mesquin, mais je suis content que celle-ci se soit terminée sans encombres. Voilà ton dû.

L'Humain déposa une poignée d'Unis sur la table. Le scintillement bleuté des pierres précieuses se refléta dans les yeux du Zantry qui souriait. Il ramassa l'argent en le laissant tomber dans une sacoche qu'il tendit à l'un de ses hommes de main.

Shenin serra de nouveau la main de Mark puis ce dernier quitta la table pour aller rejoindre d'autres membres de la Compagnie de l'Azur. Comme d'habitude, le bar était rempli de clients qui dansaient et bavardaient joyeusement.

Un Taeil se pencha à l'oreille du Zantry qui s'était allongé sur son sofa et chuchota.

— Nos chercheurs ont du nouveau à propos de l'équipe.

Shenin se redressa presque aussitôt. Il siffla son verre et le reposa brutalement sur la table avant de se lever pour ouvrir une porte dérobée derrière un rideau. Le Zantry déboula dans une salle sombre remplie de mercenaires Karin tapotant sur des dizaines d'écrans à toute vitesse, les yeux rivés sur les données qui défilaient. L'un des chercheurs se leva brusquement.

— Ah ! Capitaine ! Vous voilà, s'exclama le Karin.

— Oui, me voilà, rétorqua sèchement Shenin, alors, ces nouvelles ?

Un autre mercenaire détourna les yeux de son écran pour prendre la parole.

— Nous avons reçu un appel de Bergins. Le Conseil a durci sa politique de migration. Ils sont coincés en cellule de quarantaine sur Saon.

— Qu'est-ce que vous attendez pour envoyer quelqu'un sur place ?!

— Ce sera fait monsieur !

Le Karin avait la voix tremblante face au ton agressif de son supérieur. Ce dernier indiqua à Petrison, le Taeil massif qui était venu le chercher, de partir sur-le-champ en direction de la capitale. Il lui glissa un Unis dans la poche et chuchota.

— Ces policiers galactiques sont aussi cupides que les alcooliques de Kentoria. Sors-les moi de là.

Petrison sourit et acquiesça. Il quitta aussitôt la salle. Shenin souffla. Il aurait peut-être enfin le dernier mot de cette histoire. Une autre réunion l'attendait dans le bar. Il ordonna aux mercenaires de continuer leur travail et repartit par la même porte qu'il était entré.

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