Chapitre 8 - Erreur réseau (4/4)

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Bergins gardait le visage collé au grillage de la cellule, observant patiemment le va-et-vient des policiers dans le couloir. Il avait contacté le gang la veille, mais se doutait qu'il leur fallait un certain temps pour arriver. Kentoria étant déplacée aléatoirement dans la galaxie lors du changement de coordonnées, la station pouvait se trouver plus ou moins loin de la capitale.

Cela faisait deux jours qu'ils trouvaient dans la cellule de quarantaine et, bien qu'ils aient peu de restrictions, le fait d'être enfermé ne convenait pas au colosse. Ses coéquipiers semblaient peu perturbés par la situation. Dicey passait le plus clair de son temps à végéter sur son matelas, sans dire un mot, tandis que Shad alternait les repas et les siestes, sans se plaindre, comme si il était satisfait par sa condition.

Seul Bergins s'ennuyait à mourir. Il avait donc trouvé une activité de fortune : Observer le travail des gardiens de des cellules. Leur quotidien semblait plutôt tranquille, mais il nécessitait une certaine fermeté. Tous les prisonniers n'étaient pas aussi dociles que les trois mercenaires. Bergins avait été réveillé un peu plus tôt par un Taeil qui s'agitait dans sa cellule.

L'homme avait envoyé un garde à terre et l'intervention de trois autres avec été nécessaire pour le calmer.

Shad remua légèrement, puis se retourna sur le côté avec un ronflement. Un garde s'approcha de leur cellule et s'adressa à Bergins.

— Très bien. Votre situation est réglée, vous pouvez sortir.

L'Humain mit un instant avant de réaliser ce que venait de lui dire le policier, puis alla réveiller ses deux camarades. Dicey afficha un air absent mais suivit le mouvement. Ils sortirent de la cellule et le garde les escorta vers la porte à l'opposé de celle par laquelle ils étaient entrés. Celle-ci menait vers un vestibule qui possédait une sortie de la quarantaine.

Un grand Taeil attendait le groupe. Il s'approcha de Bergins et lui chuchota à l'oreille.

— Shenin m'a envoyé vous chercher. Vous allez venir avec moi le temps de recevoir de nouvelles instructions. J'ai loué une chambre dans les Quartiers Tiers.

La capitale était divisée en plusieurs quartiers éparpillés aux quatre coins de la petite planète. Les zones avec un climat tempéré et des températures douces étaient les quartiers les plus développés et donc les plus chers. C'est là que se trouvaient les sièges des entreprises galactiques ainsi que celui du Conseil. Ces zones-là étaient appelées les Quartiers Prime.

Celles plus reculées se nommaient les Quartiers Tiers, ou les Banlieues Saoniques. La majorité de la population vivait là-bas, dans des forêts de bétons qui atteignaient des hauteurs inimaginables. De gigantesques infrastructures reliaient les différents quartiers, avalant les distances en un rien de temps pour permettre à de nombreux employés de se déplacer sans problème.

Entre les Quartiers Prime et Tiers se trouvait le Hangar Galactique de Saon, souvent abrégé en HGS, un hub gargantuesque qui accueillait les allers et venues sur la capitale. Toute l'administration de la capitale était partagée entre le Conseil et le HGS. Ce dernier se chargeait de contrôler les migrations avant d'envoyer les données au second qui s'occupait de les traiter.

Bergins revit le hangar qui n'avait guère changé depuis son dernier voyage. Le premier étage était toujours rempli de monde, noyé dans le brouhaha des voyageurs. Le groupe prit l'ascenseur pour aller au troisième étage et rejoindre la gare du métro aérien en direction des Quartiers Tiers. A l'instar du premier étage, la gare était bondée. Deux rames la coupaient en deux pour laisser circuler les trains allant chacun dans une direction opposée. Après une attente interminable pour atteindre la borne de billets, le Taeil acheta quatre tickets en direction des Quartiers Tiers.

