Chapitre 6 - Ladine (3/4)

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Le Parfumeur termina son discours avec émotion et Edward vit toute la ville crier de joie et exploser dans un tonnerre d'applaudissements.

L'adolescent ne comprenait pas l'engouement que les gens pouvaient avoir pour cet homme. Son discours était vide, fade. Seule l'odeur agréable de son parfum et sa tenue tape-àl’oeil attirait l'attention vers lui. Mais Edward n'était pas dupe et il savait très bien que le discours du Parfumeur n'était constitué que de vent. Un vent qui, malgré la couche de parfum, restait nauséabond et toxique.

— Tout ça pour ça, s'exclama Shad, heureusement que la place était gratuite, sinon j'aurais demandé à être remboursé.

— C'est toujours comme ça, lui dit le garçon, ses discours ne valent rien mais le spectacle fait tout. C'est ce que les gens viennent voir, car ils savent que, de toute manière, rien ne va changer pour eux.

— C'est triste, intervint Denita.

— Vous comprenez maintenant pourquoi je suis parti, vivre n'est pas sain pour l'esprit.

Les applaudissements finirent par s'étouffer et la foule commença à se disperser. Entre les mendiants, Edward put apercevoir un groupe d'aristocrates se diriger vers la sortie. Il reconnut le physique imposant de Sylfan.

L'homme était grand, bien que beaucoup moins que ne l'était Bergins, et était aussi large que haut. Ses cheveux longs et bruns étaient rasés sur le dessus et sur son menton pendait une touffe de barbe. Sylfan possédait un visage carré et une mâchoire proéminente qui le rendaient laid. Il semblait rire grassement d'une blague que venait de lui faire l'homme à sa droite, un Taeil aux longues moustaches.

Cela faisait longtemps qu'Edward n'avait pas été aussi près de lui et il aurait tout donné pour pouvoir lui sauter dessus tout de suite et lui arracher les yeux.

Mais un bras puissant le tira vers l'arrière. C'était Bergins.

— Les aristocrates ne doivent pas remarquer ta présence, dit-il, sinon tu peux dire adieu à tes rêves de vengeance.

— Mais il est juste là, rétorqua le garçon en pointant Sylfan du doigt.

— Raison de plus. S'il te voit, il te reconnaîtra tout de suite et nous resterons coincés ici.

— Restons discrets et fondons nous dans la masse, termina Denita.

Edward avala difficilement sa salive devant le regard sévère de la Swatrozi puis suivit le groupe, retournant dans la cité. Ils faisaient en sorte le plus de distance entre eux et les aristocrates afin d'éveiller le moins de soupçons possible.

Arrivés dans les bas quartiers, le groupe entra dans un bar, qui se révéla être également un bordel. Les canapés étaient miteux et l'ambiance peu chaleureuse. Un chanteur à la voix fluette jouait de la guitare au milieu des serveuses aux seins nus. Lorsque le groupe commanda les boissons, le patron eut la mauvaise idée de s'adresser à Denita.

— Tu as de belles formes, ma petite demoiselle, je pourrais en faire bon usage et tu pourrais gagner gros.

L'homme voulut approcher la main de la poitrine de la Swatrozi mais cette dernière la lui retourna presque jusqu'au point de fracture. Le fixant d'un regard noir, elle lui chuchota à l'oreille, d'une voix tout de même assez forte pour que tout le monde puisse l'entendre.

— Adresses-moi encore une fois la parole et ce sont de tes dents dont je vais faire bon usage, autour de mon cou.

Le malheureux afficha une mine apeurée et recula maladroitement en manquant de renverser quelques bouteilles. Il leur tourna le dos et s'attela à préparer leur commande en les invitant timidement à s'asseoir dans un coin du bar. Il se massait le poignet en poussant quelques gémissements.

— Ça c'était de la répartie, Dédé, s'exclama Shad en tapotant l'épaule de la Swatrozi.

Denita, qui en temps normal aurait refroidi le Zantry, lui répondit d'un sourire forcé et alla s'asseoir. Shad parut étonné de sa réaction mais n'en fut pas déplu pour autant. Leur commande arriva dans les mains d'une jeune femme blonde aux formes généreuses. Elle frotta son sein gauche contre le visage de Bergins en posant les bouteilles et caressa la joue du colosse en repartant. Ce dernier eut un mouvement de recul face au regard aguicheur de la serveuse et toussa, légèrement gêné. Edward, quant à lui, les avait toutes analysées. Aucune d'entre elles n'était de sa famille.

— Bien, commença Bergins, il va maintenant falloir passer à l'attaque.

Edward et Denita acquiescèrent mais Shad et Dicey ne saisirent pas bien le sens de cette phrase.

— A l'attaque ? Demanda Dicey.

— Nous allons infiltrer l'entrepôt de Sylfan, expliqua Bergins, c'est notre seul moyen d'obtenir un vaisseau pour nous sortir d'ici.

— Une infiltration, sérieux ? S'écria Shad en se levant de sa chaise.

— Moins fort Shad ! Fit Denita en lui tirant le bras pour le rasseoir.

— Le problème, dit Edward, c'est qu'il nous faut un moyen de rentrer discrètement. Sylfan et ses esclaves me connaissent déjà, j'ai travaillé avec eux.

— Tu n'auras pas besoin de rentrer. Tu pourras utiliser un de nos ComDev et tu iras te cacher à l'extérieur. Tu nous guideras, on s'occupe du reste.

— De tout le reste ? Demanda le garçon en regardant le colosse droit dans les yeux.

— De tout le reste, affirma ce dernier.

L'adolescent sourit et but une gorgée de bière. Il espérait sincèrement pouvoir compter sur ces qu'il avait accompagné. Bien que Shad semblait excité à l'idée de voir une nouvelle mission lui être confiée, Dicey, lui, semblait soucieux. Edward pouvait lire sur son visage un certain manque de confiance en soi qui n'était alors encore jamais apparu dans le regard, d'habitude perçant, du pilote.

— Que se passe-t-il Dicey ? Demanda Edward, sans gêne.

— Rien de spécial, répondit calmement le pilote, tout en étant tout de même interloqué, je n'ai pas très l'habitude d'être sur le terrain. Je suis plutôt le genre à rester dans le vaisseau et attendre que les autres font le casse. C'est mon travail.

— C'était ton travail, le coupa Denita, maintenant tu es avec nous et tu vas aller goûter un peu à l'action. Tu sais te servir d'une arme au moins ?

— J'ai appris les bases pendant mes classes, mais ça ne dépasse pas le stade de viser-tirer.

— Parfait, s'exclama Bergins en frappant le dos du pilote, tu n'auras pas besoin de faire bien plus.

Dicey eut un léger sourire et sirota calmement sa bière. Edward attendait de voir si le talent de pilotage de cet Humain était à la hauteur de ses attentes car, pour le moment, il ne voyait toujours pas pourquoi il avait sa place au sein d'un tel groupe.

— Je propose qu'on prenne la nuit pour se reposer et préparer notre entrée pour demain, proposa l'adolescent.

— Bonne idée, acquiesça Bergins.

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