Chapitre 7 - Tyran et Justice (3/4)

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Le portail doré ouvrit sur un jardin resplendissant où mille et une variétés de fleurs dégageaient un parfum exquis. Le climat désertique n'étant pas favorable à leur épanouissement , un nombre incalculable d’arrosoirs automatiques faisaient jaillir sans cesse une quantité astronomique d'eau sur tout le terrain. Un petit chemin construit en pierre menait jusqu'à l'énorme porte d'entrée de la villa de l'aristocrate.

Le groupe continua d'avancer sans même s'arrêter pour regarder le spectacle. Deux hommes montaient la garde devant la porte.

— Nous venons voir Sylfan, dit Bergins.

L'un des hommes posa une main sur son oreille, comme s'il recevait des informations, tout en marmonnant à voix basse, puis acquiesça en lançant un regard à son coéquipier. Ce dernier frappa à la porte et celle-ci s'ouvrit de l'intérieur.

— Bon début, souffla Edward, qui suivait la scène depuis la rue, entendant tout depuis le ComDev.

La porte menait vers une salle immense soutenue par quatre piliers de marbre décorés d'un rouge flamboyant. Au bout d'un long tapis de la même couleur que les piliers se trouvait un trône sur lequel était assis un Humain gras au sourire carnassier. Bergins supposa que c'était le-dit Sylfan.

Un homme s'approcha de lui pour le palper mais ne trouva rien. Il fit la même chose avec ses coéquipiers. Ne détectant aucune arme, il retourna à sa place. Sylfan se leva de son trône et tout le monde s'inclina à genoux.

— Allons, allons, relevez-vous. Si j'ai bien compris ce que l'on m'a rapporté, vous êtes venus marchander avec moi, c'est bien cela ?

— Tout à fait, répondit fermement Denita, devançant Bergins qui s'apprêtait à répondre.

L'aristocrate eut un rire gras et commença à descendre les quelques marches devant lui. Il s'exclama.

— Je ne sais pas si on vous a prévenu, mais je suis plutôt dur en affaires. Je suis assez difficile à faire flancher.

— Nous sommes tous un peu près de nos sous, dit Denita en souriant, mais je pense que nous avons de quoi vous intéresser.

Sylfan eut une expression d'étonnement et ouvrit les oreilles en fixant la Swatrozi.

— Je vous écoute mademoiselle, surprenez-moi. Dîtes-moi ce que vous voulez et combien vous m'offrez. On en discutera ensuite.

La jeune femme sortit l'Unis de la poche intérieure de sa veste et la montra à l'aristocrate avant de déclarer.

— Nous souhaitons un vaisseau pour pouvoir rentrer chez nous. Voici notre offre.

Le sourire de Sylfan le quitta et il regarda intensément la petite pierre précieuse azure coincée entre les doigts de la Swatrozi. Il sembla soudainement réellement considérer le marchandage avec le groupe.

— Où avez vous trouvé ça ? Demanda l'aristocrate, je n'en ai jamais vu de tel.

— Peu importe d'où vient l'argent, rétorqua Denita, l'important c'est qu'il soit là.

— J'en demande plus.

— Je refuse.

Bergins, qui avait prévu de marchander au départ, laissa Denita batailler avec l'aristocrate dont l'intérêt pour l'Unis était évident. Il cherchait maintenant à en tirer le meilleur bénéfice. Mais la Swatrozi ne se laissait pas faire et son offre était claire: l'Unis contre le vaisseau ou rien.

Le visage de Sylfan commençait à tourner au rouge au fur et à mesure qu'il perdait l'avantage dans ce conflit. Il était beaucoup trop intéressé par l'Unis pour abandonner, et Denita ne céderait pas.

Après quelques minutes sans trouver de terrain d'entente, l'aristocrate finit par déclarer.

— Très bien, j'accepte de vous laisser voir ma collection de vaisseaux spatiaux. Nous pourrons rediscuter le prix selon votre choix final de modèle. J'ai toutes les gammes et toutes les tailles.

— Parfait, fit la faible mais satisfaite voix d'Edward dans l'oreille de Bergins.

Tous acquiescèrent et se dirigèrent vers l'un des longs couloirs rattaché à la salle. Un esclave menait le groupe vers la pièce où l'aristocrate gardait sa collection. Ce dernier les avait mis en garde.

— Je détiens les générateurs d'énergie de tous mes vaisseaux dans une pièce secrète, donc n'essayez pas de me doubler, c'est impossible.

La jeune Karin devant eux semblait connaître le chemin par coeur, ce qui les faisait avancer plutôt vite dans le dédale interminable de la villa. Les blessures sur son bras et sa nuque montraient la violence qu'Edward avait évoqué. Vu la forme des marques, celles-ci avait vraisemblablement été causée par l'aristocrate.

En terminant cette mission, Bergins songea qu'il allait pouvoir sauver le destin de plus d'une vie. Il n'en était que plus motivé. Ils passèrent une pièce où des casseroles étaient empilées près de la porte ouverte. Un enfant joufflu mijotait l'intérieur d'une marmite qui fumait. Une odeur de carottes s'en dégageait. Le gamin avait les pommettes rosâtres et souriait d'un air benêt.