Bergins observa la forêt de corps se bousculant pour se placer en face des portes du train. Des policiers avaient été positionnés ici et là afin de faire régner un certain ordre et éviter d'éventuels litiges entre les voyageurs.

Lorsque le métro arriva, Bergins eut sous les yeux un spectacle horrible. Une scène de hurlements et de violence que le colosse avait rarement vu en dehors de ses activités de mercenaire. Au moment même où les portes s'ouvrirent, le paradis semblait s'être arrêter devant les voyageurs. Des milliers de personnes se bousculèrent afin de pouvoir entrer dans les différentes voitures.

— Je n'ai jamais vu ça, s'exclama Dicey derrière l'épaule de Bergins.

Étant pilote, le jeune homme avait dû, à chacun de ses passages, bénéficier des logements à l'intérieur du HGS. Mais ces derniers n'étaient disponibles que pour les conducteurs de navette en transit qui ne restaient sur Saon pas plus de soixante-douze heures au maximum. Pour les mercenaires en mission ici, ils étaient contraints de louer des chambres dans les Quartiers Tiers.

— Pas de chance, dit le Taeil d'un air maussade, c'est l'heure de pointe. Tout le monde retourne dans les Quartiers Tiers. Pour rentrer, ça va être l'enfer.

Le pilote poussa un soupir. Malgré le départ du métro, la foule qui attendait semblait ne pas avoir changé. D'autres voyageurs arrivaient en plus derrière eux.

Au bout de plusieurs dizaines de minutes, le groupe réussit enfin à entrer dans l'une des voitures. A l'intérieur, l'air était à peine respirable. Bergins avait la chance d'être très grand et donc était peu compressé. Shad, lui, en revanche, avait le nez coincé entre deux aisselles d'Humains transpirantes. Il retenait sa respiration aussi longtemps qu'il le pouvait, mais ses aptitudes en apnée ne lui permettrait de tenir tout le trajet. Dicey aussi semblait mal à l'aise, écrasé dans un coin par un Taeil sculpté comme une armoire à glace.

Le mercenaire envoyé par Shenin avait une taille similaire à celle de Bergins. Son visage affichait presque depuis le début une expression figée, stoïque. Bergins l'avait déjà croisé sur Kentoria mais n'avait jamais collaboré avec lui. Si ses souvenirs étaient bons, le Taeil s'appelait Petrison. Il était connu pour sa discrétion et sa fermeté. S'il n'avait pas été mercenaire, Bergins l'aurait vu comme un parfait videur de boîte de nuit.

De sa place, l'Humain voyait à travers la fenêtre du train. Le paysage défilait devant ses yeux. Le métro venait de quitter le HGS et avançait à toute vitesse sur un vaste océan d'un bleu profond. Au loin, quelques îles éparpillées formaient de petits points noirs sur l'horizon.

Le train avalait la distance d'une manière impressionnante et en moins d'une heure, le métro atteint la première zone des Quartiers Tiers. Ces derniers étaient composés de quatre zones, toutes faites pour accueillir des logements.

— Ma chambre se situe dans la troisième zone, dit Petrison à Bergins qui fit passer le message à ses coéquipiers.

Il y eut une légère secousse puis les portes s'ouvrirent et la bousculade recommença. Un bon nombre de personnes sortit de la voiture, mais cette dernière était toujours bien remplie.

Après la montée d'autres voyageurs, le train repartit. Bergins perdit l'océan de vue, et celui-ci laissa place aux immenses bâtiments de béton des Quartiers Tiers. Une gigantesque forêt qui donnait un toit à la majorité de la population de Saon. En dehors des élites et des classes aisées de la planète, le reste se trouvait là.

Peu de temps après l'arrêt à la deuxième zone, le train s'arrêta à la troisième et le groupe descendit. Seule une poignée de personnes étaient restées assises dans la voiture, allant vers la quatrième et dernière zone, la plus pauvre.

La gare de la troisième zone était austère. Les gens allaient et venaient comme des robots, descendant vers le métro souterrain ou sortait sur la grande place. Cette dernière était entourée de petits commerces, restaurants et épiceries, coincés entre les différents buildings. Sur les routes, les automobiles se faisaient rare, les gens se déplaçaient habituellement en métro ou en vélo, pour les plus courtes distances.

Le groupe traversa une impasse puis un pont avant de s'engouffrer dans un cul-de-sac où une porte se dessina sur la mur de fausse pierre.

— C'est là, annonça le Taeil en ouvrant la porte avec un code secret, au quatrième étage.

Le bâtiment ne bénéficiait pas d'ascenseur, ainsi ils durent prendre les escaliers jusqu'au bon étage. Les jambes de Bergins commençaient à trembler. Il ne s'était pas assis depuis de longues heures.

Le groupe arriva enfin devant la porte d'entrée de la chambre de Petrison et ce dernier l'ouvrit à l'aide d'une carte magnétique. Seule la quatrième zone utilisait des clés car la mise en place du dispositif magnétique coûtait trop cher aux propriétaires des appartements. Mais les cartes étaient beaucoup plus pratique. Elles se rangeaient dans le porte-feuille et étaient bien moins perdues.

La chambre était de taille moyenne. Un peu grande pour une seule personne, mais pas assez bien aménagé pour y vivre sur le long terme. A l'évidence, le propriétaire avait pour habitude de la faire louer par des mercenaires en mission.

Le salon séparait la chambre de la salle de bain. La valise de Petrison avait à peine été déballée et Bergins en jugea qu'il était arrivé récemment. Le Taeil se tourna vers eux et demanda.

— C'est bizarre. Shenin m'avait annoncé quatre personnes. Où est le quatrième ?

— Denita ? Dit Bergins, on l'a perdue sur Mosmo Era.

— Sur Mosmo Era ? S'exclama Petrison, qu'est-ce que vous faisiez là-bas ? Vous étiez censés aller sur Pricelia.

— Oui, expliqua Bergins, mais nous avons rencontré des difficultés techniques sur le chemin du retour et avons été contraints de nous poser là-bas.

Le Taeil plissa ses petits yeux en réfléchissant, comme s'il doutait de la parole de l'Humain. Il finit par dire.

— Hmm, je vois. C'est la raison pour laquelle votre modèle de vaisseau était différent et, de ce fait, vous avez attiré l'attention de la douane de Saon.

— C'est exact, confirma Bergins.

— Qu'en-est-il de vos paquetages ? Demanda Petrison.

— Une révolution a éclaté sur la planète. Dans la précipitation, nous n'avons pas eu le temps de les prendre avec nous.

— Bien, bien, dit le Taeil sans vraiment avoir été intéressé par la réponse, je vais essayer de contacter Shenin pour recevoir les nouvelles instructions, vous pouvez prendre une douche, vous reposer, faîtes comme vous voulez.

Il avait annoncé cela comme un repos militaire et Shad s'empressa d'aller à la salle de bain pour un « arrêt technique ». Petrison alla dans sa chambre pour téléphoner tandis que Dicey et Bergins restèrent debout sans bouger près de la porte, ne sachant quoi faire. Une chambre d'ami était disponible mais le colosse n'avait aucunement envie de dormir. Le pilote semblait lui aussi plus en forme qu'avant.

Ils prirent tous les deux la décision de s'affaler sur la canapé du salon afin de végéter en attendant le retour du Taeil. Shad les rejoint une fois sa petite affaire terminée. En face du canapé se trouvait un petit écran plat accroché à l'un des murs de la chambre. Ce mur-ci était fait de verre, et offrait d'une vue sur l'extérieur. Il était possible de distinguer le pont qu'ils avaient emprunté pour venir, ainsi que la rivière qui serpentait à l'intérieur de la troisième zone.

Le retour de Petrison fit sursauter tout le monde.

— Très bien, j'ai pu établir une connexion avec Shenin.