Le groupe finit par arriver devant une gigantesque porte dans les souterrains de la maison. Sans l'aide de l'esclave Karin, ils se seraient sûrement perdus. Celle-ci commença à ouvrir la porte et Bergins l'aida. Derrière la porte se trouvait un hangar dans lequel était entreposé un nombre incalculable de navettes spatiales. Le hangar s'étendait sur une longueur immense avec des vaisseaux à perte de vue.

— Voilà la collection de mon maître, dit faiblement la petite fille.

— C'est magnifique, s'exclama Dicey, ensorcelé par le spectacle qu'il avait devant les yeux.

Le pilote restait bouche-bée. Shad le regarda et rigola.

— C'est comme ça quand tu rêves ?

Dicey ferma la bouche et lança un regard dédaigneux au Zantry.

— Oui, bien sûr, je pense à de très gros vaisseaux quand je suis sous la douche, répondit-il avec un sourire.

— Vous êtes immondes tous les deux, dit Denita avec un air de dégoût.

La jeune Karin fixait le groupe avec de grands yeux, visiblement en train d'attendre qu'ils aient terminé pour leur montrer les différents modèles.

Elle les guida entre les vaisseaux, leur indiquant de jolies pièces, de toutes les gammes.

Certains étaient rapides, d'autres avaient une carrosserie époustouflante. Dicey s'arrêtait devant un bon nombre de modèles et posait des questions pointues sur les caractéristiques de chacun. La petite avait réponse à tout. Elle semblait elle-même être une pilote. Mais vu son jeune âge et sa condition, Bergins en doutait.

Le groupe croisa un petit Zantry qui nettoyait l'avant d'une navette.

— Ce sont des clients, lui lança presque automatiquement la Karin, comme si elle avait peur que le Zantry lui fasse une réflexion sur leur présence ici.

Le garçon répondit d'un sourire et d'un signe de main avant de se remettre au travail. Dicey lui conseilla tout de même de récurer les vitres avec un liquide particulier pour éviter d'abîmer la qualité mais le Zantry n'en savait rien. Il se contentait d'utiliser le matériel qui lui était donné.

Lorsqu'ils commencèrent à voir le bout du hangar, Bergins chuchota à l'oreille du pilote.

— Dicey, il va quand même falloir qu'on finisse par en choisir un.

— J'essaye, répondit le jeune homme, mais il y a des modèles uniques ici, introuvables même au grand marché de Saon. Sa collection est impressionnante, je ne sais pas où il a obtenu tout ça. C'est difficile de n'en choisir qu'un seul.

Au moment d'arriver aux dernières navettes, des bruits sourds retentirent dans les étages au-dessus.

— Qu'est-ce que c'était ? S'alarma Shad.

Un silence pesa quelques secondes puis une alarme se mit soudainement à résonner avec un son strident.

— La maison est attaquée, s'exclama la Karin d'une voix étranglée.

Elle courut vers la porte et après un temps de confusion où les mercenaires se regardèrent un à un, ils se mirent à la suivre et sortirent du hangar. Des sons étouffés de coups de feu accompagnaient leur pas.

Edward s'était posté non loin de la villa, le ComDev au poignet. Il suivait l'avancée du groupe et était content que leur plan fonctionne. Sylfan avait été leurré par l'appât du gain et s'était laissé tenter par le marché proposé par les mercenaires. Il ne leur suffisait plus qu'à voler un vaisseau et la confusion créée permettrait à l'adolescent de pénétrer dans la maison pour assassiner son ancien maître.

Il connaissait le domaine de la villa par coeur et savait qu'il existait une autre entrée pour pénétrer à l'intérieur du bâtiment. Il s'était donc caché près de l'arrière-cour et attendait le signal, accroupi au milieu de quelques touffes d'herbe.

Près de sa cachette se trouvait une ruelle peu fréquenté, il ne risquait donc pas d'être découvert.

Après de longues minutes de négociation, il entendit enfin le consentement de l'aristocrate et prit cela comme une petite victoire. L'adolescent sourit quelques secondes avant qu'un coup de feu ne le surprenne. Ce dernier venait des bas quartiers et résonnait en écho. Intrigué, Edward se leva et se déplaça pour avoir la route en visuel.

Au bout de quelques minutes, le vieil homme qu'ils avaient croisé un peu plus tôt en allant au discours du Parfumeur surgit, les mains en l'air, complètement affolé.

— Des pilleurs !! Beuglait-il.

L'homme remontait la route en direction de la tour de Ladine, répétant son message comme une alarme. Edward se mit sur ses gardes pendant que d'autres coups de feu se faisaient entendre, de plus en plus proches. Edward se mit en retrait derrière un mur pour éviter d'être une cible facile dans le cas où d'éventuels pilleurs passeraient par ici. Des cris de femme résonnaient au milieu des bruits d'armes. Après un long tumulte, il entendit de nombreux pas se rapprocher de sa position. Il prie pour que personne ne le trouve.

Une voix familière cria.

— C'est le pire de ces bouffeurs de gras d'aristocrates ! Je veux le voir s'étouffer avec mon fusil dans la gorge, allons-y !

Edward sortit en voulant voir le visage de la personne qui venait de parler. Cette dernière déboula devant lui et leur regard se croisèrent. C'était un homme aux cheveux longs et au visage marqué. Celui-ci, par réflexe, appuya sur la gâchette de son fusil. Ses traits ressemblaient étrangement à ceux du garçon.

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