Le Taeil posa sur une table basse en face du groupe, une petite tablette dans laquelle se trouvait le visage du capitaine des Ombres Pourpres, zoomé. Sa voix grésillante s'éleva de l'appareil.

— Bergins, vous me recevez ?

— Je vous reçois, capitaine.

— Alors ? Maintenant que vous êtes à l'abri, faîtes moi un compte-rendu complet de votre périple.

— Très bien, dit Bergins avant de démarrer son discours.

Il raconta l'histoire depuis le départ du groupe de Kentoria quelques semaines auparavant jusqu'à son retour un peu mouvementé à la capitale. L'Humain mentionna l'attaque des Kasulas sur Pricelia, ainsi que le périple dans le désert de Mosmo Era, sans oublier la disparition soudaine et inexpliquée de Denita.

— Il va falloir que je la retrouve, elle aussi, s'exclama Shenin, peu enchanté d'entendre la nouvelle.

Bergins termina avec la perte de leurs affaires, de leur vaisseau et le dysfonctionnement de leur ComDev.

— Pas étonnant qu'il fut aussi difficile de récupérer votre trace, dit Petrison, avec Kentoria qui avait changé de coordonnées entre temps.

Dicey acquiescça, expliquant qu'ils n'avaient aucun moyen de retrouver la station.

— Trève de bavardages, le coupa sèchement Shenin, vous avez une nouvelle mission.

Le trio se rapprocha de la tablette pour écouter les nouvelles instructions.

— Pendant votre périple sur Pricelia, j'ai envoyé d'autres équipes comme la vôtre aux quatre coins de la galaxie. L'une d'entre elles auraient trouvé quelque chose vers Ildaryn, dans le secteur d'Elias.

— Le secteur d'Elias ? S'exclama Dicey, mais c'est à l'opposé de là où se trouve Frist.

— Peut-être, continua Shenin, toujours est-il qu'il y a de la matière à exploiter là-bas.

Comme j'ai besoin d'eux sur autre chose, ils ont été obligés de rentrer. J'aimerais donc que vous alliez continuer leur travail. Je vous enverrai Denita dès que mes hommes lui auront mis la main dessus.

— Très bien, capitaine, dit Bergins, quand devons-nous partir ?

— Dès demain, annonça le Zantry. Petrison va quitter Saon ce soir, vous utiliserez cette chambre pour la nuit. Demain, un autre membre des Ombres Pourpres vous attendra dans le hangar dans l'après-midi afin de vous donner toutes les informations et les données nécessaires pour votre mission.

—Compris, capitaine ! Crièrent en choeur les trois mercenaires.

— Bien, termina Shenin, sur ce, des provisions vous seront également données ainsi que de nouveaux ComDevs opérationnels. Ne les perdez pas cette fois.

Bergins acquiesça timidement et le Zantry coupa la connexion. Petrison ramena la tablette dans sa chambre et le cliquetis d'une valise se fit entendre.

Le Taeil fit rouler ses bagages dans le salon, annonçant qu'il partait dès maintenant. Il souhaita bonne chance au groupe et donna la carte magnétique de la chambre à Bergins. Il leur indiqua également le code secret de la porte d'entrée digitale du bâtiment.

Le mercenaire sortir ensuite et fit un dernier signe d'adieu avant de disparaître en descendant les escaliers. Bergins ferma la porte et posa la carte sur une étagère. Il s'étira avant de se rasseoir sur le canapé. Shad, le regard vide, eut un soupir.

— C'est pas demain qu'on risque de rentrer chez nous.

Dicey gloussa et tapota l'épaule du Zantry.

— Courage. Courage.

Mais Bergins voyait que le pilote se parlait autant à lui-même qu'à Shad. C'était compréhensible. Le colosse avait le même sentiment. Lui, qui était pourtant d'habitude plutôt robuste, se sentait éreinté au fil des jours, et sentait bien que la suite de l'aventure n'allait pas être de tout repos.

Il s'attendait à devoir tout affronter dans le secteur d'Elias.

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